Réflexions sur la condition arabe

UN ŒIL SUR LE MONDE MUSULMAN
Edward Said (1935 – 2003)

J’ai l’impression que beaucoup d’Arabes aujourd’hui estiment que ce qui s’est passé en Irak depuis deux mois est proche de la catastrophe. Oui, le régime de Saddam Hussein était méprisable à tous égards et méritait d’être renversé. Oui, beaucoup sont ulcérés de son despotisme, de son extraordinaire cruauté et des terribles souffrances qu’il a infligées au peuple irakien. Il ne semble guère douteux que trop de gens et de gouvernements ont contribué à maintenir Saddam Hussein au pouvoir : ils regardaient ailleurs, tout en poursuivant leurs petites affaires. Mais ce qui a permis aux Etats-Unis de bombarder le pays et de détruire son régime n’est ni un droit moral ni un argument rationnel, c’est la pure et simple puissance militaire.
 
Alors qu’avec la Grande-Bretagne ils ont soutenu l’Irak baasiste et Saddam Hussein personnellement pendant des années, voilà qu’ils s’arrogent le droit de nier leur propre complicité dans sa dictature et de proclamer qu’ils ont libéré l’Irak de sa tyrannie détestée. Et ce qui semble émerger à présent dans le pays, pendant comme après la guerre anglo-américaine illégale contre le peuple et la civilisation qui sont l’essence de l’Irak, constitue une menace très grave pour le peuple arabe dans son ensemble.
 
Il est donc primordial de rappeler qu’en dépit de leurs nombreuses divisions et disputes, les Arabes sont vraiment un peuple, pas un ramassis disparate de pays passivement exposés à l’intervention et à la domination étrangères. Certes, ils ont une histoire continue de présence impérialiste, qui va de la domination ottomane établie sur les Arabes au XVIème siècle jusqu’à notre époque. Après les Ottomans sont venus les Britanniques et les Français durant la Première Guerre mondiale, puis l’Amérique et Israël après la Seconde.
 
L’un des fils conducteurs les plus insidieusement influents de l’orientalisme américain et israélien récent, évident dans la politique de deux pays depuis la fin des années 40, est une hostilité virulente, extrêmement profonde, au nationalisme arabe, et la détermination à lui faire obstacle et à le combattre par tous les moyens. Le postulat de base du nationalisme arabe au sens large est que, malgré toute la diversité et le pluralisme de leurs réalités et de leurs styles, les peuples de langues et de cultures arabes et musulmanes (appelons-les « peuples arabophones », comme le fait Albert Hourani dans son dernier livre) constituent une nation, et pas seulement un ensemble d’Etats égrenés de l’Afrique du Nord à la frontière occidentale de l’Iran. Toute expression indépendante de ce postulat a été ouvertement attaquée, comme dans la guerre de Suez en 1956, la guerre coloniale française contre l’Algérie, les guerres israéliennes d’occupation et de dépossession.
 
Dans la campagne contre l’Irak, si l’objectif affiché est de renverser un régime, le but réel est la dévastation du plus puissant des pays arabes. Et, de même que la campagne française, britannique, israélienne et américaine contre Nasser visait à abattre un pays dont l’ambition déclarée était l’unification des Arabes en une force politique indépendante très puissante, les Etats-Unis entendent aujourd’hui redessiner la carte du monde arabe dans leur intérêt, et pas dans celui des Arabes. Le succès de la politique américaine repose sur le morcellement, l’inaction collective et la faiblesse militaire et économique arabes.
 
Quelle folie de penser que le nationalisme individuel et la séparation sectaire des Etats arabes – qu’il s’agisse de l’Egypte, de la Syrie, du Koweït ou de la Jordanie – sont meilleurs et plus utiles politiquement qu’un projet de coopération interarabe en matière économique, politique et culturelle ! Nul besoin, bien sûr, d’intégration totale, mais, à mon sens, n’importe quelle forme de coopération utile et planifiée vaudrai mieux que ces sommets scandaleux qui ont déshonoré notre vie nationale, par exemple pendant la crise irakienne. Une question s’impose à tous les Arabes comme à tous les étrangers : pourquoi les Arabes ne mettent-ils jamais en commun leurs ressources pour défendre des causes qu’officiellement, au moins, ils disent soutenir, et auxquelles, dans le cas de la Palestine, leur peuple croit activement et, pour tout dire, passionnément ?
 
Je ne perdrai pas mon temps à soutenir que tous les efforts qui qui ont lieu pour promouvoir le nationalisme arabe doivent être exonérés de leurs abus, de leur courte vue, de leurs gaspillages, de leurs répressions et de leurs folies. Le bilan n’est pas bon. Mais voici ce que j’affirme catégoriquement : si, depuis le début du XXème siècle, les Arabes n’ont jamais pu obtenir leur indépendance collective, ni ensemble ni séparément, c’est à cause des desseins de puissances étrangères, conscientes de l’importance stratégique et culturelle de leurs pays. Aujourd’hui, aucun Etat arabe n’est libre de disposer de ses ressources comme il l’en entend, ni de prendre des positions conformes à ses propres intérêts, notamment lorsque ceux-ci semblent menacer la politique des Etats-Unis.
 
Pendant plus de cinquante années de domination mondiale, et davantage encore après la fin de la guerre froide, l’Amérique a fondé sa politique moyen-orientale sur deux piliers et deux seulement : la défense d’Israël et la libre exportation du pétrole arabe. Sur tous les plans cruciaux, à peu d’exceptions près, les Etats-Unis ont suivi à l’égard des aspirations du peuple arabe une politique du mépris et de l’hostilité ouverte. Avec un succès surprenant : depuis la mort de Nasser, ils n’ont guère rencontré de résistance chez les dirigeants arabes, qui se sont pliés à toutes leurs exigences.
 
Pendant les périodes d’extrême pression sur tel ou tel d’entre eux (l’invasion israélienne du Liban en 1982 ; les sanctions contre l’Irak ; conçues pour affaiblir globalement le peuple et l’Etat ; les bombardements de la Libye et du Soudan ; les menaces contre la Syrie ; les pressions sur l’Arabie Saoudite), la faiblesse collective des Etats arabes a été presque ahurissante. Ni leur énorme puissance économique collective ni la volonté de leur peuple ne leur ont inspiré le moindre geste de défi. La politique impérialiste du diviser pour régner a parfaitement fonctionné : chaque gouvernement a eu peur de prendre le risque d’une possible dégradation de ses relations bilatérales avec les Etats-Unis. Cette crainte l’a emporté sur toute autre considération, si pressante fût-elle.
Certains pays dépendent de l’aide économique des Etats-Unis, d’autres, de leur protection militaire. Mais ils ont tous décidé de ne se faire aucune confiance entre eux et de ne guère se soucier du bien-être de leurs peuples respectifs (ils s’en soucient vraiment très peu), préférant la hauteur et la morgue des Américains, dont le comportement à l’égard des Etats arabes a empiré avec la montée de leur arrogance de seule superpuissance. Il est d’ailleurs remarquable que les pays arabes se soient battus entre eux bien plus ardemment que contre les vrais agresseurs extérieurs.
 
Le résultat aujourd’hui, après l’invasion de l’Irak, est une nation arabe extrêmement démoralisée, écrasée, abattue, qui ne peut pratiquement rien faire d’autre que d’acquiescer aux plans annoncés par les Etats-Unis et faire de la figuration dans toutes sortes d’efforts pour redessiner la carte du Moyen-Orient en fonction des intérêts américains et, bien évidemment, israéliens. Même ce projet extraordinairement grandiose n’a toujours pas suscité la plus bague réaction collective des Etats arabes : ils semblent attendre qu’il y ait du nouveau, tandis que Bush, Rumsfeld, Powell et autre naviguent des menaces aux plans, visites, rebuffades, bombardements et communiqués unilatéraux. C’est d’autant plus exaspérant que les Arabes ont entièrement accepté la Feuille de route américaine (ou du quartette), apparemment née du rêve éveillé de George W. Bush, alors que les Israéliens ont tranquillement remis leur réponse à plus tard. Qu’est-ce que cela fait à un Palestinien de voir un dirigeant de second ordre comme Abou Mazen, qui a toujours été un fidèle subordonné d’Arafat, embrasser Colin Powell et les Américains, quand il est clair pour le premier enfant venu que la Feuille de route est conçue a) pour provoquer une guerre civile interpalestinienne, et b) pour obtenir la soumission des Palestiniens aux exigences israélo-américaines sur les « réformes » sans rien céder en échange, ou pratiquement rien ? Jusqu’où allons-nous couler ?
 
Quant aux plans américains en Irak, il est maintenant parfaitement clair que ce qui va se passer n’est rien de moins qu’une occupation coloniale à l’ancienne, assez proche de celle qu’Israël poursuit depuis 1967. Importer la démocratie à l’américaine en Irak, cela veut essentiellement dire aligner le pays sur la politique des Etats-Unis : traité de paix avec Israël, les profits des marchés pétroliers aux Américains et un ordre public vraiment minimal, qui ne permette ni une opposition réelle ni la mise en place d’institutions véritables. Peut-être l’idée est-elle même de faire de l’Irak un nouveau Liban ravagé par la guerre civile. Je n’en suis pas certain.
 
Mais voici un petit exemple du type de mesure qu’on est en train de prendre. On a récemment appris par la presse américaine qu’un assistant de droit de trente-deux ans, Noah Feldman, de l’université de New York, avait été chargé de rédiger la nouvelle Constitution irakienne. Tous les articles consacrés à cette nomination majeure ont précisé que Feldman était un expert particulièrement brillant de la Loi islamique, qu’il étudiait l’arabe depuis l’âge de quinze ans et qu’il avait reçu une éducation de Juif orthodoxe. Mais il n’a jamais pratiqué le droit dans le monde arabe, ne s’est jamais rendu en Irak et ne semble avoir aucune connaissance pratique des problèmes de l’après-guerre dans ce pays. Quel camouflet ostentatoire, non seulement à l’Irak lui-même, mais aussi aux légions de juristes arabes et musulmans qui auraient pu accomplir un travail parfaitement acceptable au service de son avenir ! Mais non, l’Amérique veut que la tâche soit menée à bien par un jeune homme, afin de pouvoir dire : « C’est nous qui avons donné à l’Irak sa nouvelle démocratie. » Du mépris à couper au couteau.
 
Ce qui est si décourageant, c’est l’impuissance manifeste des Arabes face à tout cela, et pas seulement parce qu’aucun effort réel n’a été fait pour y réagir collectivement. Moi qui vois la situation de l’extérieur, je trouve stupéfiant qu’en ce moment critique les dirigeants ne se soient pas adressés à leur peuple pour lui demander son soutien face à ce qu’il faut bien considérer comme une menace contre toute la nation. Les stratèges militaires américains n’en ont pas fait mystère : ce qu’ils préparent, c’est un bouleversement radical du monde arabe, qu’ils peuvent imposer parce qu’ils ont la force des armes et qu’il n’y a guère d’opposition. De plus, il semble bien que leur but profond soit de détruire une fois pour toutes l’unité fondamentale du peuple arabe, de changer irrémédiablement les bases de son existence et de ses aspirations.
 
Devant une telle démonstration de force, j’aurais cru qu’une alliance sans précédent entre peuples et dirigeants arabes représentait la seule dissuasion possible. Mais cela aurait supposé, bien sûr, que chaque Etat arabe décide d’ouvrir sa société au peuple, de le faire entrer dedans, si j’ose dire, d’abroger toutes les mesures répressives de sécurité, afin d’opposer une force organisée au nouvel impérialisme. Un peuple contraint à faire la guerre ou un peuple réduit au silence et réprimé ne sera jamais à la hauteur de ce genre de situation. Ce qu’il nous faut, ce sont des sociétés arabes enfin libérées de cet état de siège auto-imposé entre gouvernants et gouvernés. Pourquoi ne pas adopter la démocratie pour défendre la liberté et l’autodétermination ? Pourquoi ne pas dire : nous souhaitons que chaque citoyen participe volontairement au front commun contre un ennemi commun, nous avons besoin de tous les intellectuels, de toutes les forces politiques pour agir avec nous contre le projet impérialiste de remodeler nos vies sans notre accord ? Pourquoi laisser la résistance à l’extrémisme et aux désespérés des attentats-suicides ?
 
[…]
 
Combien la position palestinienne serait aujourd’hui plus forte face à l’assaut américano-israélien s’il y avait eu une démonstration d’unité commune, et non une indigne ruée à qui serait le mieux placé dans la délégation envoyée à Colin Powell ! Je n’ai jamais compris pourquoi les dirigeants palestiniens ont été incapables d’élaborer en commun une stratégie unifiée pour résister à l’occupation, sans se laisser enferrer dans un quelconque plan Mitchell, Tenet, ou du quartette. Pourquoi ne pas dire à tous les Palestiniens : Nous sommes confrontés à un seul ennemi, dont les visées sur nos terres et sur nos vies sont bien connues, et nous devons le combattre tous ensemble ?
 
La racine du problème – partout et pas seulement en Palestine –, c’est cet abîme structurel entre gouvernants et gouvernés qui est l’un des sinistres héritages de l’impérialisme, cette peur fondamentale de la participation démocratique, comme si, en laissant trop de liberté, l’élite coloniale au pouvoir risquait de perdre les faveurs de l’autorité impériale. Le résultat n’est pas seulement l’absence d’une vraie mobilisation générale dans la lutte commune, mais aussi la persistance du morcellement et des petites querelles mesquines. Au point où en sont les choses, il y a dans le monde d’aujourd’hui beaucoup trop de citoyens arabes qui ne s’engagent pas et ne participent pas.
 
Qu’il le veuille ou non, le peuple arabe est aujourd’hui confronté à un assaut général lancé contre son avenir par une puissance impérialiste, l’Amérique, qui agit de concert avec Israël pour le pacifier, le soumettre et finalement le réduire à un ensemble de petits fiefs en guerre entre eux, sous des chefs dont l’allégeance première n’ira pas à leur peuple mais à la grande superpuissance et à son représentant local. Ne pas comprendre que tel est le conflit qui va déterminer le destin de notre région pour des décennies, c’est s’aveugler volontairement. Nous devons à présent briser les tristes chaînes qui enserrent les sociétés arabes : le mécontentement du peuple, l’insécurité des gouvernants, la frustration des intellectuels. Cette crise est sans précédent. Il faut donc pour l’affronter des moyens sans précédent. Le premier pas est de mesurer l’ampleur du problème, après quoi nous devrons surmonter ce qui nous réduit à la rage impuissante et à la marginalisation, qu’il n’est pas question d’accepter avec le sourire. Il y a une alternative à une condition aussi peu séduisante, et elle offre beaucoup plus d’espoir.
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Al-Ahram, 22-28 mai 2003.
Al-Hayat, 26 mai 2003.
Edward W. Said, D’Oslo à l’Irak, Fayard, 2005.
Traduit de l’anglais (américain) par Paul Chemla

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Un oeil sur le monde musulman

Je médite l’Islam parce que ce phénomène historique, intellectuel et émotionnel durable, influençant plus d’un milliard d’humains, compte. Je le fais en athée et en philosophe matérialiste mais avec toute la déférence requise. Je ne suis pas un iconoclaste. Je ne suis pas un hagiographe non plus mais je m’intéresse à cette vision du monde pour ce qu’elle dit de l’humain et de son contexte culturel. Salut, solidarité et respect, dans la différence. - Paul Laurendeau (Ysengrimus)

Une pensée sur “Réflexions sur la condition arabe

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    17 janvier 2019 à 16 04 11 01111
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    Edward Said c’était une autre époque, qui aurait du être révolue depuis longtemps, Avec tout le respect qui lui est du, qu’il repose en paix, ce genre de discours panarabe et stérile est celui qui a prévalu depuis 70 ans et qui fausse totalement le débat, entretient les illusions et nourrit l’hypocrisie ainsi que la schizophrénie qui caractérise les sociétés arabes d’aujourd’hui. En plus de se vautrer dans les plaintes et les lamentations et chercher à sauver les apparences qui font encore rire des arabes partout sur le globe, il omet le principal : l’analyse et l’autocritique profondes et nécessaires que ce monde arabe ne veut visiblement jamais entreprendre !

    Déjà à la base, ce genre de discours confond la langue arabe comme langue et culture commune et identité des arabes souvent minoritaires et dominants sur celle des peuples qui forment cet espace qualifié de monde arabe ou mésestime leur poids et leur apport civilisationnel incontestable, renie leur spécificités, et le rôle qu’ils ont joué dans l’histoire et peuvent encore jouer aujourd’hui dans un éventuel renouveau. Berbères amazighs, Touaregs, Africains du Sahel et du Sahara, kurdes, turkmènes, etc. mais aussi il oublie de reconnaitre les confessions et les libertés individuelles et leur revendications pour une liberté de pratiquer le culte ou de ne pratiquer ni reconnaitre aucun, et l’égalité des chances d’accéder et d’exercer le pouvoir, chiites, chrétiens, Juifs, Yazidis, athées, etc. Et lorsque Mr Saïd ajoute à l’expression monde arabe le mot musulman, là il fait clairement appel à la notion de Oumma ou nation d’Allah avec tous les dégâts qu’il ignore au moment d’écrire son texte de ce que ce genre d’appel induira à notre époque; guerre sainte, guerre de religion, et c’est déjà mal parti pour tenter de solutionner quoi que ce soit !

    les pays Arabes ou tels qu’ils choisissent de se faire appeler aujourd’hui pour se démarquer de l’occident et des autres nations est en soi une notion récente et inconnue au catalogue de l’histoire jusqu’au 20ème siècle, puisque seule l’Oumma prévalait, et seule elle insufflait une conscience d’unité et de concertation politique et sociale historiquement. Et j’ajouterais que la notion de Oumma va continuellement changer en signification et teneur politique en fonction des époques ; jadis dispersée et divisée en luttes et divisions internes entre califats et émirats chiites et sunnites et les nombreuses écoles de l’islam politique jusqu’au 15ème siècle, elle ne sera réellement unifiée que lors de la domination ottomane qui lui imprimera un renouveau sans pour autant l’intégrer ou l’ouvrir à la modernité.

    Pour survoler l’histoire brièvement, Les ottomans soucieux de centraliser leurs pouvoir et leur domination sur le monde musulman sont ceux qui pour la première fois lui imposeront un isolement et une autarcie sur le plan économique, intellectuel, scientifique, technique et industriel, lui imprimeront une mentalité et des mœurs consuméristes qu’on lui connait jusqu’à ce jour. Face à tout ce que la révolution industrielle Européenne produira en développement technique et scientifique, en mutations sociales et en progrès notamment dans le développement des armées et des armes de guerre, les ottomans ne s’intéresseront ni au développement économique sectoriel, ni à l’essor social des populations, mais uniquement aux armes et richesses pour remplir les coffres et décréteront ainsi l’obligation de mener un jihad à travers le renforcement et le développement de la piraterie barbaresque. C’est le socle économique sur lequel reposeront les Régences Ottomanes nord africaines! Sur le plan politique et économique, Les Ottomans dans les faits, vont transformer leurs colonies en provinces délaissées et ruralisées pour en extraire des impôts et des rentes, en maintenant sa population dans un état de précarité et de dépendance durant 4 siècles.

    Sur le front occidental de ce monde musulman, alors que le Maroc (Maghreb el Aqsa) croit échapper au joug ottoman en maintenant son indépendance pendant toute leur domination, il ne fera que reproduire le même modèle que les turcs ottomans, même s’il reçoit l’apport des arabes et juifs andalous instruits et évolués fuyant l’inquisition et la Reconquista, ces derniers, affaiblis se regrouperont pour préserver leurs traditions, ne s’intégreront ni ne réussiront à s’imposer aux mœurs rigides et archaïques du pays, ils se feront commerçants et bourgeois et certains, Ces ‘Maurisques’ s’organiseront en Régence indépendante qui pratique la piraterie à partir de Salé. Le Maroc ne parviendra somme toute qu’à stopper l’invasion ottomane durant ces siècles en amorçant son déclin et retard civilisationnel indépendamment de l’empire ottoman et très précisément lors de la dynastie Saâdienne qui infligea une défaite écrasante et historique aux portugais (guerre des trois rois) au 16ème siècle, mais se tournera vers l’Afrique pour tremper dans le commerce de l’or et se spécialiser dans le juteux business de la traite des esclaves à destination des acheteurs Européens, négligeant le développement du royaume de la même manière. Les États-Unis après leur indépendance avec l’aide des puissances Européennes allaient mettre un terme une bonne fois pour toutes à la piraterie barbaresque lors des guerres de 1801 et 1815 et se délivrer enfin des sommes faramineuses qu’ils devaient verser annuellement aux corsaires arabes pendant des siècles ! Remettant de l’ordre ainsi dans les affaires maritimes, cela va permettre ainsi aux Européens pour la première fois de commencer à gruger, affaiblir et convoiter l’empire ottoman, et le règne des sultans successifs au maroc, jusqu’à la faillite économique et militaire généralisée qui aboutira plus tard à la colonisation.

    Ce monde Arabe, s’étant volontairement et involontairement mis sur la touche pendant les 4 siècles de lumières à vu proliférer en son sein une culture de despotisme, de répression, de division, d’extrémisme religieux, de sectarisme, et surtout de généralisation de l’analphabétisme et de l’ignorance et la marginalisation de ses composantes ethniques et sociales. Il n’a même pas pu préserver et sauvegarder les bibliothèques et ouvrages de sciences, de littérature et de philosophie en Andalousie au profit de l’église et des couronnes d’Espagne, ou celles de Bagdad et de Damas au profit des ottomans et des acheteurs au plus offrant. Durant cette période, seule la politique et l’exercice du pouvoir importait pour échapper à la répression ou la misère, et le peu d’hommes de sciences et de savoir que comptait tout cet espace devaient s’expatrier en occident pour faire carrière déjà ! Technologues de l’époque, géographes, médecins, bâtisseurs, linguistes et interprètes fuyaient leur pays et parfois changeaient de nom et de religion pour compléter leurs connaissances et commencer une vie nouvelle en Europe. Il ne restait plus que les artisans, précarisés et exploités ne servaient plus qu’à embellir les demeures et les palais. Les classes sociales des bourgeois et marchands se tournaient elles aussi vers la religion, le soufisme et les œuvres de bienfaisance. Ainsi vidé, il n’était plus question d’une quelconque reprise, reconstruction ou renouveau.

    Par ailleurs, ce discours sur l’hégémonie et le complot Américano Israélien est on ne peut plus simpliste et stupide aussi ! L’État d’Israël a pu voir le jour grâce aux Anglais et Européens pour se donner bonne conscience après la guerre, et manque de bol pour les Arabes, l’état que revendiquent les juifs d’Europe depuis les revendications de Sion se trouve sur un territoire Arabo musulman ! les Américains ne prendront activement part au projet que depuis 48, et ne s’impliqueront activement dans l’appuis à Israël que plus tard dans la logique et le contexte de la guerre froide voyant leur protégé Israël entouré de puissances arabes naissantes dans l’idéologie et l’appuis militaire soviétiques qu’il fallait prendre au sérieux dans ce contexte. Bien entendu, le pourrissement de la situation, après les guerres de 67 et de 73 fera que les américains afficheront une politique ouvertement hostile envers quiconque qui menace leurs intérêts pétroliers et stratégiques dans toute la région, et personne d’autre dans cette région n’est mieux placé et plus futé que leur alliés Israéliens pour les renseigner et les tenir au courant des développements militaires et stratégiques de leurs voisins. La mythologie sur un prétendu racisme historique des américains envers les ‘nations arabes’ est donc une chimère on ne peut plus infondée, bien que le racisme mahométan fut documenté et reconnu aux états unis depuis le 18ème et 19èeme siècle lorsque des esclaves africains musulmans affranchis ou non réclamaient leur liberté de culte ou le pratiquaient en cachette, Il se trouve que les américains sont chrétiens, et ont leur lot de préjugés, de clichés et de sentiments religieux sur les musulmans, d’autant plus qu’ils ont conservé dans leur culture et leur esprit ce que la piraterie barbaresque Maure à laisser comme empreinte dans la culture populaire et la politique de l’Europe et de l’Amérique.

    La question donc de juger les Américains totalement hostiles aux droits Palestiniens n’est pas prouvé, ni que ce soit un enjeux tranché au sein de la politique Américaine avec la position des démocrates qu’on connait, et qui est parfaitement capable d’évoluer vers de nouvelles solutions si c’est solutions pragmatiques et réalistes on entend !

    La question palestinienne aurait pu commencer à trouver un terrain d’entente dès le début des années 60 si les arabes étaient pragmatiques et ouvraient des canaux de discussions autres que ceux du déni total d’un état qu’ils ne peuvent éviter. Les chimères qu’on leur a vendues par le bais de l’idéologie anti coloniale à saveur communiste, équivaut à leur achats d’armes massivement dans le camp soviétique car en définitive, il faudra bien un jour se rendre à l’évidence, pour l’URSS ils n’étaient que des clients ! Point barre ! Puis sont devenus clients de l’oncle SAM en partie suite à la chute de Nasser ! Ils ont tout bêtement changé de fournisseur comme on dit !

    Si la Nakba Palestinienne de 1948 fut bien réelle et que des populations ont été spoliées de leur terres et déplacées par la force et sous l’occupation pour se réfugier en Jordanie et en Syrie voisines, c’est parce que les anglais et les européens ont fermé les yeux et ont laissé faire et demandé aux américains de faire de même et pas autrement ! cet épisode est d’ailleurs celui qui brouille les cartes dès le départ car a été orchestré et mené de concert avec les puissances coloniales de l’époque La France et le Royaume-Uni. Les arabes n’ont jusqu’à date jamais demandé de comptes ou de révisions a ces deux superpuissances qui ont largement joué les régents et les découpeurs du monde arabe ! sans doute que les Arabes trop fiers et fascinés par les Etats-Unis ne peuvent imaginer ennemi plus adapté à leur stature! Et puis quel apport est ce que Moscou leur a amené durant toutes ces années sauf celui de la soumission politique et idéologique, et la fourniture de jouets pour se menacer les uns les autres et se garocher des missiles une fois de temps à autre! est-ce que Moscou à déjà intervenu à l’encontre d’Israël ? est ce qu’elle a déjà exprimé la moindre menace ou défense des intérêts des palestiniens depuis sa base toute proche en Syrie ? rien de cela !

    Et pour parler rapidement de la résistance à l’occupation israélienne, les partis qui y prennent part aujourd’hui qu’ils soient Palestiniens, libanais, Iraniens, Arabes sunnites et autres ne peuvent en aucun cas prétendre à un quelconque progrès sur le terrain mis à part le soutien politique et financier à des factions qui n’a jamais résout rien du tout, ou une aide de derniers recours pour éviter que les Palestiniens meurent de faim ! car le véritable progrès politique et la véritable chance dans les faits pour les palestiniens viennent plutôt de la communauté internationale qui les a soutenu et obligé les anciennes puissances coloniales d’Europe à faire l’examen de conscience et exiger certaines contreparties ‘honorables’ aux israéliens pour enfin voter la solution à deux états, même si ça aurai été préférable de pousser vers un fédéralisme consenti et apaisé à mon opinion, car la solution des deux états ne fait que retarder à plus tard les questions de coexistence pacifique et de viabilité d’un état palestinien indépendant dans le contexte du découpage absurde actuel !

    De ce fait les palestiniens devraient compter sur eux-mêmes et sur leur véritables appuis internationaux pour élaborer la solution pragmatique qui réponde le mieux à leur priorités urgentes. S’ils sont malins, ils exigeraient directement des israéliens un état fédéral avec deux provinces quit à se satisfaire de peu pour commencer enfin à se construire avenir. Négocier ou obtenir un retour des réfugiés dans le territoire qui sera le leur est parfaitement possible dans ce contexte et vision pragmatique et proactive s’ils veulent avancer ! s’ils veulent donc gagner du temps, et sauver des générations à venir, c’est leur seule option possible. Quant à l’illusion d’une guerre de libération qui entraine une défaite d’Israël militairement et politiquement, c’est une autre idée chimérique sur laquelle prolifèrent tous les extrémismes et les excès au moyen orient ! Même si la chine devait gouverner le monde demain cela restera peu probable qu’elle leur soit d’aucun secours ! ou alors ça se fera lors d’une guerre nucléaire qui verra tous les habitants de cette région complètement remplacés par d’autres invasifs sinon tous annihilés sans distinction…

    A mon humble avis, qui est aussi celui de beaucoup de gens aujourd’hui un peu partout et même de certaines factions politiques arabes qui ne peuvent ou ne veulent l’exprimer ouvertement encore, il est peu probable que la roue de l’histoire tourne en arrière pour restaurer une Palestine intacte comme la rêvent certains ! et que les panarabismes populistes en moustache et costume trois pièces ou les socialistes radicaux d’Europe et d’ailleurs doivent cesser de vendre ce genre de mythes aux enfants qui crèvent de faim et manquent de tout dans la région ! C’est cynique vous me direz, mais ainsi va la roue de l’histoire ! Tout ce tiers monde d’ailleurs repose sur un siège éjectable en cas de conflit mondial ! En attendant, les palestiniens établi en Palestine ou ailleurs tout comme les arabes devraient continuer leur efforts de rattrapage du temps perdu, scolariser leurs enfants, lutter contre l’ignorance, laïciser leur sociétés et œuvrer pour des solutions et cesser de se plaindre.

    Enfin, l’importance de devoir dire les choses comme elles sont devrait peut-être me pousser à protéger ce texte par les droits du Copyright et le distribuer dans les écoles, les partis politiques et les universités du moyen orient!

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