LE JOUR OÙ L’AXE FRANCO-ALLEMAND S’EST BRISÉ

Par Nuevo Curso. Le 9.02.2019. Sur Nuevo Curso. Traduit de l’espagnole par Robert Bibeau. Pour le webmagazine www.les7duquebec.com

 

Le webmagazine l’explique depuis plusieurs années – le monde capitaliste est semblable à un panier de crabes qui se côtoient – collaborent – s’entredéchirent et se concurrence pour la mainmise sur les marchés. Chaque État-nation est à la fois allié et concurrent de son voisin. Le texte de la revue Nuevo Curso ci-bas démontre de façon éclatante les manigances auxquelles se livrent les alliés de l’axe franco-allemand – poussés d’un côté par la Russie, un ennemi fournisseur de gaz naturel –  et de l’autre par les États-Unis un allié vendeur de gaz naturel. L’enjeu de cette guerre commerciale étant la mainmise sur les pays clients de l’Europe de l’Est où la France et l’Allemagne se concurrence. Toutefois, contrairement à l’hypothèse de Nuevo Curso nous ne croyons pas que l’axe franco-allemand soit brisé pour autant – tout juste ébranlé – L’intensité des échanges commerciaux entre l’Allemagne, la France et les autres pays de l’Union interdit une telle cassure comme l’indique le pacte de dernière minute.  Robertbibeau@hotmail.com


Le Nord-Stream 2 est aujourd’hui la pierre de touche des relations entre l’Allemagne et les États-Unis. C’est le fondement du rêve d’un impérialisme allemand capable de dominer l’Europe seule et la source du grand clivage stratégique au sein de l’UE. Aujourd’hui, une résolution de la Commission européenne est votée pour mettre fin au projet. La France a déjà annoncé son intention de voter en sa faveur , faisant sombrer les plans russo-allemands et brisant, peut-être définitivement, l’axe franco-allemand et, avec lui, l’ère de la domination incontestée du capital allemand sur le continent de Maastricht.

 

Nord Stream 2, plus qu’un gazoduc, est un cordon ombilical entre la Russie et l’Allemagne […] que les Américains voient comme un danger direct contre lequel ils ne peuvent que faire faire pression.

 

La bourgeoisie allemande elle-même est divisée, craignant d’être trop dépendante de la Russie et de perdre son influence sur la Pologne et l’Ukraine, que le pipeline « contourne » littéralement. Ce n’est pas une mince affaire, les pays du groupe Visegrad , qui comprennent la Pologne et la Slovaquie, deux « victimes » directes du Nord Stream, sont de loin les plus gros acheteurs de marchandises allemandes: 256 milliards France et 165 000 des États-Unis.

 

Mais la position majoritaire, défendue par Merkel et la CDU, est que le gazoduc concrétise les rêves de l’impérialisme allemand: renforcer encore sa domination sur l’Europe, isoler et noyer les pays de l’Est tout en obtenant une indépendance énergétique totale par rapport à l’axe énergétique méditerranéen. Énergie qui lui parvient à travers l’Italie et la France.

 

Avec Nord-Stream, l’Allemagne cherche à créer une relation de dépendance mutuelle avec la Russie, à isoler et à noyer les pays de l’Est et à devenir complètement indépendante de l’Europe méditerranéenne. Le rêve impérial définitif.

 

Et maintenant l’Union Européenne

 

L’une des clés de Nord Stream 2 est qu’en desservant l’Allemagne directement par un pays extra-UE (Russie), les règles de concurrence de l’UE ne s’appliquent pas. Si le pipeline était soumis aux directives européennes en matière d’énergie, l’exploitant et le fournisseur ne pourraient pas être la même entreprises (bicéphales) et le pipeline ne serait pas rentable. Jusqu’à présent, l’Allemagne avait réussi à bloquer la réforme de la directive sur l’énergie avec le soutien des Pays-Bas et de l’Autriche alors que la Pologne, les pays baltes, la Grande-Bretagne, le Danemark, la Slovaquie, l’Irlande, la Suède, l’Italie, le Luxembourg et la Croatie ont soutenu la Commission. Mais l’alliance avec la France a jusqu’à présent assuré à l’Allemagne une minorité de blocage. C’est ce qui a changé cette semaine. Sous l’effet des pressions exercées par les États-Unis, qui ont imposé des sanctions à sa société pétrolière Total et menacent d’exercer des représailles contre toutes les entreprises participant à la construction,

 

L’Allemagne a imposé l’exceptionnalité du gazoduc et sa liberté de se lier à la Russie contre les États-Unis, Bruxelles et ses principaux acheteurs – les pays de l’Est – en s’appuyant sur le soutien de la france

 

L’indignation de la bourgeoisie allemande qui considère la Russie comme un allié potentiel lorsque la France a officialisé son changement de position il y a une semaine est plus que compréhensible. C’est un échec complet d’une diplomatie impériale et impérative qui n’a pu maintenir les alliances fondamentales au sein de l’UE. Ils ont découvert que contrecarrer toutes les propositions françaises concernant les fusions de capitaux et la réforme de l’UE , tout en offrant un tel flanc de vulnérabilité, était une grave erreur tactique. La France évite non seulement un conflit avec les États-Unis avec des dommages directs pour ses entreprises, mais, du jour au lendemain, la France postule comme une alternative à l’Allemagne auprès des pays de l’Est européen. L’Allemagne est de plus en plus isolée de toute influence politique sur son principal marché étranger.

 

Toute la violence et le chantage des États-Unis contre l’Allemagne s’accompagnent de l’ouverture d’une usine de traitement du gaz liquide à la frontière entre la Pologne et l’Allemagne et de l’agrandissement du terminal français d’où provient le gaz liquide  des États-Unis. En d’autres termes, il n’y a pas que des considérations stratégiques dans la position des États-Unis … mais aussi dans celle de la France et de la Pologne. La nécessité impérieuse d’exporter sur le marché allemand et de réduire encore son excédent commercial, c’est-à-dire les besoins strictement impérialistes des Américains, des Polonais et des Français montrent à l’Allemagne que sa position dominante en l’Europe, basée sur l’euro, ne peut être tenue pour acquise définitivement. Le déclin de Merkel met également fin à l’époque où l’Allemagne pouvait devenir un « empire régional » et affronter ouvertement ses principaux concurrents. La soumission des bourgeoisies européennes à travers l’euro ne suffit pas à maintenir le pouvoir allemand.

 

Lire la mise à jour: Nord Stream 2: pacte de dernière minute  https://nuevocurso.org/nord-stream-2-pacto-de-ultima-hora/?utm_medium=push&utm_source=suscriptores&utm_campaign=onesignal

 

 

 

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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