Blog d’Alexandre Latsa: Un axe russo-chinois contre le terrorisme?

UN OEIL SUR…  LA RUSSIE
Alexandre Latsa

Début juillet, les forces navales russes et chinoises ont mené un exercice commun relativement important (« Coopération maritime 2013 ») dans les eaux de la baie de Pierre le Grand, en mer du Japon. Pékin y a envoyé quatre destroyers, cinq frégates et un navire de ravitaillement, tandis que la Russie a elle mobilisé onze navires de surface et un sous-marin. Il s’agissait de la plus importante manœuvre militaire navale chinoise de son histoire en coopération avec une puissance étrangère.

En juin, les plus importantes manœuvres militaires russes depuis la chute de l’URSS ont eu lieu en extrême orient russe. Ces manœuvres, qui ont mobilisé 160.000 hommes, 1.500 blindés, plus de 130 avions et hélicoptères ainsi que 70 navires de guerre et sous-marins de la Flotte du Pacifique, simulaient une opération défensive de grande ampleur avec un déplacement vers l’Extrême-Orient de forces complémentaires depuis les parties centrales et occidentales de Russie.

Actuellement et jusqu’au 15 août, la Russie et la Chine mènent au cœur de l’Oural méridional et dans le double cadre de la coopération bilatérale et de l’Organisation de Coopération de Shanghai, des exercices antiterroristes destinés à améliorer la coordination militaire entres les armées chinoises et russes. Ces exercices du nom de « Mission de paix 2013 » avaient pour objectif  de mettre au point des tactiques opérationnelles visant à éradiquer une  menace terroriste éventuelle.

Le terrorisme sous ses différentes formes est en effet à ce jour l’inquiétude principale des deux géants d’Eurasie. Le départ d’Afghanistan des troupes de l’Otan en 2014 fait craindre à Moscou une éventuelle détérioration de la stabilité régionale qui pourrait amener à une recrudescence du terrorisme dans les pays voisins et donc au sein de certains territoires russes. De toute évidence, cette inquiétude est aussi ressentie à Pékin.

Cela explique en partie la volonté ferme de Moscou de renforcer sa présence en Asie centrale et son soutien croissant aux gouvernements centrasiatiques. Il y a eu les négociations avec le Tadjikistan, qui héberge une base russe ou encore le renforcement de la base russe du Kirghizstan, accompagnée de la livraison d’armes et de matériel militaire à ce pays.

Moscou a en effet clairement défini la zone russophone d’Asie centrale comme une priorité géostratégique indirectement imbriquée dans la constitution de l’Union Eurasiatique et prend donc très au sérieux la nécessité de maintenir la sécurité régionale au sud de sa plus grande frontière. De son côté, Pékin concentre son attention sur l’Ouest de la Chine, région frontalière avec l’Asie centrale, et plus particulièrement sur la région chinoise du Xinyang.

Dans cette région, en avril dernier, des affrontements armés avaient déjà fait 21 morts dans la localité de Serikbuya, près de Kashgar. Selon Pékin, des terroristes ont tué 15 policiers et agents municipaux avant que la police ne contre attaque, tuant six terroristes, tous Ouïghours. Le mois dernier de violents incidents ont de nouveau éclaté dans la même région. Des émeutiers ont attaqué des postes de police et des bâtiments officiels à Lukqiu, près des oasis de Turfan (à 250 kilomètres d’Urumqi), tuant et égorgeant 24 personnes, pendant que onze des assaillants auraient été abattus par la police. Les incidents intercommunautaires se multiplient alors que la région va commémorer l’anniversaire des émeutes de 2009 qui avaient vu de très violents affrontements entre séparatistes ouighours et population chinoise vivant dans la région.

Mais Chine et Russie se retrouvent également sur un autre dossier, sans doute encore plus important: la Syrie. Ce n’est plus un mystère, plusieurs centaines (plusieurs milliers selon certaines sources) de combattants issus du Caucase, d’Asie centrale et même de Chine combattent aujourd’hui en Syrie, au sein de la nébuleuse radicale et terroriste opposée au gouvernement de Bashar Al Assad. Si Moscou s’inquiète des possibles conséquences du retour de ces terroristes en Eurasie, cette inquiétude est bien évidemment partagée par Pékin qui voit dans le retour possible de ces combattants au Xinyang un risque important de déstabilisation.

Les choses vont très vite, cette nouvelle alliance russo-chinoise semble se consolider rapidement, pendant que le reflux de l’influence américaine en Asie centrale se confirme tout aussi rapidement. Si le retrait américain d’Afghanistan s’accompagne de la fermeture de la base américaine de Manas au Kirghizstan, la présence Taliban est importante dans la région instable du Haut-Badakhchan, frontalière avec la Chine de l’ouest. On peut donc se demander si l’assaut salafiste sur la Chine ne devrait pas commencer dans les prochains mois comme le pense par exemple Iouri Tavrovskii, professeur à l’université de l’amitié des peuples à Moscou.

De façon assez surprenante, le premier juillet dernier, le journal chinois « Le quotidien du peuple » a ouvertement accusé les Etats-Unis de soutenir indirectement le terrorisme en Chine en accusant notamment les américains d’avoir « une approche biaisée du problème du Xinjiang et de la lutte contre le terrorisme en trouvant des excuses aux émeutiers et donc en confinant à l’incitation et à la complicité » et notamment les « médias américains qui présentent la situation uniquement comme une question ethnique ou religieuse, d’avoir une responsabilité dans les violences au Xinjiang ».

Une rhétorique étonnamment similaire à celle que l’on avait l’habitude d’entendre concernant le Caucase russe, le Main Stream médiatique occidental  n’ayant finalement que très récemment cessé de présenter les combattants islamistes du Caucase, dont une grande partie combat aujourd’hui en Syrie, comme des combattants de la liberté.

Le Xinjiang pourrait il devenir demain le Caucase chinois?

L’opinion exprimée dans cet article ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction, l’auteur étant extérieur à RIA Novosti.

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un « autre regard sur la Russie ».

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