SALARIÉS CONGÉDIÉS = PROFITS PLUS ÉLEVÉS !?…

Bibeau.robert@videotron.ca   Éditeur  http://www.les7duquebec.com

 

Le paradoxe des salariés congédiés et des profits plus élevés.

 

Récemment, notre webmagazine indiquait qu’année après année les milliardaires du monde entier (notamment ceux du CAC 40 en France) empochent des profits mirobolants pendant que le chômage sévit lourdement (1). En 2016, dans le monde, 1 700 milliards de dollars de dividendes ont été versés aux actionnaires. En 2016, 55,7 milliards d’euros ont été distribués en dividendes aux actionnaires du CAC 40. À contrechamp, en deux ans, en France, 407 usines ont été fermées (2014-2015), hécatombe qui rempile sur la destruction de 1,4 million d’emplois en 25 ans dans l’hexagone. Aujourd’hui, la France compte 6 612 700 chômeurs et travailleurs occasionnels précarisés, auxquels il faut ajouter 4 800 000 chômeurs invisibles qui ne sont pas comptabilisés dans les statistiques officielles (2). La situation est analogue dans la plupart des pays industrialisés dominants.

 

Paradoxal puisque les profits proviennent de la plus-value, la portion non payée du travail salarié. Moins de travail salarié aurait généré plus de plus-value et des profits plus élevés, comment l’expliquer ? Comment une production marchande déclinante peut-elle générer des profits en croissance ? Comment décrypter ce paradoxe ?

 

Hausse de productivité.

 

Si moins de temps de travail salarié a permis de produire globalement plus de plus-value (valeur ajoutée) et de générer des profits accrus au total, c’est que l’intensité du travail a augmenté. Chaque prolétaire a produit en moyenne davantage d’items ce qui fait que moins de salaires engagés (capital variable ou Cv) ont généré plus de valeur ajoutée et de valeur marchande commercialisée totale, chaque item valant moins d’argent cependant. En ce qui concerne la productivité, la France se situe dans le peloton de tête au niveau mondial. Avec des salariés qui rapportent 54,8 €/heure, la France est loin devant la moyenne européenne de 43,9 €/heure…et même devant l’Allemagne à 53,4€/heure. Le Canada se compare aux valeurs supérieures des pays européens (3).

 

Cependant, ces hausses de productivités ont un cout. D’abord, cette exploitation plus intensive de la main-d’œuvre entraine des couts plus élevés de reproduction de la force de travail ce que confirme la comparaison des salaires entre les pays de l’Union européenne. Dans l’UE, le cout du travail était, en 2011, pour les entreprises de plus de 10 salariés, de 23,1 euros de l’heure, avec de fortes disparités : de 3,5 € en Bulgarie à 44,2 euros en Norvège. Avec 34,2 euros de l’heure en moyenne, la France est dans le groupe de pays au « cout » du travail salarié élevé (4). Donc, une productivité plus élevée entraine des salaires plus élevés pour chaque ouvrier engagé quoique  moins élevé par unité de marchandise commercialisée. Ce que Marx avait subodoré en affirmant que ce sont les productivités faibles qui entrainent des salaires plus élevés par unité de marchandise commercialisée. Suzanne Berger donne l’exemple du fabricant de lunette italien « Luxottica ».  Elle compare les frais de production de trois usines (…) dans différents pays. Elle remarque que le cout de deux verres dans une usine chinoise est de 2,63 dollars, en Irlande de l’ordre de 2,49 dollars alors qu’en Italie avec un salariat plus couteux, le cout des verres n’est que de 1,20 dollar (5).

 

Conclusion, dans cet exemple c’est en Chine que les couts salariaux sont plus élevés comparer aux salaires pratiqués en France, en Irlande et en Italie. À la lumière de ces révélations doit-on croire les théoriciens de la délocalisation industrielle, de l’Europe et d’Amérique du Nord, vers les pays « émergents » aux salaires apparemment plus élevés ? Oui, mais en y apportant un complément d’information. Ces délocalisations ont lieu parce que les entreprises impérialistes occidentales qui délocalisent transfèrent avec elles leurs technologies de pointe à forte productivité. Contrairement à l’exemple Luxottica, généralement, l’ouvrier chinois ou indien formé, mécanisé, et mal payé est, pour un temps du moins, aussi productif que l’ouvrier occidental, le temps qu’il se mette lui aussi à réclamer des salaires lui permettant d’assurer la reproduction élargie de sa force de travail bien formée et surexploitée. Pas surprenant que la Chine soit confrontée à l’agitation ouvrière et aux grèves.

 

La part des salaires dans la valeur des marchandises.

 

Incidemment, un économiste comme Thomas Piketty pourrait rétorquer que la part du travail salarié dans le prix d’un produit fini est très faible. Dans l’automobile, la part du cout des salaires dans le prix d’un véhicule pour l’entreprise finale qui l’assemble et le commercialise est de 10% dit-on. Cette statistique est incomplète. C’est comme si on ne calculait, pour fixer le prix de vente d’un véhicule, que les couts du travail de finition oubliant les intrants et le travail en amont. Ainsi, le prix de chaque composant automobile inclut une part de salaire et une part de moyens de production, comprenant l’amortissement de la machinerie de plus en plus sophistiquée et couteuse, donc gorgée de salaires ouvriers. Pour calculer la part des salaires dans le prix final d’un véhicule il faut cumuler les salaires des mineurs, des cheminots, des fondeurs, des débardeurs, des soudeurs, des lamineurs jusqu’aux assembleurs, et tous les autres salariés qui participent à la transformation des intrants, y compris la fabrication des machines-outils robotisées qui ne font que transférer leur valeur (capital variable et capital constant) dans chaque unité de marchandise produite et commercialisée.

 

Incidemment, une hausse de productivité dans une quelconque étape du processus de fabrication se répercute dans l’ensemble de la chaine de production et bénéficie à tous les capitalistes de la chaine de production. C’est cela la « solidarité » capitaliste qui pourtant ne parvient pas à tuer la concurrence entre les chacals de la finance.

 

Surproduction et accumulation des invendus.

 

Cependant, le propre d’une innovation technologique est de se répandre dans l’ensemble d’un secteur industriel et/ou commercial si bien que cette productivité plus élevée devient bientôt la norme universalisée. Un peu comme la plus performante des ouvrières du textile, rémunérée à la pièce, fait monter la norme moyenne dans l’ensemble de l’atelier. Ces hausses de productivité recèlent une intensification de l’exploitation du travail salarié et les augmentations de profits s’expliquent par une diminution des couts de production. Au bout du processus, le salaire moyen stagne alors que les effectifs salariés diminuent compensés par une machinerie sophistiquée – robotisée – mais couteuse en salaire cumulé cristallisé. La production totale augmente (en valeur) alors que le cout de revient unitaire diminue et que la composition organique du capital augmente (du temps de travail cristallisé), les profits augmentent globalement, mais pas nécessairement le taux de profit moyen puisque cet afflue soudain de marchandises – moins coûteuses -, déversées sur un marché atrophié (conséquence d’une masse salariale anémiée) impose une pression supplémentaire à la baisse sur les prix et les taux de profits. À la limite, le capital ne parvient plus à se « réaliser » dirait Marx, à se matérialiser en plus-value et nouveau capital productif susceptible d’être valoriser. C’est l’ensemble du cycle capitalistique qui se trouve enrayé, assurance absolue d’une prochaine crise économique systémique qui serait en cours selon nombre d’économistes (6).

 

Et aux banquiers vous y avez pensé?

 

De plus, ces hausses de productivité entrainant momentanément une hausse de profitabilité ne sont valables que pour les entreprises industrielles, du transport et pour les firmes commerciales productrices de plus-value (valeur ajoutée). Les fonds de placement, les banques, les assurances et autres requins de la finance n’ont accès à cette masse de profits amplifiée que de manière détournée, via les marchés boursiers comme nous le verront dans la suite de ce papier. Évidemment, si les financières peuvent réduire leur masse salariale, voilà autant d’argent épargné pour rétribuer le capital emprunté d’où les congédiements massifs dans les secteurs tertiaire et quaternaire bancaires. Cependant, depuis quelque temps, l’intérêt sur épargnes étant décevant, les grandes multinationales industrielles et commerciales font des efforts pour s’autofinancer et s’affranchir de l’emprise des banksteurs spéculateurs ce qui rend l’accaparement de la plus-value industrielle de plus en plus ardue pour les boursicoteurs agités sur les parquets boursiers.

 

Tesla, la grenouille plus grosse que GM !

 

Banquiers et financiers ne baissent pas les bras pour autant et développent de nouveaux « produits financiers » afin de participer eux aussi à la curée des profits débridés. En avril 2017 l’Agence France Presse (AFP) a publié un communiqué sur la Société automobile Tesla de Californie « Tesla a atteint 51,6 milliards de dollars US (48.7 milliards d’euros) de capitalisation boursière. Ce niveau lui a permis de dépasser le premier constructeur américain General Motors (GM) valorisé à 50,2 milliards de dollars. Si les investisseurs parient sur les nouvelles technologies, cela ne reflète pas le rapport de force entre les deux groupes. En 2016, le Californien a produit 84 000 véhicules pour un chiffre d’affaires de 7 milliards de dollars, contre 10 millions de voitures pour GM et plus de 166 milliards de dollars de revenus. La part de marché de l’entreprise de Détroit est de 17,3% contre 0,2% pour Tesla. » (7)

 

Sachant que pour produire de la plus-value et des profits il faut produire de la valeur. Sachant que Tesla, capitaliser (endettée) à 7 fois la valeur de ses ventes, a produit pour 7 milliards de dollars de valeur et que GM, capitaliser (endettée) à 33% de la valeur de ses ventes, a produit pour 166 milliards de valeurs quelle entreprise risque de rapporter le plus de dividendes à ses actionnaires ? Il est évidemment possible que GM, qui a produit beaucoup plus de plus-value, distribue moins de dividendes à ses actionnaires, la grande part de ses bénéfices servant à rembourser sa dette, ou encore, que la firme de Détroit préfère conserver des liquidités en prévision d’investissements futurs ou pour parer à une OPA inamicale. Il est cependant évident que Tesla ne pourra assurer un dividende intéressant à partir de ses ventes même s’ils sont en forte croissance. Ce constat étant établi il faut savoir que le rendement n’est qu’un calcul mathématique allant comme suit : montant du dividende, divisé par le niveau du cours de l’action au moment du versement. Le montant du dividende et le cours de l’action influencent donc le rendement. Le dividende peut être fort, et le cours être faible. Si le cours d’un titre chute rapidement, et si le dividende reste fixe, le rendement s’envolera alors même que l’action sera à liquider. Prenons l’exemple d’une société distribuant un dividende de 3 euros. Si l’action cote 96 euros, le rendement sera de 3,125%, soit dans la moyenne. Mais si l’action chute fortement à 57 euros à cause de rumeurs sur l’endettement trop important, le rendement s’envolera à 5,26%. L’entreprise n’y aura toutefois pas gagné en attractivité au contraire et il est à parier que les actionnaires chercheront à se départir du titre faisant chuter son cours. Comment expliquer ce paradoxe boursier où une valeur attractive s’effondre à cause de son attractivité ? Et surtout comment comprendre que des investisseurs participent à ce coup de poker financier risqué ?

 

La Pyramide de Ponzi financière.

 

Imaginons un grand fonds d’investissement multinational, administrant les fonds de retraite, les assurances et les épargnes de millions d’individus dont les profits mirobolants des CAC 40 que nous avons vus exposés précédemment. Cet argent, qui n’est pas encore du capital productif, du moins tant qu’il n’a pas trouvé à se placer pour se valoriser à travers l’actif financier d’entreprises productives. Ce fonds de placement gorgé d’argent lance donc une opération d’investissement en direction de Tesla, une entreprise prospère, versant un bon dividende, ayant des projets d’expansion et bénéficiant d’une bonne réputation de gestion. Au début, les actions sont acquises à un prix raisonnable, mais plus l’investissement s’accumule plus le prix de l’action grimpe. L’opération savamment publicisée attire l’attention de petits spéculateurs ayant eux aussi des profits en jachère boursière à valoriser, quand ce ne sont pas des investisseurs qui iront jusqu’à emprunter pour acheter de la valeur boursière fictive. Le prix de l’action – indice de sa valeur – du groupe Tesla grimpe en flèche alors qu’aucune valeur ni aucune plus-value n’est produite. Cette activité boursière spéculative fonctionne sur le principe de la Pyramide de Ponzi, chaque nouvel investisseur garantissant la valeur des actifs des investisseurs précédents sous condition du recrutement de l’investisseur subséquent jusqu’au rapport financier suivant où tous se rendent compte que l’action a grimpé, mais que les rendements sont décevants ce qui ne peut aller autrement étant donné le taux d’endettement (700% de la valeur des ventes). S’ensuit un vent de panique où chacun tente de se départir de ses actifs au plus vite alors que personne ne veut acheter des actions plombées d’où l’effondrement de la valeur que les premiers investisseurs qui se sont retirés du marché bien avant le dépôt du bilan peuvent racheter à vils prix sachant que l’entreprise peut rebondir sous un nouveau président. Ou alors, le grand fonds de placement range ses billes et cherche un nouveau placement spéculatif tout aussi lucratif alors que nombre d’investisseurs comptabilisent leurs pertes comme la Caisse de Dépôt du Québec qui décaissa 40 milliards de dollars en 2008 suite à l’arnaque des « subprimes » aux États-Unis. Ainsi, on apprenait en aout 2017 que la firme Amazon, plateforme numérique de services de distribution en ligne valait soudainement plus de 500 milliards de dollars US.  Une entreprise qui produit bien peu de plus-value pourtant, mais qui sait capter la plus-value produite par les compagnies productrices lors du processus de commercialisation des marchandises. Tant que le crédit est florissant, l’action des marchands est garantie…après ce sera à vos risques et périls.

 

La concentration inévitable du capital.

 

C’est ainsi que tout naturellement l’argent s’accumule et se concentre entre quelques mains (2000 milliardaires dans le monde) au sommet de la pyramide bancale du capital, non pas par mauvaise foi de capitalistes inconscients, mais par le fonctionnement mécanique du mode de production capitaliste en phase impérialiste. Le capitaliste financier qui n’appliquerait pas ces méthodes de gestion pour valoriser l’argent dont il a l’administration et en faire du capital « rentable » serait écarter de l’administration des fonds de placement. Les altermondialistes et les gauchistes qui réclament une plus juste distribution de la richesse sociale sont les nouveaux prêtres qui supplient le ciel de venir au secours des naufragés salariés.

 

L’État fétiche.

 

Face à ce trauma, cette iniquité sociale, la go-gauche réformiste, pleurniche et réclame à cor et à cri l’intervention de l’État de justice (sic). Chaque secte gauchiste, altermondialiste ou réformiste, a sa solution étatique pour mettre fin à ces malversations des riches. Nombreux sont ceux qui cherchent des solutions corporatistes dans le discours des polichinelles politiques et des critiques contre le capitalisme que Mélenchon leur sert à profusion. Sachez qu’Hitler, avant sa nomination en tant que chancelier allemand, déclamait des diatribes virulentes contre les financiers germaniques voraces et le Parti national-socialiste présentait un programme visant à mettre au pas les financiers trop gourmands. On sait ce qu’il en fut une fois élu. Tous les politiciens bourgeois de gauche comme de droite font de telles promesses, y compris Donald Trump.

 

La résistance du prolétariat.

 

Le prolétariat mondial qui a compris qu’aucune solution ne viendra des dieux de la peste du capital, ni de leur état-major politique, répudie ces mascarades électorales opposant la gauche et la droite bourgeoises. Ensuite, le prolétariat poursuit sa guerre de classe là où ça compte vraiment, sur les lieux de travail et dans les quartiers. Il ne compte que sur lui-même pour défendre ses conditions de vie et de travail. Et c’est très bien ainsi. Espérons que les manifestations de la colère en septembre à Paris donneront lieu à des actions plus conséquentes et convaincantes que des parades syndicales dans les rues de France.

 

 

NOTES

 

 

5 pensées sur “SALARIÉS CONGÉDIÉS = PROFITS PLUS ÉLEVÉS !?…

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