Zoothérapie pénitenciaire

Le pénitencier ressemble parfois à une véritable animalerie, à une diversité d’animaux à faire pâlir de jalousie un directeur de zoo.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville, Dossier Chronique du prisonnier

zoothérapie prisons prisonnier animaux L’emploi des quolibets pour se décrire entre détenus prend souvent naissance chez un trait comportemental ou physique de la personne visée. Le cachalot ou le pic décrivent bien la corpulence ou la maigreur des personnes identifiées, alors que «Buzz» et «Fess» correspondent à un non-dit qui sous entend un état stone ou violent.

Voici quelques exemples révélateurs de la faune carcérale: la mouette est un détenu toujours affamé qui ramasse tout ce qui lui tombe sous la main, le requin est celui qui prête de l’argent à des taux d’intérêts exorbitants, le rat est celui qui utilise la délation pour obtenir une libération anticipée, le poisson ou le méné est celui qui se fait arracher son argent par une magouille quelconque.

La zoothérapie en prison

zootherapie-prison-animaux-systeme-carceral Plus sérieusement, au Canada comme dans plusieurs autres pays, des pénitenciers utilisent la zoothérapie comme programme de réhabilitation. Le dressage de chevaux sauvages aux États-Unis est probablement le plus connu d’entre eux. Plusieurs documentaires télévisés furent réalisés à ce sujet.

Dans une moindre mesure, il existe des projets moins connus mais tout aussi bénéfiques et efficaces. Le dressage de chiens pour des personnes handicapées en tout genre se pratique aussi à l’intérieur de certaines prisons.

Ici à Cowansville, des détenus paient de leur propre poche pour un service de zoothérapie. À raison d’une fois par mois, un petit groupe de détenus se retrouvent dans un minuscule local avec les animaux. C’est dans cet endroit que les détenus ont la possibilité de caresser, câliner, serrer, cajoler ces animaux. L’activité débute normalement par la déclaration de l’état civil de la responsable, histoire de décourager les mâles en chaleur. Par la suite, elle explique l’objectif de l’activité. C’est la seule du genre dans tout le pénitencier où les détenus payent eux-mêmes leur participation. Cette démarche personnelle démontre sans aucun doute les bienfaits que les gars en retirent individuellement.

Découverte de soi-même par la zoothérapie

hibou-zootherapie-prison-penitencier Pour plusieurs d’entre nous, les émotions que nous avions laissées au placard à notre arrestation rebondissent en force dès que nous sommes mis en contact avec ces animaux.

D’autres, découvrent pour une première fois le réconfort qu’un animal peut procurer. J’ai vu des détenus redevenir des hommes l’instant d’un échange avec un gros chat ou un petit hérisson. C’est rassurant de réaliser que derrière quelques visages patibulaires se cachent des petits garçons en mal de tendresse et d’amour.

Je peux l’affirmer pour l’avoir vu de mes propres yeux, le contact avec des animaux humanise les hommes. Ils apprennent à se laisser apprivoiser. J’ai discuté avec plusieurs des détenus prenant part à l’activité et après leur première participation, tous découvraient leur premier amour inconditionnel. Cela change radicalement la vision de ceux qui furent victimes d’abus en tous genres.

La mission première du Service correctionnel est la protection du public. Cette protection devrait commencer par le désamorçage des bombes ambulantes que deviennent certains détenus durant leur détention. Il n’y pas suffisamment de reconnaissance attribuée aux bienfaits que procure la zoothérapie.

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