Les concubines modernes en Chine

Un oeil  sur … la Chine
Carolle Anne Dessureault :

Le passé est tenace. Des femmes tout au long des époques ont souffert d’avoir à se contenter ou à obéir à un système qui les obligeait, pour survivre, à devenir une concubine, à occuper une deuxième place, ce qui ouvrait la porte à des rivalités bien compréhensibles entre femmes, surtout quand il s’agissait de faire reconnaître la légitimité des enfants et leur position dans la famille « élargie ». Il était normal qu’un homme puissant possède plusieurs femmes, dont la légitime qui servait de couverture et de légitimité pour la descendance. La première place.

Progrès ou nouvelle oppression de la femme ?

Les temps changent. Autrefois, à l’époque impériale, les concubines, propriétés exclusives de l’Empereur, vivaient cloîtrées dans le palais impérial et n’en ressortaient jamais. D’autres habitaient  sous le même toit que les épouses de nobles, participant à la vie communautaire sans détenir de  réels privilèges. Considérées comme des femmes de moindre qualité de par leur naissance, la soumission leur servait de manteau.

Cette coutume fut abolie par les communistes après la Révolution Culturelle en 1949. Un intermède important pour la femme chinoise qui combattit courageusement pendant des années en participant à la Longue Marche sous Mao Zedong pour la libération de sa nation ainsi que pour sa propre émancipation. Femme-soldat, elle coupa sa natte, et revêtit le pantalon. Son combat pour l’égalité l’animait au point de partager les mêmes souffrances que celles des hommes, le visage nu, sans fard, dépouillée de tout luxe, et le corps musclé par l’effort constant. Elle rejetait un passé lourd de silences imposés, libérant à la fois son corps et son âme.

Quelques quarante années plus tard, il y a près de vingt ans, le phénomène du concubinage refait surface. Une nouvelle catégorie de concubines, sophistiquées et articulées, pouvant rivaliser avec les héroïnes de James Bond, remplace l’image désuète de la femme soumise d’antan.

La concubine et son pourvoyeur

Une concubine est une femme vivant quasi maritalement avec un homme de statut plus élevé possédant déjà une épouse officielle, et entretenue financièrement par ce dernier. On surnomme la concubine « la petite épouse ». La pratique est interdite par la loi.

Contrairement à une maîtresse qui n’attend pas de « rémunération », l’entente est très claire entre la concubine et son amant : des cadeaux en échange de relations sexuelles exclusives. Pas d’histoire d’amour fleur bleue ni conte de fée. Pourtant, la vie de la concubine en a toutes les apparences. En réalité, la jeune concubine réside dans une cage dorée, et est surnommée avec un certain mépris  « ernai », deuxième femme. Pour plus de détails, voir le documentaire réalisé par Axelle De Russé, Marine de Russé et Elsa Fayner, Les concubines.

Que cherche la concubine ? Probablement la liberté financière. Parce qu’elle a souvent vécu dans des conditions familiales pauvres et qu’elle n’a pas les ressources matérielles pour poursuivre ses études ou pour se payer toutes ces choses luxueuses qu’elle désire.

Les destins sont renversés. Si autrefois la concubine dépendait de son bienfaiteur pour manger et qu’elle n’avait aucun pouvoir social, aujourd’hui, elle dépend toujours d’un bienfaiteur, mais elle circule sur les grands boulevards au volant d’une luxueuse voiture, s’achète des vêtements chics, et habite un appartement qu’elle n’aurait jamais pu se payer. La concubine pense à son avenir. Elle mise son succès sur sa jeunesse et sa beauté. Elle ne bénéficie d’aucune protection légale, son riche pourvoyeur pouvant à tout moment la délaisser et reprendre ce qu’il lui a donné : voiture, appartement, meubles ; il lui laissera tout de même ses sous-vêtements et quelques babioles. La concubine moderne diffère de la concubine d’autrefois par la longueur de la laisse qu’elle a gagnée, mais c’est toujours une laisse.

Qui sont les hommes des concubines ? Ils sont généralement plus vieux, et ils sont riches. Très riches. Tout se passe comme si la concubine était devenue un signe extérieur de richesse, un trophée qu’on exhibe dans des soirées mondaines, des soupers d’affaires, des voyages. Dans le passé, le statut d’un homme se mesurait souvent au nombre de « ses » femmes. Aujourd’hui, plusieurs hommes chinois collectionnent les maîtresses comme des trophées.

Pouvoir, corruption et sexe

Corruption et concubines semblent faire bon ménage puisqu’on rapporte que 90 % des officiels tombés pour corruption ces dernières années entretenaient des « ernai ». Plusieurs scandales ont éclaté.

XU MAIYONG, ancient maire-adjoint de Hangzhou, ville célèbre pour sa soie et sa cité patrimoine mondial de l’Unesco, construite sur le bord du Lac de l’Ouest, est reconnu coupable de corruption et détournement de fonds de 198,6 millions de yuans. Il entretenait, raconte-t-on, une douzaine de concubines;

LIU ZHIJUN, ministre des chemins de fer, lui aussi reconnu coupable de malversations et détournement de fonds (114 millions d’euros). Dans son cas, le nombre de ses maîtresses-concubines s’élève à à dix-huit !

LEI ZHENGFU, un officiel du Parti communiste chinois, impliqué dans le scandale d’une vidéo pornographique le montrant dans une position compromettante avec une jeune fille de dix-huit ans qui a circulé sur les réseaux sociaux. Il fut exclu du PCC en mai 2013. Il arrive qu’une concubine tende un piège comme dans l’affaire Lei Zhengfu, où elle aurait en réalité été offerte à l’officiel du Parti communiste par un promoteur immobilier qui souhaitait obtenir son soutien en vue de la signature d’un contrat. Cette fois-ci, le pot-de-vin était sous forme d’un joli emballage féminin. C’était un piège.

Hu Xingdou, professeur à l’Institut de technologie de Pékin, explique la situation de la corruption en ces termes : « Comme la pression anticorruption du gouvernement central est de plus en plus forte, le nombre de corruptions directes de cadres se réduit, mais la corruption indirecte, par les maîtresses notamment, augmente considérablement. » Des journaux et revues officiels exhortent les cadres du PCC à mener une vie exemplaire en famille, sans maîtresse. Un système de récompenses aurait même été mis en place pour ceux qui dénonceraient les abus … porte ouverte à la délation ?

Le phénomène se répand de plus en plus

Le phénomène des concubines se répand à si grande vitesse que certaines villes riches du sud de la Chine ont été baptisées « villages des concubines ».

Selon le site Chine-informations, on estime à cent mille le nombre de concubines dans l’une des provinces les plus concernées, celle du Guangdong, aux portes de Hong Kong. On estime que 60 à 70% des hommes citadins entretiennent une seconde épouse, une concubine, après dix ou vingt ans de mariage.

Hélas, si les mentalités tolèrent un mari volage et ne le condamnent pas, en revanche, la concubine est mal vue. Après avoir été concubine, il lui sera difficile de se trouver un mari.

Les épouses officielles en veulent aux concubines et les accusent de leur voler leurs maris. Certaines, pour confondre leurs maris, font appel à des détectives privés et obtiennent des dossiers étoffés qui leur permettront de négocier un divorce en leur faveur. L’une d’elles, Djang Yufen, surnommée « la tueuse de concubines » va encore plus loin, elle recueille des témoignages de femmes trompées et organise des expéditions punitives contre ces « petites épouses ».

La concubine, libérée ou opprimée ?

Un avocat chinois spécialiste de la question, Zheng Bai Chun, explique que derrière la pratique du concubinage se cachent souvent des conditions de vie difficiles. « Ces jeunes femmes sont naïves et influençables et ne subsistent financièrement que par cette relation et se retrouvent à la merci d’un amant pas nécessairement tendre. Elles devront souvent faire face à un avortement forcé, ou à des sévices corporels. Comme elles n’ont aucun droit, elles n’ont aucun recours. »

Zheng Bai Chun précise que la loi chinoise défend les hommes et les femmes mariés, jamais les maîtresses. Parfois il y a entente entre la concubine et l’homme qui accepte de verser un montant d’argent mais pour plusieurs la route est longue et cahoteuse. Le concubinage est mal perçu, la concubine jugée, le sujet est tabou. Les parents d’une concubine peuvent difficilement la comprendre. Elle a jeté de l’ombre sur la famille.

Je terminerai par un proverbe chinois : Celui ou celle qui marche dans les pas d’un autre ne laisse jamais de traces ….

 Carolle Anne Dessureault

sources

En savoir plus sur http://www.paperblog.fr/4308551/les-concubines-en-chine/#Qo7GyqYqBJu6fyVR.99

http://www.chine-informations.com/guide/la-situation-officielle-de-la-femme-en-chine_1457.html

http://www.chine-informations.com/guide/la-situation-officielle-de-la-femme-en-chine_1457.html

http://french.china.org.cn/china/txt/2011-04/28/content_22461690.htm

http://www.marketing-chine.com/culture-chine/les-maitresses-en-chine-et-leur-influence-sur-la-societe

http://www.muskadia.com/pays_par+pays/ratio_pays.asp

http://www.france24.com/fr/20121126-2012-11-26-2051-wb-fr-le-net/

 

 

 

12 pensées sur “Les concubines modernes en Chine

  • avatar
    8 février 2014 à 9 09 03 02032
    Permalink

    Pavillon de femmes (Pearl Buck)

    Épouses et concubines (Raise the Red Lantern)

    • avatar
      14 février 2014 à 10 10 44 02442
      Permalink

      Que de beaux moments j’ai passés en lisant Pavillon de femmes de Pearl Buck. Tous ses autres livres aussi. Merci pour la référence de « Épouses et Concubines ».
      CAD

  • avatar
    8 février 2014 à 9 09 23 02232
    Permalink

    En 1950, le gouvernement a du faire interdire la vente de femmes en Chine et appliquer fermement cette loi. Elles reviennent de loin. Et le progrès ne s’arrêtera pas pour elles.

    Respectueusement.

    • avatar
      14 février 2014 à 10 10 45 02452
      Permalink

      On constate les cycles de vie en voyant une loi interdire une situation abusante et après celle-ci revient en force sous une autre forme. La croissance de la nature humaine prend du temps.

      Merci de votre commentaire,

      Carolle Anne Dessureault

  • avatar
    14 février 2014 à 13 01 02 02022
    Permalink

    (La croissance de la nature humaine prend du temps.)
    Toute l’explication est dans cette phrase.
    Un lion et une lionne se comporte exactement comme il y a 2 milles ans. La hiérarchie chez les loups n’a pas changé, donc nous ne devons pas nous surprendre que l’ÉVOLUTION DU COMPORTEMENT de l’homme d’aujourd’hui soit de beaucoup différent à celui de l’homme des cavernes.
    Un changement notable on ne vous traîne plus par les cheveux. 🙂
    Mesdames un peu de patience S.V.P 🙁
    (LA CROISSANCE DE LA NATURE HUMAINE PREND DU TEMPS)

    • avatar
      14 février 2014 à 14 02 29 02292
      Permalink

      Bon matin Poivre de Cayenne,

      J’abonde dans votre sens, l’évolution humaine est plutôt lente, beaucoup plus que celle de la technologie.

      Pourtant, comme vous le dites, il y a changement : on ne nous traîne plus par les cheveux ! Tout comme le samourai n’aiguise plus son poignard sur la tête d’un humain. On connaît un peu plus la valeur de la vie.

      Bonne fin de journée au soleil de Las Vegas,

      Carolle Anne Dessureault

  • avatar
    15 février 2014 à 5 05 55 02552
    Permalink

    Bonjour,

    votre liste de liens n’est pas sans démontrer votre propension à « promotionner » les silencieux ou ceux (salut Demian) spécialistes du lèche-botte. Je vous rassure ou vous déçoit, je me relèverai de cette absence dans vos illustres références.

    « Cette coutume fut abolie par les communistes après la Révolution Culturelle en 1949 »

    Une coutume ne s’abolit pas, une loi oui. Dans les faits, le régime communiste n’a rien changé si ce n’est dans les apparences, spécialité de ce régime politique. Mao lui-même ne s’est pas gêné pour répudier (le divorce n’existait pas en core en Chine) sa femme au bénéfice de celle qui était sa maîtresse depuis des années. Par la suite le défilé a été incessant avec de nombreuses conquêtes dont certaines mineures.

    Croire qu’une loi a changé les habitudes relève du pur rêve (chinois bien sûr). En dehors des cas que vous citez et qui sont ceux de la presse occidentale mis en lumière pour des raisons économico-politqiues, la place de la femme en Chine est proche de zéro. Même chez les jeunes générations, elle est la fiancée que l’on met en vitrine durant quelques mois pour devenir ensuite une mère sans autre intérêt que celui d’élever l’enfant du mari. S’Il s’agit d’un garçon, il est en effet la « propriété » du mari qui l’a déclaré sur son livret de résidence (hukou). En cas de divorce, il récupère son bien, la femme ne pouvant ensuite que difficilement se remarier du fait qu’elle ne pourra avoir légalement un autre enfant.

    Les prostituées attitrées à certains clients ne sont pas autre chose que des concubines. Ce mot a beau être réservé aux cadres du PCC ou aux nouveaux riches, ce sont des millions de Chinois qui ont deux, trois femmes. Le hukou n’ayant qu’une portée régionale, certains « VRP » se font fabriquer des faux livrets, deviennent par conséquent célibataires pour les autorités de la région , ce qui leur permet de « posséder » plusieurs épouses. Rarissime ? Non, très courant.

    Je laisse à tout hasard un lien faisant état d’une des dernières affaires:
    http://www.refletsdechine.com/prostitution-quand-un-journaliste-chinois-peut-faire-son-travail.html

    Bonne continuation dans votre cercle d’exclusion. Les sources citées vous apporteront à coup sûr cette reconnaissance après laquelle vous courez.

    • avatar
      15 février 2014 à 16 04 55 02552
      Permalink

      Bin ça alors !
      Pour une surprise c’est une surprise.
      Bonsoir aux 7

  • avatar
    15 février 2014 à 9 09 37 02372
    Permalink

    Merci Alain pour avoir apporté de la lumière sur le sujet

  • avatar
    16 février 2014 à 11 11 36 02362
    Permalink

    Pour certain, le prestige est une drogue aussi puissante que n’importe quelle substance chimique altérant le comportement.

    J’ai connu, a une époque de ma vie, cette drogue de l’égo qui suscite l’envie dans le regardde ceux qui auraient voulu être aux bras de ces déesses que je me plaisais a parader dans des lieux publiques.

    D’autant plus enivrant que je n’avait rien a payer, ce qui ajoutait davantage a l’envie de certains. 🙂

    J’ajoute cependant, que l’on se lasse de l’éphémère car nourrir l’égo, n’est pas nourrir l’âme.

    • avatar
      16 février 2014 à 22 10 14 02142
      Permalink

      @Peephole

      Nourrir l’éphémère nous laisse sans cesse sur notre faim. Le plus profond en soi a faim d’autre chose.

      Merci pour votre commentaire,

      Carolle Anne Dessureault

Commentaires fermés.