Si l’on pouvait prévoir l’imprévisible

Jean Gagnon Dossier Actualité économique

Dans son édition du samedi 27 décembre, le quotidien torontois The Globe and Mail comparait les prévisions économiques pour l ‘année 2010 de deux économistes, réputés selon eux parmi les meilleurs au Canada. Or, ce qui mérite mention selon moi, il s’agit de deux individus œuvrant pour des institutions financières québécoises, soit Stéfane Marion, économiste en chef à la Financière Banque Nationale, et Carlos Leitao, qui occupe le même poste chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Notons que bien qu’ils travaillent au sein de la filiale de courtage, ils sont tous deux l’économiste le plus haut gradé de leur groupe financier respectif. Les grandes banques ont confié il y a déjà quelques années leurs études économiques, du moins celles destinées au grand public, à leurs filiales de courtage. Seul le Mouvement Desjardins fonctionne différemment, le service des études économiques étant toujours rattaché à la Fédération des caisses populaires, la maison-mère, et non pas à sa filiale de courtage Valeurs mobilières Desjardins.

Que prévoient nos deux experts ?

La croissance économique : nul doute que la récession est bel et bien derrière nous, car Stéfane Marion, le plus optimiste des deux, prévoit une croissance de l’économie canadienne de 2,9 % pour l’année 2010, alors que Carlos Leitao anticipe pour sa part un bond de l’économie de 2,1 %. Tous les deux s’entendent à dire que c’est la demande domestique qui sera le moteur de la croissance économique canadienne en 2010, car les exportations, principalement celles vers les États-Unis, tarderont à retrouver leur niveau d’antan.

Le taux de chômage : il demeurera élevé, soit 8 % et plus, selon nos deux économistes. Il atteindra même 8,9 % durant le premier trimestre, pour ensuite reculer mais très, très lentement, selon Carlos Leitao.

Les taux d’intérêt : le gouverneur de la Banque du Canada continue de répéter que le taux de la banque centrale demeurera tout près de zéro au moins jusqu’au milieu de l’année. Stéfane Marion croit plutôt qu’il sera augmenté dès le mois d’avril. Il appuie cette prévision sur le fait que le système bancaire canadien n’est pas dysfonctionnel, comme l’est celui des États-Unis, c’est-à-dire qu’au Canada les banques ont les capitaux nécessaires pour jouer leur rôle de prêteur et ainsi faire fonctionner l’économie. Mais des taux aussi bas entraineront une hausse dangereuse du crédit. Il faudra rapidement des taux plus hauts pour assurer que le crédit disponible n’excède pas les besoins fondamentaux de l’économie, croit l’économiste de la Financière. Pour sa part, Carlos Leitao pense que la Banque du Canada haussera son taux seulement en juillet ou en septembre. Mais il pense également qu’il y aura plusieurs hausses successives qui feront en sorte que le taux passera de 0,25 % à 2 % d’ici le début de 2011. Avis à ceux qui doivent renouveler leur hypothèque.

Le dollar canadien : nos deux économistes ne prévoient pas trop de turbulence pour le huard en 2010. Stéfane Marion croit qu’il terminera l’année à 92 cents (U.S.). Il se situe actuellement autour de 95 cents. La hausse du dollar canadien au cours de la dernière année s’explique en grande partie par la faiblesse du dollar américain. Selon lui, les gens sont trop pessimistes en ce qui concerne le dollar américain. Il n’existe toujours pas de substitut à la devise américaine en tant que monnaie de réserve. C’est pourquoi le dollar américain pourrait rallier cette année. Carlos Leitao pense de même. Au mieux, toute hausse additionnelle du dollar canadien sera minimale, selon lui.

L’imprévisible

Bien que la qualité du travail de ces deux économistes ne fasse selon moi aucun doute, leurs prévisions comportent néanmoins une marge d’erreur importante. C’est qu’il y aura fort probablement encore cette année un ou des événements inattendus qui viendront perturber la vie économique.

Le quasi-éclatement du système financier à l’automne 2008 et l’effondrement boursier durant l’hiver 2009 ont forcément laissé des séquelles que l’on ne perçoit pas encore, mais qui viendront tôt ou tard hanter ceux qui croient que l’économie est revenu à son état normal.

Tout semble aller maintenant beaucoup mieux. Depuis 9 mois, la bourse canadienne est à la hausse de 57%. Attention de ne pas verser dans la complaisance.

Je vous souhaite une bonne année 2010, mais n’oubliez pas que des événements imprévisibles ne manqueront pas de se produire.

 

15 pensées sur “Si l’on pouvait prévoir l’imprévisible

  • avatar
    6 janvier 2010 à 8 08 36 01361
    Permalink

    M. Gagnon

    Si on analyse la croissance du PIB américain pour le 3e trimestre, le chiffre préliminaire était de +3.5%.

    Mais le BEA attribue 0.94% à la reconstruction des inventaires, ce qui n’est pas de la demande finale.

    1.66% a été relié au « cash-for-clunkers ».

    La construction résidentielle a augmenté de +23.4% stimulée par un crédit d’impôt temporaire.

    Les dépenses du gouvernement fédéral ont augmenté de +7.9% avec le plan de relance.

    Dernièrement, le PIB a été révisé à la baisse, si bien que la croissance n’est plus de +3.5%, mais bien de 2.8%!

    Ainsi, on peut voir que la croissance n’est pas “économique”, mais bien « arithmétique ». Si on exclut les dépenses gouvernementales et la reconstruction des inventaires, l’économie américaine est toujours en récession. Cette supposé reprise n’est qu’artificielle. Cette réalité est confirmée par les chiffres de l’emploi.

    Qu’est-ce qui nous ramènera en reprise économique alors? Lorsque les gens et les entreprises auront amélioré leur bilan financier (i.e. remboursé leurs dettes et amassé un coussin financier sous forme d’épargne), ils se remettront à consommer. Cette “vraie” demande fera hausser le “vrai” PIB. Les entreprises feront des profits qu’elles réinvestiront dans la production, anticipant une hausse soutenable de la demande.

    http://minarchiste.wordpress.com/2009/11/06/une-reprise-ou-ca-iii/

    Répondre
  • avatar
    6 janvier 2010 à 9 09 53 01531
    Permalink

    Pour prévoir il faut au préalable connaître la structure de ce qu’on analyse pour prévoir correctement .
    Et analyser un système anarchiste de l’ultra capitalisme n’est pas possible car le moindre système anarchiste ne permet pas l’analyse intelligente et de ce fait la moindre prédiction .
    Qui aurait pu prévoir que les deux grands pays communistes favorables au partage entre tous deviennent des pays voleurs ultra capitalistes en train de s’accaparer des marchés anglosaxons et occidentaux ?
    Qui aurait pu prévoir que les occidentaux placent toutes leurs forces économiques dans des guerres sales sans fin contre des pays désarmés ?
    Qui aurait pu prévoir le déclin de l’empire royaliste esclavagiste ?
    Qui aurait pu prévoir le déclin de l’Empire américain?
    Que des nouveaux menteurs évidemment

    Répondre
  • avatar
    6 janvier 2010 à 11 11 08 01081
    Permalink

    J’ajouterais un petit bémol … ou deux

    Il est possible que l’économie canadienneait un début de reprise en 2010 mais au moins deux ombres au tableau pourraient causer une rechute:

    1) Les prix immobiliers ont plus que doublé dans le marché canadien depuis 2001 et la surchauffe s’est accentuée depuis un an alimentée par les taux négatifs (en termes réels) de la Banque du Canada et la SCHL qui sécurise et titrise les hypothèques exactement comme le font Fannie Mae et Freddie Mac aux É-U. Cette croissance des prix immobiliers, tout comme la bulle américaine, est insoutenable et risque d’éclater si la BduC augmente le taux directeur.

    2) L’endettement du gouvernement fédéral et des provinces et municipalités est également insoutenable et devra inévitablement frapper un mur si des actions concrètes ne sont pas prises pour réduire la dette. Plusieurs états sont sur le seuil de la banqueroute et le Canada est sur la liste.

    Répondre
  • avatar
    6 janvier 2010 à 11 11 27 01271
    Permalink

    @Philippe

    Le gouvernement fédéral canadien ne peut pas faire banqueroute puisqu’il peut toujours décider de monétiser sa dette…comme les États-Unis le font présentement.

    Ce n’est pas le cas de la Grèce par contre, qui n’a pas le contrôle sur la presse à billets, laquelle est entre les mains de la Banque Centrale Européenne.
    C’est pourquoi elle éprouve autant de problèmes présentement….sous l’étalon-Euro!

    Répondre
  • avatar
    6 janvier 2010 à 11 11 31 01311
    Permalink

    Les économistes sont rendus au « bout de leurs idées »
    pour prévoir le déroulement futur de l’économie.
    Nous ne pouvons pas les blâmer car ce sont les patrons qui dirigent.
    L’année 2010 sera PIRE que 2009 et 2011 pire que 2010 et ceci jusqu’à 2015 et PLUS.
    Le seul événement qui changerait l’économie serait une 3ième guerre mondiale qui, cette fois-ci, serait probablement nucléaire.
    De là vient l’hésitation des anglais qui sont toujours les « faiseurs de trouble » dans le monde.
    Les US sont des « suiveux »…………………………………………
    La Russie et la Chine sont aussi des gros joueurs. L’Iran subit une révolution intérieure causée par les anglais et les US; cependant, la Russie est un allié non négligeable…………………………………………………………

    Répondre
  • avatar
    6 janvier 2010 à 13 01 46 01461
    Permalink

    @ Minarchiste

    Le gouvernement fédéral canadien ne peut pas faire banqueroute puisqu’il peut toujours décider de monétiser sa dette…comme les États-Unis le font présentement.

    Dans ce cas, on aurait ultimement un scénario d’hyperinflation.

    Répondre
  • avatar
    6 janvier 2010 à 14 02 16 01161
    Permalink

    @ Fern

    Le seul événement qui changerait l’économie serait une 3ième guerre mondiale qui, cette fois-ci, serait probablement nucléaire.

    Ce ne serait pas la première fois qu’une guerre est déclarée pour détourner l’attention des gens d’un problème économique.

    Répondre
  • avatar
    6 janvier 2010 à 16 04 25 01251
    Permalink

    Si le monde était moins téteux, on échangerait nos biens et services avec des pièces d’or et d’argent, et on se ferait un devoir d’acheter de façon responsable, d’encourager les entreprises qui respectent les consommateurs, d’acheter local, etc… Mais comme on subit les événements plutôt que de les créer ce n’est pas demain la veille…

    Répondre
  • avatar
    7 janvier 2010 à 5 05 56 01561
    Permalink

    Je ne comprend plus qui est Philippe et qui est le Minarchiste. Dédoublement de la personnalité

    Répondre
  • avatar
    7 janvier 2010 à 6 06 53 01531
    Permalink

    Ce qui me fait bien rire, c’est d’entendre les « experts » des banques canadiennes défiler à la queue leu-leu à la télévision et nous apprendre que le pays connaîtra une croissance en 2010 et que l’économie retrouvera ses airs de jeunesse. Évidemment, ça n’a rien à voir avec la saison des REERs qui approche.

    Allez gang d’imbéciles, achetez des fonds et des actions; on vous « garantit » que ça va prendre de la valeur. Je ne suis pas un expert, loin de là. Mais j’ai l’impression que les marchés boursiers vont retomber drastiquement en 2010. Je ne serais vraiment pas surpris que le taux de chômage grimpe jusqu’à 12% d’ici la fin de l’année.

    Répondre
  • avatar
    7 janvier 2010 à 15 03 57 01571
    Permalink

    @oeil-de-lynx

    Il existe deux blogues remarquablement similaires qui sont le Minarchiste Québecois et Le Minarchiste. Je suis l’éditeur du Minarchiste Québécois et mon collègue Minarchiste est l’éditeur du Minarchiste.

    Nous sommes bel et bien des personnes différentes malgré les similarités.

    Répondre
  • avatar
    7 janvier 2010 à 16 04 24 01241
    Permalink

    @Lutopium

    Nous aurons peut-être un avant-goût demain avec les chiffres d’emploi US qui vont sortir pour Décembre…

    @Oeil-de-lynx

    J’ai malheureusement choisit mon pseudonyme et le titre de mon blogue avant de découvrir l’existence du blogue de Philippe!

    Répondre
  • avatar
    8 janvier 2010 à 6 06 06 01061
    Permalink

    @Philippe: je crois qu’on s’entend souvent sur les constats. C’est au niveau des solutions que nos opinions divergent…

    Répondre

Répondre à Philippe David Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *