La Corée du Nord est une diversion!

Par Les prolétaires de fer. Le 13.08.2017.  Sur http://www.proletaire.altervista.org/recherchemarxisme/actualite.php

 

La plus grande force de la désinformation, c’est qu’elle est souvent une information. Pour comprendre ce qui se trame derrière le chaos mondial actuel, il faut prendre en compte tous les aspects du problème, ne jamais s’arrêter à la surface des choses. Bien souvent on s’arrête à l’écorce des choses. Au lieu de savoir si ce qui se passe est grave, il faut plutôt se demander si c’est réellement important ou non. Si la majorité des gens se posait cette question à chaque fois qu’un sujet d’actualité occupait le devant de la scène, presque la totalité des actes de désinformation seraient déjoués. Bien souvent une information n’est donnée au public que pour en masquer une autre plus importante.

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Donc, si nous devons examiner chaque problème sous tous ses aspects, cela signifie qu’il existe plusieurs niveaux de lecture, que l’on peut approfondir notre compréhension du problème et écarter les idées fausses, les explications faciles et apparentes, qui bien souvent ne contiennent qu’une faible part de vérité.

Il faut plusieurs grilles de lecture pour comprendre le monde, car il y a rarement une seule explication, mais souvent plusieurs aspects liés entre eux.

1- Le premier niveau de compréhension du problème nord coréen est celui distribué par les médias dominants, qui explique le problème comme l’affrontement de deux fous (les présidents nord coréens et américains). Nul besoin de s’attarder sur ce point de vue ridicule.

2- Le deuxième niveau de compréhension consiste à présenter les faits comme étant l’agression typique d’un pays par l’impérialisme américain, sous des prétextes bien connus et mensongers. Il va de soi que la Corée du nord n’a pas les moyens de conquérir le monde et que son arsenal nucléaire est défensif. Mais s’arrêter là, ce n’est pas encore réellement comprendre ce qui se joue.

3- Il faut pour bien comprendre le problème, ne pas limiter le problème à un bras de fer entre deux pays, mais observer l’attitude et les intérêts des autres pays de la région, et comprendre le troisième niveau de lecture. L’événement le plus important s’est produit il y a deux jours, la déclaration officielle de la position de la Chine :

« China should also make clear that if North Korea launches missiles that threaten US soil first and the US retaliates, China will stay neutral. If the US and South Korea carry out strikes and try to overthrow the North Korean regime and change the political pattern of the Korean Peninsula, China will prevent them from doing so. »*

(La Chine devrait également préciser que si la Corée du Nord lance en premier des missiles qui menacent le sol américain et que les États-Unis réagissent, la Chine restera neutre. Si les États-Unis et la Corée du Sud effectuent des frappes, tentent de renverser le régime nord-coréen et de changer le modèle politique de la péninsule coréenne, la Chine les empêchera de le faire.)

Cela signifie que si les états-unis prenaient l’initiative d’attaquer la Corée du nord, cela conduirait directement à la troisième guerre mondiale. Nous ne discuterons pas de ce scénario, nous verrons plus loin le véritable objectif des américains dans ce conflit.

Les relations entre la Corée du nord et la Chine ne sont pas réellement amicales. La Chine tolère le régime nord coréen, redoutant la mise en place d’un régime réellement hostile très près de sa capitale, Pékin. La Corée du nord le sait, et joue de la rivalité sino-américaine, c’est ce qui explique en partie la longévité du régime.

En réalité, la Corée du nord a intérêt à la montée contrôlée des discours hostiles parce que cela oblige la Chine à prendre position en sa faveur. Le discours de la Corée du nord est un bluff parfaitement contrôlé dont l’objectif n’est pas de terrifier les américains, mais les chinois, afin de les obliger à abattre leurs cartes et à montrer dans quel camp ils sont.

On sous-estime la contradiction entre la Chine et la Corée du nord. Rappelons que la Chine «communiste» a su sortir les griffes contre ses voisins «communistes» (par exemple l’agression contre le Vietnam en 1979). Un pays impérialiste n’envisage pas les relations avec ses pays alliés autrement que comme une relation de vassalité. La Corée du nord devient toujours plus dépendante économiquement de la Chine par son commerce extérieur, parce que la Corée du nord n’est pas un pays socialiste (en dépit des apparences).

On oublie souvent que la détention de l’arme nucléaire par la Corée du nord fait peser avant tout un danger sur la Chine. Il suffit de prendre une carte pour s’en rendre compte.

Le danger est triple. Un danger direct d’abord, car même si une guerre sino-nord-coréenne laisse peu de doutes sur l’issue du conflit, la bombe nucléaire change un peu le rapport de force en faveur de la Corée du nord dans les relations entre les deux pays. Un danger indirect ensuite, parce que cela permet aux nord coréens de faire un chantage aux chinois. En effet si jamais la dynastie des Kim venait à être renversée, l’arme nucléaire pourrait se retrouver entre les mains d’un régime pro-américain à la frontière chinoise. Un danger global enfin, parce que les états-unis se servent du prétexte nord-coréen pour installer des systèmes anti-missiles partout autour de la Chine, ce qui nous amène au quatrième niveau de lecture.

4- Le quatrième niveau de compréhension, c’est la question de l’équilibre stratégique nucléaire. Il est intéressant de rappeler l’histoire des boucliers anti-missiles. Ci-dessous, une retranscription d’un documentaire arte, le dessous des cartes, de Jean-Christophe Victor un épisode datant de 2007, dont voici le lien : https://www.youtube.com/watch?v=M8ZqucKccgE

« Le projet de bouclier anti-missile n’est pas nouveau. Pendant la guerre froide, les états-unis voulaient déjà sanctuariser leur territoire face à la menace des missiles intercontinentaux soviétiques. Et avec le traité ABM en 1972 (traité Anti-Missile Balistique), signé entre les états-unis et l’URSS, les deux adversaires ont limité le déploiement des systèmes de défense anti-missile à deux sites seulement : Moscou pour l’URSS, et le centre de commandement stratégique de Grand Forks pour les états-unis.

Le projet de bouclier est repris en 1983 par le président Reagan, devenant l’Initative de Défense Stratégique (l’IDS), mais il est finalement abandonné à cause de son coût exorbitant, et parce qu’il induisait en fait une nouvelle course aux armements.

Or le projet est relancé en 1998 sous le nom de National Missile Defense, dans un rapport parlementaire, rédigé par un certain Donald Rundstedt. Et deux ans plus tard avec l’arrivée de Georges Bush et des néo-conservateurs à Washington, le concept du bouclier devient une priorité stratégique de l’exécutif américain.

Alors il y a au moins trois raisons à cela. D’abord, il faut préserver le sentiment de sécurité des états-unis, basé sur la sanctuarisation du territoire, que le gouvernement américain veut maintenir face à l’émergence de nouvelles puissances nucléaires. L’Inde et le Pakistan ont procédé en 1998 à des essais nucléaires. Face aussi à la menace de la Corée du nord qui est soupçonnée de développer un programme nucléaire. D’autant que le pays en août 1998, a testé un missle, le Taepodong 1, au-dessus du Japon, qui a ensuite été amélioré et doté d’une portée pouvant atteindre le territoire américain. Et d’ailleurs, en se protégeant de la menace coréenne, les états-unis se prémunissent en même temps d’une potentielle menace chinoise. »

L’une des véritables clé de compréhension du conflit nord-coréen se trouve ici. Les états-unis ont besoin de la «menace nord-coréenne» pour placer leur système de «défense anti-missile» tout autour de la Chine, de l’Inde, etc. Il faut bien comprendre que la place de l’occident dans le monde a considérablement décliné avec le développement de l’Asie. En terme d’économie (réelle) et de démographie, le centre du monde est maintenant l’Asie, et les états-unis ne doivent plus leur puissance qu’à leur présence militaire dans la région.

Leur seule façon de maintenir leur supériorité encore quelques temps est d’obtenir l’avantage stratégique nucléaire. Autrement dit, obtenir la possibilité de frapper la Chine sans possibilité de riposte (avec probablement des négociations pour obtenir la neutralité de la Russie), afin de contraindre par la force l’impérialisme chinois. Ce à quoi nous assistons est donc l’ultime tentative de l’impérialisme américain de prolonger sa suprématie mondiale.

Vladimir Poutine avait déjà esquissé les véritables enjeux derrière la «menace iranienne», comme prétexte à l’installation de missiles dirigés en réalité contre la Russie (voir à partir de la quatrième minute) : https://www.youtube.com/watch?v=ZxnrlFV9A0Y

Nous avons ici un scénario semblable mais avec la Corée du nord dans le rôle de l’Iran. A ceci près que la Corée du nord possède déjà l’arme nucléaire et que l’enjeu est maintenant dans la maîtrise de la production de missiles balistiques inter-continentaux, quoique selon le documentaire d’arte (voir ci-dessus), il semblerait qu’en 2007 la Corée du nord possédait déjà des missiles capables de frapper le territoire américain. Ce n’est pas certain, mais cela en dit long sur le degré de mensonge de la propagande actuelle, qui présente la situation comme si nous venions d’atteindre une sorte de point de non-retour avec la Corée du nord, alors que manifestement cette «menace» n’a que faiblement évolué depuis une dizaine d’années.

Il suffit de regarder la carte des installations de missiles américains pour comprendre que la Corée du nord n’a rien à voir dans cette histoire. Le véritable enjeu, c’est la Chine.

Les états-unis ont besoin de maintenir la Corée du Sud et le Japon dans leur vassalité, alors que ces derniers ont intérêt à se rapprocher de la Chine pour leur avenir économique. Dans ce jeu, il y a donc une conivence entre la Corée du nord et les états-unis, ou plutôt une manoeuvre américaine pour exploiter le caractère prévisible des nord coréens pour justifier le maintien et le déploiement des systèmes de prétendue défense anti-missiles, dirigés en fait contre la Chine. L’attiude actuelle des états-unis est un signe de faiblesse.

5- Le cinquième niveau de compréhension, sans doute le plus important, et qui relativise en partie les précédents, est de comprendre que toute cette escalade militaire n’est qu’une diversion par rapport à la crise économique mondiale qui est en cours, et dont l’évolution prochaine pourrait prendre une tournure clairement catastrophique.

Si on observe l’attitude des élites américaines, on comprend aisément le rôle de Trump dans leur plan, à savoir jouer le rôle de méchant qui portera sur son dos la responsabilité de tous les cataclysmes économiques et militaires que l’oligarchie n’a pas envie d’assumer. Il leur fallait quelqu’un pour être responsable aux yeux de l’histoire, faire oublier les véritables responsables. La façon dont il a été élu est d’ailleurs assez suspecte, car il s’appuyait sur une réelle contestation d’une partie du peuple américain, tout en étant en réalité le jouet (conscient ou non) de l’oligarchie. Regardons de plus près son élection. Tous les médias se sont ligués contre lui, certes, mais bien avant qu’il ne soit aux portes du pouvoir. Trump a reçu une grande publicité inversée et négative, mais une publicité tout de même, qui lui a permis de devenir aux yeux du peuple une sorte de héros incarnant la lutte contre les médias et l’oligarchie cosmopolite.

Maintenant, tout ce qu’il fait, c’est créer partout dans le monde des situations de chaos. La réaction la plus intéressante a été celle des marchés financiers. Il faut bien comprendre que le prix des actions n’est absolument pas un reflet de la santé économique mondiale. Ils reflètent simplement la capacité des banques centrales à soutenir à bout de bras l’économie en déclin de pays ruinés par la crise, et à maquiller avec une partie de cet argent le cours des indices boursiers. Sans la planche à billet des banques centrales, le système économique serait réellement en faillite. Mais il en faut chaque fois plus, toujours plus de dette. Or la planche à billet ne peut pas durer éternellement. Elle ne peut finir que de deux façons, ou bien la planche à billet s’use jusqu’à l’explosion, ou bien elle s’arrête, mais l’économie retourne à son état «normal», c’est à dire un véritable effondrement. Dans tous les cas, ça ne peut pas «bien» finir.

L’oligarchie financière ne peut pas empêcher la crise, elle peut juste décider de la déclencher elle-même tant qu’elle contrôle encore la situation. C’est ce qui se passe en ce moment depuis que la réserve fédérale américaine a décidé de relever ses taux (en mars dernier) et qu’elle annoncé qu’elle allait alléger son bilan, autrement dit, retirer progressivement son soutien à l’économie. Personne n’est dupe, une hausse des taux d’intérêts, même minime, est suffisante à provoquer au moins un krach obligataire (car les anciennes obligations aux taux bas ne vaudront plus rien), une probable série de défauts de crédits subprimes, donc des faillites de banques en cascade, et enfin un krach boursier, qui sera doublement inévitable, par l’aggravation de l’effondrement dans l’économie réelle, et la fin du soutien des cours des actions par l’existence des taux bas.

Depuis le mois de mai, les indices boursiers de la planète commencent à piétiner (alors qu’ils étaient artificiellement propulsés à des sommets historiques jusque là). Certains commencent même à s’effondrer. Ainsi l’indice français a déjà perdu entre 6 et 7% depuis trois mois (371 points). Aux états-unis, l’inversion semble avoir commencé à partir du début du mois d’août, malgré des premières secousses les mois derniers. Le vertige du sommet pourrait rapidement faire tomber les indices très bas, sachant que depuis 2009 ils ne reflètent absolument pas la valeur des entreprises cotées en bourse. Les tensions autour de la Corée du nord ont fragilisé un peu plus le cours des actions, ce qui semble indiquer que la «folie» de Trump et de Kim Jong-Un servira d’explication à l’effondrement des places boursières pour le commun des mortels.

Au lieu de comprendre l’origine de la crise et de ses responsables, la plupart des gens croiront que la folie de quelques dirigeants a précipité l’économie mondiale dans le gouffre. La réalité est que nous sommes déjà dans le gouffre depuis 2008, nous n’avons juste pas encore atteint le fond. Il n’y a eu aucune reprise et tout ce qui sera servi au public sera destiné à faire diversion (attentats, risques de guerre, etc.).

En réalité, il est peu probable que la troisième guerre mondiale ait lieu dans les jours qui viennent. Même si l’on peut admettre cette hypothèse comme possible, elle n’est pas la plus probable. Les états-unis ne peuvent pas mener une guerre conventionnelle contre la Chine, étant donné que l’industrie militaire américaine dépend en grande partie de ces pays asiatiques qui ont joué depuis des décennies le rôle de pays ateliers, y compris dans le domaine des pièces nécessaires à la fabrication d’armes.

Même si l’armée américaine a le plus gros budget du monde, cela n’en fait pas pour autant une armée capable de tout. En effet, dans ce budget entre en grande partie des dépenses liées à l’entretien de bases militaires ou de matériel vétuste. L’armée chinoise dépense moins, mais mieux, dans la modernisation de son armée, plutôt que dans la construction coûteuse de bases militaires à l’étranger (qu’elle n’est contrainte de réaliser que depuis quelques années).

Si le magicien agite la main droite, c’est pour que vous ne regardiez pas la main gauche. C’est souvent en détournant l’attention du public que les magiciens réalisent leurs tours. Plus on veut vous faire regarder quelque part, plus on essaye de vous cacher quelque chose ailleurs. Plus ce qu’on vous montre est grave, plus ce qu’on essaye de vous cacher est important. Le plus important est la crise économique mondiale, en second lieu la guerre froide entre les états-unis et la Chine, le reste n’est qu’une diversion.

Chinese state-owned paper says China will intervene and stop America if it attacks North Korea first – and will only stay neutral if Kim attacks the States first

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

6 pensées sur “La Corée du Nord est une diversion!

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      23 août 2017 à 8 08 18 08188
      Permalink

      @ Matrice

      L’argent – le capital – n’a ni odeur, ni saveur, ni ethnie, ni religion, ni identité nationale – surtout depuis qu’il s’est internationalisé – mondialisé – à l’étape impérialiste de son développement.

      L’enfumage ethnique, racial, national, n’est que parade pour occuper les péquenots et les faire s’entredéchirer – s’entredétruire pendant que la parade des milliard$$$ passe son chemin vers la banque la plus proche.

      Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

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    30 août 2017 à 7 07 39 08398
    Permalink

    Quote :
    [Vladimir Poutine avait déjà esquissé les véritables enjeux derrière la «menace iranienne», comme prétexte à l’installation de missiles dirigés en réalité contre la Russie (voir à partir de la quatrième minute) : https://www.youtube.com/watch?v=ZxnrlFV9A0Y%5D

    ————

    Cette tentative permanente d’avancée des Etats-Unis vers la Russie (avancée effective, ou ici symbolique) se retrouve, en 2015, dans le choix des villes pour les :

    – Jeux Européens à Tbilissi (en Géorgie) et du
    – Festival Olympique de la Jeunesse Européenne (FOJE) à Bakou (en Azerbaïdjan).

    Bakou et Tbilissi sont l’une et l’autre situées :
    – assez loin de l’Europe, et
    – à environ trois heures de vol de Moscou.

    Et de plus, elles se trouvent toutes les deux en plein sur la ligne du pipeline le plus politisé du monde, le « BTC pipeline » (Baku–Tbilisi–Ceyhan).

    Tout est donc prétexte à faire passer des messages entre protagonistes politiques, même le sport… qui se veut neutre politiquement…

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