De colin-maillard à la bourse, jouons à découvrir le sens caché….

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CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Toujours des mots qui nous font voyager dans le temps et découvrir leur histoire, leur origine généralement liée à des expériences humaines, des hasards, des évolutions de pensée. Les mots qui suivent sont tirés du Petit Dictionnaire des mots qui ont une histoire de Gilles Henry aux Éditions Taillandier. C’est le troisième article présenté sur le site.

Commençons par le mot colin-maillard, un mot dans notre culture lié au jeu, pourtant différent de la scène réelle qui en déclencha l’habitude.

Colin-maillard
Un guerrier très redouté s’appelait Jean Colin. Il fut surnommé Maillard en raison du maillet qui était son arme favorite. Robert 1er l’adouba chevalier en 999.

Or, voici que dans une bataille livrée contre le comte de Louvain, Jean Colin eut les deux yeux crevés. Guidé par ses écuyers, il continua de combattre, une attitude héroïque qui toucha beaucoup les gens.

Imaginez donc que c’est cette héroïque conduite qui inspira le jeu de colin-maillard, où l’un des participants a les yeux bandés. Comme quoi une chose tragique peut toujours évoluer dans un sens plus joyeux.

Eau de Javel
Aujourd’hui, l’ancien village de Javel est un quartier du XVe arrondissement de Paris.

Mais, se trouvait à Javel au début du XIXe siècle, une usine de produits chimiques où fut un jour préparé un nouveau mélange fait d’une solution d’hypochlorite de potassium (sodium) mélangé de chlorure de sodium, dont l’usage se répandit dans le blanchissage du linge.

C’est ainsi qu’est née l’eau de javel et le nom se fixa en 1830. De nos jours, l’eau de javel est utilisée aussi comme décolorant, désinfectant, microbicide, et un procédé de javellisation qui permet de purifier les eaux destinées à la consommation.

Éolienne
On remonte loin dans le temps. Parmi divers personnages ayant porté le nom d’Ecole, figure un fils de Poséidon et de Mélanippe, fondateur d’Éolie en Protontide (selon certains) ou époux de la fille du roi Liparos qui régnait sur les îles Éoliennes (selon d’autres). En parlant des îles Éoliennes, archipel volcanique, elles se situent au nord de la Sicile et sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000. On affirme que les Grecs seraient débarqués sur cette île en -580.

Quoi qu’il en soit, Éole, fils de Poséidon, devint le dieu des vents. Toutefois, il ne pouvait les déclencher qu’avec l’assentiment du père. Dans l’Énéide, il est dit que Éole parvint à déchaîner la tempête contre la flotte d’Énée.

Ainsi, la force du vent utilisée à bon escient remonte à toujours si toujours existe. Le moteur éolien tout comme la harpe éolienne connurent à partir de la fin du XVIIIe siècle un grand développement.

En 1907, le Nouveau Larousse entrait le nom d’éolienne signifiant une machine qui transforme en force motrice l’énergie du vent.

Pantalon
Les hommes doivent le port du pantalon à un personnage de la comédie italienne. Ce personnage originaire de Venise au XVIIe siècle jouait le rôle d’un vieillard avare et débauché, dont les aventures en faisaient continuellement une victime à la fois de Scapin et d’Arlequin.

On croit que c’est en raison du culte rendu à Venise à Saint-Pantalone (Saint-Pantaléon) que l’image et le nom du personnage devinrent familiers – il portait une longue culotte. Vers 1550, l’habit était d’une pièce depuis la tête jusqu’aux pieds et confirmait qu’on était veste en Pantalon. Un siècle plus tard, l’habit se transforma en un haut-de-chausses étroit tenant avec les bas pour, peu à peu, devenir l’élément vestimentaire que nous connaissons aujourd’hui.

Diesel
Un jeune homme ingénieux et curieux né à Paris en 1858 de parents allemands, est obligé de s’exiler une douzaine d’années plus tard à Augsbourg pour étudier. Il poursuivra ensuite de brillantes études à l’université technique de Munich. Son nom : Rudolf Diesel.

Adolescent, il a observé à Augsbourg le « briquet pneumatique », un instrument dont l’étincelle ne venait pas d’une pierre mais de la chaleur que produisait la compression de l’air dans un minuscule cylindre. Rudolf Diesel réussira plus tard, en comprimant les huiles lourdes de pétrole, à les enflammer et à les faire exploser.

À l’âge de trente-cinq ans, soit en 1893, il fait construire par des ingénieurs un moteur mono-cylindre de moindre puissance, exploit qui lui apportera une considérable renommée et fortune.

Même si le moteur diesel porte aujourd’hui son nom, sa vie personnelle subit après son invention une flambée de déceptions. Des ingénieurs plus rusés et malins que lui le dépossèdent du contrôle des affaires fondées sur son invention. À ce moment, il est connu dans le monde entier, mais renié dans son propre pays, l’Allemagne. Il met fin à ses jours en 1913 en disparaissant en mer au cours d’une traversée entre Anvers et l’Angleterre. On a conclu au suicide.

Cordonnier
L’origine du mot vient de Cordoue, ville de l’Andalousie sur le Guadalquivir qui devint la capitale de la région après avoir été un Émirat et un Califat Maure en Espagne.

Très tôt, la capitale a connu des activités variées dont la spécialité de la préparation des cuirs ou peaux de chèvres d’une manière tout à fait personnelle. Déjà, en 1236, on connaissait la cordouanerie signifiant bien sûr la fabrication provenant de cuir de Cordoue. La corporation des cordonniers se divisa par la suite en trois classes, soit une première pour les hommes, une deuxième pour les femmes et les enfants, et enfin, une dernière pour les cordonniers bottiers.

Tous les mots évoluant, celui de cordouanerie se fixa en cordonnerie comprenant l’activité et l’industrie de la chaussure. Le métier du cordonnier en est issu.

Une note sur le mot cordouan qui qualifie un cuir de choix fabriqué à l’origine à Cordoue à partir de peaux de mouton ou de chèvre et traitées au tan, au sumac et à la noix de galle.

Bourse
Voici un mot qui évoque l’argent. La bourse est un lieu où l’on se livre au commerce de l’argent, et de tout temps, marchands et banquiers se rencontraient à l’occasion de foires commerciales.

Reportons-nous en 1450, où une famille banquière de Bruges, les Van der Burse, ouvrit son hôtel à ces échanges sur la grand-place de la ville. Tout comme leurs cousins vénitiens, les Della Borsa, ils portaient des armes convaincantes : trois bourses pleines d’or. Les banquiers flamands prirent alors l’habitude de se réunir dans la maison des Van der Burse pour traiter leurs affaires.

On traita bientôt « À LA BOURSE ».

C’est en 1487 que Anvers ouvrit une place qui devint la première d’Europe. En France, ce fut d’abord Toulouse en 1549 – le nom de bourse se fixa à cette date – puis celui de Rouen, deux ans plus tard, ensuite Lyon à 1595.

Et Paris ? Ce n’est qu’en 1719 qu’une place financière s’ouvrit avec l’arrivée de Law, mais les opérations ne démarrèrent vraiment qu’en 1724 dans une cour qui devait devenir la place du Change.

À Londres, c’est Thomas Gresham qui fonda, dans la City, le Royal Exchange, devenu le STOCK EXCHANGE en 1773.

La Bourse, c’est encore et toujours la Bourse…

Dollar
Terminons avec le fameux billet vert. Son origine vaut le voyage…

On se reporte aux territoires de Bohême soumis aux Habsbourg, où se trouvait le village de Joachimsthal (en tchèque, Jachymov) dont l’hôtel des monnaies reçut en 1519 l’autorisation de fabriquer des espèces. Cette monnaie devint un joachimsthaler, puis simplement un thaler, qui connut diverses valeurs pour être stabilisées après 1871 à trois marks.

Lorsque le copinage act de 1792 créa la monnaie américaine – monnaie qui sera frappée à partir de 1794 – le nom de l’unité monétaire fut celui du « peso », dit pièce-de-huit qui circulait dans les colonies espagnoles et britanniques de l’Amérique. Les anglophones baptisèrent cette monnaie du nom de dollar par une simple altération de thaler et la monnaie des États-Unis devint officiellement le dollar. Le terme entra dans le Dictionnaire de l’Académie en 1835.

 

À suivre.

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

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