Karl Marx aurait-il soutenu la loi travail de Macron?

 

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le camarade WH (article ci-dessous) en arrive à la conclusion que Karl Marx, son héros, aurait soutenu la réforme Macron du code du travail en France car cette loi en détériorant les conditions de vie et de travail du prolétariat entraînera davantage de misère pour la classe ouvrière, et comme les marxistes-léninistes le croient, la misère ouvrière est pré-révolutionnaire. Comment un marxiste-léniniste authentique en arrive-t-il à cette « prémonition » rocambolesque ? Simple, le camarade a lu quelque part que Karl Marx était en faveur du libre-échange et pour l’abolition des droits de douanes sur les céréales dans l’Angleterre victorienne – et que donc – logiquement – Karl Marx aurait été en faveur de la Loi Travail qui va accroître l’exploitation des travailleurs français. Pour nous révolutionnaires prolétariens, il est sans importance de savoir si l’éventuel député Karl Marx aurait voté l’abolition des « Corn Laws » avec les députés Travaillistes et Torys, ou encore s’il aurait voté la Loi Travail XXL avec les députés Macron, « En Marche » vers l’impérialisme déclinant. Notre position se résume à deux principes révolutionnaires : 1) Nous ne participons jamais à aucune mascarade électorale bourgeoise ce qui signifie qu’aucun prolétaire révolutionnaire ne sera jamais contraint de voter pour ou contre l’expansion impérialiste, ou encore, pour ou contre une intensification de l’exploitation ouvrière. 2) Un prolétaire révolutionnaire, donc conscient des intérêts de classe, mènera toujours la guerre de résistance contre les lois et les mesures d’austérité qui frapperont notre classe sociale. Nous menons cette guerre de résistance sur le front économique de la lutte de classe sans aucune illusion, en phase de croissance économique les capitalistes lâcheront du lest et accorderont quelques concessions, en phase de récession et de dépression économique les capitalistes et leurs chiens de garde politiques ne lâcheront rien, tant-pis, nous intensifieront notre résistance et nous apprendront à mener la guerre de classe en la menant jusqu’à l’assaut final contre la citadelle Étatique bourgeoise. Ce n’est pas la misère qui renforce notre détermination révolutionnaire mais la guerre classe contre classe. Si le camarade Karl Marx ne savait pas cela, c’est dommage pour lui.  Bonne lecture. Robert Bibeau Http://www.les7duquebec.com

 

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Par le camarade WHLe 3.11.2017.  Sur  Libérons-nous de l’esclavage salarié.

Cette question semble facile. A peu près tout le monde connaît son nom, un très grand nombre de gens sait qu’il est l’un des personnages le plus important de l’histoire du communisme, c’est une grande figure du mouvement ouvrier, et une partie encore assez importante de la population connaît le nom de certains de ses livres comme le manifeste, le Capital.

Une partie plus restreinte de la population a lu au moins un de ses livres. Ceux qui ont lu vraiment son oeuvre ne se croient pas à tous les coins de rue, et ceux qui l’ont comprise encore moins.  Aujourd’hui, je vais parler d’un texte de Karl Marx, Discours sur la question du libre-échange datant de 1848. 

Il faut remettre dans le contexte. À l’époque en Angleterre, il existait une loi des céréales qui mettait une taxe à l’importation de blé étranger. Cette taxe profitait aux propriétaires fonciers, les restes de l’aristocratie anglaise, tandis que la bourgeoisie, les free-traders (libre échangistes), vantaient les mérites de la liberté du commerce, ils voulaient abolir la loi sur les céréales. La bourgeoisie avait besoin alors de convaincre le prolétariat qu’il profiterait de cette mesure. Tout ce qui profitait à la bourgeoisie serait profitable aux ouvriers (ce qu’on appelait alors la fameuse théorie de la « main invisible », c’est du « gagnant-gagnant » diront certains!).

 

Marx démontre de façon impitoyable que le libre-échange signifie pour le prolétaire plus de misère et de souffrance.

« Pour nous résumer : dans l’état actuel de la société, qu’est-ce donc que le libre-échange ? C’est la liberté du capital. (…) Messieurs, ne vous en laissez pas imposer par le mot abstrait de liberté. Liberté de qui ? Ce n’est pas la liberté d’un simple individu, en présence d’un autre individu. C’est la liberté qu’a le capital d’écraser le travailleur. »   Karl Marx, Discours sur la question du libre-échange, 1848

Rappelez-vous la fameuse « libération des énergies » de Macron. Marx démontre sans détour que non seulement le capitalisme ne profite pas au prolétariat, mais que bien plus, il est la cause directe de sa misère.

Mais alors, Marx aurait donc en toute logique du appeler à voter contre l’abolition de la loi des céréales.

 

« Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l’extrême l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C’est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange. »  Karl Marx, Discours sur la question du libre-échange, 1848

Marx, après avoir dénoncé de façon très claire la véritable nature du libéralisme économique, vote en faveur du libre-échange. Evidemment quand on a peu lu Marx, cela semble surprenant. Était-il un traître à la cause ouvrière ?  La réponse est que Marx ne considérait pas la victoire du communisme comme une succession d’acquis sociaux.

 

« Toutes les classes qui, dans le passé, se sont emparées du pouvoir essayaient de consolider leur situation acquise en soumettant la société aux conditions qui leur assuraient leurs revenus propres. Les prolétaires ne peuvent se rendre maîtres des forces productives sociales qu’en abolissant leur propre mode d’appropriation d’aujourd’hui et, par suite, tout le mode d’appropriation en vigueur jusqu’à nos jours. Les prolétaires n’ont rien à sauvegarder qui leur appartienne, ils ont à détruire toute garantie privée, toute sécurité privée antérieure. »   Karl Marx, Le manifeste du parti communiste, 1847

 

C’est que Marx considérait de toute façon que le prolétariat ne pouvait pas améliorer durablement et définitivement sa situation sous le capitalisme. On ne peut pas avoir la capitalisme sans la misère. Donc Marx ne faisait pas dans la charité ou la compassion aux ouvriers.

Il était très critique envers les socialistes de son époque, qui eux au contraire, croyaient à la possibilité de guérir le capitalisme de la misère sociale par des réformes. Il les traitait d’utopistes, et voici ce qu’il disait d’eux:

 

« ils ne voient dans la misère que la misère, sans y voir le côté révolutionnaire, subversif, qui renversera la société ancienne. »   Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847

 

Karl Marx ne croyait pas à la réforme du capitalisme. Être exploité avec des chaînes dorées ou non, ça reste des chaînes, et les lois du capitalisme ramènent de toute façon tôt ou tard à la misère.  Karl Marx misait donc beaucoup sur la misère, produit inévitable du capitalisme, comme transition express vers la révolution. Un cynique diront certains, ou un authentique communiste, puisqu’il préférait la liberté pour les ouvriers que l’esclavage confortable. Et la liberté devait passer d’abord par la misère.

 

« dans son mouvement économique, la propriété privée s’achemine d’elle-même vers sa propre dissolution (…) en engendrant le prolétariat en tant que prolétariat, la misère consciente de cette misère morale et physique (…) la misère qu’il ne peut plus éviter ni retarder, la misère qui s’impose à lui inéluctablement — expression pratique de la nécessité —, le contraint directement à se révolter contre pareille inhumanité; c’est pourquoi le prolétariat peut, et doit nécessairement, se libérer lui-même. Or il ne peut se libérer lui-même sans abolir ses propres conditions de vie. Il ne peut abolir ses propres conditions de vie sans abolir toutes les conditions de vie inhumaines de la société actuelle, que résume sa propre situation. »   Karl Marx, La sainte famille, 1844

 

Aujourd’hui, Karl Marx aurait sans doute vu dans les loi travail une attaque contre le prolétariat, et il les aurait aussi dénoncé comme telles. Mais sans doute, il n’aurait pas menti aux ouvriers en leur vendant la promesse qu’il était possible de sauver des « acquis » au sein du capitalisme.  Il aurait sans doute applaudi Macron et la bourgeoisie, les laissant allumer lentement le bûcher de la révolution à leur propre insu.   Il aurait vu dans la situation actuelle le début d’une ère révolutionnaire.  Il aurait été optimiste, car la misère amène la révolution, donc la possibilité de se débarrasser complètement de la misère.

Car, comme il disait dans son manifeste :

 

« Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables. » Karl Marx, Le manifeste du parti communiste, 1847

 

Ceux qui crient après Macron (syndicats, mouvements, etc.) veulent-ils la révolution ou sont-ils là au contraire pour empêcher à tout prix qu’elle arrive ?   Voilà la question que devraient se poser ceux qui défendent aujourd’hui réellement l’intérêt du prolétariat.

 

Source : http://www.proletaire.altervista.org/recherche%20marxisme/actualite2.php

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

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