La dynastie des Tang

Gaozu, premier empereur Tang

Un oeil sur … la Chine
Carolle Anne Dessureault :

Pendant que l’Europe vivait sa période la plus sombre du Moyen-Âge, d’autres contrées connaissaient un grand épanouissement, en Amérique centrale, au Proche-Orient et en Chine.

On se souviendra de la courte période d’une trentaine d’années de la dynastie Sui avec ses deux empereurs, Wendi et son fils Yangdi, qui ayant réussi toutefois à unifier les Chines du Nord et du Sud, favorisèrent l’éclosion du Nouvel Empire et l’avènement des Tang en 618, celui-ci concrétisé par un soulèvement contre Sui Yangdi par des aristocrates mené par Li Yuan qui prit le nom de l’empereur Tang Gaozu.

La Chine des Tang (618 – 907)
Les «fils du Ciel» de la dynastie Tang, considérée comme un âge d’or de la civilisation chinoise, vont régner sur un empire florissant, favorable au commerce avec l’étranger. Leur capitale était située à Chang’an, l’actuelle Xian. Selon les archives Tang, la population grimpa pendant leur règne à 90 millions de personnes, ce qui permit à ces «fils du Ciel» de détenir des armées de centaines de milliers de personnes pour lutter contre les peuples nomades de l’Asie centrale. Surtout, de sécuriser les lucratives routes commerciales le long de la «route de la soie».

Le règne des Tang fut donc une période de stabilité, d’une relative paix qui sera brisée durant la deuxième moitié de la dynastie par la révolte de Huang Chao, rebelle paysan, que nous verrons un peu plus loin.

Cette époque fut favorable à la culture, particulièrement pour la poésie qui prit un essor formidable. La peinture aussi.  Bien que le pouvoir central sera affaibli, les affaires mercantiles resteront intactes et le commerce continuera à se développer. Le bouddhisme déclina vers la fin de la dynastie.

Les empereurs Tang

Gaozu (Li Yuan) 618        Taizong (Li Shimin) 626        Gaozong (Li Zhi) 650


Wu Zetian (Zhou)    Li Xian – 705 (fils de Zetian)  Xuanzong (Li Longqi) 712


Suzong (fils de Xuanzong)        Xizong (dernier empereur)

Les empereurs GAOZU (618 – 626)  et TAIZONG, son fils (626 – 649)
Ainsi, le gouverneur du nord du Shanxi, Lu Yuan, entra dans la capitale des Sui en 618 et se proclama, après l’assassinat de Sui Yangdi, premier empereur de la dynastie Tang, sous le nom de Gaozu. 

Quelques années plus tard en 626, son fils Li Shimin, un ardent combattant qui l’avait soutenu à renverser le pouvoir des Sui, le força à abdiquer en sa faveur. Le fils devint donc à vingt-six ans le deuxième empereur. Juste avant, Li Shimin s’était assuré de nettoyer la place pour éliminer toutes les sortes d’opposition, signifiant qu’il fit tuer la famille royale, onze prétendants au trône, et qu’il se débarrassa par la même occasion de ses deux frères. Li Shimin prit le nom de Taizong. Sous sa gouvernance, la Chine retrouva les territoires quelle possédait trois siècles auparavant.

Taizong, bien qu’il ait éliminé la famille royale et tué ses deux frères et fait déchoir son père, tous des actes contraire aux principes confucéens, sut se montrer un dirigeant efficace, et à l’écoute des gens de sagesse qui faisaient partie de son conseil. Il fit ériger en 628 un mémorial bouddhiste pour les victimes de la guerre, et l’année suivante, des monastères bouddhistes sur les sites des principales batailles, afin que les moines puissent prier les morts des deux camps. Il fut admiré pour ces nobles actions même si elles servaient ses intérêts.

Taizong se lança rapidement à la conquête de l’Asie centrale. Profitant de troubles chez les Tujue (Turcs «bleus» ou célestes) orientaux, il envahit leur royaume et s’installa en Mongolie-Intérieure, devenant «Khan céleste» en 630. Il engagea par la suite une série de campagnes dans le Turkestan qu’il parvint à soumettre dix ans plus tard après la défaite des Tujue occidentaux.

Des liens amicaux se nouèrent entre la Chine et le Tibet, une alliance qui se traduisit par l’envoi d’une princesse chinoise pour être mariée à un chef tibétain.

L’empire se divisait en dix provinces; l’empereur dirigeait le gouvernement central, assisté d’un conseil privé et d’un secrétariat d’État contrôlant les six ministères (Fonction publique, Armées, Finances, Justice, Rites, Travaux publics) … une forme de caricature de nos modèles.

Li Shimin réforma aussi l’administration et la justice en instaurant un «code des lois» de 500 articles, resté un modèle du genre, établi en 653, spécifiant les divers crimes et les peines qui devaient être appliquées. Pour corriger, on donnait souvent des coups de bâton, de dix à cent et plus, selon la gravité de la faute. Le coupable pouvait aussi être condamné à la servitude pénale ou être exécuté, ou subir l’exil. Naturellement, la sévérité des peines variait selon la position sociale de l’individu. Un maître qui tuait son serviteur n’était pas condamné à mort, alors que le serviteur pouvait être assuré d’être exécuté après avoir été battu.

Li Shimin-Taizong organisa également une répartition des terres dans les villages afin que chaque adulte,  selon son âge, puisse recevoir une certaine surface de terre à céréales et une autre de terre à mûriers! En plus du commerce de la soie, celui du thé devint florissant. Le premier papier-monnaie fit son apparition, sous forme de lettres de crédit (feiqian) que les commerçants du Sud recevaient, dans la capitale, en échange de leurs marchandises; cette région étant agitée et peuplée de brigands, les commerçants pouvaient sans péril faire leurs transactions et par la suite, de retour dans leur ville, recevoir leur argent en échange de leur feiquian.

L’empereur GAOZONG (650 – 683) et l’impératrice WU JETIAN (690) dynastie Zhou
Li Shimin (Taizong) désigna son fils Li Zhi comme héritier. Celui-ci prit le pouvoir en 650 sous le nom de Gaozong. Son règne consista à poursuivre l’oeuvre de son père et à combattre la flotte japonaise qui tenta à plusieurs reprises de débarquer en Chine. Gaozong parvint à l’anéantir.

Peu à peu, le pouvoir faiblit : en 670, les Tujue reprirent leur indépendance tandis que les Tibétains enlevèrent quatre place forces, les «quatre garnisons» : Khotan, Yarkand, Kachgar et Koutcha.

Gaozong mourut empoisonné en 683. Sa veuve, une ancienne concubine de son père, s’empara du trône impérial sous le nom de Wu Jetian. En 690, elle se fit proclamer «empereur» de la nouvelle dynastie des Zhou : Wu Jetian sera l’unique impératrice en titre de l’histoire chinoise. Une autre femme règnera à la fin du XIXe siècle, l’impératrice douairière Cixi (ou Ts’eu-hi) de la Mandchourie. Wu Jetian installa sa cour à Luoyang, après, évidemment, suivant le modèle de tant d’autres, l’avoir purgée de tous les descendants de la famille Li, épargnant, cependant, son propre fils, Li Xian, ce dernier prenant le pouvoir à la mort de sa mère en 705 et règnera pendant cinq années.

L’empereur XUANZONG (712 – 741) 
On l’a surnommé «Minghuang», c’est-à-dire «l’empereur brillant». Au début du VIIIe siècle, Li Longqi, nommé royalement  Xuanzong, reprit les quatre garnisons du Tibet et contrôla une route de 5 000 kilomètres, de Chang’an à Kacchgar. Partout sur le territoire, des commerçants étrangers s’y installèrent, contribuant ainsi au développement économique du pays, et occupèrent dans les villes des quartiers entiers où ils avaient le loisir de pratiquer leur religion et vivre selon leurs coutumes.

Une société brillante de lettrés, d’artistes et de poètes vivait à Chang’an et dans les principales cités de l’empire. De grands poètes, et peintres, marquèrent l’époque de la dynastie Tang. Voir les illustrations plus loin.

De nouveau, l’empire est menacé par les Tujue et par les Arabes, et devra céder le contrôle de la Route de la soie aux Arabes, et aux Tibétains et aux Birmans, celui du Yunnan. Pendant ce temps, à Chang’an, l’empereur qui se fait vieux, tombe follement en amour avec la concubine d’un prince impérial, la jeune Yang, une beauté à la peau blanche satinée et à la figure aux traits harmonieux. Je vous présente deux représentations de cette déesse, une par le peintre moderne, Antoine Fuqua, et une autre, anonyme :

 
Yang (guifei) par Antoine Fuqua       Yang (peintre anonyme)

Cet amour de l’empereur pour la concubine Yang (guifei – signifiant «rang moyen) allait grandement nuire à la stabilité du pouvoir. Très vite, Yang exerça une influence prépondérante à la cour et fut accusée plus tard d’avoir favorisé l’ascension de An Lushan, l’officier qui portera un coup fatal à la dynastie.

En réalité, l’officier aurait surtout profité d’une évolution de l’armée chinoise laquelle, à l’initiative du Premier ministre Li Linfu, en fit une armée de métier à garnisons fixes, sous la responsabilité d’un commissaire, lui-même contrôlé par le pouvoir central, pouvoir qui se révélera inefficace, les chefs militaires acquérant une puissance et une indépendance sans contrepoids réel. An Lushan cumulait sous son autorité trois régions militaires et disposait de 200 000 hommes et de 30 000 chevaux. Quelques années plus tard, en 755, An Lushan fomenta une révolte et attaqua la capitale. L’empire des Tang fut profondément ébranlé. Xuanzong abdiqua en faveur de son fils, Suzong.

L’empereur SUZONG (741 – 762) 

Ainsi, Suzong, qui avait organisé la résistance contre An Lushan en faisant appel aux Ouïgours et aux Tibétains, succéda à son père. La révolte menée par An Lushan prenait toujours plus d’ampleur, car les paysans se joignaient à sa cause, insatisfaits des pressions fiscales qui s’exerçaient sur eux. Mais Suzong parvint à mater la révolte en 762, l’année de sa mort. De nouvelles révoltes paysannes éclatèrent en raison de nouveaux impôts mis au point : sel, thé, alcools.

Huang Chao, rebelle paysan

Celle menée par Huang Chao, rebelle paysan, dura dix ans.

L’empereur XIZONG (875 – 889) dernier empereur 
Le pouvoir impérial dépendait maintenant de la bonne volonté de Li Keyong, un Tujue qui après avoir demandé la protection de la Chine s’établit sur le plateau des Ordos, et devint ministre et gouverneur du nord du Shanxi. Il se proclama roi de Taiyuan en 895, ce qui mit un terme à la dynastie des Tang.

Le rebelle paysan, Huang Chao, se suicida. Son lieutenant détrôna en 906 le dernier souverain Tang.

Il fonda le Kaifeng, dans le Henan, capitale des »Cinq dynasties» au pouvoir jusqu’en 960.

Les poètes et les peintres


Li bai, poète               Du Fu, poète                    Wang Wei, poète

LI BAI : poète qui serait mort en essayant d’attraper la lune dans le fleuve Bleu!

DU FU : poète qui vécut misérablement.

WANG WEI : à la fois poète et peintre

Coupe en or et argent (Tang)            Statue (fonctionnaire civil)

Prochain article : La Période des Cinq Dynasties et les Dix Royaumes

Source : L’histoire du Monde, no 32 – Larousse, 1993
Wikipedia

12 pensées sur “La dynastie des Tang

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    13 décembre 2013 à 13 01 35 123512
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    Parfaitement captivant.

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      13 décembre 2013 à 16 04 27 122712
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      Merci.

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    13 décembre 2013 à 16 04 46 124612
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    C’est à nous de te remercier Carolle-Anne.

    Merci

    André Lefebvre

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      14 décembre 2013 à 1 01 08 120812
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      Je dis quand même merci, car sans lecteurs, c’est moins stimulant.

      Carolle Anne Dessureault

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    13 décembre 2013 à 16 04 55 125512
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    Ce qui est passionnant dans ces textes d’historienne, c’est qu’ils nous parlent du passé et plus de notre présent, et comme c’est reposant !

    Ainsi, on peut s’y retrouver pour enfin réfléchir un peu sans cette pression de l’actualité et de ses parcours fléchés et vitesses limitées entre les nids de poules et les ralentisseurs en béton armé pour favoriser tous accidents.

    L’histoire c’est la reine de toutes les sciences humaines, et toutes nos inventions viennent de ce puits sans fond.

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      13 décembre 2013 à 16 04 58 125812
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      Avez-vous noté que pour bien saisir un texte d’histoire, il faut toujours le relire et plusieurs fois, parce que ces textes contiennent toujours d’innumérables informations. Ce qui n’est pas tant le cas des autres textes d’autres sciences et sur des sujets plus vifs et actuels.

      L’histoire c’est un sublime jeu de construction et de déconstruction. On s’y amuse trop. 😀

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        13 décembre 2013 à 19 07 30 123012
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        Cet empereur qui éradiqua toute sa famille, les prétendants et ses deux frères, est vraiment shakespearien. La famille c’est jamais de tout repos… 😀

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          14 décembre 2013 à 1 01 07 120712
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          Bonsoir Demy,

          Tout comme vous, l’histoire me repose de l’actualité harassante, probablement parce que je ne suis pas impliquée et que je pose un regard neuf sur le passé sans me tourmenter pour l’avenir. J’y puise aussi une connaissance de la nature humaine. Tous ces empereurs étaient de fameux assassins et ne se cachaient pas pour éliminer leurs proches.

          Une question Demy : les peintures de cette époque représentent-elles un quelconque intérêt pour vous ?

          Carolle Anne Dessureault

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            14 décembre 2013 à 6 06 46 124612
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            Le lavis d’encre né en Chine, et qui est devenu le sumi-e japonais, est la base même de l’art stylé le plus extrême en Occident.

            C’est l’art le plus difficile. Et seuls des artistes impliqués quotidiennement dans leur pratique peuvent y réussir.

            Un trait faible et tout est à déchirer et à recommencer. Et bien sûr, cette gestuelle est inimitable, on ne fait jamais deux fois le même trait. C’est pourquoi, le marché de l’art ne s’y est pas trompé, car il y a plus d’originalité dans cette forme d’art comme une signature constante.

            Le principe est le même qu’à Lascaux depuis la préhistoire, donner à voir le plus possible avec le moins d’effet, tout pour suggérer la vie et le mouvement.

            C’est plus qu’un art, c’est une pratique, une méditation, une transformation de l’être. Il faut parvenir à un certain état pour exprimer le bon trait.

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    14 décembre 2013 à 7 07 16 121612
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    L’histoire nous fait realiser que la vie de l’humain n’a jamais été de tout repos

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      14 décembre 2013 à 12 12 21 122112
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      Étonnant cette incessante quête du pouvoir sur l’autre! L’évolution se fait tout de même, à pas lents. À l’époque des Tang, il n’y avait pas de charte des droits de l’homme, ni de «charte des valeurs» … on voit que même ces chartes suscitent beaucoup de débats et d’opposition!

      Il y a eu évolution. Lorsque les premiers samouraï vérifiaient l’efficacité du tranchant de leur épée, ils appelaient une de ces «personnes», de pauvres hères, et lui tranchaient la tête. L’idée ne leur venait pas de s’exercer sur un arbre, ce qui viendra avec le temps …

      Bonne journée,

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    14 décembre 2013 à 13 01 42 124212
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    @Demian West

    Merci pour les explications. «On ne fait jamais deux fois le même trait … le principe est le même qu’à Lascaux depuis la préhistoire, donner à voir le plus possible avec le moins d’effet, tout pour suggérer la vie et le mouvement… C’est plus qu’un art, c’est une pratique, une méditation, une transformation de l’être. Il faut parvenir à un certain état pour exprimer le bon trait.»

    J’adore!!!

    L’état d’être … sans artifice, puissant et humble.

    Carolle Anne Dessureault

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