QUE FUT LE « GRAND DÉBAT »?

Par Nuevo Curso. Le 10.04.2019. Traduction Les7duQuébec.com

 

L’urgence Gilets jaunes

En pleine urgence des « gilets jaunes », Macron, effrayé par le fantôme de la lutte des classes, tenta de désactiver le mouvement avec une série de concessions. Celles-ci se sont érodées avant la maturation de la tendance à la séparation et à l’auto-organisation des travailleurs. Mais Macron avait autre chose à l’esprit: le « grand débat national» , dont les résultats sont maintenant rendus publics .

 

Le « grand débat » était une tentative de diriger et de renforcer la composante de petit-bourgeois et villageoise du mouvement originel pour en faire une exaltation collective, organisée à partir de l’État de « La République« . Symboliquement, cela a commencé avec la formation précipitée d’une structure macro-étatique et de scènes tirées de l’ancien gaullisme des années 50 dans lesquelles Macron endoctrinait les maires ruraux normands. Au fur et à mesure que la chose progressait, la maladresse de l’effort devenait évidente. Et la réponse a été de saturer les discussions sur les formalités du débat et son organisation.

 

L’exclusion de la banlieue

 

Il a néanmoins permis de préciser à qui l’initiative était destinée, mais ses destinataires ont été offensés par les salaires astronomiques des bureaucrates responsables de la structure étatique qui l’a organisée. Tentant de reprendre l’initiative, Macron a même proposé de convoquer un référendum le jour des élections européennes sur le « thème gagnant ». Macron a mis en jeu non seulement sa popularité, détruite par le mouvement des gilets jaunes, mais également la crédibilité du système dans son ensemble. Après trois mois de massacre dans les manifs et d’interventions massives dans les médias, la chose semblait avoir bien fonctionné pour la bourgeoisie française– Macron était en train de récupérer et Lepen en avait profité en tant que représentante de l’esprit des manifestations -: 12 millions d’euros contre les 250 normalement dépensés lors des élections. La « démocratie délibérative » s’est avérée être une véritable aubaine pour recadrer l’État.

 

Résultats officiels

Apparaissent maintenant les « résultats » officiels qui, après avoir été nettoyés sans sophistication excessive ils révèlent qu’en réalité, peu de personnes voulaient dire quelque chose – environ 250 000 contributions envoyées en ligne – et elles ne semblent pas avoir grand chose à dire. Les principales « propositions » qui en découlent vont du vote obligatoire et promouvoir le « slow food« , à l’interdiction des pesticides pour réduire la TVA, à l’élimination des taxes d’accise sur l’alcool et le tabac et le renforcement des services ferroviaires. La « citoyenneté », c’est-à-dire la mentalité de la petite bourgeoisie et son « sens commun », semble souhaiter une bourgeoisie d’État respectable, qui la dirige mais ne cherche pas à changer son comportement ou sa culture, qui fournit de bons services de base et réduit les taxes en général. At-il fallu tant de bruit pour l’imaginer?

 

Le problème c’est la «citoyenneté»

MEMBRES DU GOUVERNEMENT DANS

LA PRÉSENTATION DES RÉSULTATS DU

«GRAND DÉBAT NATIONAL»

Mais nombreux seront ceux qui argueront du fait que le « grand débat » n’a pas fait émerger d’autres types de revendications, des revendications de classe même minimale, mais avec une substance réelle. Comment est-il possible que toutes les familles de travailleurs qui sortent le dimanche avec le gilet jaune et qui ne se rendent pas jusqu’à la fin du mois n’expriment pas leurs besoins? Pourquoi ont-ils répondu aux questions par des vulgarités comme celles des dirigeants?

La conscience d’une classe non seulement révolutionnaire, mais aussi universellement exploitée, qui est donc universellement niée, n’émerge qu’au milieu d’un conflit, de ce que nous appelons la lutte de classe . Et pas à cause de quelque chose de mystique ou de mystérieux, ou d’extérieur à la classe et son point de départ est de nier la priorité du profit, et de l’accumulation, par rapport aux besoins humains. De plus, la conscience émerge de la collectivité et n’a de sens que collectivement, car l’exploitation n’est pas une situation-contrainte- individuelle, mais collective. C’est pourquoi, dans une grève, on s’attend à ce que la conscience apparaisse collectivement, sous une forme permettant d’apporter des améliorations à la République, véritable « contrôle numérique » de la machine d’exploitation. Dans le domaine de l’amélioration de notre propre exploitation et de la participation individuelle atomisée, il n’y a pas d’autre possibilité d’exprimer des besoins humains génériques que de prier pour des améliorations de l’assistance sociale. C’est tout le mystère de la « citoyenneté » et de la « démocratie participative ». Les formes peuvent même nous rappeler la résistance, mais leur terrain et leur méthodologie ne servent qu’à « prendre en charge » les difficultés de notre propre exploitation.

 


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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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