ÉTATS-UNIS : la paralysie a coûté des milliards, et ce n’est pas fini

Dessin de SchotDessin de Schot

Un oeil sur … les USA

FRANKLIN :

En relevant, le 17 octobre, le plafond de la dette, le Congrès a temporairement évité le défaut de paiement. Toutefois les quinze jours de blocage ne manqueront pas de laisser des traces sur l’économie américaine. Des conteneurs remplis de marchandises gisent dans les ports. Les ventes dégringolent dans les sandwicheries du centre de Washington. Les vacances annulées, dans les parcs nationaux et à l’étranger. Des prévisions de bénéfices des entreprises revues à la baisse. Une hausse des intérêts sur les crédits à court terme.

Le shutdown du gouvernement américain est peut-être terminé, tandis que s’éloigne la menace d’un défaut de paiement, mais le bras de fer au Congrès a déjà coûté des milliards de dollars. Et le total va continuer à augmenter, bien que l’on soit sorti de l’impasse, entre autres parce qu’il n’est pas certain que les législateurs ne se retrouvent pas une fois de plus bloqués au début de l’année prochaine.

Il faudra des mois pour établir une comptabilité détaillée. Toutefois, les économistes annoncent que l’intransigeance des républicains de la Chambre devrait entamer la croissance du quatrième trimestre, ce qui aura un impact sur l’emploi, les bénéfices des entreprises et le coût du crédit. L’onde de choc sera ressentie dans le monde entier.

« Nous avons constaté des effets conséquents durant l’été 2011, la confiance des consommateurs (en août) chutant à son niveau le plus bas depuis trente et un ans et la croissance du PIB n’atteignant que 1,4 % au troisième trimestre, » explique Beth Ann Bovino, économiste responsable des Etats-Unis chez Standard & Poor’s, faisant référence à un précédent bras de fer sur le plafond de la dette. « Sachant que cette fois, les négociations sur le plafond de la dette » se sont déroulées pendant unshutdown, ajoute-t-elle, « l’impact sur l’économie risque d’être encore plus grave ».

Le coût de l’incertitude budgétaire

Selon les économistes, la paralysie administrative et le fait que le plafond de la dette a failli être crevé ne suffiront probablement pas à faire dérailler la reprise. Dans les semaines qui suivront la réouverture du gouvernement, on devrait assister à une légère embellie, les salariés dépensant la paie qu’ils auront touchée pour compenser leur congé sans solde pendant que le gouvernement s’empressera de traiter les commandes en souffrance.

Quoi qu’il en soit, de nombreuses entreprises pourraient ne pas récupérer l’argent qu’elles auraient gagné si le gouvernement avait fonctionné normalement. Les deux semaines de fermeture ont coûté environ 0,3 point de pourcentage à la croissance du quatrième trimestre, soit quelque 12 milliards de dollars [8,82 milliards d’euros], d’après le cabinet de prévisions Macroeconomic Advisers. Standard & Poor’s se montre plus pessimiste et estime que le shutdown va coûter 0,6 % au produit intérieur brut corrigé selon l’inflation, soit 24 milliards de dollars [17,64 milliards d’euros]. La plupart des analystes prédisent que la croissance annuelle restera inférieure à la normale, aux alentours des 2 %.

De plus, cette nouvelle impasse budgétaire n’est que le dernier d’une succession d’épisodes comparables, et les ramifications économiques se sont étendues au fil du temps, soulignent les analystes. Dans un rapport récent, Macroeconomic Advisers a évalué le coût de l’incertitude budgétaire des dernières années. Selon le modèle qui y est appliqué, depuis la fin de 2009, elle a augmenté certains coûts du crédit des entreprises de 0,38 point de pourcentage, entraîné un fléchissement de la croissance économique de 0,3 % par an, soit une perte de production d’au moins 150 milliards de dollars [110,25 milliards d’euros], et causé une hausse de 0,6 % du chômage cette année. Ce qui s’est traduit par la perte de 900 000 emplois.

Après seize jours de paralysie, la confiance des consommateurs est aussi dégradée que lors de la faillite de Lehman Brothers en 2008. Ce blocage a également eu des effets collatéraux sur de nombreux secteurs qui dépendent de près ou de loin du gouvernement fédéral. Les inspections avant importations, les subventions à l’export et l’octroi des permis de forage sont à l’arrêt.

L’immobilier résidentiel, qui est l’un plus gros moteurs de la reprise, a souffert lui aussi. Selon les données de l’Association nationale des entrepreneurs, le moral des entrepreneurs a plongé depuis le mois dernier. Une perte de confiance plus importante que ne l’avaient prévu les experts.

Le mal est fait

Il faut dire que le moment ne pouvait être plus mal choisi. « Nous étions en plein budget prévisionnel pour 2014, et inutile de dire que nous avons été un peu refroidis, explique John Selldorff, à la tête de la branche nord-américaine de Legrand, spécialiste des infrastructures électriques et numériques dans le bâtiment. Pour l’instant nous préférons ralentir l’activité et nous montrer prudents. »

Ce blocage a également eu pour effet d’augmenter les taux d’intérêt des emprunts à court terme pour les Etats-Unis. Dans certains cas, les investisseurs réclament le triple des sommes perçues il y a seulement quelques semaines. Et, au-delà de cette crise budgétaire, c’est surtout la capacité des Etats-Unis à honorer ses créances qui est en jeu.

« Même avec un accord permettant d’éviter une cessation de paiement, le mal est fait, puisque nous nous sommes posé la question de savoir si les Etats-Unis allaient être capables d’honorer leur dette, » explique Laurence D. Fink, directeur de BlackRock, une entreprise de conseil en investissement. Ce qui entraînera inévitablement une hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis et ailleurs.

Et si le pays parvient à sortir de cette impasse budgétaire, certains à Wall Street craignent que Washington ne soit pas au bout de ses peines. « Tout peut recommencer d’un moment à l’autre, prédit Brian Gardner de Keefe, Bruyette & Woods. Et nous n’aurons plus qu’à reprendre depuis le début. »

Source : The New York Times (ANNE LOWREY, NATHANIEL POPPER & NELSON D. SCHWARTZ)

 

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