Roman feuilleton à la Commission Charbonneau


CAROLLE ANNE DESSUREAULT   Un coffre-fort qui ne ferme plus …

Un deuxième coffre-fort acheté …

Une réceptionniste qui aide à compter l’argent … magot de 850 000 $ …

Une machine à compter l’argent …

Un budget «officiel», un budget «officieux»…

Un maire Innocent qui dit «Moi, je n’ai pas à savoir ça»…

Un Monsieur 3 % … rencontres brèves dans un bureau aux stores fermés …

Un Monsieur Trottoir … intermédiaire/médiateur entre la mafia et les gens de la construction …

Un Monsieur Extras … qui reçoit des sommes fabuleuses pour de faux extras en corrompant des inspecteurs de la Ville de Montréal

Une fausse facturation «dans les bonnes années» atteignait entre 3 à 5 millions de dollars …

Un «pizzo» de 5% à la mafia… des entrepreneurs qui paient une commission de 5 % à la mafia pour espérer obtenir des contrats de construction …

Un Zampino, ancien président du comité exécutif, ancien bras droit du maire Tremblay, toujours sur la sellette pour fraude, complot et abus de confiance pour  une somme de 500 000 $ … et + ?

Un clan mafieux : Catania et Rizzuto …

Un 15e témoin à la Commission, ex-propriétaire de pâtisseries, ex-collègue de Catania, tous les deux à la tête d’une société de prêts usuriers, société illégale qui a été fermée il y a quelques années …

Des entrepreneurs en construction qui vont aux toilettes avec des enveloppes …

Des fonctionnaires qui reviennent des toilettes avec un veston qui ferme mal parce que trop rempli d’argent …

Des petits-déjeuners à 10 000 $ le couvert pour le financement du parti du maire …

Des fonctionnaires invités aux somptueuses réceptions de Catania …

…. et bien d’autres encore …

IL Y A LÀ TOUS LES INGRÉDIENTS RÉUNIS POUR ÉCRIRE UN ROMAN SAVON COMICO-DRAMATIQUE AVEC EN PRIME UNE TOUCHE DE RÉALISME.

Cette semaine, les témoignages de Martin Dumont, ancien organisateur politique pour Union Montréal, et celui de Elio Pagliarulo, ex-ami de Paolo Catania, ex-propriétaire d’une pâtisserie, et ex-président avec Catania d’une société de prêts usuraires, illégale et fermée depuis, lèvent le rideau sur une scène complexe de pots-de-vin et de corruption, une deuxième ville en quelque sorte à l’intérieur de la ville officielle montréalaise. Il s’en passe des activités derrière le rideau élégant de la façade somptueuse de l’Hôtel de Ville, la façade du paraître.

Témoignage de M. Martin Dumont

Le coffre-fort de Monsieur 3 % – M. Bernard Trépanier, l’homme des levées de fonds d’Union Montréal – caché dans son bureau contenait tant d’argent (uniquement des coupures aux couleurs rouge, rose et brun) que la porte ne fermait plus. Appelé à l’aide pour le conseiller, M Dumont lui suggéra d’acheter un deuxième coffre-fort! Ce que fit le jour même M. Trépanier, cette fois un coffre-fort plus grand de 4 pi par 4 pi. Par la suite, il acheta même une machine pour compter l’argent, suite à des plaintes d’employés qui ne voulaient plus compter l’argent avec lui dans son bureau. Ainsi, un certain ordre s’installa, et le personnel à la permanence pouvait entendre plusieurs fois par semaine le bruit distinctif de la machine à compter l’argent en marche dans le bureau du directeur du financement, souvent en son absence.

M. Dumont a rapporté à la Commission que les rapports à la Ville étaient compliqués dans le domaine des infrastructures. Il a dit que les fonctionnaires n’offraient pas leur collaboration, l’information était difficile à obtenir. M. Dumont aurait été critiqué parce qu’il posait trop de questions.

M. Dumont est catégorique dans son témoignage. Le maire Tremblay était au courant que des sommes d’argent étaient données soit par des entrepreneurs ou d’autres personnes, de grosses sommes. Nommé organisateur en chef en 2004, M. Dumont a vite noté des irritants, par exemple,  les dépenses qui s’accumulaient, des choses qui lui échappaient. C’est à ce moment qu’il y eut une rencontre avec le maire et l’agent officiel d’Union Montréal. Martin Dumont aurait explosé, voulant savoir ce qui se passait avec le budget de financement. Il aurait alors reçu par l’agent officiel un document DIVISÉ en deux sections, chacune présentant un budget distinct, l’un officiel et l’autre officieux. Le maire Tremblay lui aurait dit qu’il n’avait pas, en tant que maire, à savoir tout cela.

M. Dumont a affirmé que les rencontres entre les représentants de firmes de génie-conseil et d’entrepreneurs et Monsieur 3 % (M. Trépanier) se faisaient au bureau de ce dernier, à portes formées, stores abaissés, rapidement, le tout généralement expédié en 15 minutes.

M. Dumont a démission de son poste d’organisateur après les élections de 2005.

Par la suite, il devint chef de cabinet du maire Cosmo Maciocia de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles. Il s’interrogea en 2007 sur un contrat obtenu par Mivela Construction qui contenait des incongruités (un écart de 100 000 $), et s’en informa auprès d’un ingénieur de l’arrondissement, puis à l’ingénieur de Saint-Laurent pour comprendre le pourquoi de l’écart.

Mal lui en prit. Ce fut M. Trottoir en personne qui lui rendit visite, M. Milioto, qui fut on ne peut plus clair dans ses propos : «Faudrait pas que tu te retrouves dans mes fondations de trottoir».

Ceci se passait en juillet 2007. En octobre, M. Dumont remettait sa démission.

Témoignage de M. Elio Pagliarulo

Un témoignage que l’homme s’efforce de rendre objectif et cohérent, mais on y sent des ficelles complexes qui le lient à Monsieur Extras, Paolo Catania, son ex-ami et partenaire dans leur société de prêts usuriers, qui n’existe plus à ce jour. Même s’il prétend ne pas avoir trempé dans les affaires douteuses du clan Catania, on peut s’interroger sur toutes les informations privilégiées dont il bénéficie.

M. Pagliarulo a fait des révélations concernant les centaines de milliers de dollars que l’entrepreneur Paolo Catania aurait versés à l’ancien bras droit du maire Gérald Tremblay, Frank Zampino. Des pots-de-vin que M. Zampino – qui a été jusqu’en 2008 président du comité exécutif de la ville de Montréal – aurait acceptés, soit 300 000 $ en argent comptant en échange de son influence, et par la suite, la cuisine de sa résidence principale remise à neuf par Catania pour des coûts de travaux de 250 000 $. Zampino et Catania étaient familiers au point qu’il est arrivé que M. Zampino et sa famille sont restés à coucher chez Catania après une réception à sa maison de campagne.

M. Pagliarulo a aussi révélé le train de vie royal que menait Catania. Sa fausse facturation qui atteignait dans les bonnes années une valeur de 3 à 5 millions de dollars! Aux dires du témoin, cet argent servait à corrompre des surveillants de chantiers employés par la Ville de Montréal, afin de pouvoir réclamer de faux extras allant jusqu’à 600 000 $ par projet.

Il a aussi mentionné qu’en 2009 il avait été tabassé par les hommes de main de Catania au sujet d’une dette de 1,4 millions de dollars qui proviendrait de la compagnie de prêts usuraires qu’ils détenaient ensemble. Ce que Paolo Catania niait en 2009, affirmant qu’il s’agissait d’un prêt pour l’extension de l’ancienne pâtisserie que possédait Pagliarulo … allez savoir, cette histoire n’est pas très claire … de toute façon, les deux hommes se disent tous les deux honnêtes!

Précisons aussi que le témoin Pagliarulo fait présentement l’objet d’accusations de voies de fait et de menaces dans un autre dossier. Il doit revenir en Cour en décembre prochain. Depuis 2008, il compte au moins cinq poursuites civiles totalisant 370 000 $.

Quel est le véritable nombre d’heures que les fonctionnaires donnent aux citoyens?

Quand on les écoute en entrevue, ou quand ils prennent la parole, les politiciens et les personnes de pouvoir le disent tous : ils ne comptent pas leurs heures de travail!

À la lueur de ce que l’on vient de découvrir, combien d’heures exactement sont données pour le bien-être des citoyens?

Si on prend en compte le temps et la réflexion nécessaires pour bâtir de faux budgets, des notes explicatives, les fausses facturations, l’organisation des rencontres avec les firmes d’ingénierie, les entrepreneurs, les gens de la mafia, la livraison des enveloppes, le comptage d’argent, et combien de réflexions méditatives sur de nouvelles façons d’apporter encore plus d’eau au moulin et d’épaissir les enveloppes … il n’est pas difficile de penser que la moitié de leur temps est consacré au maintien de la façade du paraître et de la corruption.

Ne faites pas ce que je fais, faites ce que je dis

Là plus que partout ailleurs, la célèbre maxime  «Ne faites pas ce que je fais, faites ce que je dis» s’applique.

Ces gens de pouvoir nous gouvernent en nous conseillant d’être d’honnêtes citoyens, de payer nos taxes et nos impôts, de respecter les lois, et souvent, de faire un effort supplémentaire pour réduire nos dépenses en ces temps difficiles …

Quand on songe à la pauvreté qui sévit chez-nous, aux coupures par exemple dans les soins à domicile pour personnes malades et âgées, et dans tellement d’autres secteurs, on ne peut rester que stupéfaits, vraiment stupéfaits, quand on entend dire que M. Catania possède plusieurs résidences valant des millions de dollars, une collection d’au moins 20 000 bouteilles de vin, et qu’au cours de la réception organisée pour le 40e anniversaire de son épouse, il avait invité la chanteuse américaine Gloria Gayor.

Sur place, devant les invités endimanchés, elle chantait I will survive!

Les citoyens montréalais aussi veulent survivre, et même plus.

Un mot me reste dans la gorge, je ne sais pas trop, une sorte de nausée aussi devant tant de petitesses.

Ah, voilà le mot que je cherchais : la petitesse!

La grandeur vous manque Messieurs les collectionneurs d’enveloppes!

Carolle Anne Dessureault

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

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