SORTIR DU TEMPLE DE PIERRE POUR ALLER AU TEMPLE DE CHAIR


OSCAR FORTIN :

Le mouvement des « indignés » n’est qu’un signal du grand malaise qui rejoint toutes les couches des sociétés dans lesquelles nous vivons. Les églises et encore moins l’église catholique ne peuvent échapper aux remises en question des « régimes » qui s’imposent actuellement au monde politique, au monde économique, au monde financier et au monde religieux. Nous n’en sommes plus aux accommodements cosmétiques, mais aux changements de régimes qui règnent sur le monde depuis plus d’un siècle et, pour certains, depuis plus longtemps encore.

1.     Quels sont les traits dominants des régimes existants qui s’imposent au monde actuel?

Le premier élément fondamental est le caractère oligarchique et impérial des régimes qui contaminent tout ce qui s’appelle liberté et démocratie. Aujourd’hui, nous en prenons de plus en plus conscience. Les gouvernements élus de ces régimes demeurent des fantoches tout en laissant l’illusion aux électeurs et électrices qu’ils vivent dans un monde de liberté et de démocratie. La liberté, au sens d’une participation effective de tous et toutes  au destin de nos sociétés, ne fait pas partie de ce régime. 

Un deuxième élément est le caractère essentiellement individualiste des institutions économiques et financières que ces régimes contrôlent et qui les rendent hermétiques aux considérations de justice sociale. Aucune de ces institutions n’est là pour faire la charité, même si les capitaux dont elles disposent viennent des peuples et souvent des gouvernements. Si certaines se permettent parfois de grandes œuvres humanitaires, ce ne sera que pour mieux engranger des fortunes qui iraient autrement aux impôts. L’important, pour elles,  est de garder la mainmise sur les capitaux et l’usage qui en est fait. La justice au sens fondamental des droits ne fait pas partie de ses objectifs

Un troisième élément est le caractère manipulateur de ces régimes qui ressort encore avec plus de force, aujourd’hui, alors que les moyens de communication sont des plus sophistiqués. Toutefois, il faut reconnaître que les technologies permettent d’échapper, en partie, à cette grande illusion d’une information objective fondée sur la pure vérité.  L’information alternative, qu’ils veulent contrôler, leur échappe encore. Pour combien de temps ? L’avenir nous le dira. Ainsi la vérité est tronquée pour des intérêts individuels et corporatifs.

2.     Les églises et tout particulièrement l’église catholique à laquelle je m’intéresse particulièrement n’échappent pas à ce moule qu’imposent les régimes oligarchiques, autoritaires, et manipulateurs.

Nous pourrions pratiquement dire qu’elles sont les églises de ces régimes oligarchiques, leur permettant de poursuivre leur croisière de conquête et de domination avec le sentiment de faire œuvre divine. Aux Etats-Unis, les évangélistes, les mormons et bien d’autres, font du régime en place, l’élu de Dieu pour gouverner le monde. Même les catholiques n’y échappent pas. Qu’on se souvienne de cette célébration grandiose lors de l’anniversaire de Benoit XVI à la Maison Blanche, en 2008. Sa seule présence à la table des Bush, Cheney et tous les autres, (ils étaient des milliers), cautionnait les mensonges de ces derniers et tous ces crimes commis en Irak, en Afghanistan et un peu partout dans le monde. La catholicité évangélique en a pris pour son rhume.

Le Vatican, par ses secrétariats d’État, ses nonces apostoliques, ses cardinaux et ses évêques exerce un plein contrôle sur l’institution ecclésiale, sur les pratiques de la foi et sur ses engagements dans le monde. Dans son cas, la démocratie n’existe tout simplement pas, et là où il y a vote, comme au conclave, les électeurs ont été trillés selon leur « ADN » idéologique puis élevés au rang de cardinale par le pape lui-même. Ils seront en condition d’assurer la continuité de pensée et d’action de l’église. S’il y a parfois erreur sur la personne et que cette dernière est élue pape, la bureaucratie vaticane permettra de limiter les « dégâts » comme ce fut le cas avec Jean XXIII et Jean-Paul Ier, à ne pas confondre avec Jean-Paul II. 

La doctrine, les cultes, les sacrements, tels qu’ils se pratiquent, encadrent la masse des fidèles, les rapprochent d’un dieu céleste et les rassurent sur leur vie de foi, et leur salut. Il suffit qu’ils s’en tiennent fidèlement à l’enseignement du magistère et au culte des sacrements. Le Seigneur n’a-t-il pas dit à Pierre: « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Mt. 16, 19.

C’est là une référence amplement utilisée pour assoir l’autorité du pape et des évêques.

Ce dont ils ne disent toutefois pas ou très peu, c’est que ce même pouvoir a été donné à la communauté des chrétiens. « En vérité je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. » Mt. 18,18 Cette référence se situe dans un contexte où les discordes peuvent trouver leur solution directement auprès de la communauté  des fidèles. Ce que cette dernière décidera sera considéré comme avalisé par Dieu lui-même.

Dans cette optique, Pierre et tous les autres ne peuvent plus opérer sans être en harmonie avec la communauté des chrétiens. Il y a là un principe de démocratie directe que les autorités se gardent bien de valoriser. Il est donc temps de revenir à ces pratiques des premières communautés chrétiennes et de mettre fin à ces formes d’autorités hiérarchiques, le plus souvent, déconnectées des communautés de base et du peuple.

3.     Il faut que l’humanité redevienne le centre des préoccupations de la foi et que Jésus de Nazareth y retrouve la première place. 

Un retour inévitable et incontournable aux évangiles et aux problématiques du monde est devenu la condition de la survie des églises. Les églises y comprise la catholique ne sont pas là pour sauver leurs institutions, leurs cultes, leurs sacrements, mais pour apporter par des engagements concrets l’espérance tout à la fois aux pauvres, aux laissés pour compte, aux persécutés, aux exploités et également à toute personne de bonne foi prisonnière du matérialisme d’un monde qui tue toute intériorité et solidarité humaine.Il faut que l’Humanité soit perçue comme la véritable résidence de Dieu parmi nous : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. » Jn 1,14

Pour qu’il en soit ainsi, il faut que les cultes passent de la parole aux actes et que les sacrements retrouvent les grands axes vers lesquels aspire l’humanité entière. Ces axes sont la justice, la vérité, la compassion, la solidarité, la  la catholicité en son sens universel et englobant ainsi que  la miséricorde qui permet de renaître en soi et avec les autres. Il faut retrouver la liberté qu’apporte la foi et que l’apôtre Paul célèbre dans sa lettre aux Colossiens :

« Si vous êtes morts avec le Christ aux forces qui régissent le monde, pourquoi subir des règles comme si votre vie dépendait encore du monde : « Ne prends pas ceci, ne goûte pas cela, ne touche pas cela », alors que toutes ces choses sont faites pour disparaître quand on s’en sert ! Ce ne sont là que des commandements et des enseignements humains, qui ont des airs de sagesse, de religion personnelle, d’humilité et de maîtrise du corps, mais n’ont aucune valeur contre les exigences de la chair. Col. 2, 20-23

En un mot, il faut sortir Jésus des temples faits de main d’homme pour le remettre là où il a toujours été et est toujours, au cœur de l’Humanité en compagnie des plus pauvres, des plus démunis, des plus délaissés. Il veut tout simplement que nous allions le rejoindre là où il est pour qu’avec lui nous prenions charge de cette partie d’humanité laissée pour compte par les grand et puissants de ce monde de conquête et de domination.

Déjà, beaucoup de croyants et de non croyants sont à l’œuvre dans ce monde et comme disait l’apôtre Jacques :

« Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, alors qu’il n’agit pas, à quoi cela sert-il ? Cet homme-là peut-il être sauvé par sa foi ? Supposons que l’un de nos frères ou l’une de nos soeurs n’aient pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Rentrez tranquillement chez vous ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » et si vous ne leur donnez pas ce que réclame leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte,  et on peut lui dire : « Tu prétends avoir la foi, moi je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas ; moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi. »Jc, 2, 14-18-23

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N’est-ce pas là la nouvelle consigne pour les temps que nous vivons.

 

Oscar Fortin

(Reprise de l’article du 25 octobre 2011)

http://humanisme.blogspot.com

 

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Oscar Fortin

Libre penseur intéressé par tout ce qui interpelle l’humain dans ses valeurs sociales, politiques, économiques et religieuses. Bien que disposant d’une formation en Science Politique (maîtrise) ainsi qu’en Théologie (maîtrise), je demeure avant tout à l’écoute des évènements et de ce qu’ils m’inspirent.

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