« Chine-Afrique » : La percée silencieuse

Par CHERIF ABDEDAÏM  pour La Nouvelle République. Alger. Exclusif  hors Afrique  pour les7duquebec.com.

(Notre collaborateur Chérif Abdedaïm a produit une série d’articles sur l’Afrique et la pénétration de l’impérialisme international, notamment chinois. Notre somme très fier de vous présenter en exclusivité – hors Afrique –  ces articles que vous pourrez aussi retrouver sur le webzine de  La Nouvelle République.   Robert Bibeau. Éditeur. http://www.les7duquebec.com)

 

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ÉDITO DE CHERIF ABDEDAÏM

« Chinafrique » : Alternative salutaire ou relation piégée ?

 

L’irrésistible percée chinoise en Afrique suscite de vives controverses au sein de la communauté internationale. Levier à une future émancipation politique et économique du continent ou frein à son développement, voire facteur d’instabilité?

Une approche prenant en compte la diversité des points de vue et les multiples dimensions de la relation sino-africaine permet de mieux en mesurer l’importance, les enjeux et les implications. Bousculant les agendas internationaux du développement et redéfinissant les grands équilibres géopolitiques et économiques, la Chine n’a cessé depuis une quinzaine d’années d’élargir son champ d’action et de consolider sa présence en Afrique, traditionnel pré carré des puissances occidentales. Approbation en 2004 par Pékin d’une ligne de crédit de 2 milliards de dollars au gouvernement angolais au grand dam des institutions financières internationales; contrat exceptionnel annoncé en 2007 avec la République démocratique du Congo; croissance des investissements dans les secteurs du cuivre en Zambie, du charbon au Zimbabwe, du pétrole au Soudan et au Gabon; acquisitions à grande échelle de terres au Cameroun, en Ouganda et en Éthiopie; rachat en 2007 de 15% des parts de la plus grande banque sud africaine (Standard); construction prévue ou en cours de nouveaux barrages (Zambie, Ghana, etc.); lancement de multiples projets d’infrastructure sur l’ensemble du continent (universités, voies ferrées, ports, routes, etc.); ballet incessant des diplomates chinois sur le sol africain… pas un jour ne se passe sans que les grands médias internationaux, tantôt outrés tantôt interloqués, ne se fassent l’écho du mouvement chinois en Afrique, tout en s’interrogeant sur ses implications et sur les motivations réelles qui le sous-tendent. Motif d’inquiétude pour les uns, opportunité à saisir pour les autres, l’émergence de cette «Chinafrique» n’a pas manqué non plus d’interpeller les acteurs institutionnels et les spécialistes du développement, sur fond de vives polémiques, d’oppositions et de positionnements tranchés – et souvent stériles – sur la nature et les implications, les mérites et les limites, les défis et les risques posés par ce rapprochement «inédit», symbolisé par le désormais très médiatisé et commenté Forum on China Africa Cooperation (Focac)

 

 

INTRODUCTION AU DOSSIER

 

La peur constitue depuis quelques années le paradigme dominant à travers lequel la montée en puissance de la Chine dans le monde est analysée dans divers domaines. Cette notion de peur apparaît comme une catégorie dotée d’une capacité d’ubiquité explicative. Elle postule une sorte de méfiance universelle à l’égard de la Chine. De cet impérialisme cognitif universalisant naît un doute méthodique sur l’usage de ce concept dont le contenu semble relatif. L’Afrique qui devait s’organiser pour s’arrimer à la locomotive chinoise au gré de ses intérêts, se laisse parfois communiquer des peurs qui ne sont pas les siennes. Portés par ceux qui, depuis plus d’un siècle, n’ont pas pu offrir à l’Afrique les moyens de son décollage économique, certains clichés tendant à présenter la Chine comme le grand Satan dragon venu juste ponctionner le pétrole africain et piller les autres matières premières sont distillés à travers les grands médias. La question que l’on est en droit de se demander est de savoir si les économies africaines et ceux ou celles qui les pilotent doivent avoir peur de la forte croissance chinoise et de la place qu’occupe ce pays dans la recomposition géopolitique du continent. Autrement dit, la Chine est-elle une menace ou une chance pour les économies africaines ?

Entre ces deux lectures radicalement opposées, mais à l’évidence situées, quel regard porter sur l’engagement chinois en Afrique? Au-delà de la diabolisation a priori et de l’enthousiasme béat, quels sont les enjeux réels et les implications concrètes de la présence croissante en Afrique de la Chine? Celle-ci représente-t-elle une menace ou une opportunité? Un frein ou un instrument de développement? Par-delà un débat international structuré par d’évidents tropismes (pro-occidentaux d’un côté, tiers-mondistes de l’autre), quels sont surtout les défis que pose cette percée chinoise sur le terrain aux populations africaines, et quel(s) regard(s) portent-elles sur cet engagement? Avant d’oser un début de réponse à ces questions, il importe de placer la relation africaine dans un cadre d’analyse historique plus large, ceci afin de mieux saisir la nature, les ressorts, les enjeux et la portée de l’engagement chinois en Afrique.

 

                                                                                                                                                               Chérif Abdedaïm

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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