» Ou est Amarildo ? »

UN OEIL SUR L’AMERIQUE LATINE
Damien LARDERET (www.lepetitjournal.com – Brésil)

«Où est Amarildo ?». La famille, les habitants de la Rocinha et des militants des droits de l’homme se sont réunis pour une marche devant l’entrée de la Favela. Sous la pression populaire, une enquête, prise en charge par les plus hautes autorités de l’Etat de Rio de Janeiro, est en cours.

Plus de 15 jours après sa disparition, tout le monde veut savoir « Où est Amarildo ? ». Une nouvelle marche de protestation de plusieurs centaines de personnes, à laquelle Lepetitjournal.com était présent, s’est tenue jeudi soir devant sa favela de la Rocinha pour demander des explications aux forces de l’ordre. Au même moment, 300 personnes défilaient par solidarité à São Paulo.

Amarildo de Souza a disparu le 14 juillet dernier vers 20h, après avoir été interpellé par la police, alors qu’il rentrait de la pêche sans que la famille ait eu le droit à une explication officielle. Agé de 47 ans, il était maçon et père de six enfants.  Il avait grandi et toujours vécu à la Rocinha.

Opération Paz Armada

L’homme a été arrêté dans le cadre de l’opération Paz Armada, qui a mobilisé 300 policiers le 13 et 14 juillet dans la favela, pour interpeller des trafiquants. Selon la police, l’opération a conduit à l’arrestation de 30 individus parmi lesquels Amarildo. Après son arrestation, sa femme Elisabete est allée le voir à l’Unité de police pacificatrice (UPP) où on lui a alors dit qu’il rentrerait bientôt chez lui. Mais il n’est jamais revenu.

Le lendemain, les policiers ont indiqué à son fils qu’Amarildo avait été libéré après avoir été confondu avec un trafiquant. Mais ils n’ont pas pu le prouver, les caméras de l’UPP étant en panne ce jour-là. Sur les 80 caméras présentes dans la Rocinha, les deux seules qui ne fonctionnaient pas sont précisément celles qui auraient pu indiquer le cheminement d’Amarildo. Pour Orlando Zaccone, le délégué chargé de l’enquête, les versions des policiers sur les caméras sont ambigues.

« Je suis sûre que mon mari est déjà mort »
Depuis la disparition du maçon, sa famille mène une lutte sans relâche pour la vérité sur celui qui était apprécié par tous dans le voisinage. Mais, elle craint qu’il n’y ait plus d’espoir. « Nous avons cherché partout sans avoir de réponse. Je suis sûre que mon mari est déjà mort », a affirmé sa femme, citée par UOL. Amarildo est ainsi devenu un visage que l’on trouve au coeur de toutes les dernières manifestations sociales. Le slogan « Où est Amarildo ? » résonne à chaque mobilisation.

Et cette pression fonctionne, car l’enquête avance. Dès le 18 juillet, les quatre principaux suspects, des policiers de l’UPP, ont été éloignés de leurs fonctions. Le 24 juillet, la femme d’Amarildo a été reçue par le gouverneur de l’Etat de Rio de Janeiro, Sergio Cabral, qui lui a promis de retrouver le corps de son mari. Elle a ensuite rencontré le président de la Commission des droits de l’homme de l’Assemblée de Rio de Janeiro, Marcelo Freixo, pour qui « les principaux suspects sont les policiers de l’UPP ».

« Le cas Amarildo, je m’en occupe personnellement »
Mercredi, le Procureur général de la justice de l’Etat de Rio de Janeiro, Marfan Vieira, a qualifié la disparition d’Amarildo « d’atteinte aux droits de l’homme » et ajouté que son cas serait traité en priorité. Pour José Beltrame, le responsable à la Sécurité de l’Etat de Rio de Janeiro, « le cas Amarildo, je m’en occupe personnellement, son cas est traité par la police des homicides qui dispose de pouvoirs élargis ».

Cette semaine, plusieurs espoirs ont fait croire à une avancée de l’enquête. Un corps a été retrouvé dans la Rocinha, mais il appartenait à une femme. Des tâches de sang ont également été découvertes dans l’une des voitures utilisées par les policiers mais, après analyse, il ne correspond pas à celui d’Amarildo.

« Ils ont pris un frère pour le faire disparaître »

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La manifestation de jeudi montre que la mobilisation continue. Les manifestants ont coupé la route très fréquentée qui longe la favela dans une marche qui s’est déroulée sans aucun incident. André, qui rentrait du travail et s’est retrouvé bloqué, « comprend les manifestants » et  trouve « la disparition d’Amarildo et l’action de la police absurdes ». Selon lui, « cette pratique existe depuis que le Brésil est le Brésil, le problème c’est que les policiers militaires ont des salaires misérables, ils sont donc obligés d’être corrompus pour vivre et se protéger, ils n’ont pas le choix ».

Parmi les habitants de la favela, la méfiance était de garde. Ils sont résignés et ne font confiance ni aux politiques, ni aux médias et encore moins à la police. « Le plus choquant, c’est la disparition, le corps doit réapparaître, il ne peut pas en être autrement. Les UPP sont normalement là pour nous protéger, mais ils sont corrompus, ils ont pris un frère, un travailleur pour le faire disparaître, on ne peut pas sans raison les laisser tuer un travailleur. Il faut enlever ces unités de police des favelas », a réagi un habitant, critiquant encore des forces de l’ordre qui feraient plus de mal que de bien, selon lui.

Si rien ne peut prouver la responsabilité de la police à l’heure actuelle, aujourd’hui encore dans les esprits, la figure du disparu rappelle à tous les années sombres de la dictature au Brésil, marquées par la disparition de nombreux militants politiques. Le cas Amarildo n’est pas isolé, sa médiatisation est peut-être un pas de plus pour que cela n’arrive plus jamais. « Nunca mais ».

NDLR: Pourquoi ce fait-divers est-il important  ?  Parce qu’il met en lumière, au sein d’une nation dont le rôle est pivota pour l’avenir du continent,  le hiatus  entre le pays réel et un gouvernement se voulant ‘de Gauche’, mais dont un appareil policier et militaire répressif de tradition fasciste est encore une composante omniprésente. 

La présence de cette caste fascisante,  jointe a un clivage racial s’ajoutant aux disparités économiques régionales, fait du Brésil – qui a la taille des USA ! – un terrain propice pour que la zizanie qu’on ne manquera pas d’y fomenter aboutisse a une guerre civile  et puisse mener à une partition du pays favorable aux forces manipulatrices  de l’étranger.  Tous les ‘faits divers’ doivent donc être analysés avec attention.

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