Rencontre avec des fonctionnaires talentueux et aimables !

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Des fonctionnaires compétents, aimables, enthousiastes et dynamiques, voilà ce que nous réservait la visite guidée organisée par le personnel du Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale à l’occasion du 100e anniversaire de sa création, le premier du genre établi en Amérique du Nord, à Montréal, en 1914. Pendant quatre journées, le Laboratoire a ouvert ses portes aux parents et amis de ses employés; quelques six cent personnes ont bénéficié d’une invitation.

Grâce à ma fille Edith qui travaille au Laboratoire, j’ai eu le privilège de faire partie des invités du dimanche 27 avril. J’avais hâte d’enfin visiter son bureau et de rencontrer ses collègues. C’est sous un ciel gris et pluvieux que nous pénétrâmes, mon ami et moi, dans l’édifice à haute sécurité de la rue Parthenais à Montréal, bâtisse qui a abrité pendant longtemps l’ancienne prison de Parthenais. Je m’attendais, je l’avoue, à entrer dans un lieu impersonnel et froid, où l’attente serait fastidieuse et longue. Je m’attendais à tout, sauf à une explosion de bonjours et de sourires, à une organisation efficace, à la gaieté. J’ai remarqué que les gens autour réagissaient favorablement à cet accueil.

Il n’y eut aucune confusion, aucun délai, et l’horaire qui prévoyait une visite d’une durée de trois heures trente fut parfaitement orchestré et respecté. Chaque personne, après s’être identifiée à la sécurité, obtenait le numéro du groupe auquel elle se joindrait, guidée par un accompagnateur ou accompagnatrice.

Des hôtesses conduisaient les divers groupes jusqu’au 12e étage à la cafétéria où le dynamique directeur du Laboratoire, Yves « Bob » Dufour les attendait. Il nous présenta le Laboratoire, sa mission, les différents secteurs. Expliqua que le travail des professionnels et des techniciens consistait à produire des expertises scientifiques et à témoigner devant les tribunaux afin d’éclairer les juges et jurés lors de poursuites criminelles et civiles. Le Laboratoire dessert une large clientèle : les tribunaux, les coroners, les corps policiers, certains ministères et organismes du gouvernement du Québec. Parfois, certains services sont faits sur mesure pour les compagnies d’assurance, les bureaux d’avocats et leurs clients, les médecins et les établissements d’enseignement.

Sa vision d’un organigramme diffère sans doute des autres ministères, car il a simplifié celui du Laboratoire à quatre directeurs seulement sous son autorité. « Ici, a-t-il dit, on ne veut pas trop encadrer, on laisse les gens prendre des initiatives et se responsabiliser. » Il se dit fier des employés du Laboratoire, et estime que leur savoir-faire est important; ainsi, la direction favorise leur développement professionnel autant par l’entremise des pairs que par le recours à l’externe.

Après le mot de bienvenue, allaient commencer les présentations de vingt minutes des différentes sections, telles la Balistique, la Biologie, la Chimie / Incendie et Explosion, les Documents, l’Alcool / Toxicologie, la Pathologie / l’Histologie. Chaque groupe suivait son guide qui le conduisait vers le bon étage, au spécialiste de la section qui les attendait. Il n’y avait jamais d’attente grâce à une excellente planification des allées et venues. Le temps alloué pour la présentation se terminait à l’heure dite. Une sonnerie avertissait du changement de groupe.

Ainsi, mes proches et moi sommes entrés dans un univers fascinant présenté par des spécialistes qui connaissent à fond leur section. La fluidité de leurs mots, leur passion et leur expérience ont fait que tout était trop court et que ces trois heures debout ont filé à toute vitesse. Sans ressentir de fatigue.

Les spécialistes du Laboratoire donnent aussi une formation aux futurs pathologistes, aux étudiants policiers et aux enquêteurs des différents corps de police de la province. Le Laboratoire constitue une unité autonome qui, en plus de réaliser des expertises en sciences judiciaires et en médecine légale, apporte une assistance sur les scènes de crimes majeurs, la certification de solutions d’alcool type et des appareils de dépistage d’alcool (ADA), des témoignages et de la formation.

Souvent, au cours des présentations, des mises au point furent faites sur les méthodes utilisées dans des séries télévisées sur le crime, comme CSI, parce que dans la vie, tout ne va pas aussi vite qu’à l’écran. Le pathologiste nous expliquait que préciser la mort d’un individu à la minute près est irréaliste, on peut parler d’une fourchette de quelques heures. Plus la mort est récente, et plus précise sera l’heure du décès.

Toutes les présentations s’appuyaient sur des photos, des appareils à mesurer, des bocaux en plus de l’aspect théorique. En Biologie, les spécialistes procèdent à des prélèvements et analyses de substances, le sang, le sperme, la salive ou les cheveux, aux fins d’identification de l’ADN. Le Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale alimente le volet québécois du fichier de criminalistique de la Banque nationale de données génétiques du Canada, faisant que les profils génétiques trouvés sur les scènes de crime de tout le territoire québécois sont comparés à ceux des autres province et aussi dans le fichier des personnes condamnées. Ces analyses de profils génétiques servent aussi à effectuer des tests dans des causes criminelles ou pour identifier des restes humains, exemple, suite à la catastrophe du Lac Mégantic qui s’est produite en juillet 2013.

Un volet que j’ai particulièrement apprécié est celui de la « reconstitution de crime ». Dans une pièce, un décor est installé avec une victime au sol, couchée sur le ventre, des taches sur le mur. Les spécialistes peuvent, par exemple, en analysant les marques de la main laissées sur un mur déterminer à quelle distance du mur la personne se tenait, si elle luttait ou s’appuyait. En fait, tout événement (crime, accident, catastrophe naturelle, conflit armé et autre) laisse des traces sur les lieux où il se produit. L’objectif consiste à interpréter correctement les faits, reconstituer leur déroulement.

Les spécialistes en chimie judiciaire procèdent à la recherche et à l’analyse des traces suspectes. Les spécialistes en chimie, grâce aux analyses comparatives physiques et chimiques de matières comme la peinture, le verre et les fibres textiles, peuvent valider ou invalider des éléments de preuve.

Le secteur Documents m’a aussi fascinée. Ces spécialistes en documents procèdent à l’examen de documents litigieux dans le but d’établir leur authenticité ou de déterminer s’ils sont falsifiés ou contrefaits. Il n’est jamais question d’interprétation (rien à voir avec la graphologie), mais de précision, de certitude. Ils procèdent par examens comparatifs d’écriture. Ces comparaisons permettent l’identification ou l’élimination du scripteur d’un document manuscrit (lettres, chiffres ou initiales) ou d’une signature. Ils effectuent ces analyses dans des dossiers de fraude, de lettres anonymes, de menaces, d’authentification de testaments, de lettres de suicide….  Il n’est pas si facile d’imiter l’écriture d’une autre personne. En imitant, on change le rythme, la rapidité du mouvement. Nous aurions tous des façons inconscientes de former certaines lettres, particulièrement les rondes. Dans cette section, il y a aussi un appareil qui permet de lire un mot qui a été effacé sous le mot écrit. L’appareil peut aussi lire un mot biffé, ou même l’empreinte du mot rayé sous le papier d’en-dessous. En fait, l’appareil permet de lire des mots rayés ou empreintes laissées sur un papier qu’on ne peut voir à l’œil nu. Conclusion : attention aux notes qu’on biffe et qu’on devrait plutôt jeter à la corbeille après les avoir déchiquetées … mais même là, il y a des méthodes qui …. Enfin !

Les spécialistes des incendies et explosions déterminent l’origine et la cause des sinistres et s’il y a  eu crime, recherchent les traces d’accélérant ou d’explosifs et les mécanismes de mise à feu utilisés. Le Laboratoire est doté d’équipements à la fine pointe de la recherche – les spécialistes allient les méthodes traditionnelles fiables aux méthodes modernes permettant de déceler d’infimes quantités de liquides inflammables et de résidus d’explosifs. Comme ces spécialistes ont une formation qui leur permet de déterminer l’origine et la cause des sinistres, ils sont considérés comme des consultants de premier ordre dans ces domaines.

Un secteur très apprécié par la plupart est celui de la Balistique, sur les innombrables armes à feu compilées, leurs projectiles.

Cette visite du Laboratoire fut extrêmement intéressante.

Je tiens à remercier la direction du Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale pour son accueil et le professionnalisme de ses employés.

 

 

 

 

avatar

Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

5 pensées sur “Rencontre avec des fonctionnaires talentueux et aimables !

  • avatar
    22 mai 2014 à 8 08 57 05575
    Permalink

    En effet, j’étais du groupe visiteur. J’appuie vos dires totalement. Non seulement, les fonctionnaires sont talentueux et aimables, mais ils portent l’aspect positif de leur titre: ils FONCTIONNENT…à plein régime.

    Je rêve du jour que tous les ministères du gouvernement du Québec en feront autant!

    Répondre
    • avatar
      22 mai 2014 à 10 10 55 05555
      Permalink

      @Ginavy

      Merci de confirmer. J’aime votre « ces fonctionnaires …. FONCTIONNENT.»

      Puisse cet exemple influencer d’autres ministères.

      Carolle Anne Dessureault

      Répondre
  • avatar
    22 mai 2014 à 12 12 22 05225
    Permalink

    Si tous les ministères pourraient s’en inspirer ce serait un grand pas vers une société plus saine d’esprit.

    Répondre
  • avatar
    22 mai 2014 à 20 08 18 05185
    Permalink

    @Zebulon

    Je suis de votre avis. Ainsi, nous constatons que les solutions existent. N’est-ce pas avant tout une question d’attitude et d’intention ?

    CAD

    Répondre
  • avatar
    23 mai 2014 à 11 11 17 05175
    Permalink

    Très intéressant d’entendre parler des fonctionnaires ainsi et d’observer, par le petit choc en contraste, que le stéréotype morose les concernant est avec nous sans qu’on s’en avise trop.

    Vous avez un sens vif du reportage à chaud. C’est ça aussi, du journalisme citoyen.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *