La Chine se veut offensive dans la lutte contre la corruption des laboratoires

 

Un oeil sur … la Chine
Harold Thibault (Shanghai – Correspondance)

Le Monde fr.

Pékin n’en a pas fini avec les multinationales de la pharmacie, presque un an après avoir porté ses accusations de corruption contre GlaxoSmithKline (GSK). La presse économique chinoise a révélé, mardi 27 mai, une note interne du bureau de la santé de la ville d’Hangzhou (est), exigeant des départements subalternes qu’ils fassent état, avant la fin du mois de juin, des pots-de-vin reçus, et détaillent la forme qu’ils ont pu prendre : donations, paiement de conférences, programmes d’éducation, invitations à des séminaires…

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Dans ce mémo, publié par le 21st Century Business Herald, les autorités locales citent des exemples de laboratoires à suivre de près : le britannique AstraZeneca, l’américain Eli Lilly ou encore le danois Novo Nordisk.

Les autorités chinoises n’ont pas annoncé d’enquête formelle contre ces groupes et aucun élément ne permet de justifier l’apparition de leur nom dans cette note. Mais ce document est symptomatique du climat de suspicion qui entoure les laboratoires étrangers implantés en Chine.

IL FAUT FAIRE DU RÉSULTAT

Les failles du système judiciaire chinois n’aident en rien. La campagne de lutte contre la corruption menée par le secrétaire du Parti communiste, Xi Jinping, bat son plein.

Plus bas dans l’administration, on s’active car il faut faire du résultat, trouver des coupables, et il est de notoriété publique que la santé en Chine est un terreau fertile à la corruption, du bakchich versé par le patient au médecin aux commissions que les laboratoires concèdent aux pharmacies des hôpitaux.

L’affaire GlaxoSmithKline a mis en lumière la légèreté avec laquelle certaines multinationales ont oublié leurs engagements éthiques pour jouer selon les règles locales. Mercredi 14 mai, après dix mois d’investigation, la police chinoise a conclu son enquête sur les pratiques de GSK : elle considère que le directeur du groupe en Chine, le Britannique Mark Reilly, a ordonné à ses équipes commerciales de corrompre docteurs et personnel hospitalier.

Elle accuse également M. Reilly ainsi que deux cadres chinois, un vice-président et un superviseur juridique, d’avoir monté en 2012 une cellule de crise visant àpayer les autorités judiciaires pour calmer leurs velléités d’enquête.

Au Royaume-Uni, le bureau de lutte contre la fraude a, à son tour, annoncé, mardi 27 mai, l’ouverture d’une enquête sur les pratiques de GSK.

« L’ÉTHIQUE COMPTE »

L’agence de presse étatique, Chine Nouvelle, a prévenu vendredi 16 mai : « Le cas est un avertissement aux multinationales étrangères, l’éthique compte. » Mais les méthodes employées par la police chinoise pour faire des exemples ont quelque peu décrédibilisé cette volonté de purification dans le secteur, dont on reconnaît toutefois volontiers qu’il est loin d’être exemplaire.

Les confessions des responsables chinois de GSK ont été mises en scène par la télévision centrale d’Etat, CCTV. Et la police n’a pas caché lors des descentes chez d’autres laboratoires qu’il fallait faire du chiffre dans cette campagne. « Si tu n’avoues pas, l’amende sera double et de toute façon, on va te tondre », résumait un cadre étranger il y a quelques mois.

Ces mêmes responsables se demandent aujourd’hui si la note interne d’Hangzhou est le signe d’une nouvelle vague répressive plus large ou s’il s’agit d’un coup de zèle localisé, limité à la capitale de la province du Zhejiang. Les deux sont possibles, juge l’un d’eux, mais ces derniers temps « il est de bon ton de faire du zèle ».

Le 21 mai, les bureaux du groupe Roche à Hangzhou ont fait l’objet d’une visite du bureau de l’industrie et du commerce. Une porte-parole de Roche dit n’avoir pas d’autres informations et précise que l’entreprise « coopère pleinement avec les autorités d’Hangzhou ».

De même chez Novo Nordisk, où l’on refuse de commenter le document interne évoqué par la presse économique chinoise et l’on rappelle l’attachement à la lutte contre la corruption.

« D’une manière générale, je voudrais ajouter que des enquêtes de la part d’autorités diverses ne sont pas rares en Chine, elles ne sont pas non plus un phénomène nouveau et, comme nombre d’autres entreprises, Novo Nordisk reçoit des inspections de temps à autre », écrit Mike Rulis, le porte-parole du groupe danois.

(Recherche de l’article faite par C.A. Dessureault)

 

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