La route de la soie – première mondialisation

Un oeil sur …. la Chine
Carolle Anne Dessureault :

Avant de passer à la dynastie des Jin occidentaux et des Jin orientaux, une époque qui reçut quelques 15 empereurs, entre l’an 265 et 427 que nous verrons dans le prochain article, retournons à la dynastie des Han juste avant les Trois Royaumes de Chine, époque pendant laquelle la route de la soie prit son envol et exprima la première mondialisation!

La pax sinica (paix en Asie) et la pax romana (en Méditerranée)

Grâce à l’expansion des Han, une route caravanière appellée Route de la soie s’était ouverte permettant ainsi à la Chine d’établir des relations commerciales avec le monde romain et l’Inde.

À cette époque, un siècle après J.-C., ce temps de paix autant en Asie qu’en Méditerranée permit le développement d’un intense trafic commercial où malgré de gigantesques obstacles géographiques, des caravanes se mirent à sillonner la fragile, longue et étroite Route de la soie, transportant non seulement de la soie, mais rhubarbe et cannelle, jades et tapis de Perse et du Cachemire, ivoires et diamants de l’Inde. Tandis que les soieries chinoises atteignaient les îles Britanniques et devenaient à la mode dans l’Empire romain, les prêtres bouddhistes en Inde, sous l’impulsion de l’empereur Kanishka se joignaient aux caravaniers pour tenter de répandre la doctrine du Bouddha en Chine.

Quatre quatre grands empires dominaient le monde entre la péninsule Ibérique et la péninsule coréenne : les Empires romain, parthe, kusana et chinois de la dynastie des Han. Pendant des siècles, des objets allaient circuler d’un bout à l’autre du continent en empruntant à tout près les mêmes itinéraires, par la voie maritime avec des techniques de navigation primaires, et par les voies terrestres caractérisées par l’extrême dureté des régions et des cols à franchir, la traversée des régions montagneuses du Pamir, par exemple, à plus de 3 000 mètres d’altitude. Souvent, la mort attendait ces audacieux aventuriers au détour, par une attaque de bandes rivales ou des accidents causés par l’extrême dureté de l’environnement.

L’attraction de l’Occident pour la soie

carte de la route de la soie

Dans l’Empire romain, l’introduction des «voiles sériques» provoqua bien des troubles. La première fois que les Romains virent de la soie remonte à un siècle auparavant où les troupes du général romain Crassus qui bataillaient contre les Parthes, furent terrorisées à la vue des étendards étincelants brandis par leurs ennemis. Un siècle plus tard, la soie était adoptée par les élégantes romaines, et Pline, sénateur et célèbre avocat romain, note dans ses Lettres «qu’on se met à traverser toute la terre de bout en bout, et cela uniquement pour qu’une dame romaine puisse exhiber ses charmes sous une gaze transparente.» Il n’était pas le seul à critiquer l’envoûtement des femmes pour la soie; Sénique, philosophe romain, désapprouvait cette vogue, et écrit dans Des bienfaits : «Je vois des vêtements de soie, s’il faut appeler vêtements des tissus dans lesquels il n’y a rien qui puisse protéger le corps, ni seulement la pudeur. Une fois qu’elle les a mis, une femme jurera, sans qu’on puisse la croire, qu’elle n’est pas nue.»

Le secret bien gardé de la provenance de la soie

Les Romains pensaient que la soie provenait du pays des Sères, situé au bout du monde, un pays où personne n’était jamais allé. En vérité, les Parthes, qui en assuraient le transport, maintenaient volontairement les Romains dans une ignorance qui dura longtemps. Le poète latin Virgile, dans les Géorgiques, parle de fines toisons que les Sères enlevaient aux feuilles des arbres et il faudra attendre deux siècles pour se rapprocher de la vérité lorsque le grec Pausanias mentionna un petit animal qui ressemblait aux araignées qui font des toiles sous les arbres, élevées dans des bocaux spéciaux…

Il faut préciser que les Chinois protégeaient jalousement leur secret et interdisaient à quiconque de sortir du pays des oeufs ou des cocons, sous peine de mort.

Une légende raconte comment, vers 420 apr. J.-C., une princesse chinoise donnée en mariage à un prince du Khotan, dans le Tarim, ne pouvant se résoudre à vivre sans soie dissimula dans sa coiffure de jeunes oeufs de vers à soie et des graines de mûrier. Elle installa au palais une magnanerie (lieu où se pratique l’élevage des vers à soie). Des ambassadeurs chinois, découvrant son manège, convainquirent le prince qu’il s’agissait en fait d’un élevage de serpents venimeux. Fou de colère, le prince fit incendier le lieu, mais son épouse réussit quand même à sauver quelques vers et à se fabriquer un vêtement de soie. Séduit, le prince l’encouragea à la sériculture.»

On croit que les moines de l’Empire romain d’Orient, en passant par le Caucase pour éviter la Perse, ramenèrent de cette région du Tarim le secret de la soie, stimulés par la promesse de leur empereur Justinien de leur accorder une forte récompense en cas de succès. Ainsi, quelques années plus tard, les moines revinrent avec des «graines de vers à soie» dissimulées dans le creux de leur bâton de pèlerin. C’est ainsi que naquit la première industrie byzantine de la soie. En France, sa production commença à la fin du XIIIe siècle, soit sept siècles plus tard.

Les chevaux du Ferghana attirent les Chinois vers l’Ouest

Des raisons plus militaires qu’économiques poussèrent les Chinois vers l’ouest, en effet, ils recherchaient des alliances contre les Barbares (en particulier, les Xiongnu) toujours prompts à ravager leurs frontières du nord et de l’ouest, et surtout, ils désiraient se procurer des chevaux rapides et résistants, ceux du Ferghana (haute vallée du Syr-Daria, vallée fertile considérée comme le coeur de l’Ouzbékistan), pour réagir efficacement contre ces mêmes Barbares. De nombreuses caravanes s’organisèrent, partant de Chang’an, pour se rendre au Ferghana, acquérir ces fameux chevaux reconnus pour leur rapidité et leur résistance, aux jambes fines et poitrail développé, grands, très différents des chevaux de la steppe mongole, petits et râblés. De plus, les chevaux du Ferghana avaient la particularité d’aller naturellement l’amble (allure d’un quadrupède qui se déplace en levant en même temps les deux jambes du même côté.)

cheval du Ferghana

Les empereurs de la dynastie des Han chercheront par tous les moyens à les échanger – contre la précieuse soie – pour pouvoir prendre de vitesse les pilleurs Xiongnu, avant que ceux-ci ne se replient dans la steppe.

Le général chinois Ban Chao, qui devint gouverneur général des Han en Asie centrale, qui résidait à Kucha de la région du Xinjiang, fut celui qui parvint à imposer la pax sinica sur toute l’Asie centrale après avoir soumis les Barbares et progressé vers l’Ouest. Après sa mort en 102, l’équilibre qu’il a su maintenir par la force en Asie centrale entre les Xiongnu, les Parthes et l’empire naissant des Kusana – dynastie originaire de l’Asie centrale qui réunit en un même empire l’Inde du Nord et la Bactriane (région à cheval sur les états actuels d’Afghanistan, du Pakistan, de la Chine, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan et un peu du Turkménistan) se prolongera jusqu’à la révolte des Turbans jaunes (paysans de Shandong) en 184, révolte que nous avons vue dans l’article précédent.

Pendant que Ban Chao guerroyait, les courants commerciaux s’étaient établis par la voie maritime de la Route de la soie, et la plus grande partie de la soie importée dans les pays méditerranéens était embarquée dans les ports du nord-ouest de l’Inde, transportant cannelle, poivre, parfums, teintures et produits médicaux.

La fabrication de la soie

feuille du mûrier
La femelle du bombyx du mûrier (type de papillon qui a pour chenille le ver à soie) pond, vers la fin du mois de juin, de 500 à 600 oeufs. En avril, la larve se transforme en chenille, très vorace de feuilles fraîches.
bombyx du mûrier
 Avant de devenir papillon, la chenille, grâce à sa salive, s’enferme dans un cocon ovoïde.
 
La sécrétion, composée de deux filaments continus et collés l’un à l’autre par la séricine, ou «grès» constitue la soie. Au bout de trois semaines, le papillon ramollit l’extrémité du cocon avec sa salive, écarte les filaments et sort. Cependant, il faut éviter  cette dernière étape, qui est nuisible à la qualité du fil. La chrysalide est donc ébouillantée avant sa sortie du cocon. Le dévidage de chaque cocon produit deux ou trois kilomètres de filament blanc, dont seuls 400 à 1 200 mètres sont tissables!
Pour fabriquer de la soie, on place les oeufs du papillon (ou «graines») sur une feuille de papier de riz humide. Puis on suspend cette feuille à un fil tendu entre deux poteaux, en attendant l’éclosion des vers. Les vers mûrs, prêts à filer, sont placés sur des claies, appelées «coconnières», qui sont enveloppées de linges blancs qui conservent la tiédeur ambiante. Le cocon se développe ainsi en trente jours, plus vite que dans la nature.
L’opération la plus délicate de la fabrication de la soie : les cocons, dont la chenille a été tuée par un enfumage, sont jetés dans un bain bouillant qui dissout la gomme, ou «grès» qui les engluait. Il faut ensuite saisir l’extrémité du fil et le dévider, il doit rester d’un seul tenant.
Les vers à soie ont été nourris de feuilles de mûrier hâchées. Quand ils sont assez gros, on sépare les chenilles «fileuses» des autres larves. Des femmes déposent ensuite ces chenilles sur de claies, disposées sur des sortes d’étagères, tout en conservant une ambiance tiède et sans odeur forte, ni bruit intempestif.
La soie »«grège», appelée ainsi car elle garde des traces de grès, est filée avec un rouet de bambou jusqu’à obtention d’un fil souple et brillant. Elle sera ensuite teinte, séchée, enroulée en écheveaux, avant d’être tissée.
Actuellement, les villes de Suzhou et Hangzhou sont particulièrement reconnues pour leur production de soie.


Fabrication de la soie à Suzhou, Jiangsu
(Photo TripAdvisor)

Autres légendes sur la découverte de la soie

Bien des légendes existent. Autre que celle décrite ci-dessus au paragraphe «Le secret bien gardé de la provenance de la soie», en voici deux autres, charmantes au demeurant.

Une légende attribue la découverte du vers à soie à la princesse chinoise Xi Ling-Shi, épouse de l’empereur Haong Ti, vers l’an 2 700 avant JC. On raconte qu’elle buvait du thé sous un mûrier lorsqu’un cocon tombit dans sa tasse. En voulant le récupérer, un fil de soie s’en détacha ; elle le déroula, l’enroula autour de son doigt et en apprécia la douceur de la matière…

La Fabrication de la SoieUne autre explication moins romantique mais plus convaincante est que des femmes chinoises, dans l’antiquité, trouvèrent cette merveilleuse soie par hasard. En ramassant des fruits sur les arbres, elles tombèrent sur un genre spécial de fruit, blanc, et très dur, qu’elles firent bouillir dans l’eau chaude pour l’amollir, mais encore là, elles parvinrent difficilement à le manger. Elles perdirent patience et commencèrent à le battre à grands coups de bâton. De cette façon, le ver à soie fut découvert.

Sur la route de la soie moderne

 

Sources : Histoire du Monde de Larousse

Wikipedia

Voyages Chine (guide)