Souveraineté OUI, sécession NON.

 

PIERRE JC ALLARD

Avec la Charte des valeurs québécoises comme étendard, le PQ va bientôt vouloir refaire au Québec son maquillage démocratique. À Pâques, ou à la Trinité… Un maquillage si discret qu’il en sera invisible, puisqu’on ne proposera rien de droite, ni de gauche, mais seulement, comme le dit ce personnage du Soulier de satin, « … du nouveau qui soit tout à fait semblable à l’ancien ».

Surtout, on se fera une beauté en prenant bien garde de ne pas souligner les rides de l’idée d’indépendance. Ce qui fera de cette élection prochaine, comme de toute consultation électorale, au Québec une petite merveille d’hypocrisie.  Je reprends ici ce que j’en ai déjà dit.

INDÉPENDANCE ? Une idée que j’ai bien aimée quand elle était jeune, mais qui a si mal vieilli, qu’on ne se demande plus si on en veut, seulement s’il n’est pas discourtois d’y faire même allusion. On ne parlera pas d’indépendance, à ces prochaines élections au Québec. Pourtant, on ne pensera qu’à ça.

On ne parlera pas de référendum. Les deux-tiers des Québécois ne veulent pas d’un référendum; Ils savent bien que, quelle qu’en soit l’issue, les perdants se diraient « à la prochaine». D’ailleurs, on discute de la légitimité d’une sécession s’appuyant sur 51% des électeurs, mais veut-on vraiment choisir, entre vivre dans un pays dont 49 % des citoyens veulent sortir… et en créer un autre dont 49 % des gens ne veulent pas ? Est-ce bien ainsi qu’on créera au Québec plus de richesse et plus de justice ?

Le Québec ne veut pas d’un référendum qui le fera choisir entre être ou ne pas être canadien, car il sait que le meilleur scénario pour le Québec se situe probablement entre ces deux solutions simplistes. Il sait que la bonne question a poser est celle à laquelle répondra un consensus.

Il y a 50 ans , – RN, RIN, MSA, PQ….  – que les Québécois tentent de dire ce qu’ils veulent et on ne les écoute pas. Ils veulent avoir, au palier du Québec, tous les pouvoirs qui garantiront le développement d’une collectivité francophone ; ils veulent AUSSI appartenir librement à un ensemble canadien qui leur donnera la masse critique pour exister à côté des USA et avoir une voix plus audible dans le monde.

Pour avoir ce qu’il veut, le Québec doit le négocier avec ses partenaires du Rest-of-Canada. Sereinement, mais sans complaisance. Cette négociation sera d’autant plus efficace que le gouvernement du Québec aura une plus grande marge de manoeuvre. C’est cette marge de manoeuvre que voulait René Lévesque quand il demandait un OUI à la souveraineté-association et il n’a jamais prétendu vouloir autre chose. La bonne question à poser, c’est celle qui donne au Qbec cette marge de manoeuvre.

C’est celle du vote de confiance, permettant au gouvernement légitimement élu du Québec de négocier, sans le fil à la patte de quelque consultation populaire ultérieure, une nouvelle constitution canadienne qui donnera au Québec ce qui est le mieux pour le Québec.

Le gouvernement du Québec doit pouvoir négocier habilement, donnant-donnant, avec le gouvernement fédéral, les concessions sur certains points qui permettront de se gagner des avantages sur certains autres. Il doit pouvoir négocier une constitution sur mesure.

Il doit recevoir pour le faire un mandat non équivoque confirmant qu’il parle au nom des Québécois et qu’il peut – ne DOIT PAS nécessairement, mais PEUT à sa discrétion, s’il le juge nécessaire – sortir du Canada en fermant doucement ou en claquant la porte. C’est ce mandat discrétionnaire – que ne demandait pas le premier référendum – qui devrait faire l’objet du prochain… qui devrait être le dernier.

La question ? Simple et claire :

« QUÉBÉCOIS D’ABORD, je donne au Gouvernement du Québec le mandat formel : a) de négocier avec le Gouvernement du Canada les termes d’une constitution qui instaurera un nouveau partage des pouvoirs, au sein d’une Confédération canadienne à laquelle le Québec appartiendra si elle est conforme à ses aspirations, et b) si telle négociation échoue, de procéder, à sa convenance, à la sécession du Québec du Canada, par une déclaration d’indépendance, unilatérale ou négociée selon qu’il le jugera opportun, à la seule condition de l’avoir clairement énoncé à son programme »

Un « OUI » à ce référendum ne signifierait PAS la sécession du Québec, mais signifierait que celle-ci peut être déclarée en tout temps par le Gouvernement du Québec… SI et quand il décidait de le faire. Dans la situation ainsi créée, le Québec choisit les modalités de sa participation à une ensemble canadien, disposant naturellement aussi du droit de ne PAS y appartenir. Il EST donc souverain, puisque la souveraineté ne dépend pas des appartenances qu’on se choisit, mais du droit inaliénable de les choisir.

Ce référendum aboutit à une vraie « Souveraineté-Association ». Avec des dents, car toutes les élections subséquentes au Québec peuvent alors devenir de fait référendaires. Si une majorité de la population soutient les exigences dont un parti fait ses conditions de l’appartenance du Québec au Canada, elle saura que celui-ci ne se borne pas à instrumenter l’idée d’indépendance pour se faire élire… et ne plus en parler. Il pourra LA DÉCLARER sans autre discussion

Si le gouvernement fédéral ne conteste pas la validité du mandat qui découle de ce référendum — et la contester serait un suicide politique pour le parti fédéral qui le ferait — il reconnaît de facto la souveraineté du Québec. Je crois que c’est cette reconnaissance de la souveraineté du Québec, sans obligation de sortir du Canada, qui donnerait satisfaction à une majorité de Québécois. Pas à 51% des Québécois, mais à une majorité assez substantielle des Québécois pour qu’on puisse raccommoder la déchirure sociale qui persiste depuis le premier référendum et faire des choses ensemble.

Si je connais bien les Québécois, ils voteront OUI à ce référendum… puis s’empresseront d’élire un gouvernement qui négociera âprement pour le bien du Québec, mais tout en gardant un préjugé favorable au maintien de liens privilégiés avec le reste du Canada, évitant de parler de sécessions et en disant au contraire  haut et fort que le Québec restera dans la confédération.

Si les Québécois font ce choix, ce sera leur choix et, pour normand qu’il soit, ce choix n’empêchera pas que le Québec; 1)  soit alors devenu souverain, 2) demeure dans le Canada, et 3) ait néanmoins dans sa poche la clef de l’indépendance, si et quand il la voudra. Le meilleur des mondes. J’ai hâte qu’on en soit là et qu’on puisse vraiment penser à autre chose.

Pierre JC Allard

 

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6 pensées sur “Souveraineté OUI, sécession NON.

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    6 janvier 2014 à 11 11 47 01471
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    PIERRE JC
    Tu devrais refuser de répandre la mythologie péquiste
    Je reprends une portion d ton texte camarade. Tu écris «D’ailleurs, on discute de la légitimité d’une sécession s’appuyant sur 51% des électeurs, mais veut-on vraiment choisir, entre vivre dans un pays dont 49 % des citoyens veulent sortir… et en créer un autre dont 49 % des gens ne veulent pas ? Est-ce bien ainsi qu’on créera au Québec plus de richesse et plus de justice ?»

    C’est fausseté PIERRE JC. Jamais, lors d’aucun référendum de tels résultats n’ont été obtenu et jamais ils ne seront obtenus dans les mille années à venir.

    Souviens toi de la pseudo-question alambiquée du genre «SOUHAITEZ-VOUS QUE NOUS ALLIONS RENÉGOCIER LE LIEN CONFÉDÉRAL ET UN REPARTAGE DES POUVOIRS ET RESPONSABILITÉ – DONC À L’INTÉRIEUR DU CANADA- PUIS NOUS VIENDRONS PAR RÉFÉRENDUM VOUS REONSULTÉ POUR CONNAITRE VOTRE OPINION» te patati et patata. De ce vote sur une telle question tu prétends comme les péquistes que 49% votait en faveur de l’INDÉPENDANCE TOTALE IMMÉDIATE ET NE VOULAIT PLUS FAIRE PARTIE DU CANADA ou l’inverse !!!!

    Je maintiens que seul Option Nationale – Québec Solidaire et avant lui le RIN représentent des partis réellement indépendantistes (le PQ n’étant qu’un ramassis de politiciens opportunistes allant racler l’auge à Québec et souhaitant qu’il y ait le maximum de moulée dans l’auge évidemment — les négociations constitutionnelles sont pour eux le moyen d’apporter plus de grain au moulin)

    Tu connais le pourcentage d’appui à ces partis INDÉPENDANTISTES ???

    Non Pierre La vérité c’est que l’idée d’indépendance (y compris au cours des référendums trompeurs) n’a jamais décollé sérieusement au Québec malgré l’ÉTAPISME de l’agent de la GRC dans les rangs péquistes et qu’aujourd’hui elle se meurt malgré le soutien des agents de la GRC dans les rangs pseudos «souverainistes».

    Le grand capital monopoliste canadien comprenant ses sections québécoises francophone et anglophone ne veut pas de la sécession et la sécession n’aura donc jamais lieue. Qui mène la politique canadienne et québécoise mon frère ?

    Pour QS – laisse les mûrir et s’approcher de l’assiette au beurre (;-))

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      6 janvier 2014 à 21 09 26 01261
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      Personne je crois n’est plus critique que moi des manipulations qu’on a faites de l’idée de indépendance, ni plus sceptique des évaluations qu’on fait de la popularité relative de l’idée. Mais ce n’est pas le sujet de mon article.

      Je propose seulement une bonne sortie du marasme idéologique qui dure depuis une soixantaine d’années au Québec.. Une question référendaire qui obtiendrait une réponse positive, mais sans conséquences néfastes.

      Cette solution conduirait à un attentisme valorisant plutôt que frustrant, pour la grande majorité des Québécois qui ne veulent pas de l’indépendance, mais se sentent doublement humiliés 1) qu’on puisse nier leur droit a faire ce choix, et 2) qu’une majorité d’entre eux choisissent de la refuser quand on le leur accorde.

      PJCA

      .

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    6 janvier 2014 à 12 12 35 01351
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    Hypocrisie ! Qui dit politique dit forcément hypocrisie. Dans le cas du PQ, jouer sur les ambiguités de ses intentions est pratiquement un fond de commerce. Devant la fragilité de la base populaire pouvant éventuellement être convaincue de l’indépendance, il a choisi la manoeuvre. Faut dire que ce parti refuse d’abord de se clarifier lui-même à l’interne, ce qui en fait une organisation qui se maintient par la succession des compromis dans toutes les directions où la seule stabilité finit par être de remporter les élections, en dépit de tous les idéaux. La politique est l,art du possible, je ne l’invente pas.

    Hypocrise, mais aussi ironie. La quête de nouveaux pouvoirs ou de l’indépendance elle-même serait plus crédible si déjà les pouvoirs déjà attribués à Québec de plein droit, éducation, culture, santé étaient pleinement occupés par l’autorité compétente. Même si toutes sortes de contraintes existent, dont des contraintes budgétaires naturellement, rien n’empêcherait Québec sur le plan constitutionnel de modeler davantage les institutions d’enseignement, de santé et culturelles pour qu’elles reflètent davantage les intérêts nationaux des Québécois.

    Le train est arrêté parce que, au-delà des discours et sous-entendus jamais clarifiés, il n’y a pas de volonté concerté d’occuper le terrain.

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      6 janvier 2014 à 21 09 41 01411
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      @ Verrier

      Il y a une volonté ferme de ne PAS l’occuper. Il n’y a rien au Quebec qui ressemble à une pensée politique féconde, hormis les premiers balbutiements de la génération des Carré Rouges, qui doivent tout inventer, puisqu’il n’y a rien eu avant eux depuis si longtemps…

      La politique au Quebec est une rente de situation qui, au prix de dire des insignifiantes et de participer a une gouvernance un peu beaucoup mafieuse, permet d’être rémunéré à faire en sorte que les choses ne changent pas.

      PJCA

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    8 janvier 2014 à 2 02 31 01311
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    « ils veulent AUSSI appartenir librement à un ensemble canadien qui leur donnera la masse critique pour exister à côté des USA et avoir une voix plus audible dans le monde. »

    Ben voyons donc. Le but de l’indépendance, justement, c’est de faire en sorte que le Québec ait une voix audible dans le monde, y compris devant les États-Unis et n’importe qui d’autre, puisque la voix du Canada n’est clairement pas la voix du Québec, maintenant moins que jamais. Les délégations du Québec, c’est bien beau, mais ce n’est qu’une solution temporaire. Les vieux souverainistes avaient raison sur une chose, l’indépendance est un passage obligé pour qui recherche la souveraineté politique du peuple québécois.

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      8 janvier 2014 à 23 11 07 01071
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      @ Thomas

      L’indépendance comme vous la définissez – choix tout a fait respectable – a toutefois été rejetée deux fois par la population et je ne crois pas que ça changera prochainement… Les autres mérites de cette approche devient donc sans pertinence

      PJCA

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