Drôle d’accointance (Arabie Saoudite – Daesh)!

 

C’est confirmé : l’Arabie saoudite et le Qatar ont bien fourni un soutien financier et logistique à l’Etat Islamique. Et la source n’est pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de l’hilarante Clinton en personne au travers de ses mails piratés ! Dans son courrier électronique du 17 août 2014, elle écrit noir sur blanc :  “The governments of Qatar and Saudi Arabia are providing clandestine financial and logistic support to ISIL and other radical Sunni groups in the region.”

Cela ne gêne apparemment pas la candidate démocrate dont la campagne électorale a été financée à hauteur de 20 millions de dollars par ces mêmes Saoudiens. Pour Riyad : Daech/Clinton, même combat !

Si nos fidèles lecteurs ne seront pas surpris par cette révélation, l’on peut déjà sentir l’immense malaise de la mafia médiatique. Voilà en effet une information infiniment plus scandaleuse et importante que les petites phrases de Trump, mais qui touche le système impérial en son coeur. Imaginez un peu le Figaro de Dassault alors que l’avionneur rêve de vendre ses Rafales à l’Arabie wahhabite et au Qatar. Imaginez enfin cette pauvre Clinton, déjà retournée comme une crêpe lors du second débat et qui voit une nouvelle casserole s’accrocher à ses basques, elle qui ne marche déjà pas toujours très droit… Cela dit, si le débat Trump vs système impérial a finalement accouché d’une souris, Washington est toujours dans l’oeil du cyclone. Le Congrès américain vient d’humilier Obama en passant outre le veto présidentiel concernant la complicité saoudienne dans les attaques du 11 septembre. Le Sénat (97-1) et la Chambre des représentants (348-77) ont massivement voté pour rejeter le veto de Barack à frites, dépassant très largement la majorité requise des deux tiers.

La possibilité de poursuivre l’Arabie saoudite est maintenant ancrée dans le marbre de la loi, assommant et la Maison Blanche – qui pleurniche sur « le vote le plus gênant de l’histoire du Sénat US » (défense de rire) – et Riyad. Si Churchill vivait encore, il aurait glissé à l’oreille du président US quelque chose du genre : Vous avez voulu éviter la dédollarisation au prix du déshonneur, vous aurez le déshonneur et la dédollarisation.

Quant aux grassouillets Seoud, ils n’avaient vraiment pas besoin de ça, eux qui sont engagés sur la voie de l’anorexie après une nouvelle cure d’austérité liée à la chute des cours du pétrole qu’ils ont eux-mêmes provoquée. Paniqués, les voilà qui rétro-pédalent et cherchent un accord sur le gel de la production d’or noir afin de stabiliser les prix, mais il est bien tard. Sans compter le bourbier yéménite où le chameau saoudien s’enfonce chaque jour un peu plus. Dernière bourde en date : l’aviation wahhabite a bombardé ses propres soldats. Seule consolation : les bombardements de civils qu’il commet là-bas seront soigneusement tus par l’establishment occidental qui atteint des sommets d’hypocrisie...

Cela nous amène tout droit à la Syrie et aux cris d’orfraie autour de l’offensive sur Alep. Là, votre serviteur doit faire amende honorable : il pensait que l’affaire de Deir ez-Zoor calmerait les ardeurs de l’empire… C’est au contraire un déchaînement hystérique auquel on assiste, les clowns américano-franco-britanniques activant leurs diplomates onusiens et leurs médias.

Sur le terrain, les djihadistes modérés croulent sous l’avance loyaliste, dans la Ghouta orientale mais surtout à Alep, clé du nord syrien. Pas étonnant que la clique américano-européo-saoudienne ait une poussée d’acné. Sa réaction est imprévisible, qui va de la menace de livraisons d’armes à des livraisons d’armes qui auraient déjà eu lieu. Le sommet a été atteint par l’interview, évidemment passée sous silence par la sous-volaille médiatique française, d’un commandant d’Al Qaïda déclarant que les Etats-Unis aident le mouvement de feu Ben Laden. Ce qui pose la question de la Turquie, par où ces armes transitaient / transitent / transiteraient / transiteront (barrez la mention inutile). Le sultan a-t-il vraiment tourné casaque ou a-t-il amadoué Poutine sans contrepartie ? Jusqu’ici, les « rebelles » faisaient état d’un réel lâchage turc. Leurs déclarations plastronnantes de ces derniers jours ne relèveraient-elles pas en fait de l’intox, visant à effrayer l’armée syrienne ? Les prochains jours nous apporteront la réponse.

Dans l’immédiat, Erdogan a d’autres soucis en tête. Comme nous le disions, l’offensive sultanesque patine complètement dans le nord et le fait est maintenant reconnu par la presse officielle d’Ankara. Devant l’inefficacité de ses alliés de l’ASL, il est de plus en plus question d’envoyer l’armée turque elle-même pour prendre le noeud d’Al Bab ! De quoi multiplier les pertes militaires, créer un incident international aux conséquences imprévisibles et compliquer encore s’il était possible la scène. D’autant plus que l’armée syrienne elle aussi commence à avoir des vues sur Al Bab, jusqu’ici laissée en dehors du radar des généraux de Damas plus occupés à prendre Alep. L’on passerait ainsi à un détonnant billard à quatre bandes : loyalistes, YPG kurdes, armée turque, Daech. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Russes et Iraniens en force, Turcs dans la balance, Américains et Saoudiens en chute libre : tel est le tableau syrien. Guère étonnant dans ce contexte que la guerre médiatique soit relancée contre Moscou. Etrange coïncidence, le tribunal d’enquête sur le vol MH17 est soudain sorti de son crypto-sommeil pour accuser les Russes d’avoir fourni le Bouk ayant abattu l’avion. Bah voyons… Rappelons que ce tribunal du peuple est composé – ne riez pas – des Pays-Bas et de la Belgique (membres de l’OTAN), de l’Australie (fidèle alliée de tonton Sam) et de l’Ukraine. Autant dire que sa crédibilité est aussi grande que celle de Colin Powell et de ses petites fioles… (J’adore la comparaison . NDLR.  Robert Bibeau)

 

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Chérif Abdedaïm

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Chérif Abdedaïm

Chérif Abdedaïm est journaliste écrivain algérien. Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes dont "Aux portes de la méditation", "Le Bouquet entaché", "Abdelhafid Boussouf, le révolutionnaire aux pas de velours", "Constantine, la saga de beys", "la Contrée désolée", etc.

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