La guerre au Moyen-Orient et le rôle du Hezbollah

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UN ŒIL SUR LE MONDE MUSULMAN
Adam Mira

Le chef chiite du Hezbollah, Hassan Nasrallah, déclare solennellement que les soldats de son parti participent à la guerre syrienne et explique sa décision d’y participer. Selon lui, la Syrie reste le seul pays arabe qui prend à cœur la résistance contre Israël. De plus, le parti participera dans toutes les batailles à venir pas seulement en Syrie, mais en Irak et au Yémen aussi.

En 1982, l’armée israélienne envahit le Liban pour chasser les combattants palestiniens de l’Organisation de libération de la Palestine (O.L.P) le  plus loin possible de la frontière libano-israélienne.

L’invasion coïncide avec la commémoration de la réussite de la Révolution iranienne et le retour d’Ayatollah Khomeiny de son exil en France il y a trois ans.

Le chef suprême iranien décide d’appuyer la cause palestinienne et d’exporter les valeurs et les traditions iraniennes dans le monde entier.

Dans ce sens et avec la belle relation entre la Syrie et l’Iran,  la Garde révolutionnaire iranienne envoie des centaines de militaires pour participer à la guerre au Liban de 1982. C’est à ce moment-là que le Hezbollah nait. L’aventure iranienne commence donc par créer un mouvement, aux assises solides, capable de donner aux chiites libanais un sentiment de fierté et de dignité. En effet, ces derniers vivaient depuis longtemps en marge de la société libanaise, car un système confessionnel créé par le protectorat français donne des privilèges  aux chrétiens maronites et aux musulmans sunnites.

À cette époque, le mouvement chiite pro-iranien se développait rapidement grâce à  l’absence des Palestiniens qui ont été faiblis par la déportation de milliers de combattants dans plusieurs pays arabes et à l’encerclassions des camps palestiniens pendant trois ans (1985-1987) par le mouvement chiite Amel pro-syrien et adversaire du Hezbollah.

Le champ est donc libre pour que le Hezbollah puisse devenir rapidement le mouvement le plus fort du Liban. En effet, il se dote d’une armée de 20000 à 50000 combattants qui est bien entrainée par la Garde de la révolution iranienne.

En 1992, le Hezbollah perd son chef Abasse el-Missaoui qui a été assassiné par l’armée israélienne. De plus, d’autres dignitaires du parti ont été enlevés et transférés  vers les prisons israéliennes.

Par un discours hostile à Israël, le Hezbollah devient très populaire et tisse de belles relations avec les mouvements islamiques palestiniens dont le Hamas et le Djihad islamique.

Au fur et à mesure, le Hezbollah devient le bras militaire iranien au Liban et  se met à défier  le gouvernement libanais élu démocratiquement. En réalité, il construit  un État dans l’État et décide de l’avenir de tous les libanais de toutes confessions confondues. En conséquence, c’est l’Iran qui tire les ficelles au Liban via le Hezbollah.

En 2006, Israël envahit le Liban et perd la Guerre. Le  Hezbollah est considéré à ce moment-là comme le Messie du Proche-Orient surtout pour les palestiniens.

Mais, le héros voit son aura de gloire ternie par des soupçons concernant son implication dans de nombreuses affaires troubles, surtout en ce qui concerne  l’assassinat du premier ministre Libanais Rafik Hariri détesté par le président syrien Bachar el-Assad.

Malgré tout, le Hezbollah reste un mouvement respectueux jusqu’au jour où le Cheikh Nasrallah annonce que le printemps syrien et les émeutes contre le régime de Bachar el-Assad sont contrôlés par l’extérieur et qu’il appuyait le régime baathiste.

Cette prise de position grave fait  perdre au Hezbollah toute crédibilité en tant que mouvement nationaliste et c’est ainsi que le héros déchu se transforme aux yeux des arabes comme un simple mouvement chiite et confessionnel.

Depuis 2013, le Hezbollah participe activement à la guerre syrienne, ses soldats meurent aux champs de bataille auprès de l’armée du régime baathiste. C’est ainsi que le parti de Dieu devient l’ennemi juré du peuple arabe surtout en Syrie.

La question qui se pose : Pourquoi le Hezbollah s’implique-t-il dans la guerre syrienne ?

La réponse est liée aux convictions chiites, car la base de celles-ci est fondée sur une règle : al-Taqyîa qui signifie : la dissimilation des vraies convictions tant que les musulmans chiites sont vulnérables et faibles.

Et, avec la déstabilisation des pays de la région, le déséquilibre géopolitique permet la montée en puissance de l’Iran, ce pays chiite où  les croyants d’Ali n’utilisent plus leur méthode d’al-Taqyîa et affichent maintenant au grand jour leurs véritables motivations, celles de dominer le Proche-Orient.

Depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, les chiites construisent un croissant qui comprend: l’Iraq, la Syrie et le Liban du Hezbollah.

La clé pour mettre fin à ce déferlement chiite sur la région réside dans la chute du régime alaouite (chiite) Syrien. En effet, la perte de la Syrie aurait de lourdes conséquences sur l’Iran. Il affaiblirait son poids dans la région. Il sonnerait  le début de la fin de sa domination au Moyen-Orient. Par la suite, il serait moins difficile d’éliminer le Hezbollah au Liban, puis libérer les chiites iraquiens des iraniens.

Mais, avec toutes les forces qui s’opposent actuellement en Syrie, dont l’EI, y a-t-il vraiment une volonté politique internationale afin d’affaiblir l’Iran? Veut-on réellement que le régime syrien tombe? Où bien, sa  disparition risquerait d’entrainer un chaos encore plus désastreux dans la région et que l’on préfère que le régime baathiste reste au pouvoir.

Même si cela n’est pas dit de façon formelle, mais il n’y a plus vraiment une volonté de voir le régime syrien tomber, c’est pour cela que, selon les derniers discours, une volonté de négocier avec le régime fait surface aussi bien aux États-Unis qu’en Europe.

La guerre en Syrie, est une guerre qui décidera de l’avenir du Proche-Orient. Celui qui gagnera ce conflit bien compliqué, il sera le leader de cette région stratégique pour les décennies qui viennent. Cependant,  la guerre sera très, très longue, surtout après l’accord entre Iran et les États-Unis à propos du programme nucléaire. Tous les scénarios sont possibles.  Peut-être que dans un avenir proche on verra une alliance entre Israël et certains pays arabes qui s’uniront afin d’affronter l’Iran, car dans la politique l’ami de mon ennemi est mon ennemi, et l’ennemi de mon ennemi est mon ami!                             M.A 

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Un oeil sur le monde musulman

Je médite l’Islam parce que ce phénomène historique, intellectuel et émotionnel durable, influençant plus d’un milliard d’humains, compte. Je le fais en athée et en philosophe matérialiste mais avec toute la déférence requise. Je ne suis pas un iconoclaste. Je ne suis pas un hagiographe non plus mais je m’intéresse à cette vision du monde pour ce qu’elle dit de l’humain et de son contexte culturel. Salut, solidarité et respect, dans la différence. – Paul Laurendeau (Ysengrimus)

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