UNE Église, UN Pape, UNE (vraie) morale…

PIERRE JC ALLARD

Depuis quelques semaines, je parle d’éthique.  Je n’en parle pas « in se » pour la définir ou en discuter des éléments, mais dans l’optique d’en extraire un principe structurant pour la continuité de la société humaine, continuité qui me semble menacée.

Menacée, parce que, vouloir vivre en société, c’est essentiellement vouloir vivre mieux en s’en partageant les tâches, lesquelle peuvent alors devenir plus complexes … et complémentaires.  On se complète et on s’enrichit, s’enrichir n’étant qu’un autre mot pour dire « avoir ce qu’on veut ».

Pour avoir ce qu’on veut, il faut se compléter, ce qui implique collaborer… et donc se faire confiance.  Les hominiens qui ont commencé à se faire confiance, se sont mis en tribus, puis en sociétés de plus en plus complexes…. Et ils se sont enrichis.   La morale a eu ainsi le vent dans les voiles durant des millénaires.   On a codifié en «éthiques » les règles à suivre pour que l’indispensable confiance soit là.

Il y a eu des désaccords, bien sûr.  Chaque fois que quelqu’un a eu le pouvoir de biaiser l’éthique à son avantage, pour qu’elle serve un autre but que de permettre aux gens de se faire confiance, les uns les autres.  Ce sont ces désaccords qui sont devenus des religions, abusant ainsi de cette force qu’est la foi pour faire agir sans autre raison que le goût d’agir, et en abusant pour accepter des dogmes, comme autant de fatras d’absurdités contradictoires.

Il y a eu des désaccords, mais pendant longtemps il est resté, en tronc commun, une éthique largement partagée qui a permis que les humains travaillent ensemble et que les peuples puissent survivre.  Survivre en créant au moment de vérité –  et quelles que soient leurs autres divergences – un consensus de ceux qu iavaintt une morale pour lutter contre ceux qui n’en avaient pas.

Pendant des millénaires, on a tenté de se faire de plus en plus confiance et se mériter cette confiance a été perçu comme une vertu.   Puis, il y a quelques siècles, un virus  est apparu dans l’humanité – né de l’abondance qu’apportait l’industrialisation ou de quelque autre facteur, ce serait un autre débat  -…  et mériter la confiance a cessé d’être VRAIMENT perçu comme une vertu. Oh on a continué à en dire du bien, mais agir moralement est devenu dans les faits une inadmissible faiblesse, une involution darwiniste, un pas vers l’extinction.

Le vrai but proposé par la société est devenu, au contraire, d’abuser de la confiance d’autrui. « Faire du commerce » – ce maquignonnage vénal qui est à sa face même l’expression la plus vulgaire de la relation humaine – est devenu une entreprise glorieuse.  On a créé une culture reposant sur l’arnaque: profiter de l’autre comme but premier de la vie et voie royale vers la réalisation personnelle.

Ce faisant, on a extirpé insidieusement de la conscience humaine les principes de l’éthique qui permettaient de se faire confiance les uns les autres.  On les a remplaçés par la profonde insignifiance d’une foi en des dogmes ridicules et une notion du péché réduite  à des tabous sexuels de convers pervers.   Cet effort a culminé aujourd’hui avec une « aristocratie » de banksters. Dans une société américaine si dépourvue de noblesse que l’on se débarrasse  d’un militaire présumé bonapartiste … en l’accusant de tromper sa femme !

Il n’y a plus de vraie morale. On a perdu toute confiance les uns envers les autres. Or, une société ne peut perdurer que si les sociétaires peuvent raisonnablement supposer que la pulsion égoiste primaire en chacun est efficacement compensée par la compréhension des avantages supérieurs que lui apportent la collaboration et la valorisation constante  de cette compréhension.   Vouloir une morale, c’est vouloir cette valorisation.

Idéalement, on voudrait une morale universelle, laquelle serait un facteur de paix.  A défaut de cette universalité, rendue difficile à court terme par les dogmes antagonistes que les religions traditionnelles ont inoculés comme une rage sélective à leurs victimes respectives, on doit au moins faire prévaloir une morale correspondant à chaque culture  religieuse.  Il peut en être ainsi dans ce que l’on pourrait appeler la « chrétienté ».

La « chrétienté », c’est l’Occident, un territoire où  prévalent les « principes du Christ », aussi bien pour les laïques, agnostiques et athées « postchrétiens » que pour ceux qui se disent encore « pratiquants ». Les greffons de cultures non-chrétiennes n’ont pas encore la masse critique pour compromettre l’homogénéité de cet ensemble et il est donc encore possible d’avoir UNE morale de consensus en Occident.

Le défi, c’est d’exprimer cette morale et de renvoyer dans la sphère de la conscience personnelle toutes les questions de dogmes. À chacun sa foi, pourvu qu’elle le motive.  Peu importe la croyance, s’il en sort un individu à qui l’on peut faire confiance, car  2 000 ans de christianisme nous ont tissés de la même fibre morale. Ce ne sont pas les dogmes disparates et souvent saugrenus qui sont l’ennemi, ce ne sont que des inconvénients.

L’ennemi, c’est l’immoralité programmée qui affirme que le bien supréme consiste à prévaloir sur son prochain.  Le jeu à  somme nulle qui fait que l’on gagne et que l »autre perd.  C’est ce concept mortifère, qui est la négation absolue du message du Christ et qui est à détruire notre société.

Il faut ramener une vraie morale.  Ce n’est pas mon propos de définir ici ce que doit être cette morale incarnant les « principes du Christ ». Seulement de dire qu’elle devrait être définie et qu’il serait bon qu’existe une Autorité, sans autre pouvoir que moral, dont le rôle soit d’identifier un consensus sur le plus grand commun diviseur de ce que les « Chrétiens »  croient être ce message du Christ.

C’est ce consensus dans une seule église et avec un seul Pape, non comme chef, mais comme interprète, conseiller et arbitre, qui permettrait que refleurisse en Occident une vraie morale d’où renaîtrait la confiance.

Des milliers d’hommes et de femmes de bonne volonté  pensent en ces termes.  Oecumenisme, Parlement des Religions, etc… mais s’il est une personne qui puisse aujourd’hui   être le symbole de cette démarche, c’est  sans doute Hans Küng, le vieux théologien contestataire, intime du Pape Ratzinger, qui appelle aujourd’hui les clercs de la base à la révolte contre les diktats de l’Église traditionnelle.

Le mouvement de la base ne pourrait pas partir d’encore plus bas que le bas clergé que cible Küng ?  Partir des  laïques, croyants et incroyants.  De ceux qui comprennent qu’il faut que revienne la confiance, que revienne une morale, un sens à la vie autre qu’une infinie cupidité…   Ceux qui comprennent  qu’il n’y a pas de meilleur vecteur pour transmettre ce message en Occident que la structure de la vieille Église désaffectée qui doit elle-même se retrouver un sens ?

Comment partir de cette vraie base ?  Aujourd’hui, à l’Ère de l’Internet, par une pétition.  EN VOICI UNE  que je viens de lancer se soir.  Juste pour vous. Je ne m’y attarderai pas, car ce n’est pas ma compétence.  Mais elle pourrait grandir, à la mesure de la vie que lui insuffleraient ceux qui s’y reconnaîtront.

Pierre JC Allard

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