Les Cinq Dynasties et les Dix Royaumes

 

 

 

 

 

Han Xizai peint par Gu Hongzhong
(Xizai : écrivain et calligraphe)

 

Un oeil sur … la Chine
Carolle Anne Dessureault :

La grande saga chinoise se poursuit après la chute du dernier empereur des Tang, Zhaozong, le 7e fils de Xizong, détrôné par Zhu Wen, le lieutenant du rebelle paysan Huang Chao qui porta un coup fatal à la dynastie avant de se suicider.

Après la chute des Tang, le gouvernement impérial va céder son pouvoir aux jiedushi (militaires régionaux) qui obtiendront en peu de temps l’indépendance de leurs territoires.

Les Cinq dynasties et les Dix royaumes (907 – 960)
Pas facile de démêler ce fuseau de dynasties et de royaumes qui se déroule à grande vitesse, en cinquante trois-ans, avec treize empereurs et dix rois ! Alors que les Cinq dynasties se succèdent dans le Nord de la Chine, une douzaine d’états sont fondés dans le Sud, dont dix seulement seront répertoriés en royaumes. C’est une ère de bouleversement politique en Chine après quoi suivra la dynastie des Song en 960.

Je vous demande, chers lecteurs, un peu de patience en lisant la liste exhaustive et un peu ennuyeuse des dynasties et des royaumes avec leur empereurs et leurs rois, les dates de règne – un incontournable – mais … c’est la seule façon de comprendre les fondements de cette période de l’histoire de la Chine.

Les Cinq dynasties de la Chine du Nord
LES LIANG POSTÉRIEURS (907 – 923)
Zhu Wen

Le seigneur de guerre  Zhu Wen, faisant partie de l’armée du rebelle Huang Chao qui mit fin à ses jours, devient celui qui possède le pouvoir sur la Chine du Nord. Il impose le déménagement de la capitale vers Luoyang. Après avoir exécuté en 904 Tang Zhaozong, il fait de son fils de treize ans un souverain qui lui est entièrement dévoué, mais volte-face trois ans plus tard, il force ce dernier à abdiquer en sa faveur ! Zhu Wen s’autoproclame empereur de la dynastie des Liang Postérieurs.

Carte des Liang Postérieurs

LES TANG POSTÉRIEURS (923 – 936)
L’indépendance est déclarée par des seigneurs de guerre, Li Cunxu et Liu Shouguang, qui combattent comme des lions pour conquérir la Chine du Nord; Li Cunxu triomphe royalement. En 925, Li Cunxu, après avoir réunifié une grande partie de la Chine du Nord, se rend vainqueur des Shu antérieurs en 925. Quelques années de calme marquent la décennie.

LES JIN POSTÉRIEURS (936 – 947)
Guerrier – Cinq Dynasties

Shi Jingtang, un jiedushi (militaire), est soutenu par l’empire Khitan en Mandchourie dans une rébellion contre la dynastie en place. Les Khitans ( l’empire Liao) considèrent l’empereur comme un dirigeant par procuration de la Chine historique et déclarent la guerre en 943, se portent vainqueurs, mais, après réflexion, se retirent durant l’année des régions conquises.

LES HAN POSTÉRIEURS (947 – 950)
Un moment chancelant pour le pouvoir, ce qui va aider Liu Zhiyuan à entrer dans la capitale impériale en 947 et se proclamer le fondateur de la dynastie des Han postérieurs (le 3e règne Shatuo : tribu turque). La dynastie des Han postérieurs est la plus courte des cinq dynasties, puisque déjà en 951, le général Guo Wei, un chinois Han, réussit un coup d’état et monte sur le trône, détrône le précédent, et fonde la dynastie des Zhou postérieurs. Dans la même période, Liu Cheng, membre de la famille impériale des Han postérieurs, établit un régime des Han du Nord à Taiyuan et demande l’aide des Khitans.

LES ZHOU POSTÉRIEURS (951 – 960)
L’empereur Guo Weil éteint, son fils adoptif, Chai Rong, lui succède. Quelques années plus tard, son armée défait les forces alliées des Khitans et des Han du Nord, puis entre 956 et 958, l’empereur parvient à conquérir les Tang du Sud, le régime le plus puissant de la Chine du Sud qui lui succède ses territoires au Nord du Yangzi Jiang. Après la mort de Chai Rong, le général Zhao Kuangyi en 960 organise un coup d’état et à son tour monte sur le trône, fonde la dynastie des Song du Nord, une période non-officielle de la Chine des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes.

Les Dix Royaumes de la Chine du Sud
Contrairement aux Dynasties du Nord qui se succèdent à tour de rôle, les régimes du Sud se font concurrence, chacun contrôlant une zone spécifique.

WU (902 – 937)
Yang Xingmi, un gouverneur militaire de la Dynastie Tang en 892 est celui qui fonde Wu. Les Tang du Sud mettent fin au royaume en 937.

WUYUE (907 – 970)
Qian Liu

Le plus long royaume et parmi les plus puissants états du Sud, reconnu pour son savoir et sa culture, fondé par Qian Liu qui, à l’instar d’autres conquérants, déménage la capitale à Hangzhou. Considéré comme le Roi de Wu, il reçoit en plus le titre de Prince de Yue, par l’empereur Tang. Hautement étiqueté, Qian Liu n’hésite pas à se déclarer Roi de Wuyue en 907.

MIN (909 – 945)
Royaume fondé par Wang Senzi qui s’attribue lui-même le titre de Roi de Min. Il établit sa capitale à Fuzhou. Min étant un tout petit état, le Roi s’empressa de déclarer sa loyauté à Wuyue, mais les Tang du Sud envahirent les Min en 945, mettant fin à leur règne.

HAN DU SUD (917 -971)
Liu Yan fonde le royaume en 917 à Guanghou.

CHU (927 – 951)
Ma Yin règne jusqu’en 951 où les Tang du Sud s’emparent du territoire. La capitale sera déplacée à Nankin.

HAN DU NORD (951 – 979)
Règne de Liu Min, capitale à Taiyuan.

JINGNAN (924 – 963)
Royaume fondé par Gao Jichang, qui s’étend sur le Jiangling et deux districts du Wuhan dans le Hubei. Un royaume qui sera vaincu par les Song en 963.

SHU ANTÉRIEURS (907 – 925)
Wang Jian fonde le royaume des Shu antérieurs après la chute de la dynastie des Tang, territoire qui s’étend sur l’actuel Sichuan. Le Roi établit sa cour à Chengdu. Le royaume s’effondre lorsque son fils, jugé un parfait incompétent, se rend lui-même à la Dynastie des Tang postérieurs en 925.

SHU POSTÉRIEURS (935 – 965)
Grâce au déclin des Tang postérieurs, Meng Zhixiang réunifie les précédents états des Shu antérieurs. Il impose l’indépendance des Shu.

LES TANG DU SUD (937 – 975)
On assiste ici à la succession de l’état de Wu par Li Bian, empereur Liezu, lorsqu’il prend le pouvoir en 937, et élargit le territoire original en englobant les royaumes de Min, Yin et Chu. Les Song en 975 mettront fin à cette dynastie.

Han Xizai (902 – 970) – un calligraphe reconnu
Fonctionnaire sous le règne de l’empereur Li Cunxu, Han Xizai (dont l’image apparaît en têt de l’article) fut reconnu à son époque pour ses talents d’écrivain et ses habiletés de calligraphe. Dans sa jeunesse, il fut témoin de nombreuses mutineries contre Cunxu qui finit par trouver la mort ainsi que son père dans d’autres circonstances, tout aussi violentes; le jeune homme craignant pour sa vie, décida de fuir vers le Sud et d’intégrer la Cour de Wu où il occupa un poste d’éditeur au bureau des archives (Xiaoshulang).

Les peintures de Gu Hongzhong révèlent plusieurs scènes mondaines et banquets que le calligraphe donnait à ses proches.

Banquet nocturne chez Han Xizai       Han Xizai et courtisane

party de nuit

Oeuvres d’art

Coffre en pierre (907-960)                  Jardin littéraire par Zhou Wenju
Musée Suzhou                                          Tang du Sud
APapillon et fleurs par Xu Xi (886-975)

8 pensées sur “Les Cinq Dynasties et les Dix Royaumes

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    20 décembre 2013 à 11 11 56 125612
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    Y a un livre sur l’histoire de Chine dans votre série d’articles…

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      21 décembre 2013 à 19 07 15 121512
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      … une tapisserie qui se tisse peu à peu m’apportant beaucoup de plaisir.

      Merci pour votre présence sur le site.

      Carolle Anne Dessureault

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    21 décembre 2013 à 11 11 11 121112
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    Madame l’éditrice,

    Merci pour ce beau travail.

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      21 décembre 2013 à 19 07 15 121512
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      Merci Monsieur aux multiples pseudos. Avez-vous rangé votre beau costume ?

      CAD

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          22 décembre 2013 à 1 01 51 125112
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          Grand merci pour le lien ! Je suis en harmonie avec l’idée de puiser dans la Noosphère, me rendre un meilleur canal de la conscience-sagesse universelle. Jung d’autre part est celui qui a parlé d’inconscient collectif le premier, si je ne m’abuse, ce grand réservoir dans lequel nous baignons.

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    21 décembre 2013 à 13 01 19 121912
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    J’adore l’objectivité en histoire, et seules des personnes équilibrées et calmes peuvent y parvenir. Ce n’est pas si simple. Il faut saisir l’esprit pacificateur de l’histoire, comme un survol d’oiseau planant…

    Comme disait mon prof d’université, il faudrait écrire une histoire vue par les peintres, et on pourrait ajouter, il faudrait écrire une histoire vue par les gens cools.
    😀

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      21 décembre 2013 à 19 07 38 123812
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      Bonjour Demian,

      Une histoire vue par les peintres, j’appuie ! D’ailleurs, les peintures chinoises des dynasties révèlent beaucoup; il me semble qu’elles témoignent d’un réalisme pur qui fait jaillir des impressions profondes, non formulées, mais globales, échappant à la structure (obligée, et plus objective ) du récit linéaire des événements qui traversent une époque.

      Comme c’est bien dit cette phase qu’il me faut souligner : « Il faut saisir l’esprit pacificateur de l’histoire, comme un survol d’oiseau planant … »

      Carolle Anne Dessureault

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