LE PARTI DE LA GUERRE AMÉRICANO-ISRAELIEN: COMMENT CHANGER LE RÉGIME EN IRAN

Par Luc Michel. Le 24.05.2018.  Sur Geopolitical daily.  Pour  EODE.

 

Nous reproduisons ci-dessous une série d’entrevues que Luc Michel a donné sur  Press-TV Iran portant sur le retrait de l’administration américaine de l’accord sur le nucléaire iranien. Cependant, nous ne partageons pas l’opinion qu’il y aurait un parti de la guerre américano-israélien.  Une telle vision de l’affrontement entre les différentes puissances économiques mondiales mystifie les sources du conflit qui ne sont pas idéologique, ethnique, religieux, pas même politique mais strictement économique. La différence entre l’administration Obama et l’administration Trump dans l’affrontement au Moyen-Orient est purement tactique. Obama-Clinton pensait pouvoir déstabiliser cette contrée par une guerre limitée contre DAESH,  leur créature maléfique, et contre la Syrie, l’alliée de la Russie, alors que l’administration Trump croit que c’est en s’attaquant à la puissante  Iran qu’elle atteindra ses objectifs de faire monter le prix du pétrole.  Notre position est ici :  http://www.les7duquebec.com/7-au-front/wall-street-se-retire-de-laccord-sur-le-nucleaire-iranien/  Bonne lecture Robert Bibeau.  http://www.les7duquebec.com

 


« Les Iraniens doivent choisir quel type de gouvernement ils veulent »
Mike Pompeo, secrétaire d’Etat américain (ce 21 mai).

« Les Iraniens doivent choisir quel type de dirigeants ils veulent »
– Mike Pompeo (ce 22 mai).

« Trump est un président dur qui est déterminé à aboutir à un
changement de régime »
– Rudy Giuliani, ancien maire de New-York, avocat de Trump
(devant des opposants iraniens en exil ce 7 mai).

« Les exigences de Pompeo ont pour but de renverser le régime des
ayatollah. Je pense que c’est le projet de Washington »
– Ram Ben Barak, ancien directeur adjoint du Mossad (ce 22 mai).

« Le ton monte entre l’Iran et les États-Unis: Téhéran refuse la
« pression maximale » mise par Washington », commentait hier l’AFP. En
annonçant qu’ils allaient « mettre l’Iran sous pression maximale »,
les Etats-Unis confirment qu’ils veulent faire plier l’Iran afin qu’il
« change d’attitude ». « Pour peu, certains iraient jusqu’à penser que
Washington ne dédaignerait pas que celui-ci soit renversé et remplacé», ajoute avec pertinence l’agence française . « L’Iran n’aura plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient », a déclaré lundi
le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, dans un discours exposant
la nouvelle stratégie de Washington dans la région. Le chef de la
diplomatie américaine a promis que les Etats-Unis allaient exercer une
« pression financière sans précédent sur le régime iranien, en instaurant « les sanctions les plus fortes de l’Histoire ».


PARTIE I – NE PAS SE TROMPER SUR LA NATURE VÉRITABLE DE LA CRISE DU NUCLÉAIRE IRANIEN

La tension instaurée par Washington n’est pas « une étape vers la
guerre ». Elle est un nouveau stade d’un état de guerre rampant,
caractéristique des conflits voulus et planifiés par les USA depuis la
Fin de la Guerre froide. Un état où la « guerre n’est plus la
continuation de la politique par d’autres moyens », selon la formule
célèbre de Clausewitz. Mais où la Guerre se continue par tous les
moyens, phénomène non plus de « rupture », brutale, comme le
conceptualisait le Géostratège allemand (inspiré par Napoléon Ier),
mais confrontation rampante. Où se mêlent agression militaire
classique, déstabilisation, guerre économique, pressions
diplomatiques, guerre médiatique, soft power, sanctions, « révolutions
de couleur », théorie des dominos (au cœur du « printemps arabe », ou
de son clone le « printemps africain »), une symphonie multiforme qui
conduit au « regime change ». L’Iran est confronté à cette agression
multiple depuis près d’une décennie.

Mais avec Trump, le « parti de la guerre » israélo-américain –
alliance du Likoud, du lobby pro-israélien US AIPAC (bipartisan), des
généraux faucons du Pentagone (au cœur du Régime Trump), de la Droite
républicaine, des évangélistes et des néocons issus du Régime Bush II
– est arrivé au pouvoir !

 


LA CRISE OUVERTE PAR TRUMP DISSIMULE UNE TRIPLE GUERRE CONTRE TÉHÉRAN

Je peux ainsi résumer ma vision du dossier du Nucléaire iranien et des
Accords de Genève : dès la candidature de Trump, qui n’est pas un
« candidat hors système » mais bien au contraire le choix des lobbies
aux USA opposés à ces accords », la crise actuelle était clairement
annoncée. Le retrait américain du PGAC n’est pas une « étape vers la
guerre », comme l’expliquent à tord de nombreux journalistes, mais il
est le nouveau stade d’un conflit où se positionne une triple guerre
lancée par Washington …

Dans une interview pour la télévision d’Etat francophone iranienne,
j’ai analysé cette triple guerre :

guerre Israël vs Iran (pour la « parité stratégique » au Proche-Orient),
guerre économique US contre l’Iran, où les sanctions économiques
sont une des voies américaines vers la « révolution de couleur » («révolution verte » – sic – dès les élections de 2010) et le «changement de régime » à Téhéran,
guerre classique (en préparation) contre l’Iran, où la confrontation
s’est déjà amorcée par des guerres locales par procuration (« proxy
wars », en Syrie, au Liban, en Irak, au Yemen)


PRESS TV (IRAN) INTERROGE LUC MICHEL: COMMENT LE RETRAIT AMERICAIN DU PGAC EST UNE TRIPLE GUERRE LANCÉE PAR WASHINGTON     sur https://vimeo.com/270606245

LA VOLONTÉ AMÉRICAINE DE CHANGER LE RÉGIME IRANIEN

La volonté de changer le régime iranien, l’illusion (qui a déjà coûté
si cher en Irak, en Syrie et en Libye) fallacieuse entretenue par des
intellectuels et une opposition fantoche en exil que « la rue
iranienne va se soulever », l’auto-intoxication des idéologues
américains sur la nature de leurs adversaires (en Iran comme
ailleurs), et surtout la croyance au rôle absolu des sanctions (guerre
économique), tout conduit à la volonté de « regime change » à Téhéran.
Un Trump ou un Pompeo expriment caricaturalement cet objectif ultime.

Dans un débat consensuel pour la télévision d’Etat francophone
iranienne, j’ai analysé cette victoire du « parti de la guerre ». J’y
explique que la crise iranienne résulte de la montée en puissance de
ce « parti de la guerre » américano-israélien, dont le programme a
toujours été la rupture des accords de Genève. Et dont l’élection de
Trump a été le choix, au travers d’un scénario électoral planifié.

Le « regime change » en Iran, la guerre économique (sanctions) et
l’agression militaire font partie des armes fourbies contre Téhéran :


PARTIE II – COMMENT WASHINGTON TRAVAILLE A UN CHANGEMENT DE REGIME A TEHERAN?

Intervenant lundi à la Heritage Foundation à Washington (un lobby
néo-conservateur, proche des « vitrines légales de la CIA » et des
réseaux néocons), M. Pompeo a exposé les exigences principales des
États-Unis. Selon lui, l’Iran doit mettre fin à son programme
nucléaire et balistique, réduire son « influence malveillante » dans
la région, en retirant notamment ses troupes de Syrie, et cesser de
s’ingérer dans les conflits de la région et de soutenir des groupes
tels que le Hezbollah. M. Pompeo a promis d’exercer des pressions
financières sans précédent sur Téhéran et a estimé que tous les pays,
y compris les membres de l’UE, devaient se rallier aux futures
sanctions contre l’Iran.

« LES IRANIENS DOIVENT CHOISIR QUEL TYPE DE GOUVERNEMENT ILS VEULENT » (POMPEO)

« Les Iraniens doivent choisir quel type de dirigeants ils veulent » :
la petite phrase du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a relancé
les spéculations sur la volonté des Etats-Unis d’oeuvrer à un
changement de régime en Iran. « Au bout du compte, le peuple iranien
devra faire un choix sur ses dirigeants », avait-il lancé lundi en
dévoilant les conditions drastiques émises par Washington pour renouer
avec Téhéran, assorties de la menace de sanctions « les plus fortes de
l’histoire » et d’une « pression financière sans précédent sur le
régime iranien ». Il l’a répété mardi devant la presse. « Les Iraniens
doivent choisir quel type de gouvernement ils veulent », a-t-il
insisté.

De nombreux experts y ont vu, comme moi, l’aveu d’une stratégie dont
l’objectif final est d’aboutir à la chute du régime né de la
Révolution islamique de 1979, à la suite de laquelle les relations
américano-iraniennes ont été rompues. Une idée défendue par les
milieux néoconservateurs (les néocons du régime Bush II se sont
ralliés à Trump) et chargée en symboles aux Etats-Unis depuis
l’intervention de 2003 en Irak pour renverser Saddam Hussein,
aujourd’hui largement considérée comme une erreur, y compris par le
président Donald Trump.

LA NATURE FONDAMENTALEMENT ANTI-IRANIENNE DU REGIME TRUMP

Interrogée mardi, la porte-parole du département d’Etat Heather Nauert
a d’abord nié que les Américains travaillent ouvertement à un
changement de régime. Mais elle n’a pas caché qu’ils ne le verraient
pas d’un mauvais oeil. « Notre politique n’est pas le changement de
régime. Mais si les Iraniens devaient décider, à un moment donné,
d’exprimer leurs opinions, ce serait très bien », a-t-elle dit,
évoquant la « frustration croissante » de la population iranienne qui
« vit depuis bien trop longtemps sous un régime qui les maltraite ».

Le président Trump lui-même avait alimenté les interrogations le 8
mai, en estimant que les Iraniens « méritent une nation qui rende
justice à leurs rêves ». Et son avocat personnel Rudy Giuliani a
récemment fait l’éloge devant des opposants iraniens en exil d’un
président « dur » qui est « déterminé à aboutir à un changement de
régime ».

Des experts notent d’ailleurs que Donald Trump a récemment nommé deux
« faucons » à des postes-clés: Mike Pompeo aux Affaires étrangères et
John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale, qui ont par le
passé plaidé pour un changement de régime. « Je suis persuadé que le
peuple d’Iran, quand il verra une autre voie où leur pays cesserait de
se comporter de la sorte, choisira cette voie », a conclu mardi le
secrétaire d’Etat.

LA SATISFACTION DES ISRAELIENS

Ram Ben Barak, ancien directeur adjoint de l’agence d’espionnage du
Mossad en Israël, a déclaré mardi que les exigences de Pompeo avaient
pour but de renverser le régime des ayatollah. « Je pense que c’est le
projet de Washington », a déclaré Ben Barak à la radio de l’armée
lorsqu’on lui a demandé si l’immense pression financière que Pompeo a
demandée créerait une crise économique si grave qui renverserait le
régime islamique.

LES MENACES OUVERTES DE FRAPPE MILITAIRE DE POMPEO

M. Pompeo à la Heritage Foundation, dans son premier grand discours
décrivant la stratégie de Washington pour mettre un terme aux
ambitions nucléaires de l’Iran et à son comportement régional «
malveillant », ne s’est pas contenté d’évoquer les sanctions
économiques.

Le nouveau diplomate en chef du président américain Donald Trump a
également fait allusion à la possibilité d’une action militaire au cas
où les dirigeants iraniens décideraient de reprendre leur programme
nucléaire. « S’ils redémarrent leur programme nucléaire, ils auront de
gros problèmes, de plus gros problèmes qu’ils n’en ont jamais eu
auparavant », a-t-il dit. Pompeo a également menacé d’“écraser” les
mandataires terroristes de l’Iran dans le monde entier.

Pompeo a exigé que l’Iran révèle tous ses travaux nucléaires passés,
arrête complètement son enrichissement d’uranium, donne à l’Agence
internationale de l’énergie atomique « un accès sans réserve à tous
les sites du pays », arrête le développement et les essais de missiles
balistiques, cesse son soutien aux « groupes terroristes » du
Moyen-Orient et « respecte la souveraineté du gouvernement irakien ».

Les Etats-Unis, répond Téhéran dans une déclaration officielle, n’ont
« pas le droit » de dire à l’Iran quelles politiques il doit adopter
dans sa propre région, étant donné que « tous les problèmes auxquels
est confronté le Moyen-Orient émanent de l’ingérence et de
l’empiétement de Washington et des gouvernements dictatoriaux
médiévaux de ses alliés ». L’Iran, en revanche, apporte des « mesures
de stabilisation et de lutte contre le terrorisme » dans la région et
dans le monde. La déclaration dit encore que Téhéran considérait les «
remarques effrontées » de Pompeo comme « une ingérence flagrante dans
ses affaires intérieures et une menace illégale contre un membre des
Nations Unies ».

LUC MICHEL.

* Avec le Géopoliticien de l’Axe Eurasie-Afrique :
Géopolitique – Géoéconomie – Géoidéologie – Géohistoire –
Géopolitismes – Néoeurasisme – Néopanafricanisme
(Vu de Moscou et Malabo) :
PAGE SPECIALE Luc MICHEL’s Geopolitical Daily
https://www.facebook.com/LucMICHELgeopoliticalDaily

 


 

avatar

Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

6 pensées sur “LE PARTI DE LA GUERRE AMÉRICANO-ISRAELIEN: COMMENT CHANGER LE RÉGIME EN IRAN

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *