Gengis Khan en Chine

 Gengis Khan

Un oeil sur … la Chine
Carolle Anne Dessureault

Poursuivons la fascinante histoire des dynasties chinoises. Dans l’article du 10 janvier 2014, nous avons vu que l’empereur autoproclamé Song Gaozong, après avoir récupéré les forces Song restantes, se retira au sud du fleuve Yangji Jiang et y établit la nouvelle capitale des Song du Sud, à Lin’an, l’actuelle Hangzhou. Les dirigeants de cette dynastie – 1127 à 1279 –  devaient sans cesse développer de nouvelles technologies militaires pour se protéger des invasions des Jin du Nord. En 1205, ceux-ci sont repoussés par les Mongols sous la conduite de Gengis Khan. Les Song du Sud parviennent à conclure une alliance avec les Mongols, pourtant brusquement rompue par une attaque lancée par le petit-fils de Gengis Khan, Möngke, appelé le khan suprême des Mongols, qui deviennent maîtres du Nord de la Chine en 1251. Quelques années plus tard, Kubilai Khan, le frère de Möngke, poursuit les assauts contre les Song du Sud et fonde la dynastie Yuan. Ses armées vaincront définitivement la dynastie des Song du Sud en 1279, unifiant la Chine sous la dynastie Yuan, jusqu’en 1368, jusqu’à la conquête des Ming.

L’épopée de Gengis Khan
Gengis Khan – Pièce de monnaie kazakhe

« Nos descendants se vêtiront d’habits dorés, mangeront des mets gras et sucrés, monteront d’excellents coursiers, presseront dans leurs bras les plus belles femmes et oublieront qu’ils nous le doivent. »

(Gengis Khan, d’après l’historien persan Rachid al-Din)

Faisons un retour dans le temps d’environ un siècle avant la naissance de Gengis Khan. À cette époque, les tribus mongoles, composées de farouches nomades, avaient, un temps, dominé l’Asie centrale. Mais quand apparaîtra Gengis Khan, ces tribus formeront une grande nation qui fera trembler le monde entier. Avant d’être habitée par ceux qui lui donnèrent son nom, la Mongolie était dominée par des tribus turques, tels les Turcs Ouïgours, maîtres des steppes au VIIIe siècle. Ces maîtres des steppes surent se montrer souples en adoptant la religion et l’écriture des Iraniens, en imitant la peinture chinoise et en traduisant des textes sanskrits, iraniens et chinois, apportant ainsi une brillante culture dans cette partie de l’Asie. Leurs successeurs, les Ouïgours, furent vaincus par les Mongols qui prirent leur capitale et élargirent leur pouvoir sur une partie de l’Empire chinois des Song. Au moment où la domination des Mongols sur les plateaux de l’Asie centrale semblait définitivement perdue, naîtra celui qui étendra leur puissance depuis la mer de Chine jusqu’aux principautés de Russie : Temüdjin qui régnera sous le nom de Gengis Khan, et selon la légende, il serait le fils du Loup bleu et de la Biche fauve …

Temüdjin voit son père mourir quand il n’a que huit ans, empoisonné par ses ennemis tatars. Abandonné par son clan, il s’enfuit avec sa famille à travers la steppe. Il connaît la peur, la misère et la solitude. Sa première conquête, à l’âge de quinze ans, se fait à l’aide du roi des Keraïts, le « frère juré de son père », qui l’aide à s’emparer de la Mongolie centrale. Son succès et sa renommée sont si fulgurants que son protecteur en prend ombrage. Gengis Khan se retourne contre lui et annexe le territoire du roi des Keraïts avant de s’attaquer aux autres tribus de la région. Quelques années plus tard, il contrôle la Mongolie au complet.

Pendant que les peuples rassemblés sous sa domination se lancent à la conquête des états sédentaires de l’Asie centrale, son fils attaque la Sibérie, et lui-même se tourne vers la Chine du Nord qu’il soumet très rapidement. Après être devenu maître d’un empire gigantesque, il meurt en 1227. Un grand festin suit : pendant trois jours, on fête son âme, on mange à satiété et quarante jeunes filles sont sacrifiées pour aller le servir dans l’autre monde !

Celui qu’on appelait le « Roi de l’Univers » était grand par la frayeur qu’il inspirait et les méthodes cruelles de ses cavaliers. On raconte que Pékin fut pillée pendant tout un mois, ses maisons brûlées et ses habitants massacrés. Lors de la prise de Merv, à l’exception de quatre cents artisans, tous les habitants sont décapités et leurs têtes empilées en pyramide pour orner les murs de la cité en ruine. Il arrive même que pour prendre une ville, les Mongols réquisitionnent les paysans des environs et que, avant d’approcher les défenses adverses, ils les envoient se faire tuer aux premières lignes. Détruisant les monuments, faisant paître leurs chevaux dans les champs cultivés, massacrant tous les êtres vivants, bien évidemment, Gengis Khan et ses cavaliers étaient porteurs d’une terrifiante réputation. La tactique était voulue : anéantir leurs ennemis par la peur.

On dit de Gengis Khan qu’il était non seulement un grand guerrier, mais aussi un grand administrateur, supprimant les rivalités à l’intérieur des clans et des tribus, en leur donnant conscience de leur puissance et de leur mission. Certes, il impose à son peuple une vie rigoureuse. Tous ses sujets lui doivent obéissance, franchise, et les femmes sont fidèles et chastes.

Le côté pacificateur de Gengis Khan impose aux peuples des steppes la paix, et grâce à celle-ci, les marchandises et les idées circulent librement à travers toute l’Asie. Les caravanes qui y pénètrent bénéficient d’une garantie de sécurité, ainsi les échanges s’accroissent et permettent à l’Occident et à l’Extrême-Orient de se rencontrer. Il accueille les Chinois, ouvre son territoire aux marchands et aux missionnaires occidentaux, et reçoit les chrétiens par curiosité, tout en manifestant un respect mêlé d’un peu de superstition envers les hommes d’Église. Après sa mort, cette tradition d’ouverture va permettre à l’un des plus célèbres voyageurs occidentaux, Marco Polo, de visiter la Chine et une grande partie de l’Asie.

La dynastie Yuan (1279 – 1368)
Cette grande dynastie mongole est fondée par Kubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan, né le jour de la prise de Pékin par celui-ci, Kubilai va régner de 1279 à 1378, jusqu’à la conquête des Ming que nous verrons dans un prochain article.

La Chine est entièrement sous domination mongole, ce qui vaut encore de nos jours une mauvaise image auprès du peuple chinois puisque c’était la première fois que la Chine était gouvernée par une dynastie d’origine non-Han. C’est aussi le premier exemple de la force d’assimilation de la culture chinoise, car les Mongols commencent à codifier leurs lois au contact de l’empire chinois.

Kubilai se distingue de ses prédécesseurs en accordant la primauté à la Chine et en se choisissant un nom dynastique à l’imitation des fils du Ciel. Il installe sa capitale à Zhongdu, l’actuelle Pékin-Beijing. Bien que l’origine de ses dirigeants soit étrangère, les historiens chinois considèrent la dynastie Yuan (terrirtoire qui se limitait à la Chine et à la Mongolie) comme une dynastie chinoise.

En 1276, Kubilaï attaque Lin’an (l’actuelle Hangzhou) du royaume Song et capture l’impératrice et le prince héritier. La cour s’enfuit vers le sud et l’héritier est remplacé par son frère. Comme mentionné au début de l’article, c’est en 1279 que les armées Yuan vainquent le reste de l’armée Song. La bataille se déroule à Guangzhou. Ainsi, la Chine se retrouvait sous le contrôle de la dynastie mongole.

Le déclin de cette dynastie commença à se faire sentir avec le temps, au milieu du XIVe siècle, en raison des insatisfactions créées dans la population. Des révoltes éclatent, allumées par des mouvements religieux.

En 1368, un paysan très pauvre, instruit des techniques militaires mongoles, Zhu Yuanzhang, prend la tête du mouvement Les Turbans rouges, faisant s’enfuir en Mongolie l’empereur Toghan Temur, même s’il continuait à se considérer comme le souverain de la Chine.

Une légende raconte que l’insurrection anti-mongole fut donnée le soir de la Fête de la mi-automne par des messages dissimulés dans les gâteaux de lune, consommés par les seuls Hans !

En réalité, les souverains mongols n’ont jamais réussi à s’imposer totalement, partagés entre le désir d’affirmer leur supériorité de case dirigeante et celui d’être de vrais empereurs de Chine. La population était divisée en quatre castes ethniques distinctes : les Mongols; les autres peuples « aux yeux colorés » d’Asie Centrale ou d’Europe; les Chinois (Han); et les Mandchous. Les postes importants étaient réservés aux Mongols et les mariages entre les Mongols et les autres castes étaient formellement interdits, ce qui entretenait la division.

Étrangement, de manière générale, les empereurs Yuan étaient jugés trop sinisés par les nobles mongols, et jugés trop mongols par les Chinois !

À suivre.

Source : L’histoire du monde (Larousse) No 45 – 1993
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dynastie_Yuan
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dynastie_Han

 

 

 

 

11 pensées sur “Gengis Khan en Chine

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    21 février 2014 à 8 08 43 02432
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    Ce conquérant soulève toute la problématique de la « civilisation ». Qui civilise qui quand un telle puissance de choc établit son dominion sur la Chine?

    L’histoire est en dents de scie. Tu me le dis…

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      21 février 2014 à 11 11 20 02202
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      Civilisation me semble égaler domination. C’est le résultat après la tempête. Collectivement, c’est la loi du plus fort qui l’emporte et tous les moyens sont bons pour justifier la fin : le règne. Individuellement, nous nous nourrissons des courants de pensée qui jonchaient la route au deuxième degré. C’est en tout cas ce que j’en perçois.
      Merci et bonne journée,

      Carolle Anne Dessureault

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    21 février 2014 à 9 09 39 02392
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    :L’histoire des peuples, même si elles se ressemblent souvent par la répétition, toutes époques confondues, n’as d’égale que la cruautées des uns et des autres pour assoir une domination éphémère.

    – Que signifie : Youyoupan, Herang sous votre avatar 2 , et a quoi ressemble votre avatar 1 ?

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      21 février 2014 à 11 11 23 02232
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      Je trouve « juste » votre expression « domination éphémère » puisque chacun de ces grands conquérants que rien n’arrête dans leur volonté de dominer, sera remplacé par un autre, rafraîchi par l’âge et voulant se mesurer. Une sorte de jeux olympiques démesurés avec trophées …. décernés par la chute des autres.

      Merci et bonne journée,

      Carolle Anne Dessureault

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        21 février 2014 à 16 04 49 02492
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        J’aurais espèré une réponse au deuxième volet de mon commentaire.

        Hep !
        Bonne journée également

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          21 février 2014 à 23 11 28 02282
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          Bonsoir Peephole,

          Je viens de rentrer, et je trouve votre question au deuxième volet de votre message : « Que signifie : Youyoupan, Herang sous votre avatar 2 , et a quoi ressemble votre avatar 1 ? »

          Je n’ai pas répondu parce que je ne sais pas de quoi vous parlez ? Où avez-vous trouvé ce YOUYOUPAN, HERANG ? À ma connaissance, je n’ai pas d’avatar.
          Je n’en ai jamais eu. Je me présente toujours sous mon identité avec ma photo.

          Informez-moi, car je trouve cela plus qu’étrange,

          Carolle Anne Dessureault

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            22 février 2014 à 3 03 02 02022
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            C’est ce qui est inscrit en caractère Chinois sous votre avatar, identifié avatar 2.

            Soumis au traducteur Google ca donne : youyoupan, herang ; herang semble être un nom propre. Voilà

            bonne journée

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            22 février 2014 à 18 06 58 02582
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            Voila pour l’info.

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    22 février 2014 à 23 11 06 02062
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    C’est a ce demander combien de gens  »rééls » commentent vraiment les articles ?

    Avec tout ce qui c’est passé dernièrement en plus de noms qui ont disparus pour voir apparaître une ribambelle de pseudo, plus ridicule les uns que les autres, ca sent la magouille a l’extrême.

    On parle tellement d’agence alphébétiques USA qu ‘ond fini par oublier que nous aussi on as plein d’agence douteuses qui espionne les gens et qui cherchent a connaître les opinions sur tout et sur rien.

    Comme disait Dan Akroid dans Gosthbusters: Your busted !

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    23 février 2014 à 12 12 11 02112
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    Pourquoi avoir changé les caractères Chinois (sous votre avatar-2)pour des points d’interrogations ?

    Il aurais été plus simple de les effacer, non ?

    bonne journée

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      23 février 2014 à 15 03 43 02432
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      Non, ceci n’a rien à voir avec moi … quelqu’un d’autre l’aura fait.

      Je ne comprend absolument rien à cette histoire.

      CAD

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