Qui veut relancer la guerre en Syrie?

Par Thierry Meyssan.  Le 4.09.2018.  Sur  Réseau Voltaire.

 

Pour notre part nous dirions plutôt: « Qui cherche à faire monter les enchères au moment d’abandonner la Syrie entre les mains de la Russie gagnante de cette guerre inter-impérialiste ? » C’est ce que fut la guerre d’agression contre la Syrie, dernière néo-colonie russe en dehors de l’ex-URSS.  De fait, la victoire en Syrie doit beaucoup à la bourgeoisie syrienne qui est restée unie derrière son gouvernement légal et légitime. Elle doit beaucoup à l’Iran qui poursuit son expansion, ainsi qu’aux milices appointées par Téhéran dans cette région troublée (Hezbollah et milices irakiennes). Mais au final, c’est l’engagement résolu de la Russie pour défendre ses bases militaires dans ce pays qui a permis à la Syrie de ne pas subir le sort de l’Afghanistan et de l’Irak où l’impérialisme yankee n’a pas réussi à s’implanter durablement mais où il est parvenu à chasser ses compétiteurs et concurrents pour le contrôle des oléoducs.  De Damas, Thierry Meyssan, ressortant une vieille théorie de complot (qui ne se réalise jamais), présente le point de vue du gouvernement syrien pas complètement réchappé de l’enfer étasunien. La bataille d’Idlib n’est pas la mère de toutes les batailles, elle n’est que la dernière péripétie d’une nouvelle répartition des marchés et des zones d’influence entre les puissances occidentales et le tandem Russie-Chine.  Bonne lecture. Robert Bibeau.   Éditeur. http://www.les7duquebec.com


 

Sept ans après le début de la guerre contre la Syrie, par jihadistes interposés, les partisans de sa destruction veulent la relancer. Pourtant, ils ont essuyé une défaite certaine sur le terrain où la population, un instant hésitante, a massivement choisi de soutenir la République. Cette tentative de reprendre la guerre à son début ne peut se comprendre que si son objectif a évolué.


 

Créé en janvier 2018 à Washington, sous la présidence de David Satterfield, le « petit groupe » avait pour but de relancer le projet Rumsfeld-Cebrowski de destruction des structures étatiques du Moyen-Orient en général et de la Syrie en particulier. Il comportait initialement l’Arabie saoudite, les États-Unis, la France, la Jordanie et le Royaume-Uni (étant entendu que les pays arabes membres ne seraient pas détruits à court terme).

Secrète à sa création, cette entité est progressivement devenue publique tandis que l’Allemagne et l’Égypte l’ont rejointe. Elle semble être devenue plus raisonnable et chercher maintenant une honorable sortie de crise. Aussi a-t-elle noué des contacts avec le groupe d’Astana (Iran, Russie, Turquie).

Pourtant, le Royaume-Uni a relancé le projet contre la Syrie en préparant une opération sous faux drapeau à Kafr Zita. Pour cela des spécialistes de la société Olive ont été envoyés sur place et des armes chimiques ont été acheminées dans le gouvernorat d’Idlib. Les Casques blancs ont enlevé 44 enfants. Le MI6 prévoyait de les sacrifier et d’attribuer leur assassinat à une attaque chimique de l’Armée arabe syrienne contre les « rebelles ».

Le MI6 avait organisé à l’avance la dissémination de cette intoxication à partir du témoignage à venir d’une petite enfant, Hala (photo). Il avait créé un compte Twitter à son nom, le 29 juillet, et une trentaine de médias s’y sont immédiatement abonnés, attendant son signal (opération « Eyes on Idlib »). Parmi eux on compte la BBC [1], Radio Free Europe/Radio Liberty [2], BuzzFeed et The Huffington Post [3] ; des médias qui participent sciemment à la propagande de guerre britannique.

Simultanément, le Pentagone a déployé dans le Golfe le destroyer USS The Sullivans (DDG-68) avec 56 missiles de croisière à son bord et envoyé un bombardier stratégique В-1В doté de 24 missiles de croisière air-sol AGM-158 JASSM sur la base aérienne Al-Udeid au Qatar.

Si la responsabilité du Premier ministre britannique Theresa May est établie concernant les actes du MI6, on ignore qui a ordonné le déploiement militaire US.

Toujours à la traîne de Londres, le président français Emmanuel Macron a déjà théorisé la reprise de la guerre devant ses ambassadeurs réunis à Paris. Ainsi, méprisant le Peuple syrien, qui a élu démocratiquement son président, s’est-il proposé de choisir pour lui : « Respectons la souveraineté de la Syrie, mais respectons-la vraiment, en permettant au peuple de s’exprimer et de l’incarner », a-t-il déclaré.

Les auteurs de ce plan savent très bien qu’ils ont déjà perdu la guerre si on la considère uniquement d’un point de vue syrien. Leur nouvel objectif semble aller bien au-delà. Il s’agit pour eux de provoquer un conflit avec la Russie ; c’est à dire une guerre qui deviendrait rapidement mondiale.

La Syrie et la Russie ont réagi en révélant les faits. Puis la Russie a envoyé quantité de matériels militaires à Tartous via le porte-container Sparta-3. Moscou a également renforcé sa présence au large de la Syrie (actuellement dix navires et deux sous-marins) en planifiant de vastes manœuvres militaires, impliquant vingt-cinq navires et une trentaine d’avions.

Affolé, le département d’État vient d’envoyer l’ambassadeur James Jeffrey apaiser les pays de la région. Il est attendu en Israël, en Jordanie et en Turquie. Il est accompagné de l’adjoint de David Satterfield, le colonel du Renseignement militaire Joel Rayburn. La délégation US assurera à tous ses interlocuteurs que Washington ne se prépare pas à bombarder la Syrie sous un prétexte fabriqué.

Dont acte.

Si les hôtes de la délégation US en ont le courage, ils ne manqueront pas de demander des précisions : l’assistant du secrétaire d’État pour le Moyen-Orient élargi, David Satterfield, poursuit-il la politique de George Bush Jr et de Barack Obama ou met-il en œuvre la nouvelle politique de Donald Trump ? Si la position de Londres est clairement anti-Russe, et celle de la Maison-Blanche pro-US [4], qu’en est-il exactement de celle du Pentagone ?

 


NOTES

[1] La BBC est l’organisme britannique public de radio-diffusion.

[2] Radio Free Europe/Radio Liberty est une radio publique créée par la CIA durant la Guerre froide et directement financée par le Congrès.

[3BuzzFeed et le Huffington Post ont tous les deux été créés par Jonah Peretti. Ils poursuivent aujourd’hui une ligne éditoriale violemment anti-Trump et anti-Russes.

[4] C’est toute la différence avec ses prédécesseurs, George Bush Jr et Barack Obama. Ceux-ci défendaient des intérêts financiers transantionaux au détriment de l’économie états-unienne.

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

Une pensée sur “Qui veut relancer la guerre en Syrie?

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    11 septembre 2018 à 9 09 24 09249
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    @ tOUS

    Depuis quelques jours la Russie joue les gros bras en Méditerranée, elle multiplie les manoeuvres de ses navires de guerre. Ainsi, Poutine annonce les plus grands exercices de guerre de tous les temps (300000 hommes des milliers d’avions et des dizaines de navires) en collaboration avec la Chine. Au sommet de Téhéran – Poutine donne ses ordres à Erdogan, pendant que Téhéran signe des accords de défense avec la Damas. BREF, qui a des yeux pour voir – vois bien que l’Occident n’a plus la main au Proche-Orient et que les simagrées de Netanyahu et de Trump et du Quai d’Orsay et de Londres sont les derniers sparages de pauvres saltimbanques qui écoutent hululer leur chant du cygne

    Tout juste peuvent-ils espérés que quelques milliers de leurs mercenaires terroristes leur seront rendus par l’armée syrienne – la Russie – les conseillers iraniens et les milices du Hezbollah et de l’Irak

    NON il ne saurait être question de relancer la guerre de Syrie monsieur Meyssan.

    Sachez que les puissances d’Occident en ont plein les bras avec la crise économique qui leur pend au bout du nez et que ce n’est pas sur les terres du Moyen-Orient qu’elles iront se refaire une virginité

    L’OTAN a perdu toutes ses guerres du Moyen-Orient et maintenant la question pour les puissances dans l’OTAN est de savoir comment sortir de ce guêpier sans perdre la face et avec le moins de dégat

    La Russie doit avoir l’intelligence de leur permettre d’en sortir avec les honneurs de la guerre – malgré leur défaite

    IDLIB est la queue du Cyclone alors que l’oeuil du cyclone est déjà en Méditerranée au-dessus de la flotte de guerre russe et chinoise en exercice militaire (300 000 soldats mobilisés et des dizaines de navires)

    Les hauts cris de Trump sont des cris de ouistitis paniqué et désemparé

    Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

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