Les inventions chinoises

Un oeil sur … la Chine
Carolle Anne Dessureault :

*UNE PAUSE dans la continuité des dynasties chinoises. La suite reprendra la semaine prochaine 3 janvier 2014 avec la dynastie des Song du Nord.


Voici, en attendant, une révision des diverses inventions chinoises à travers les dynasties.

Selon un proverbe chinois, «le passé est le miroir d’aujourd’hui».

Les Chinois firent de nombreuses découvertes qui traversèrent le monde entier et permirent d’accélérer le développement de l’humanité. On leur reconnaît quatre inventions, soit le papier, l’imprimerie, la boussole et la poudre à canon.

1) le papier

Papier dynastie Han de l’Ouest

Les premiers essais de fabrication du papier se firent à partir de fibres végétales, de la dynastie des Han occidentaux. Le papier était alors rêche et se prêtait mal à l’écriture.


Processus de la fabrication du papier (dynastie des Han de l’Ouest (206 av.JC-220)

Papier de Cai Lun

Sous les Han orientaux, l’eunuque Cai Lun aurait eu l’idée, en l’an 105, de remplacer les supports anciens de l’écriture, c’est-à-dire les tablettes de bambou et la soie, par un papier réalisé à partir d’une pâte à base d’écorce d’arbres, notamment du mûrier à papier, de fibres de chanvre et de vieux filets de pêche. Le papier ainsi fabriqué était plus esthétique, bon marché et un bon support pour l’écriture. La généralisation de cette technique de fabrication à partir du chanvre favorisa sensiblement le développement de l’écriture.Aux IIIe et IVe siècles, le papier remplaça les lamelles de bambou ou les tissus de soie comme principal support pour l’écriture.

 Cai Lun

Qui était Cai Lun? Eunuque de l’Office des armes et des outils, haut fonctionnaire de la cour impériale chinoise pendant la dynastie des Han orientaux, il représente un personnage célèbre de l’histoire chinoise car on lui attribue, par tradition, l’invention du papier, ou tout au moins l’amélioration de sa technique de fabrication. Le pouvoir impérial chinois a participé à forger la légende de Cai Lun (par le biais d’une biographie officielle), conduisant à en faire une sorte de divinité des papetiers. Un temple en son honneur aurait été érigé à Chengdu (centre-ouest du pays) pendant la dynastie Song (960-1279).

Pourtant, l’archéologie vient contredire cette tradition. Des fragments de papiers issus de fibres végétales nettement antérieurs à l’époque de Cai Lun ont été retrouvés dans un certain nombre de sites chinois, les plus anciens datant du IIe siècle av. J.-C. ou du début du 1er siècle av. J.-C.

En raison du très faible nombre de documents anciens en papier retrouvés, on ne peut pas affirmer que Cai Lun ait eu un rôle déterminant d’un point de vue technique, ni du point de vue d’une production plus massive, ni même que son époque ait vu l’administration impériale se mettre soudainement à utiliser plus couramment le papier.

Blancheur du papier sous les Tang (618-907)

Papier de bambou

ÉCRITS SOUS LE RÈGNE DE Shi Huangdi

Plus de un millier de lamelles, datées du règne de Qin Shi Huangdi, ont été découvertes dans les régions du Hubei et du Qinghai. Longues de 20 à 25 centimètres, larges de un centimètre, elles sont couvertes sur une face de caractères tracés à l’encre noire et reliées par des lanières de cuir ou de soie. Le plus célèbre livre sur bambou, le Zhushujinian, «Annales sur bambou», raconte l’histoire d’une principauté chinoise. Placé dans une tombe au IIIe siècle avant J.-C. et retrouvé six siècles plus tard, il a permis de vérifier la véracité des informations données par l’historien Sima Qian. Il existe également de très nombreux ouvrages écrits sur soie. Certains ont été précieusement conservés dans des coffrets laqués. Source : L’Histoire du Monde, Larousse, No. 18 (1993).

2) l’imprimerie (dynastie des Song du Nord – XIe siècle) – 2e période

Avant l’invention de l’imprimerie, on copiait les livres. Au IVe siècle, on utilisa l’estampage. À l’époque Tang (618-907), la xylographie fut inventée. Au XIe siècle, sous les Song du Nord, Bi Sheng inventa l’imprimerie à caractères mobiles. Cette technique fraya la voie à l’imprimerie à caractères de plomb. L’imprimerie a joué un rôle très important dans l’évolution de la civilisation.

Bi Sheng, inventeur de l’imprimerie à caractères mobiles

 

imprimerie à caractères mobiles

Bi Sheng, un ouvrier imprimeur intelligent et compétent qui vivait sous la dynastie des Song du Nord, inventa les caractères mobiles fabriqués à base de l’argile.  Il fabriqua avec de l’argile des cubes sur lesquels fut gravée l’image inversée des caractères. Ensuite, ces cubes en argile passés au feu se transformaient en caractères mobiles en terre cuite. Ceux-ci étaient assemblés dans un cadre sur une plaque en fer couverte d’un mélange de poudre de colophane, de cire et de cendres de papier. La plaque était ensuite passée au feu pour faire fondre les poudres, et une pression exercée à l’aide d’une autre plaque, fixait les caractères mobiles collés sur la plaque. Après refroidissement, les caractères mobiles étaient solidement fixés et la planche prête pour l’impression. Les caractères défectueux pouvaient être remplacés à tout moment. Les caractères et la plaque étaient réutilisables.

Bi Sheng jeta les bases pour améliorer les techniques de l’impression. Sous les Xia occidentaux, furent inventés les caractères mobiles en bois, et sous les Ming, ceux en bronze avant de faire place aux caractères en plomb utilisés ultérieurement.

base de la xilographie (antiquité)

3) la boussole (Antiquité et dynastie des Song)

boussole de l’antiquité

C’est sous la période des Royaumes combattants, il y a plus de 2 000 ans, Sinan, la première boussole fut fabriquée à partir de la pierre d’aimant naturelle polie. Le magnétisme du sinan était très faible pour indiquer avec préciser la direction.

En découvrant l’aimant, les Chinois inventèrent ainsi toutes sortes de boussoles qui allaient contribuer à développer la navigation, et à promouvoir les échanges et la coopération internationale.

autres types de boussoles antiques

L’AIMANT UNIVERSEL inventé sous la dynastie des Song avait une aimantation plus stable que celle de l’aimant naturel. Les performances des boussoles furent ainsi sensiblement améliorées.

La boussole était déjà utilisée dans la navigation maritime vers la fin de la dynastie des Song du Nord, époque où le commerce maritime prit un grand développement. Sous les Song du Sud, fut inventée la boussole avec une aiguille aimantée fixée au centre d’un cadran gradué et indiquant la direction. Elle permettait au navigateur de connaître la bonne direction même pendant les journées sans soleil et les nuits sans lune.

boussole de bronze, dynastie des Ming (1368-1644)

 

4) la poudre à canon (milieu de la dynastie Tang)

char de l’antiquité chinoise munie d’une partie en bois qui indique la direction du sud

Les alchimistes de la Chine antique furent les premiers à faire brûler et exploser le mélange de soufre, de salpêtre et de charbon de bois, qu’on appelait alors «produits de feu». La méthode pour fabriquer la poudre a été consignée dans des livres publiés dès le milieu de la dynastie des Tang. Vers la fin de celle-ci, la poudre commença à être utilisée lors des guerres.

flèche à feu antique

flèche à poudre

La poudre à canon était le résultat de l’accumulation progressive des expériences en fonderie et des connaissances chimiques. Son invention contribua au développement de l’industrie de l’armement et de l’ensemble de l’économie,

Sous la dynastie des Song du Nord, la poudre était déjà largement utilisée pour la chasse, les travaux dans les carrières, la fabrication de pétards, et des feux d’artifice, mais l’usage le plus fréquent était militaire. La technique de fabrication des armes à peu passa à un nouveau stade. Celle-ci produite sous les Song du Nord comme par exemple les flèches à feu, les boules de feu et éclats de tonnerre, les boules de feu barbelées, comportaient un élément combustible et explosif. Sous les Song du Sud furent inventées les armes à feu formées de tubes en bambou où la poudre était chargée avant la mise à feu.

Au cours d’un combat entre les troupes mongoles et celles des Song, les soldats des Song  inventèrent les «lances projetant le feu.» Ils mirent la poudre dans des tubes en bambou puis des zike (projectiles ressemblant aux balles actuelles mais fabriquées en pierre ou en fer.)

armes à feu antiques

Poudre et arme à feu

char de combat à feu

le premier canon du monde en 1332

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Autres réalisations

LE SISMOGRAPHE

Cet appareil fut inventé par Zhang Heng en 132, scientifique novateur, originaire du Nanyang, province du Henan (78-140), il fut un homme de science, éminent de la dynastie des Han orientaux et un des premiers astronomes du monde, se passionna pour les mathématiques et l’astronomie. Il fut chargé par la cour des Han de s’occuper de l’histoire, du calendrier et de l’observation des phénomènes astronomiques.

Zhang Heng en 132

Après de nombreuses années, il inventa une sphère sur laquelle étaient gravés tous les phénomènes importants connus en son temps. Sous la dynastie des Han orientaux, on ne connaissait pas la cause des séismes qu’on attribuait provoqués par la colère des esprits ou des divinités. Pour Zhang Heng, un séisme n’était qu’une calamité naturelle. Il inventa en132 un sismographe qui fut installé à Lingtai de Luoyang. C’est le premier appareil du genre au monde capable d’identifier et de donner la direction de l’épicentre. En février 188, le dragon sur le sismographe qui pointait vers l’ouest lâcha une bille de bronze, ce qui indiquait qu’un tremblement de terre avait eu lieu dans cette direction, mais à Luoyang rien ne fut ressenti.

C’était la première fois dans l’histoire de l’humanité où l’homme avait pu détecter un séisme et indiquer la direction du centre. Ce n’est qu’au XIIIe siècle que des appareils similaires furent inventés dans d’autres pays.

LES CADRANS SOLAIRES

Les Chinois affirment avoir découvert le cadran solaire il y a plusieurs millénaires. Sur un panneau de renseignement à la Cité Interdite à Beijing, on peut lire le texte suivant :

«Un cadran solaire est un instrument (de mesure) du temps inventé en Chine dans les temps tardifs. Cet instrument était déjà populaire au temps des dynasties de Qin et Han (221 av. J.-C. à 220 après J.-C). Les cadrans dans le palais impérial furent ajoutés au temps des Ming (1368-1644) et du début des Qing (1644-1911), le cadran indique le temps sur un cadran gradué au moyen d’une tige d’acier pointant vers le sud sur le dessus et vers le nord sur les dessous. Cette ombre bouge en suivant le mouvement du soleil dans le ciel. Comme instrument de mesure du temps, le cadran solaire est depuis longtemps tombé en désuétude. Mais il illustre la sagesse et la capacité du peuple travailleur de l’ancienne Chine». 

Pourtant, d’après de nombreux chercheurs scientifiques (notamment André E. Bouchard dans Le gnomoniste, VOl. 7, no. 3,) rien ne prouve que le cadran solaire est d’origine chinoise d’autant plus que les Chinois ne semblent jamais avoir cherché la précision de la mesure des unités de temps. D’autre part, le peuple avait soif des connaissances à propos des sciences relatives au calendrier (géologie, astrologie, biologie) ainsi que les connaissances agricoles pour optimiser les récoltes.

LE CALCUL DU NOMBRE DE PI (dynasties des Song et des Qi du Sud (V et VIe siècles) – 1ère période des SONG

Par le mathématicien chinois Zu Chongzhi, homme qui a vécu entre 429 et 500 sous les Song et les QI des dynastie du Sud, et ayant acquis de vastes connaissances dès sa jeunesse, il s’éprit d’une grande passion pour les mathématiques, l’astronomie et l’étude du calendrier.

Il réussit à calculer la valeur du nombre Pi (rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre), la plus précise de son temps. Zu Chongzhi calcule le nombre Pi par la «méthode de subdivision du cercle» inventée par Liu Hui à la période des Trois rayonnements. À l’époque, les calculs se faisaient au moyen de baguettes en bambou et pour calculer un nombre de neuf chiffres, il fallait répéter au moins 130 fois les opérations. Zu Chongzhi fi deux fois chacune d’elles pour vérifier les résultats et obtint ainsi une valeur de  nombre Pi comprise entre 3, 141 592 6 et 3, 141 592 7. Il fut le premier à calculer le nombre Pi avec une précision de sept décimales.

Il faudra attendre Al-Kashi, un mathématicien arabe du XVe siècle, et Viète, mathématicien français du XVe siècle, pour porter cette précision à seize décimales.

Le Livre de Zu Chongzhi intitulé Zhuishu résumait sa pensée mathématique et fut adopté comme le principal manuel de mathématiques pour les étudiants sous la dynastie des Tang.

À noter que le savant Archimède (200 av. J.-C.) obtint un résultat intéressant : une valeur proche de 22/7 (3, 142 8).

De nos jours, la valeur de Pi est connue avec une très grande précision grâce à ces formules et aux ordinateurs de plus en plus perfectionnés. Le nombre de décimales connu se compte en milliards (record de 1991). Plus de 206 milliards! Les mathématiciens s’interrogent que les chiffres du nombre Pi n’ont apparemment entre eux aucune suite logique : 3 141 592 653 589 793 238 462 ……

Les découvertes ne s’arrêtent pas là … il y en eut bien d’autres.

Carolle Anne Dessureault

Source :  Monique Cohen / Site China.voyage / André E. Bouchard (Le gnomoniste) / Jérôme Nebout (nombrepi.com) / china.org.com (2005) / L’histoire du Monde – Larousse, No. 43 (1993).

7 pensées sur “Les inventions chinoises

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    27 décembre 2013 à 9 09 19 121912
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    Excellent rappel par Carolle Anne, en particulier pour les caractères mobiles pour l »impression qu’on accorde encore à Gutenberg à tort.
    La longue liste de toutes les inventions chinoises dont l’occident s’est approprié la paternité est une véritable dénonciation de l’imposture dans laquelle notre civilisation s’est complu (je rappelle pour ceux qui étudieraient tous mes commentaires pour y trouver la faute qui saurait prouver que je ne relis pas mes commentaires et ce qui jetterait bas ma statue en plastique, que le participe passé de « complaire » est invariable).

    Par ailleurs, les archéologues ont découvert récemment des tombes médiévales en Chine qui contenaient des individus aux cheveux roux et équipés d’épées Occidentales, aussi on a comparé des statues Chinoises de cette époque médiévale qui montraient de telles similitudes formelles avec l’art réaliste de la statuaire Grecque que toutes les preuves sont réunis pour dire que les échanges entre Chine et Occident sont beaucoup plus anciens que nous le pensions. Et les inventions Chinoises ont essaimé bien avant les dates supposées par les chercheurs avant ces plus récentes découvertes.

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      5 janvier 2014 à 12 12 57 01571
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      Ouf ! Heureusement que vous nous rappelez l’invariabilité du participe passé de « complaire », j’avoue que je m’apprêtais à faire la vérification.

      Intéressant ce que vous mentionnez sur la découverte des tombes médiévales en Chine contenant des individus aux cheveux roux, et toutes les preuves sur les échanges entre la Chine et l’Occident. Nous n’avons pas découvert la mondialisation, peuples du XXe et XXIe siècles.

      Carolle Anne Dessureault

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    27 décembre 2013 à 10 10 14 121412
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    Merci Carolle-Anne.
    Très intéressant.

    André Lefebvre

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      5 janvier 2014 à 12 12 53 01531
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      Merci.

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    27 décembre 2013 à 12 12 12 121212
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    Jolie Carolle Anne,

    C’est un excellent rappel. L’occasion de faire le ménage dans les commentaires disgracieux de certains « pseudos » dans votre première édition.

    Pourriez vous me dire quelle civilisation ailleurs sur le globe était contemporaine de la chinoise que vous évoquée ?

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    27 décembre 2013 à 23 11 10 121012
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    Coucou : ce blog est passionnant néanmoins j’ai aperçu que plusieurs liens
    sont inefficaces!
    a bientôt

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      5 janvier 2014 à 12 12 53 01531
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      Merci de me souligner. Ceci sera amélioré dans le futur.

Commentaires fermés.