Le Calife sanguinaire

Baghadadi
UN ŒIL SUR LE MONDE MUSULMAN
Adam Mira

Lorsqu’al-Baghdâdi s’autoproclame Calife de l’État islamique, les réseaux sociaux publient une photo sur laquelle figure le sénateur américain républicain John Mccain et Abou Bakr al-Baghdâdi. La photo a été prise pendant la visite illégale en Syrie de l’ancien candidat aux présidentielles américaines.

 

Dr. Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri al-Husseini al-Qurashi al-Samarrai, dit Abou Bakr al-Baghdâdi, puis dit le calife Ibrahim. Ce personnage est connu dans le monde comme un criminel et l’homme le plus sanguinaire qui soit de notre époque.

Le 29 juin 2014, Abou Bakr al-Baghdâdi, se proclame comme  le calife Ibrahim, et transforme son mouvement « l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL)» en un noyau  de son futur empire qui contiendrait : l’Irak, la Syrie, la Turquie, la Jordanie, le Liban et le Causasse  et bien d’autres pays.

Cet individu qui est connu dans le monde des Djihadistes comme une personne réservée, renfermée et timide, s’est transformé en leader le plus sanguinaire et le plus extrémiste dans l’histoire des fous d’Allah.

Plusieurs questions se posent sur ce personnage, son histoire, ses études, ses relations avec les Djihadistes et bien d’autres interrogations. Dans cet article, nous allons dévoiler qui est cet individu en essayant de faire tomber le masque derrière lequel il se cache depuis son intégration dans le monde des combattants d’Allah.

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Naissance et études :

Ibrahim Awad Ali al-Badri a ajouté à son nom al-Qurashi pour dire qu’il est un descendant du prophète Mohamed et de son clan Quraysh. Cette attitude est habituelle, car les rebelles dans l’histoire islamique proclament dès le premier moment qu’ils sont des descendants du prophète pour avoir la légitimité, la crédibilité et l’obéissance de leurs fidèles(1).

Ibrahim Awad  est né à Samarra en Irak en 1971, son enfance est totalement méconnue. Il n’a pas réussi à devenir un membre de la Garde républicaine de Saddam Hussein, car il était myope. Il a étudié à Baghdâd et a obtenu un doctorat en sciences islamiques. Il devient un imam dans la mosquée Ahmed Ibn Hanbal à Samarra, sa ville natale, située à125 km au nord de Baghdâd.

Lorsque le régime de Saddam Hussein est tombé après l’invasion américaine en 2003, notre homme Ibrahim Awad fonde un mouvement islamique afin d’affronter l’armée américaine. Quelques mois après, en 2004, l’armée américaine l’a inculpé et l’a ramené à la prison de Buka située au sud de l’Irak non loin de la frontière avec le Kuweit.

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Prisonnier pas comme les autres :

À son arrivée à la prison, Ibrahim Awad incarne un comportement prudent, il s’isole et il n’adresse la parole à personne.

Cette attitude a suscité une polémique parmi les détenus, ces derniers n’ont eu de cesse de chercher des informations sur cette personne qui ne parlait pas.

Dans un pays sous occupation, il n’est pas facile d’accéder à des renseignements.  En effet, deux d’entre eux donnent à Ibrahim une certaine aura aux yeux de détenus :

En premier, il détient  un doctorat  en sciences islamiques.

En second, il est descendant de la famille du prophète.

Très vite, Ibrahim a bénéficié d’un respect énorme parmi les détenus. Ses geôliers américains découvrent en lui un atout. Ils l’utilisent pour résoudre des problèmes entre les prisonniers et ils l’autorisent même à visiter les autres prisons(2).

Quelques mois après, l’armée américaine autorise Ibrahim de sortir de prison, le rapport déclare que cette personne n’est pas dangereuse.

Ibrahim retrouve la liberté en ayant acquis une belle réputation et des relations étroites avec des personnes qui s’unissent sur un seul point : affronter les américains dans le but de les chasser de leur patrie.

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Allégeance à Abou Moussab Al-Zarqaoui :

Grâce à son cousin, Ibrahim fait el-Bayaa, c’est-à-dire prêter serment d’allégeance à Abou Moussab Al-Zarqaoui, le chef de la branche d’Al-Qaïda en Irak. Grâce à son passé comme militant et détenu, il devient immédiatement membre du Madjless Shoura, le Conseil de Délibération des Moudjahidines. Après la mort d’Al-Zarquaoui en 2006, Ben Laden désigne  Abou Mouhajer el-Masri, un djihadiste égyptien, comme le chef de la branche d’Al-Qaïda en Irak, avec Abou Omar Al-Baghdâdi, un djihadiste irakien et un ex-général de la police de l’époque de Saddam Hussein. Néanmoins, le 18 avril 2010, les deux leaders se suicident en déclenchant leurs ceintures explosives après avoir été encerclés par l’armée américaine épaulée par les irakiens.

La voie est donc ouverte devant Ibrahim Awad afin d’être le successeur d’Abou Mouhajer el-Masri et Abou Omar Al-Baghdâdi. Le temps est venu pour lui de réaliser son rêve d’être le seul commandant en Irak.

Il commence immédiatement par contacter ses anciennes relations de la prison de Buka. Il les recrute pour le réseau d’Al-Qaïda, puis il désigne des représentants dans chaque ville sunnite.

Ibrahim Awad organise avec vigilance son organisation, il se déplace en toute sécurité et ne laisse rien au hasard. Il est aussi prudent avec ses proches qu’avec les nouvelles recrues. Ibrahim se déplace avec une ceinture explosive sur le ventre et il exécute « les infidèles » de sa propre main. La personne réservée et renfermée qu’il était sème la peur et l’horreur dans les cœurs de ses fidèles avant même de ceux de ses ennemis.

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La Révolution syrienne :

Lorsque la révolte commence en Syrie la mi-mars 2011, Ibrahim Awad se dépêche afin d’envoyer un représentant et de créer la branche d’Al-Qaïda du Levant.

La meilleure personne pour cette mission ambitieuse est Abou Mohamed el-Julani, dit le Fateh, un djihadiste syrien, qui a fait le Jihad à côté d’Ibrahim en Irak.

El-Julani réussit rapidement et gagne très vite du terrain sans beaucoup d’efforts ou de pertes. En 2012, il proclame la création du Front el-Nosra, la branche d’Al-Qaïda en Syrie et il fait el-Bayaa à Ayman el-Zaouahiri, l’héritier de Ben Laden. Il recrute aussi tous les combattants syriens islamistes qui ont fait la guerre en Irak ou ceux qui étaient prisonniers dans les prisons du régime de Bachar el-Assad.

Selon Thomas Pierret, conférencier  à l’université d’Édimbourg : « le groupuscule n’a fait que se renforcer à l’été et à l’automne 2012, grâce à la conjonction de plusieurs facteurs : la création de zones libérées à l’est et au nord ; la brutalisation du conflit avec les attaques aériennes syriennes ; et le sentiment de stagnation de l’opposition (3)»

Le 9 avril 2013, Baghdâdi change le nom de son organisation l’État islamique en Irak et il y ajoute le Levant (EIIL).  La fusion entre les deux pays (Irak et Syrie) a poussé Abou Mohamed el-Julani à se révolter. Il persiste dans sa position d’allégeance à Al-Qaïda et ne reconnait qu’Ayman el-Zaouahiri en tant que le seul leader du mouvement extrémiste islamique.

La guerre est donc déclarée entre les deux branches. Au fur et à mesure, Baghdâdi gagne du terrain en Syrie et en Irak. Et, le 29 juin 2014 il s’autoproclame calife de l’État islamique, il change le nom de son organisation une fois de plus l’État islamique en Irak et au Levant par l’État Islamique. Il prêche dans la mosquée de Mossoul en prenant le nom du calife Ibrahim.

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L’apogée du Calife :

Quelques jours après l’autoproclamation de Baghdâdi, une photo circule dans les réseaux sociaux montrant ce dernier avec le sénateur américain John McCain lors de sa visite en mai 2013. McCain aurait franchi la frontière turco-syrienne en vue de rencontrer des combattants de l’opposition dont Baghdâdi(4).

L’autoproclamation du calife et les frontières de son État a secoué certains aventuriers européens. Des centaines des Djihadistes de différents pays arabes et occidentaux sont arrivés en Syrie afin de faire el-Bayaa au calife. Selon un rapport américain, la moitié des Djihadistes étrangers arrivant au front des combats en Syrie et en Irak sont français(5).

Baghdâdi recrute les anciens soldats du régime déchu  de Saddam Hussein avec qui il a réussi à conquérir la Syrie et l’Irak. Néanmoins chaque fois que son pouvoir s’étend, il redouble de sauvagerie : couper les têtes, égorger les ennemis d’Allah, brûler les otages, vendre les femmes dans les marchés, punir les homosexuels et lapider les adultères etc.

Sur le terrain, la domination de l’organisation État islamique se propage à une vitesse affolante. La réputation de Baghdâdi d’homme sanguinaire le précède. Sa barbarie a atteint un tel paroxysme  que le monde entier se réunit afin d’affronter cette organisation qui ne menace  pas seulement les habitants du Moyen-Orient, mais aussi le monde entier qui est en proie à un danger imminent.

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Al-Qaïda  proclame la guerre contre le Calife :  

Dr. Mazhar el-Rayesse, le président du comité de loi et de justice du Front al-Nosra et le membre du Conseil de shoura des moudjahidines, publie un livre de 260 pages, avec une préface de cinq Sheikhs islamistes connus et respectés afin d’apporter la preuve que l’État Islamique d’Abou Bakr el-Baghdâdi est constitué d’hérétiques qui portent préjudice à l’Islam et au djihad. Le livre se réfère à des dizaines de sourates du Cora ‘an et du Hadith, la parole de prophète, en vue d’accentuer la position contre le calife et contre son État.

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Conclusion : 

La montée de l’EI et la proclamation du calife fait  froid dans le dos de plusieurs dirigeants au Moyen-Orient. Malheureusement, certains pays arabes ont soutenu cette organisation criminelle pendant un certain temps, afin d’affronter le régime chiite de Baghdâd qui est épaulé par les iraniens. C’est le cas de l’Arabie Saoudite et du Qatar qui la finançaient. Leurs subventions passaient  sous les yeux de la CIA, du M16 britannique et bien sûr d’autres agences de sécurité.  Cependant, ce mouvement par ses horribles exactions a franchi les bornes de l’imaginable et a poussé ses amis d’hier à de devenir ses ennemis d’aujourd’hui. Une  coalition tente d’affaiblir l’EI par des bombardements quotidiens. Le but n’est pas de l’éliminer, car il aura un rôle prochainement dans l’échiquier de la région seulement avec un nouveau visage que celui de Baghdâdi(6)!    

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Référence :

1-    Hussein Mroié, alnza’at almadiah fi alfalsafah ala’arbiah alislamiah, édition el-Farabi, Liban Beurourth, 2008. 

2-    Un reportage sur la fondation de l’EI parait sur le journal britannique The Guardian et une rencontre avec un ami proche d’Ibrahim qui raconte cette histoire : http://www.theguardian.com/world/2014/dec/11/-sp-isis-the-inside-story

3-    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/04/10/la-fulgurante-ascension-du-front-al-nosra-en-syrie_3157351_3218.html

4-    http://www.huffingtonpost.fr/2015/01/06/bernard-kouchner-visites-syrie-illegales-damas_n_6421300.html

5-    http://www.pointschauds.info/fr/2015/04/09/selon-un-rapport-americain-pres-de-la-moitie-des-djihadistes-europeens-en-orient-sont-francais/

6-    http://www.voltairenet.org/article185073.html

MacCain

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Je médite l’Islam parce que ce phénomène historique, intellectuel et émotionnel durable, influençant plus d’un milliard d’humains, compte. Je le fais en athée et en philosophe matérialiste mais avec toute la déférence requise. Je ne suis pas un iconoclaste. Je ne suis pas un hagiographe non plus mais je m’intéresse à cette vision du monde pour ce qu’elle dit de l’humain et de son contexte culturel. Salut, solidarité et respect, dans la différence. - Paul Laurendeau (Ysengrimus)

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