Le retour des avions de combat du Canada dans l’espace aérien de la Syrie. Un autre acte de guerre.

Par Prof. Jules Dufour.  Sur Mondialisation.ca.  01.03.2017.  Url de l’article
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Après avoir annoncé le retrait de ses avions de combat du Moyen-Orient au moment de prendre le pouvoir en 2015 le gouvernement de Justin Trudeau, bien encadré par la Grande Alliance occidentale que constitue l’OTAN, vient de décider un retour affirmé et offensif en Syrie afin de combattre les tenants de l’État islamique avec ses partenaires européens qui se considèrent comme étant, comme lui, pacifiques sous toutes les latitudes.

Les actes de guerre du Canada se multiplient sous la férule de l’USA-OTAN. À l’instar de son voisin du Sud le pays applique une politique étrangère « agressive » au Moyen-Orient et en Europe orientale. Il intervient dans le continent africain sous la bannière des Nations Unies en se donnant les qualités d’un pays inspiré par les concepts du maintien de la paix. Le tout se fait sous la marque d’un discours fallacieux qui amène l’opinion publique à penser que ces interventions sont non seulement nécessaires mais s’avèrent comme étant une mission dans le contexte de la guerre mondiale contre le terrorisme. Encore une fois le syndrome de l’ennemi vient hanter les esprits en apportant des éléments qui justifient les données du discours officiel.

Nous avons décrit brièvement, en 2016, quelques-unes des interventions militaires du Canada tant au pays que dans le monde. Il s’est activé dans les théâtres de guerre préparés par l’OTAN en Europe de l’Est, au Moyen‑Orient et dans le continent africain. Au pays, il a conclu, entre autres, un important contrat d’armements avec l’Arabie saoudite avec la fabrication et la vente de jeeps blindés et armés, un contrat évalué à 15 milliards de dollars.

Nous exposons, ici brièvement, quelques-unes des opérations guerrières du Canada qui ont marqué l’année 2016 tout en analysant celle qui vient d’être annoncée laconiquement par le ministère de la Défense afin de donner suite aux desiderata du Chef de la Maison Blanche qui a demandé instamment, durant la campagne présidentielle et dans le cadre de son mandat en tant que président élu et en exercice une participation accrue des autres membres de l’OTAN dans les opérations guerrières de l’Occident.

I. Le Canada s’active sur les théâtres de guerre du Moyen-Orient alors que ses dépenses militaires du pays ne cessent d’augmenter (figure 1)

Officiellement, le Canada ne fait pas tout à fait la guerre au Moyen Orient. Il s’adonne plutôt à des missions de surveillance et d’identification de cibles potentielles de l’ennemi et cet ennemi correspond à Daech. Il le fait en tant que membre de la coalition internationale de l’Occident. Au cours de la dernière année il a insisté sur le fait qu’il ne se livre pas à des combats, mais s’adonne plutôt à des travaux de reconstruction et d’aide humanitaire.

Dans les faits ces opérations du domaine militaire sont financées par le budget de la Défense qui ne cesse d’augmenter d’année en année sans que soit remis en question le rôle à caractère guerrier que le pays joue depuis plus d’une décennie dans le monde. Dans son budget présenté en mai 2015 le Canada a augmenté ses dépenses militaires de façon significative. En effet, selon Keith Jones du World Socialist Web Site, le gouvernement  procédait à une augmentation considérable de ses dépenses militaires dans le budget fédéral de 2015 : « des dépenses militaires supplémentaires de 390 millions $ pour l’année financière en cours qui commence le 1er avril. Le total des dépenses est donc bien au-delà des 18,941 milliards de dollars qui avaient été présentés par le gouvernement conservateur dans leurs prévisions au parlement en début mars. De ce 390 millions $, 360 millions $ serviront à financer l’expansion et la prolongation de la mission canadienne dans la nouvelle guerre dirigée par les États-Unis au Moyen-Orient. Fin mars 2015, le premier ministre Stephen Harper avait annoncé que l’intervention des Forces armées canadiennes en Irak allait être prolongée de 12 mois, jusqu’en avril 2016, et que les forces aériennes du Canada allaient bombarder des cibles en Irak et en Syrie ».

De plus, « à  partir de 2017, les dépenses militaires prévues dans le budget augmenteront de 3%, au lieu du 2% actuel. Ce qui entraînera une hausse de 11,8 milliards $ des dépenses des Forces armées canadiennes sur une décennie. En additionnant ces hausses successives, le budget militaire de 2026 sera 2,3 milliards $ plus élevé qu’il l’est actuellement » (Keith Jones, 2015).

Figure 1. CF-188 Hornet 

 

Source : http://www.rcaf-arc.forces.gc.ca/fr/aeronefs-courants/cf-188.page

 

II. Des jeeps blindés et armés fabriqués au Canada pour l’Arabie Saoudite. Une offense grave aux droits humains. Janvier 2016

Voici le libellé de la conclusion d’un article publié à ce sujet par Mondialisation.ca le 13 janvier 2016 :

La logique de l’industrie de « la mort », désignée par les protagonistes de la guerre « matériel militaire ou de défense », du Canada est de fournir des équipements militaires de haute technologie d’abord à l’armée canadienne (army-armee.forces.gc.ca) et ensuite aux membres de l’OTAN qui constituent les principaux destinataires de ses exportations. Les autres pays destinataires qui ne sont pas membres de l’OTAN sont, notamment, le Japon, l’Arabie Saoudite, la Corée du Sud, l’Australie, Singapour, les Émirats Arabes Unis et l’Autriche, bref des alliés fidèles de l’ordre impérial.

Au cours de la dernière décennie, pour le Canada l’Arabie Saoudite s’est avérée tout particulièrement une destination privilégiée de ses exportations étant donné l’importance accrue des dépenses militaires de cet État :

« Au Moyen-Orient, les dépenses militaires ont accéléré rapidement depuis 2011… Oman et l’Arabie saoudite en particulier ont connu une croissance supérieure à 30% entre 2011 et 2013″,.. L’Arabie saoudite, en neuvième position en 2013, doit dépasser l’Allemagne cette année pour se hisser à la huitième place en 2014 »  (huffpostmaghreb.com).

Le discours militariste cherche sans cesse à amoindrir la portée du matériel de guerre afin de développer l’adhésion du public aux affaires militaires. David Perry, un expert en cette matière, cité par H. Buzzetti, déclare « que ces véhicules seront plutôt utilisés à des fins de défense contre d’autres véhicules blindés » (Le Devoir, 8 janvier 2016, p. A 5). On ne tuera pas l’ennemi car il est protégé. Ce sera tout simplement un « exercice » sur le terrain. En général, ce discours s’évertue à présenter les armements livrés à l’étranger comme étant « non létaux ».

Ce qu’il convient non seulement de déplorer, mais surtout de condamner c’est la production de ces engins de mort fabriqués au Canada par General Dynamics situé à London (Ontario). Le contrat de 15 milliards de dollars que cette entreprise a obtenu entre dans le processus de recyclage des pétrodollars en armements et ainsi dans celui de la préparation à la guerre.

C’est dans ce contexte que le Canada est invité à faire ses devoirs et manifester ainsi sa fidélité aux forces impérialistes.

III. Un bataillon déployé dans les pays baltes et en Pologne. Juillet 2016

« Cette décision de l’OTAN d’un déploiement de quatre bataillons dans les pays baltes est accueillie avec joie dans l’arène politique et économique des membres de l’Alliance. Son secrétaire général est en liesse. Les tenants d’une intensification du processus de militarisation de l’Europe de l’Est accueillent cette action avec allégresse. Plus d’opérations militaires signifie plus d’armements pour le bénéfice des industries de la mort ».

« Les pays membres de l’OTAN qui participent à ce déploiement militaire sont les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Canada. Le bataillon canadien sera déployé en Lettonie, à compter de 2017. Au total, l’Otan compte déployer 4.000 hommes environ dans les pays baltes et la Pologne. Cette mesure vient s’ajouter à celle visant à créer une force de réaction très rapide, mobilisable à très court préavis  » (civilwarineurope.com).

La participation du Canada s’avère un indicateur probant qui démontre qu’aucun changement n’a été opéré dans les orientations du pays en matière de défense. Le pays poursuit le processus de militarisation intensive conduit par le régime conservateur entre 2006 et 2015. Bien plus, le Canada s’est attiré les louanges du Secrétaire général de l’OTAN :

« L’engagement du Canada à prendre la tête d’un groupe tactique de 1000 militaires en Europe de l’Est, a-t-il déclaré, démontrait clairement la volonté des membres de l’OTAN des deux côtés de l’Atlantique de se défendre les uns les autres » (Journal Le Devoir, le 5 juillet 2016, p. B 5).

Il faut manifester son indignation devant cette attitude guerrière du gouvernement libéral. Rien n’a été divulgué concernant la durée et les coûts de cette opération. Aucun débat public digne de ce nom si ce n’est ce que le ministre de la Défense appelle des consultations qui se feront comme à l’habitude, sur invitation et en catimini. Il y a lieu d’être inquiet.

IV. Le Canada participe à l’exercice militaire «Rim of Pacific (Rimpac)». Juillet 2016

« La décision du Canada de participer à l’exercice militaire « Rim on Pacific (RIMPAC) » avec le déploiement de 1500 militaires organisé par les Étasuniens et tenu jusqu’au 29 juillet démontre encore une fois, à notre grande déception, l’attitude servile du pays vis-à-vis de l’impérialisme américain. Le gouvernement libéral au pouvoir depuis près d’un an, a eu plusieurs occasions pour se démarquer de son voisin du Sud. Il a, au contraire, obéi en tout point aux politiques imposées par l’Administration Obama sur le plan international. La visite que le Premier ministre a effectuée en Ukraine a copié fidèlement la politique suivie par les États-Unis et l’UE vis-à-vis de ce pays et face à la Russie allant de louanges pour le premier et de condamnations pour le second  ».

« Nous le savons très bien. Les Canadiens et les Canadiennes ne veulent pas la guerre et surtout ils ne la veulent pas au Canada. Alors pourquoi s’acharner à la préparer, de concert avec les autres membres de l’OTAN, pour la livrer ailleurs dans le monde en détruisant des établissements humains et en provoquant la mort de centaines de milliers de personnes et le déplacement de millions d’autres qui cherchent désespérément sur cette terre un havre de paix? Et, de plus, pourquoi fabriquer des armements conçus pour détruire et tuer? ».

Selon Projet Ploughshares, un total de 29 conflits a affecté 26 pays en 2015 dont 12 dans le continent africain. La presque totalité de ces conflits armés ont été fomentés par l’US-OTAN directement ou par procuration et auxquels le Canada a apporté sa contribution. Il ne faut pas l’oublier. Le Canada a été très actif au sein de l’Alliance en ayant développé, depuis le début du siècle, une attitude de plus en plus agressive et en s’appuyant sur un budget de la Défense sans cesse en croissance » (Jules Dufour, juillet 2016).

Conclusion

Cette réapparition plus intensive du Canada militaire dans l’espace aérien du Moyen-Orient s’est effectuée, comme les autres actes de guerre du pays, dans la plus grande indifférence. Seule une hécatombe affectant les forces armées pourrait éveiller les consciences avec des manifestations populaires anti-guerre à travers le pays. Il faut le noter, le Canada continue, dans les pas du régime conservateur, une participation active sur les théâtres de guerre.

Fomenter des conflits armés et les multiplier s’avère une approche qui donne des dividendes pour l’économie du pays quand les pays affectés choisissent le Canada comme fournisseur d’armements. L’appui que le Canada a apporté à l’Ukraine et aux autres pays de l’Europe donne d’ores et déjà des retombées pour l’économie canadienne. Il en de même pour les pays du Moyen-Orient et du continent africain.

Jules Dufour

 

Références

ALLIANCE CANADIENNE POUR LA PAIX. En ligne : http://pourlapaix.ca/a-propos/

BEAUDET, Pierre. 2016. Le Canada et la crise au Moyen-Orient: un virage est nécessaire. École de développement international et de mondialisation à l’Université d’Ottawa. Journal Le Devoir, le 20 juin 2016. En ligne : http://www.ledevoir.com/politique/canada/473831/le-canada-et-la-crise-au-moyen-orient-un-virage-est-necessaire

BERTHIAUME, Lee. 2017. Les avions de combat canadiens de retour en Syrie. La Presse Canadienne. Le 19 février 2017. En ligne¨ http://www.lapresse.ca/international/dossiers/le-groupe-etat-islamique/201702/19/01-5071106-les-avions-de-combat-canadiens-de-retour-en-syrie.php

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COLLECTIF ÉCHEC À LA GUERRE. En ligne : http://echecalaguerre.org/

DEMEESTERE, Matthieu. 2017. Les États-Unis veulent des preuves rapides de la fiabilité des autres membres de l’OTAN. En Europe, Mike Pence demande aux alliés d’augmenter leurs dépenses militaires. AFP. Journal Le Devoir, le 21 février 2017, p. B 5.

DUFOUR, Jules. 2016. Canada : Des jeeps blindés et armés pour l’Arabie Saoudite. Quand l’aveuglement volontaire ne tue pas…Mondialisation.ca. Le 13 janvier 2016, En ligne : http://www.mondialisation.ca/accueil-des-refugies-syriens-au-canada-redorer-limage-du-canada-tout-en-poursuivant-la-militarisation-dans-la-perspective-des-guerres-otan/5493372

DUFOUR, Jules. 2016. La militarisation de l’Europe de l’Est se poursuit allègrement en 2016 avec le leadership renouvelé du Canada. Mondialisation.ca. Le 7 juillet 2016. En ligne : http://www.mondialisation.ca/la-militarisation-de-leurope-de-lest-se-poursuit-allegrement-en-2016-avec-le-leadership-renouvele-du-canada/5534763

DUFOUR, Jules. 2016. Le Canada participe à l’exercice militaire «Rim of Pacific (Rimpac)». La politique de défense du régime conservateur se poursuit. Mondialisation.ca. Le 20 juillet 2016. En ligne : http://www.mondialisation.ca/le-canada-participe-a-lexercice-militaire-rim-of-pacific-rimpac-la-politique-de-defense-du-regime-conservateur-se-poursuit/5536748

DUFOUR, Jules. 2016. Le Canada s’active sur le marché mondial de l’armement et sur les théâtres de guerre. Mondialisation.ca. Le 5 août 2016. En ligne : http://www.mondialisation.ca/le-canada-sactive-sur-lemarche-mondial-de-larmement-et-sur-les-theatres-de-guerre/5539835

GODBOUT, Jacques N. 2015. Le Canada pourrait faire la guerre à l’EI en Syrie et en Libye. 45enord.CA. Le 22 février 2015. En ligne : http://www.45enord.ca/2015/02/le-canada-pourrait-faire-la-guerre-a-lei-en-syrie-et-en-libye/

LE DRAPEAU ROUGE EXPRESS. 2010. Guerre la guerre impérialiste! No 247. Le 14 novembre 2010. 2 pages.

LÉGARÉ-TREMBLAY, Frédéric. 2017. Premier budget Trump. Ves des hausses militaires et des coupes intérieures massives. Journal le Devoir, le 28 février 2017, p. 5. En ligne : http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/492816/premier-budget-trump-vers-des-hausses-militaires-et-des-coupes-interieures-massives

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

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