Yves « Colosse » Plamondon réclame 30 millions !

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Trente millions, c’est beaucoup d’argent. Mais, vingt-huit années en prison, c’est long, c’est beaucoup de temps. La liberté, on le sait, n’a pas de prix. Yves « Colosse » Plamondon aurait pu exiger beaucoup plus selon son avocat, Me Daniel Rock. Mais bon, heureusement, ce dernier a accepté de réduire la réclamation à 30 millions de dollars ! Nous lui en sommes reconnaissants puisque c’est nous, finalement, les citoyens, qui allons payer cette somme.

Soyons précis tout de suite : il ne s’agit pas d’innocenter M. Plamondon, mais de rectifier une détention jugée abusive pour preuve manquante. Dans sa mise en demeure datée du 6 mai, Me  Rock allègue qu’ « il y a eu une manipulation plus que questionnable de la preuve recueillie, une utilisation inappropriée des délateurs et des ressources judiciaires par l’État qui visait un seul objectif, une culpabilité à tout prix ». Me Rock dénonce également l’abus des procédures.

L’affaire a commencé en avril 1986 lorsque Yves Plamondon, un Hell Angels qui fait le commerce de stupéfiants, est accusé des meurtres de Armand Sanschagrin, Denis Ouellet et Claude Simard, tous liés au trafic de la drogue, et tués par balle dans la région de Québec entre 1983 et 1985. Plamondon est condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant d’avoir purgé 25 ans de sa peine derrière les barreaux. Au cours du procès, preuve fut présentée que l’accusé était reconnu comme un important trafiquant de narcotiques, s’approvisionnant à Montréal pour revendre la marchandise à Québec. Quant aux trois crimes dont on l’accuse, Plamondon les niera jusqu’à la fin.

« Colosse » Plamondon présente requête sur requête auprès de la Cour d’appel et la Cour suprême, toutes rejetées. En 1991, une enquête révèle que les « déclarations des témoins Jean Noël Daley et Pierre Gaudreault, qui contenaient des renseignements contradictoires à ceux fournis au procès » et « différents de ceux contenus dans la déclaration non datée remise à la défense, n’avaient pas été divulgués lors du procès », décide le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson, à présenter une demande de renvoi à la Cour d’appel, qui s’est de nouveau penchée sur le dossier.

Me Daniel Rock s’occupe du cas de Plamondon depuis dix-huit ans. Le mémoire qu’il déposera à la Cour d’appel soulève deux points, soit l’admissibilité à titre de nouvelle preuve des nouveaux renseignements concernant la non-communication de deux témoins; et une interrogation sur la notion de parjure qui aurait été commise par trois personnes au moment de leur témoignage au procès. La Cour a répondu positivement au premier point, négligeant le second en raison de l’affirmation du premier. Me Rock va baser sa défense sur la preuve manquante et des déclarations non communiquées qui ont nui à l’équité du procès de 1986.

L’histoire se complique avec le décès du troisième délateur, André « Bull » Desbiens, bien connu du milieu policier, qui revient sur sa parole en 1995 juste avant de mourir. Atteint d’un cancer en phase terminale, le « Bull » déclare sous serment qu’il a menti dans son témoignage de 1986. Il se repent. Plamondon n’aurait rien à voir avec le meurtre de Denis Ouellet, l’une des trois victimes.

Ce n’est qu’en 2004 qu’une enquête sur les nouvelles affirmations de M. Desbiens s’ouvrira !

Pourquoi Yves Plamondon n’a jamais demandé de libération conditionnelle

À l’intérieur des murs du pénitencier à sécurité maximale de Donnacona. Yves « Colosse » Plamondon n’est pas de tout repos. Il fait la pluie et le beau temps. Il tente en 1992 une évasion impliquant un hélicoptère avec une dizaine de détenus. Ratée, évidemment. Un peu auparavant, président du comité des détenus, il prend la direction du « trou » avec sept codétenus, à la suite d’une émeute qui a conduit 167 bagnards à brûler et à saccager pour 100 000 $ d’équipements. Quelques jours plus tôt, les gardiens avaient découvert une arme avec silencieux chargée à bloc dans une aire récréative. Enfin, il fait parler de lui en entamant une grève de la faim d’une durée de 60 jours pour contester son transfert au Nouveau-Brunswick.

On peut se demander pourquoi l’homme n’a jamais demandé de libération conditionnelle. Après 25 ans de réclusion, il y avait droit. Mais voilà, pour obtenir libération, il lui aurait fallu reconnaître les meurtres, ce qu’il a refusé.

Entre-temps, la relation avec son avocat se resserre. Plamondon a pour lui de la gratitude et avoue n’avoir peut-être pas tenu le coup sans ses encouragements et sa persévérance. Quant à Me Rock, il reconnaît le charisme de son imposant client, son bon jugement – au-dessus de la moyenne dit-il. Il apprécie son caractère sans hargne. Si Plamondon réclame un dédommagement au ministère public et à la Sûreté du Québec (SQ) pour ses années de détention – injustes – c’est une demande de réparation pour les torts qu’on lui a faits, et non un acte de vengeance. Peut-être aussi une incitation pour une plus grande vigilance dans les procédures judiciaires afin qu’elles soient encore plus transparentes et allégées.

Il avait trente-six ans en 1986. Il en a maintenant soixante-quatre ! Libre, il l’est. Depuis quelques jours.

En liberté conditionnelle depuis le 23 janvier 2014, il attendait la suite des procédures qui ont été finalement abandonnées. Il n’y aura pas d’autre procès. Faute de preuve et en raison du temps écoulé depuis 1986, la Couronne n’était pas en mesure d’en soutenir un nouveau.

Un long combat.

http://www.droit-inc.com/article11461-Nouveau-proces-pour-Colosse-Plamondon

 

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

4 pensées sur “Yves « Colosse » Plamondon réclame 30 millions !

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    15 mai 2014 à 7 07 36 05365
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    Ces types sont pas des petits saints certes. Ceci dit, notre soi-disant civilisation de l’habeas corpus opère de plus en plus sur une implicite mais pesante présomption de culpabilité. Tous les dissidents et les marginaux sont des coupables, en quelque sorte.

    Or, si la dope se vendait à la SAQ, on perdrait bien moins de temps, d’argent, et de sang dans toutes ces niaiseries crapuleuses à rallonges d’un autre âge.

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    15 mai 2014 à 9 09 15 05155
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    @Paul Laurendeau

    Exact, dans le cas Plamondon, c’est aussi une présomption de culpabilité.

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    15 mai 2014 à 10 10 14 05145
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    @ Carolle-Anne

    En publiant ce commentaire, j’ai deux objectifs. le premier est d’ajouter ma voix à celle de ceux qui dénoncent les comportements révoltants de notre systàme judiciaire, de Turcotte à Robinson…à l’injustice au quotidien dont nous sommes tos parfois victime. J’en donne quelques exemples en liens dans ce commentaiire

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/05/23/ces-fonctionnaires-de-merde/

    Mon second est d’utiliser cette référence au seul de mes articles dont le titre comporte un ou deux mots indélicats, pour signifier que je ne suis pas totalement fermé à la scatologie ou coprophilie constructive. Le petit frisson d’endorphine qui accompagne l’usage d’un mot interdit lorsqu’on était enfant n’est pas un péché mortel en soi. Comme toute drogue, la grossiereté ne mene à l’enfer que quand on en abuse… Au départ, on dit que ca rend sourd.

    PJCA

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    15 mai 2014 à 11 11 15 05155
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    @Pierre JC Allard

    La lourdeur administrative est une forme de pouvoir abusif et caché. Il n’y a pas que des cadres fonctionnaires qui abusent du pouvoir – satisfaction égoïque assurée – mais aussi tout employé qui porte un uniforme et qui se croit une projection de l’État et qui essaie d’intimider par son ton de voix, sa sécheresse, son impatience ….

    Pauvre citoyen-consommateur … on est de plus en plus souvent pris en otage.

    J’ai lu votre article. Comme vous dites, du fumier.

    CAD

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