La guerre de Syrie remet en cause l’ordre mondial unipolaire

Par Elijah Magnier   Le  2.04.2018. Sur  Le Grand Soir.

Elijah Magnier a publié aujourd’hui un article en trois parties sur la guerre contre la Syrie et son rôle dans la compétition politique internationale :

Les Etats-Unis accepteront-ils leur défaite ou vont-ils défier l’ours russe et le dragon chinois ?

Partie 1, 2, 3  (en anglais).


 

La première partie décrit la situation actuelle sur les différents fronts en Syrie, et les développements ultérieurs les plus probables. Le gouvernement syrien est en train de gagner la guerre. Le général Votel de CentCom a reconnu que la stratégie américaine en Syrie avait échoué. Voilà la conclusion de Magnier à cette première partie :

Les Etats-Unis ont perdu la « bataille extrême » – ils se sont révélés incapables d’atteindre leur objectif de « changement de régime » en Syrie. L’ours russe s’est réveillé de sa longue hibernation lorsqu’il a réalisé que les Etats-Unis essayaient de l’isoler. Moscou s’est rapproché le dragon chinois, qui partage l’objectif de la Russie d’éliminer tous les extrémistes et les terroristes djihadistes en Syrie.

La Russie et la Chine travaillent maintenant en étroite collaboration pour modifier l’ordre unilatéral et mettre fin à la domination des États-Unis sur le monde entier.

La deuxième partie examine l’évolution des relations entre les États-Unis et la Russie au cours de la dernière décennie, et le rôle que les politiques étasuniennes de « changement de régime » en Europe de l’Est et au Moyen-Orient y ont joué. L’attaque étasunienne contre la Syrie s’inscrivait dans le cadre d’un défi plus large à la Russie. Elle a donné naissance à une nouvelle coalition qui s’oppose maintenant aux mouvements étasuniens :

Obama a vu l’État islamique se développer en Irak et s’installer en Syrie, il l’a regardé occuper l’Irak, il a laissé les djihadistes se rendre au Moyen-Orient, il a ouvert toutes les prisons saoudiennes à condition que les extrémistes djihadistes qui y étaient emprisonnés soient expédiés en Syrie. Pendant une année entière, malgré « 70 pays réunis dans une coalition luttant contre l’EI » en Syrie, le groupe EI a augmenté son emprise et ses revenus en vendant des quantités croissantes de pétrole. Tout cela pour arrêter l’Iran et la Russie, créer des États faillis (comme en Libye) et faire se battre les musulmans entre eux.

Mais Moscou, Pékin et Téhéran savaient qu’il fallait arrêter les djihadistes au Levant avant qu’ils n’arrivent dans leur propre pays.

La Syrie ne sera pas une autre Libye et la Russie, et la Chine ainsi que l’Iran ont décidé que la domination unilatérale des États-Unis s’arrêterait une bonne fois pour toutes aux portes du Levant

La troisième partie donne une vue d’ensemble encore plus large et montre comment la Chine et la coopération russo-chinoise parviennent à remettre en cause la domination unilatérale des États-Unis sur le globe :

Pendant que les Etats-Unis vendaient pour 110 milliards de dollars d’armes à l’Arabie Saoudite pour tuer davantage de Yéménites et menacer ses voisins (Qatar, Syrie et Iran), la Russie a signé des contrats pour 10 ans avec la Chine pour 600 milliards de dollars, et avec l’Iran pour 400 milliards de dollars. De plus, la Chine a signé avec l’Iran des contrats d’une valeur de 400 milliards de dollars. Ces contrats portent sur la coopération économique, les échanges énergétiques ; ils sont les prémices d’un avenir économique de très haut niveau pour ces pays bientôt libérés de la domination américaine.

Les États-Unis croient qu’ils peuvent isoler la Russie, la Chine et l’Iran : la Russie a une frontière de 7 000 kilomètres avec la Chine, l’Iran n’est pas l’Irak, et la Syrie n’est pas l’Afghanistan. En Syrie, il a été mis fin à la fatalité d’un monde gouverné unilatéralement par un empire hégémonique. Désormais le monde avance vers le pluralisme.

La grande question est celle-ci : Washington est-il prêt à accepter sa défaite, à reconnaître qu’il a perdu son contrôle sur le monde, et à se retirer de Syrie ?

En recevant récemment le dirigeant nord-coréen Kim Yong-un à Pékin, la Chine a remis en cause le rôle prépondérant des États-Unis dans les discussions sur la Corée du Nord. Il n’y aura pas de solution unipolaire de ce conflit – ni par des pourparlers, ni par la guerre. Un conflit au sujet de la Corée pourrait rapidement supplanter le conflit en Syrie en termes d’ampleur et de conséquences potentielles. Dans le contexte mondial, la guerre contre la Syrie n’est qu’un point de départ. Ce sera probablement en Corée, et peut-être à Taïwan, que se livrera la véritable bataille entre l’ordre unilatéral et l’ordre multilatéral.

Moon of Alabama

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

2 pensées sur “La guerre de Syrie remet en cause l’ordre mondial unipolaire

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    7 avril 2018 à 7 07 44 04444
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    La Guerre en général, où prend a t-elle ses racines, a t-elle toujours existé, y a t-il un remède à ce fléau qui, a terme, fera disparaitre l’humanité ?
    C’est dans l’histoire de l’évolution physiologique de l’homme que nous trouvons l’origine et la cause de la guerre.
    C’est parce que la masse masculine est avide de mouvements, de luttes et de déplacements qu’elle suit les conquérants ; l’action violente, brutale, développant les instincts profonds de la nature masculine, cela les grise, c’est pour cela qu’ils aiment la guerre.
    La lutte est d’instinct masculin.
    Si l’homme aime les combats c’est parce qu’il possède des facultés motrices qui ont besoin d’emploi. C’est pour avoir le plaisir de batailler, bien plus que pour défendre telle ou telle cause, pour venger tel ou tel affront. Le motif de la bataille lui importe peu. C’est la bataille elle-même qu’il aime et qu’il cherche. Et ce qui le prouve c’est que le pugilat est, pour lui, un jeu amusant.
    Et ne voyons-nous pas, à chaque instant, les jeunes garçons se livrer sous nos yeux à des combats qui ont les motifs les plus futiles ou qui n’ont même pas de motif du tout ? L’instinct qui les pousse est le même que celui qui pousse les animaux à se poursuivre et à se battre, sans que leurs combats, qui sont leurs jeux, aient aucun motif. Du reste, les jeux du cirque, les combats de taureaux, les anciens tournois, simulacres de guerre, et tous les jeux qui simulent une bataille, prouvent bien que, pour l’homme, la lutte est un plaisir, presqu’un besoin.
    Donc la guerre a eu, pour principe, la satisfaction de l’instinct masculin.
    C’est lorsque les hommes vieillissent et perdent leurs facultés motrices, si exubérantes dans la jeunesse, qu’ils changent de manière de voir. Ils reviennent alors à des idées plus pacifiques, l’expérience leur a montré les conséquences désastreuses de la guerre à l’âge où la lutte n’est plus, pour eux, un besoin physiologique. Alors, seulement, ils s’aperçoivent que les batailles n’ont jamais conclu aucun différend mais en ont, au contraire, créé de nouveaux, qui restent à l’état de menace dans les nations, attendant l’occasion qui doit faire naître de nouvelles guerres.
    Supposons deux nations, ou deux hommes, se battant pour prouver, chacun, qu’ils ont raison. Après la bataille si c’est le vaincu qui avait raison ce n’est pas parce qu’il aura été terrassé qu’il aura moins raison. La victoire ne fait qu’affirmer la Force et lui donner le pouvoir en condamnant la raison même, le droit même.
    Donc l’instinct de l’homme est de condamner la raison et d’affirmer la raison.
    Chaque fois que l’homme a eu le pouvoir il s’est servi de sa puissance pour lutter contre quelque chose ; généralement contre ce qu’il venait renverser. Il aime à manifester sa force pour la faire connaitre et pour se faire craindre. Dans les petites choses comme dans les grandes, dans le petit royaume de la famille comme dans les grands Etats, l’homme fait abus du pouvoir, il blesse la raison en soumettant ceux ou celles qui la représentent à des capitulations humiliantes, à des condescendances avilissantes. C’est la force morale humiliée par la force brutale.
    Donc, la puissance qui se base sur la Force est toujours une autorité illégitime.
    Nous ne voulons pas dire, cependant, que l’homme n’est jamais raisonnable, mais il y a des moments dans la vie de tout homme où la raison est obscurcie. C’est la conséquence de ses conditions sexuelles, la passion le domine, l’instinct triomphe de la raison.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/le-bien-et-le-mal.html
    Cordialement.

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    8 avril 2018 à 8 08 29 04294
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    @ tous

    Quel est le problème avec ce résumé et en définitive de l’article de Elijah Magnier a publié aujourd’hui un article en trois parties sur la guerre contre la Syrie ???

    LE PROBLÈME est qu’il présente la guerre de Syrie et la politique mondiale comme la résultante d’une volonté de puissance de la part de « pays » puissants – mal intentionné – ou alors bien intentionné (briser l’unilatéral et imposer le pouvoir multilatéral) ou encore (l’apparition spontanée et mystérieuse de l’État islamique et la volonté de Russie – Iran et Chine d’éradiquer ce mauvais esprit) etc.

    Or le monde international n’est pas ainsi fait de bons chevaliers multilatéraux désirant être indépendant et libre face à des méchants unilatéraux, dominateurs, hargneux, va-t-en-guerres, se complaisant à tuer des gens afin d’assouvir leurs instincts de pouvoir.

    Je sais bien que depuis STAR WAR et bien avant l’ensemble des analystes bourgeois tentent de présenter le monde comme une galaxie de l’anarchie et d’une lutte de l’ordre du BIEN- « LIBRE » (sic) – contre l’ordre du MAL « TOTALITAIRE  » en déséquilibre et qu’il suffit de RÉVÉLÉ LA VÉRITÉ VRAIE pour que le monde soit transformé – changé… (Prenez note au passage que les USA mentor de la Liberté (sic) pendant un siècle sont maintenant présenté comme l’empire du mal-totalitaire-unilatéral)

    Ainsi Moon of Alabama déclare à la fin de ce topo que :  » Dans le contexte mondial, la guerre contre la Syrie n’est qu’un point de départ. Ce sera probablement en Corée, et peut-être à Taïwan, que se livrera la véritable bataille entre l’ordre unilatéral et l’ordre multilatéral. »

    La première partie de la phrase est exact mais la seconde partie – LA CONCLUSION – est idéaliste.

    La guerre amorcée entre l’axe Washington – Bruxelles – Paris – Berlin – Londres contre l’axe Moscou-Téhéran-Pékin n’est pas une guerre pour le pouvoir mondial MULTILATÉRAL. C’est une guerre pour l’hégémonie mondial – une guerre inéluctable où les puissances économiques émergentes n’ont d’autre choix que d’écarter du chemin les anciennes puissances économiques déclinantes .

    Il se peut en effet que tout cela se règle en Mer de Chine … qui vivra verra.

    Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

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