La Chine des Song du Nord

 Taizu, fondateur des Song

Un oeil sur … la Chine
Carolle Anne Dessureault :

En 960, le général Zhao Kuangyi organise un coup d’état et met fin au règne des Zhou postérieurs, la dernière des Cinq Dynasties. C’est le début de la dynastie des Song du Nord dont la capitale se fixe à Kaifeng. Zhao Kuangyi prend le nom de Taizu.
Pagode de fer de Kaifeng

Les Song du Nord (960 – 1127)
Moins puissante que la dynastie Tang, celle des Song doit partager le territoire chinois avec deux autres états : Liao (907 – 1125) au Nord Est et Xia, de l’Ouest au Nord Ouest. Malgré tout, l’empire des Song assure un règne prospère, un essor culturel fulgurant et des inventions fabuleuses tout en instaurant un art de vivre et le développement de nouvelles technologies.

Un collaborateur de l’Anglais Thomas Becket, Jean de Salisbury, a décrit les parties du corps de l’État, qu’il soit gouverné par mandarins ou rois : un corps dont les guerriers sont les mains, les paysans les pieds, et le prince la tête ! Pauvres paysans !

Il y eut neuf empereurs sous les Song du Nord. Nous n’en mentionnerons que quelques-uns.

Carte de l’empire des Song

Un premier empereur … Taizu (Zhao Kuangyi) (960 – 976)
En établissant un gouvernement central puissant, l’empereur Song Taizu assure une stabilité administrative, institutionnalise les examens impériaux, favorisant ainsi l’embauche de bureaucrates d’État compétents plutôt que de maintenir des positions aristocratiques ou militaires. Bien des projets voient le jour dont la création de cartes détaillées de chaque province et de chaque ville; en fait, un premier atlas géographique ! Il encourage les inventions et sous son règne s’érige la tour horloge astronomique conçue et fabriquée par Zhang Sixun (voir image plus loin dans le texte). Enfin, les fonctionnaires civils, les « mandarins », deviennent les rouages politiques majeurs de l’appareil d’État au détriment des membres et des proches de la famille impériale, des eunuques, des concubines et autres intrigants.

Souverain énergique, Taizu (Zhao) anéantit le pouvoir des généraux et dirige lui-même l’armée. Les relations diplomatiques avec l’étranger se créent. Mentionnons une alternance de relations guerrières et diplomatiques avec les Mongols et Khitans de la dynastie Liao au Nord-Est – en Mandchourie et autour de Pékin, (Chine historique) qui avaient soutenu les Jin Postérieurs avant de leur faire la guerre en 943. La force militaire des Song du Nord tente d’étouffer la dynastie Liao et de reconquérir les territoires vaincus, mais en vain; ce conflit sera résolu en 1005 par la signature du traité de Shanyuan mettant fin aux escarmouches près de la frontière, une action qui obligera les Song à payer un tribut aux Khitans. Ce traité n’altère pas la prospérité du pays car les Khitans dépendent de l’importation des marchandises produites par la Chine.

La faiblesse des Song du Nord
Metropolitan Museum, New York

Les rivalités politiques divisent peu à peu les membres de la cour impériale. Un idéaliste premier ministre, Fan Zhongyan, tente d’augmenter le salaire des fonctionnaires de bas niveau et d’établir un plan pour permettre l’éducation à un plus grand nombre d’individus afin d’accéder aux examens impériaux. Malgré sa belle et louable intention, il subit un cuisant échec et est contraint de démissionner !

L’empereur Song Shenzong (1067 – 1085)
Sous le règne de Song Shenzong, des rivalités naissent pour résister aux réformes proposées par les partisans conservateurs. C’est la pagaille ! Quand un groupe surpasse son opposant, on exile les membres rivaux dans des régions reculées. Le poète Su Dongpo (Su Shi) – voir un peu plus loin dans le texte – est une des victimes les plus célèbres, emprisonné pour avoir critiqué les réformes de Wang.

Un empereur défenseur des arts, et un poète-maître de la « peinture des lettrés »

L’empereur Huizong (Zhao)                   Le poète Su Dongpo (Su Shi)

Ces deux hommes, l’empereur et le poète, pratiquants fervents de la vertu de « l’honnête homme » par l’exercice de la peinture, de la poésie et de la calligraphie, incarnèrent l’idéal intellectuel chinois de leur époque sans s’être rencontrés, car Huizong monta sur le trône l’année même de la mort de Su Shi (Dongpo).

Mandarin raffiné, le poète Su Dongpo (1037 – 1101), excelle dans la calligraphie et la poésie. Considéré comme le plus grand poète de la dynastie des Song, et l’un des plus importants de l’histoire littéraire chinoise en créant le courant philosophique et pictural de la « peinture des lettrés », il laisse à la Chine une oeuvre considérable et fondamentale, une synthèse du confucianisme, du taoïsme et du bouddhisme chan.


Xiansu (épouse de Huizong)

Rien ne destinait Huizong (Zhao) à devenir empereur puisqu’il était le onzième fils de l’empereur Shenzong. Assez indifférent à la politique, il monte sur le trône à dix-huit ans, et défend les arts, les lettres et les sciences pendant toute la durée de son règne à Kaifeng, de 1101 à 1125. Grand admirateur du peintre Guoxi, « Début de printemps « et de


Début de printemps (Guoxi)                  Voyageurs entre monts et torrents (Fan Kuan)

«Voyageurs entre monts et torrents » de Fan Kuan, deux oeuvres monumentales peintes à l’encre, son amour de la peinture l’inspire à élever cet art au niveau de la calligraphie et de la poésie. Il ira jusqu’à exiger des dignitaires des aptitudes de calligraphe et de peintre. Il va aussi exiger trois choses de la peinture chinoise : le réalisme, une connaissance de la peinture passée et l’accomplissement d’une idée poétique (« shiyi ») dans les peintures. Enfin, il invente son propre style d’écriture, une calligraphie mince, élégante et vigoureuse baptisée « l’écriture à l’allure d’or grêle ».

Notable chinois à Dunhuang
(Musée Guimet à Paris)

Des événements venant des Jurchen, tribu sujette de l’empire Liao, qui après s’être rebellés, forment leur propre État, alarment sérieusement l’empereur; un fonctionnaire conseille à Song Huizong de former une alliance avec les Jurchen… hélas, la faiblesse de l’armée des Song fait que les Jurchen brisent l’alliance et lancent des invasions en 1125 et 1127, capturant la  capitale Kaifeng, l’empereur Huizong ainsi que son successeur Song Quinzong, et la majeure partie de la cour impériale.

Fin de la dynastie des Song du Nord
L’empereur autoproclamé Song Gaozong (1127 – 1162) récupère les forces Song restantes et se retire au sud du fleuve Yangji Jiang pour établir la nouvelle capitale de la dynastie des Song du Sud à Lin’an (l‘actuelle Hangzhou).

Ainsi, la conquête par les Jurchen du Nord et le transfert de la capitale de Kaifeng vers Lin’an constituent la date de division entre les dynasties du Nord et du Sud.

Un siècle favorable aux inventions

Schéma de l’horloge de Su Song     Maquette (Science Museum Londres)

L’astronomie et la mesure du temps sont des sujets de recherche privilégiés. Su Song construit une horloge astronomique en bronze et en fer de 6 mètres de haut, indiquant à tout moment la position des constellations. Le mathématicien Guo Shoujing fait construire une tour-cadran solaire haute de 14 mètres, destinée à la prévision des équinoxes et des solstices.  En plus, la poudre à canon, mélange de salpêtre, de soufre et de charbon de bois, est mentionnée dans des textes de 1044. Son utilisation militaire (grenades, mortiers, canons) se généralise sous les Song.

MAIS, l’histoire de l’horloge mécanique explique pourquoi les Chinois n’ont pas gardé leur avance technologique sur l’Occident. Étant donné que le cycle des mondes et la fixation du calendrier était du ressort de l’Empereur et de lui seul – et que Su Song dut en garder jalousement le secret – lorsque les Song durent quitter Pékin en 1126, ils ne pouvaient emporter leur horloge qui resta au mains des Jin. Il se produisit alors une chose incroyable : en dépit de leurs connaissances, les Song du Sud s’avérèrent incapables de retrouver le secret de l’horloge, quoiqu’ils aient fait venir le fils de Su Song. En 1279, quand les Yuan arrivent au pouvoir, l’horloge n’est plus entretenue. Sa trace sera perdue sous les Ming.


Technologie                                        Préparation de la soie

femmes préparant la soie

Les échanges commerciaux

échanges intérieurs et monnaie

Un art de vivre raffiné pour les mandarins et riches
Sous la dynastie des Song, le raffinement, la musique, la peinture et la technologie se développent dans l’effervescence et l’enthousiasme.

Banquet (cour de l’empereur Huizong

La culture, art (peinture, musique, littérature)


Moineaux (pour Huizong)                             Peintre Li Tang (Ruisseau) Histoire du Monde

Peinture de l’empereur Huizong

Musique (flûte)

La littérature
jardin littéraireétudiants partageant un repasjardin impérial (rencontre probable avec Genghis Khan)
Jardin littéraire – Zhou Wenju

Empereur Huzong, art et musique
Liao dynastie Mandchourie


Genghis Khan reçoit Jin et princesse Qiguo

Le prochain article traitera des Song du Sud.

Carolle Anne Dessureault

Sources : L’histoire du Monde no 43 – 1993 – La Chine des Song

Sources : Wikipédia + images google