Se défaire de la mystification électoraliste

Par Khider Mesloub.

 

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3.06.2019-Algeria-English-Italian-Spanish-Portuguese

 

Les vagues  de protestation se poursuivent mais ne semblent pas emporter le régime. Le système résiste au déferlement du tsunami populaire. Certes, quelques pontes ont plongé, incarcérés pour leur proximité et promiscuité mafieuses avec le clan Bouteflika finalement submergé par un clan émergent. Mais, les requins du régime continuent à nager encore librement dans les eaux troubles du pouvoir.

Leur dauphin octogénaire, vice-ministre de la défense, assure la vacance présidentielle en tenue militaire. Pour imposer sa stature soldatesque et poser son statut présidentiel, il convoque régulièrement un conseil des ministres ambulatoire constitué de sa seule personne, afin de dicter ses bonnes volontés aux différents déliquescents partis politiques corrodés par la corruption et répudiés par la population,  de donner ses directives aux inamovibles et corrompus juges du système chargés de l’opération mains propres ordonnée par un régime aux mains sales et souillées de sang. Et surtout pour rabrouer le peuple algérien pour son irresponsable indocilité et son irrationnelle insoumission.

Droit dans ses bottes, le général-président protecteur de ses potes, même si auprès du peuple il n’a pas la cote, s’échine à imposer Son vote. Un vote sans candidat ni débat. En quelque sorte une élection sans sélection. Un scrutin sans bulletin. Pour mieux préserver leur butin contre  le peuple mutin, ce régime use de baratin, afin de le convaincre d’accepter quelques strapontins, au sein d’une Assemblée dominée par des larbins, réduits à remplir le rôle de catin. D’élire à la magistrature suprême un nouveau aigrefin. Un régime sans morale, pour sauver son capital, est prêt à dépraver même l’honneur national.

Depuis quand l’armée s’immisce-t-elle dans les affaires politiques ? Depuis quand l’institution militaire est une fervente partisane de la démocratie ? Que dissimule cette insistance de l’État-major de l’armée à vouloir organiser diligemment les élections ? Particulièrement à notre époque où, partout dans tous les pays, la démocratie financière est contestée, conspuée, discréditée, disqualifiée. Le peuple algérien ne doit pas être dupe. Quelle que soit la bande d’escrocs propulsée au sommet du pouvoir, sa situation sociale ne connaîtra aucune amélioration. Son sort demeurera toujours celui d’une classe dominée et exploitée. Quoi qu’il en soit, c’est toujours la classe possédante qui remporte les élections dans une démocratie de l’argent. Qui tire les marrons du feu. Qui fait feu, quand le peuple ose relever la tête.

Quelle que soit la fraction élue aux commandes de l’État, tous les gouvernements de tous les pays remplissent la même fonction : gérer le capital national, défendre et préserver les intérêts et privilèges des classes possédantes. Certes, le clan Bouteflika a siphonné les richesses du pays, a favorisé l’enrichissement scandaleusement faramineux de plusieurs aigrefins affairistes. Dans le même temps, la majorité de la population laborieuse algérienne a subi une dégradation effroyable de ses conditions de vie et de travail. pourtant, même dans les pays occidentaux où règne une « démocratie ancestrale » sévissent la même corruption, le même enrichissement odieux d’une minorité de parasites bourgeois tout autant arrogants que leurs congénères algériens ; dans tous ces pays les classes populaires subissent la même dégradante situation sociale : la misère, le chômage, dégradation de leurs conditions de vie et de travail, baisse de  leurs salaires et de leurs retraites, démantèlement des services sociaux.

Le peuple algérien ne doit pas se laisser ensorceler par les saltimbanques de la politique spectacle. Par ces pantins défroqués appelant à voter pour un « intègre » président soucieux des intérêts du peuple et de l’édification d’une « Algérie nouvelle ». Tous ces « hommes rédempteurs », hier alliés du pouvoir, promettent un avenir radieux, démocratique, dans une Algérie régénérée, au moment où tous les pays du monde capitaliste sont en butte à une crise économique profonde, frappant de plein fouet les classes populaires. Le peuple algérien ne doit pas se bercer d’illusions : quel que soit le président élu, sa condition sociale demeurera identique : misérable.

En Algérie, comme dans tous les pays du monde capitaliste, les classes populaires doivent se défaire de la mystification électoraliste bourgeoise. Ce n’est pas innocent que ce militaire, le général Ahmed Gaïd Salah, se fait soudainement le thuriféraire acharné de la démocratie, cette « démocratie de papier » cristallisé par le bulletin de vote, aussi aléatoire que les prévisions du bulletin de la météo ; « démocratie de l’isoloir », meilleure antidote contre la lutte collective publique menée dans la rue et sur les lieux de production à ciel ouvert et le bras levé ; « démocratie des urnes », urnes où viennent s’échouer et s’enterrer les illusions du peuple à la vie toujours funèbre. La démocratie est le dernier rempart du capital en crise. Le capital est disposé à rémunérer onéreusement les électeurs pour maintenir en vie sa supercherie démocratique.

En Algérie, comme dans tous les pays, seule la lutte autonome des classes populaires laborieuses contre le système capitaliste (et non contre un régime), en dehors des structures étatiques et des formes organisationnelles officielles, peut assurer une authentique victoire.

Aujourd’hui, la majorité de la population algérienne, à dominante juvénile, est éduquée, instruite, formée, fortement politisée. Elle peut librement s’organiser au moyen d’une démocratie directe horizontale, établie au niveau des quartiers, des communes, des villes, des lieux de production, afin de désigner à l’échelle nationale ses authentiques représentants, élus et révocables à tout moment, ne bénéficiant d’aucun privilège ni d’émoluments au-dessus du salaire moyen, dans une perspective en rupture avec le capitalisme.

Seul ce sang neuf populaire, ferment d’une nouvelle société, peut régénérer l’Algérie, aujourd’hui dirigée par des séniles, symboles d’un système capitaliste sénile.

Il faut se défaire de l’esprit du colonisé. Tout pouvoir dominant est éphémère, repose sur des pieds d’argile.

Mesloub Khider

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