Iran : Une médaille pour les tueurs !

Note:  Les opinions exprimées par nos correspondants ne sont pas nécessairement les opinions de la rédaction de Les7duquébec.com

 

Par Hamid Enayat   6.08.2017.

Ahmed Khatami, proche collaborateur du Guide suprême de la théocratie iranienne et membre de la plus haute instance de ce régime, le Conseil des Experts, s’est indigné vendredi, de l’ampleur du mouvement en faveur de la justice, qui traverse le pays.  Ce mouvement est dirigé par les réseaux de résistance proche des Moudjahidine du peuple à l’intérieur du pays, et réclame la traduction en justice des protagonistes du massacre de 30.000 prisonniers politiques en 1988.

De nombreux jeunes qui n’ont pas connu les faits de par leur âge, ont rejoint ce mouvement qui s’est transformé en un prélude à un large mouvement pour la démocratie et en faveur du renversement de la dictature religieuse.

Le mollah Ahmed Khatami a révélé la place occupée par ce mouvement sur le net. « Certains sites internet ont changé la place du bourreau et du martyr » dans cette affaire, a déploré Khatami, depuis la tribune de la prière de vendredi de Téhéran, le 21 juillet dernier.

« Le comportement envers les Moudjahidine et le fait de les  avoir chassé du pays est l’un des plus grands services rendus par le feu Imam Khomeiny », a dit ce membre du Conseil des Experts.

« Il faut donner une médaille à tous ceux qui ont exécuté les ordres de l’Imam », a-t-il ajouté en faisant allusion aux tueries de 1988.

« Ceux qui changent la place du bourreau et du martyr dans leur site Internet devraient se repentir », a encore ajouté Ahmed Khatami.

Le même sujet a été abordé dans les prières de vendredi de nombreuses autres villes du pays, grandes et petites, ce qui est révélateur en soi de l’ampleur du mouvement.

La prière du vendredi est un évènement hebdomadaire, dans lequel le pouvoir en place transmet à la société les traits de sa politique concernant les principaux problèmes qu’affronte le régime.

Les plus haut dirigeants de la théocratie ne cessent de prendre position sur ce sujet. Quelques jours auparavant, l’ancien chef des services secrets à l’époque des tueries, a justifié les exécutions massives en affirmant que du moment qu’un individu est membre d’une organisation qui lutte pour le renversement du pouvoir en place, il est passible de la peine de mort, « même s’il n’a fait qu’acheter du pain pour ceux qui se trouvaient dans la cachette ».

 

Retour en force

Pendant des années il était interdit à tous les orateurs et à tous les médias du pouvoir en place de prononcer le mot « Moudjahidine ». Dans la registres officiels du pouvoir en place, cette organisation n’existait plus depuis les années 80, où il n’était d’ailleurs qu’un « groupuscule hypocrite ».

En 2003, le rédacteur en chef du journal Asia avait été écroué pour avoir publié une photo de Maryam Radjavi à sa Une ; chose inimaginable dans la République islamique.

Aujourd’hui ce n’est pas seulement le Guide suprême, mais toute la panoplie de mollahs, dirigeants, députés et médias du pouvoir qui parlent de ces Moudjahidine.

Principale organisation d’opposition à réclamer la chute de la dictature religieuse, les Moudjahidine ont connu un retour en force après l’extraction de tous leurs militants d’Irak.

Ces opposants acharnés de la dictature religieuse de Téhéran étaient installés en Irak, depuis de longues années près de la frontière iranienne. Or, les évènements qui ont suivi la Guerre de l’Irak ont fait venir au pouvoir dans ce pays, des hommes de main de Téhéran. Les opposants iraniens ont alors essuyé plusieurs carnages et étaient sous la menace imminente d’autres tueries, avant que le mouvement, réussisse à extraire ces militants d’Irak et à les installer en Albanie, après toute une série de négociations à couper le souffle qui ont duré plusieurs années.

N’ayant plus à craindre de nouveaux massacres, l’opposition a intensifié ses actions à l’intérieur du pays, notamment par ce mouvement en faveur de la justice qui a rapidement fait tache d’huile.

Le pouvoir en place et bon nombre des observateurs de la politique iranienne ont longtemps mésestimé ce mouvement renaissant, avant de se rendre à l’évidence de son impact lors des élections présidentielles de mai 2017. C’est ce mouvement qui a fait échouer les scénario fabriqué de toute pièce par le Guide suprême pour sortir son favori, Ebrahim Raïssi, des urnes.

Ce dernier étant l’un des principaux protagonistes des massacres de 1988, sa campagne a été neutralisé par celle menée par le mouvement pour la justice dans tout le pays et ayant pour slogan « non au bourreau, non au charlatan ». Le bourreau désignant Raïssi, et le charlatant le président sortant Rohani qui a déçu même ses partisans durant son prmier mandat. À partir de ce moment-là, toutes les fraudes programmées d’avance pour sortir le favoris du Guide suprême des urnes risquait de provoquer une nouvelle émeute, semblable à celle de 2009 qui avait embrasé le pays. Le guide surpême a dû renoncer à son projet pour le moment.

Cette première victoire de ce mouvement pour la justice a été suivi par des acquis politiques considérables pour l’opposition sur la scène internationale. Le grand rassemblement du 1er juillet dernier à Villepinte au nord de paris, rassemblant des dizaines de milliers d’Iraniens et des centaines de célébrités du monde a soulevé la colère des dirigeants de Téhéran.

S’adressant à ce rassemblement Rudolph Giuliani, le conseiller en sécurité informatique du président Donald Trump a déclaré « Je puis dire avec une certaine autorité que notre gouvernement vous soutient, qu’il est d’accord avec vos valeurs et qu’il perçoit le danger du régime iranien », a notamment dit dans ce meeting,.

La montée de l’opposition à l’intérieur comme à l’extérieur du pays pousse, les dirigeants du régime a vouloir justifier ouvertement les massacres perpétrés contre les opposants, et donner des médailes à ceux qui ont perpétré un « crime contre l’humanité ».  Ils veulent expliquer à leurs troupe que ceci est le seul moyen que le régime survive. Le paradoxe est que ceci est un aveu d’impuissance devant une force emmergente qui ne fait pas partie des clans du sérail et peut attirer les aspirations au changement qui anime la population iranienne.

 

 

 

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

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