Sur le salaire minimum à 15$/heure

Titre original :  « Sur le revenu universel« …  Par  Gérard Bad.  Sur Spartacus. Le 23.11.2016.

 

Dans ce texte je me limite volontairement à présenter les problèmes en citant les pour et les contre, afin de lancer le débat dans le milieu révolutionnaire qui reste particulièrement muet sur la question. Je ne prend pas vraiment position dans ce texte, sauf à dire qu’ en régime capitaliste c’ est une pure illusion de penser que le capitalisme va nourrir le prolétariat précaire au lieu de se faire nourrir par lui. Maintenant il reste à savoir si nous reprenons cette revendication ( revendiquer suppose que l’on pense que le système peut satisfaire la revendication). Il est aussi possible de soutenir de manière critique ce revenu universel en martelant constamment qu’il n’ est véritablement réalisable que sous le communisme. Nous pouvons aussi nous y opposer frontalement, comme étant l’ expression de la fin du salariat sous le capitalisme au sens ou (Mikhaïl Gorbatchev, George Bush, Margaret Thatcher, Vaclav Havel, Bill Gates, Ted Turner, etc..) réunis à San Francisco sont arrivés à la conclusion que l’arrivée de la dénommée Société 20/80 est inévitable, celle dans laquelle le travail de 20% de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalité de l’appareil économique de la planète. 80% de la population restante ainsi s’avérera superflu, ne disposera pas de travail ni d’occasions d’aucun type et nourrira une frustration croissante.

 

« Depuis le début des années 80, l’idée d’une allocation universelle séduit largement dans le spectre politique de gauche. En trente ans, cette revendication a fait beaucoup de chemin ; non seulement elle a trouvé des soutiens importants auprès de figures telles que Philippe Van Parijs, Ignacio Ramonet, André Gorz, José Bové ou Toni Negri, mais elle s’est également dotée d’un immense arsenal de sites, réseaux, et collectifs de soutien et de diffusion. Ayant fait l’objet récemment d’un référendum en Suisse et même d’un dossier dans Le Monde diplomatique, l’idée revient au premier plan depuis la crise économique. » Études marxistes no. 107

 

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Références QUÉBEC sur ce sujet :   Un petit homme d’affaires au bord de la faillite : 1)  http://www.lesaffaires.com/blogues/nicolas-duvernois/pourquoi-je-suis-contre-le-salaire-minimum-a-15/590729    Un petit – bourgeois vivant d’un emploi subventionné dans un média bourgeois : 2)  https://voir.ca/chroniques/de-la-main-gauche/2016/10/19/salaire-minimum-a-15-un-peu-de-serieux-svp/   Un bureaucrate syndical grassement payé, 100 000 $ par année avec compte de dépense illimité :  3)  http://www.journaldemontreal.com/2016/08/12/forum-social-mondial-des-intervenants-plaident-pour-un-salaire-minimum-a-15

En France :

La loi el Khomri tout comme le  Rapport Badinter veulent « abolir le salariat« , et comme le titrait un journal syndical « Demain tous patrons » pour se moquer de l’ Ubérisation.

Ce qui se passe en filigrane, et qui n’ est certes pas nouveau c’ est l’éclatement organisé des structures de ce que l’on peut appeler l’ère des droits issus du CNR Conseil National de la Résistance. Cela nous l’avons vu sous le règne de Sarkozy avec la réforme du syndicalisme qui devait conduire à un rétrécissement de la représentation syndicale et du système de vote des délégués du personnel et comité d’ entreprise (sans aucune protestation des syndicats). Voir : La loi sur la représentativité syndicale et l’indépendance des syndicats

 

Les partisans du revenu universel , partent de prémices justes comme par exemple :

« On assiste non pas à la fin du travail mais à sa dispersion et à sa déstructuration. Dans ce contexte, si on y ajoute le dumping social dû à la mise en concurrence des travailleurs du monde entier avec les délocalisations et la contractualisation de travailleurs étrangers détachés, on assiste à une dégradation sensible de la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée et une rémunération du capital, par les dividendes, de plus en plus confortable,  ce qui contribue encore à la montée des inégalités. Inégalités renforcées  par la réalisation des plus-values boursières et immobilières. »  « Ainsi l’ubérisation de l’économie par de grandes plateformes numériques déterritorialisées qui assèchent les États en détournant leur contribution fiscale et qui dynamitent le système social en ne faisant appel qu’à des travailleurs indépendants, en se libérant de l’obligation de leur assurer une protection sociale et de leur fournir l’ outil de travail, a pour conséquence une accélération de la concentration de la richesse produite dans de moins en moins de mains. »

 

« Déjà en septembre 1995, sous l’égide de la fondation Gorbatchev, « cinq cents hommes politiques, leaders économiques et scientifiques de premier plan » se sont réunis à l’hôtel Fairmont à San Francisco. L’assemblée commença par reconnaître une évidence indiscutable : que « dans le siècle à venir (21e siècle), deux dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale ». Alors que faire pour gouverner les 80 % d’humanité surnuméraire dont l’inutilité a été programmée par la logique libérale ? La solution qui au terme du débat s’imposa, fut celle proposée par Zbigniew Brzezinski (ancien conseiller de Jimmy Carter) sous le nom de tittytainment. Il s’agissait de définir un « cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète » [1]. Ce que Le Lay, Président Directeur Général de TF1 traduisit pour les annonceurs par cette tirade devenue célèbre : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».

 

Tout a commencé des 1979 avec le retournement monétariste concoctés par les chicagos boys qui sera suivi par la vague de déréglementation relative à la réforme des trois D ( Désintermédiation, Décloisonnement et Déréglementation) des années 1980-90 et compléter actuellement par la Dématérialisation.

Mise en action pour lutter contre l’ inflation la globalisation financière avait comme objectif de réduire les masses monétaires comme solution à la crise rampante qui rongeait le capitalisme, entendez par la baisse du taux de profit. Le « libéralisme » s’ étendra aux pays industrialisés, dont Tatchér s’enorgueillit de son succès.

L’OCDE à pris le relais, incitant les pays capitalistes de son périmètre à prendre des mesures draconiennes contre le monde du travail (retraite, temps de travail, salaire , santé …) . Tous les gouvernements de gauche de droite ou du centre vont appliquer et appliqueront encore les consignes de l’ OCDE, aucun arrivé au gouvernement ne passera des lois rétroactives pour simplement en revenir au « compromis fordiste ». La richesse allait s’ accumuler à un pôle et la pauvreté de l’ autre, les états allaient devoir dorénavant gérer une fracture sociale, qui ne pouvait plus se refermer.

La solution ils l’ont provisoirement trouvé, il faut « mutualiser » la précarité, c’ est à dire « déshabiller pierre pour habiller Paul » alors ils se sont accrocher à vouloir mettre en place la « sécurité sociale professionnelle » avec l’ aide de la CGT. Mais la misère allait les rattraper, des vagues de migrants victimes des guerres allaient déferler sur l’ Europe . La croissance était en berne malgré la chute du prix du pétrole. Force pour les gouvernements de constater que l’ économie informelle représentait en moyenne 18,4 % du PIB de l’ UE1 les manques à gagner fiscaux devenaient considérables, et aucune mesure répressive ne pouvait empêcher l’ explosion de cette économie informelle.

Il était devenu urgent pour le système de statuer sur le travail précaire, dans un premier temps en faisant voler en éclat le code du travail, dans un deuxième de proposer comme ( Benoît Hamon et d’autres un revenu universel).

En effet, le candidat à la primaire socialiste Benoît Hamon a plaidé pour la mise en place d’un «revenu universel d’existence, versé à toute personne majeure et d’un montant qui pourrait commencer par être au niveau du RSA socle, puis ensuite être à 750 euros par personne». «Je pense que le revenu universel d’existence, c’est équivalent à la création de la Sécurité sociale. C’est une nouvelle protection sociale.» MKM le chiffre a 470 euros.

« Emmanuel Macron juge que « le revenu universel est une idée à creuser ». Une idée qui fait son chemin et qui s’expérimente : de l’Alaska à l’essai (avorté, faute de moyens) en Namibie, en passant par le soutien étatique à la « bourse familiale » au Brésil, il n’y a pas un essai qui ressemble à un autre. Mais ce revenu ne doit pas être confondu avec le « salaire à vie », conceptualisé depuis quelques années par le sociologue et économiste français Bernard Friot (et activement défendu par le Réseau salariat). L’ambition de ces deux systèmes – que l’on amalgame trop volontiers – est de mettre un terme à la soumission au marché du travail et au lien qui unit, de façon systématique, le fait de toucher un revenu et d’avoir un emploi. Ces deux propositions peuvent elles résoudre de façon équivalente les problèmes auxquels notre société est confrontée ? » 

Que pouvons nous penser de cette proposition de revenu universel, qui pour certains serait un premier pas vers le communisme réel. Un premier vers l’ abolition du travail salarié et autant dire la fin du capitalisme. Il me semble qu’ici on laisse croire qu’ en régime capitaliste il serait possible que les capitalistes nous nourissent au lieu de se faire nourrir par nous (Marx)2

La réalité me semble de la part des capitalistes plus réaliste, ce qui les taraudes actuellement se sont les charges sociales de l’ état providence dont il faut réduire, voir faire disparaître le coût. Certains on bien vu que dérriére la proposition , il est question d’ abolir la « sécurité sociale » et de mutualiser au plus bas les retraites sous le vocable de « retraite universelle ».

Voici pour l’ exemple extrait : Études marxistes no. 107    l’ exemple Belge

« Le problème se pose d’abord du point de vue financier. Aujourd’hui, en Belgique, les dépenses de la sécurité sociale — pour les allocations de chômage, les pensions, les soins de santé et les allocations familiales — et les dépenses des CPAS en assistance sociale s’élèvent à quelque 72 milliards d’euros. Un rapide calcul fait apparaître, que si on fournit, par exemple, une allocation universelle de 800 euros aux 11 millions de Belges, ce qui est très peu pour vivre, en modulant éventuellement en fonction de l’âge ou des revenus de la propriété, on obtient déjà une dépense de 105,6 milliards d’euros. Le total des recettes fiscales (110 milliards) et des cotisations sociales (50 milliards) en Belgique s’élève à 160 milliards. Pour financer l’allocation universelle minimale, il faudrait donc consacrer à cette allocation les deux tiers de toutes les recettes de l’État. Si on la double, ce qui constitue à peu de choses près le salaire minimum, cela fait 211,2 milliards d’euros, soit beaucoup plus que le total du budget de l’État, même compté de façon large comme le font les autorités européennes. À moins d’augmenter fortement les impôts, il ne resterait rien pour l’enseignement et d’autres services. À moins de faire payer au prix fort la fourniture des services sociaux, des transports publics, de l’enseignement, etc. Ce n’est certainement pas le but des partisans de gauche de cette allocation. Même avec une taxe des millionnaires qui rapporterait 8 milliards, il n’est pas possible de payer à tout le monde un revenu qui libère totalement de la nécessité de travailler. La plupart des partisans de cette allocation proposent de la financer avec une augmentation différenciée (moins pour les produits de base, plus pour les produits de luxe) de la TVA. Ils semblent oublier l’injustice d’une telle mesure qui frappe beaucoup plus fort les revenus modestes que les revenus élevés. Pour certains, cette taxe plus élevée entre dans le cadre d’un combat contre la « surconsommation » qu’il s’agit de freiner. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une mesure injuste. » (…) «  Une allocation universelle décente est, nous l’avons dit, impossible à financer. S’il devait fonctionner, le système représenterait une subvention aux employeurs et serait un facteur de dérégulation du marché de l’emploi, de précarisation et de dualisation de la société. »

LES CONTRE : L’ ASSOCIATION ATTAC    Que faire de l’allocation universelle ?

 

Les POUR principalement le Réseau Salariat http://www.revenudebase.info/

http://www.revue-ballast.fr/salaire-a-vie-et-revenu-de-base/

C’est le philosophe, sociologue, économiste belge Philippe Van Parijs qui, le premier, conceptualisa dès les années 1980 le principe contemporain du « revenu de base ». Rétif aux modèles de croissance en place, destructeurs pour la planète et ne pouvant résorber un chômage toujours plus élevé, il envisage un « revenu inconditionnel […] interprétable comme un chemin capitaliste vers le communisme entendu comme une société qui peut écrire sur ses bannières : « de chacun (volontairement) selon ses capacités, à chacun (inconditionnellement) selon ses besoins ». Ce système d’allocation est pourtant défendu par des personnalités politiques situées sur tout le spectre politique. Dernier exemple en date : le gouvernement finlandais, composé d’une coalition de partis de droite, a annoncé le 15 octobre 2015 l’expérimentation d’un revenu de base à échelle nationale (autrement dit, un droit pour tous les citoyens à un revenu inaliénable et inconditionnel de 800 euros par mois). Plus proche de nous, le ministre de l’Économie Emmanuel Macron juge que « le revenu universel est une idée à creuser ». Une idée qui fait son chemin et qui s’expérimente : de l’Alaska à l’essai (avorté, faute de moyens) en Namibie, en passant par le soutien étatique à la « bourse familiale » au Brésil, il n’y a pas un essai qui ressemble à un autre. Mais ce revenu ne doit pas être confondu avec le « salaire à vie », conceptualisé depuis quelques années par le sociologue et économiste français Bernard Friot (et activement défendu par le Réseau salariat). L’ambition de ces deux systèmes – que l’on amalgame trop volontiers – est de mettre un terme à la soumission au marché du travail et au lien qui unit, de façon systématique, le fait de toucher un revenu et d’avoir un emploi. Ces deux propositions peuvent elles résoudre de façon équivalente les problèmes auxquels notre société est confrontée ? 

Des vérités, oui mais après ?

Certes « s’il n’y a  pas de valeur économique qui ne soit produite par le travail humain »il est de plus en plus difficile d’affecter en toute circonstance une juste valeur économique à ce travail humain. Il ne s’agit plus de compter les pièces réalisées dans la journée pour définir un salaire, ou d’ajuster un niveau de rémunération en fonction d’une qualification précise suivant une grille prédéfinie. La notion de travail est pour beaucoup de plus en plus floue et la création de richesses ne se limite plus à l’usine, au bureau ou au chantier. À cette dispersion temporelle et géographique il faut ajouter une  polarisation de plus en plus importante du marché du travail entre un secteur  hautement qualifié (par exemple pour fabriquer les robots) et un secteur d’emplois peu qualifiés (pour par exemple expédier chez Amazon les produits fabriqués par les robots). Ainsi les gains de productivité dans un secteur (l’assemblage) peuvent se traduire non seulement par du chômage mais aussi  trop souvent par un déversement des emplois vers des secteurs moins productifs et moins qualifiés, emplois précaires et interchangeables. Ce contraste de plus en plus fort entre un travail intellectuel, hautement qualifié, valorisant et valorisé et la multiplication des « jobs  à la con » souvent externalisés se traduit par une répartition de plus en plus inégales des revenus salariaux avec les salaires de plus en plus élevés pour les cadres et techniciens alors que la masse en bout de chaine doit se satisfaire de rémunérations minables, souvent subventionnées par l’impôt, tout en subissant une flexibilité des horaires pour coller au plus près du flux de la production ou de la consommation. Cet écart explique en partie la stagnation, depuis quelques temps, du revenu médian dans les pays du capitalisme avancé et contribue aussi à la stagnation de la productivité globale (le nombre d’heures global ne diminuant pas alors que la qualité du travail se déprécie et que la production plafonne par une demande à bout de souffle). On assiste non pas à la fin du travail mais à sa dispersion et à sa déstructuration. Dans ce contexte, si on y ajoute le dumping social dû à la mise en concurrence des travailleurs du monde entier avec les délocalisations et la contractualisation de travailleurs étrangers détachés, on assiste à une dégradation sensible de la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée et une rémunération du capital, par les dividendes, de plus en plus confortable,  ce qui contribue encore à la montée des inégalités. Inégalités renforcées  par la réalisation des plus-values boursières et immobilières.

 

Enfin l’accélération de l’innovation qui  va beaucoup plus vite que l’évolution des sociétés et des systèmes sociaux qui les structurent, ce que Bernard Stiegler appelle la disruption, a pour conséquence que ceux qui s’approprient cette innovation technologique, imposent des modèles qui détruisent les structures sociales existantes et rendent les pouvoirs  publics impuissants. 

 

Ainsi l’ uberisation de l’économie par de grandes plateformes numériques déterritorialisées qui assèchent les États en détournant leur contribution fiscale et qui dynamitent le système social en ne faisant appel qu’à des travailleurs indépendants, en se libérant de l’obligation de leur assurer une protection sociale et de leur fournir l’ outil de travail, a pour conséquence une accélération de la concentration de la richesse produite dans de moins en moins de mains.

S’il est très contestable d’annoncer la fin du travail, et si nous sommes d’accord avec les auteur·e·s des articles cités sur le fait que la valeur économique est bien produite par le travail humain, il est aussi incontestable :

  1. que la richesse produite n’est pas distribuée mais est captée par une petite minorité et que devant la stagnation de l’économie réelle, une économie fictive tente par la magie de bulles financières ou immobilières d’ajouter encore un peu de richesse à la richesse des hommes.
  2. que c’est bien dans la réalité d’aujourd’hui, après quatre décennies de dérégulation, que l’on assiste à l’émergence de cette société duale et le revenu d’existence n’y est pour rien.

Déjà en septembre 1995, sous l’égide de la fondation Gorbatchev, « cinq cents hommes politiques, leaders économiques et scientifiques de premier plan » se sont réunis à l’hôtel Fairmont à San Francisco. L’assemblée commença par reconnaître une évidence indiscutable : que « dans le siècle à venir (21e siècle), deux dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale ». Alors que faire pour gouverner les 80%  d’humanité surnuméraire dont l’inutilité a été programmée par la logique libérale ? La solution qui au terme du débat s’imposa, fut celle proposée par Zbigniew Brzezinski (ancien conseiller de Jimmy Carter) sous le nom de tittytainment. Il s’agissait de définir un « cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète » [1]. Ce que Le Lay, Président Directeur Général de TF1 traduisit pour les annonceurs par cette tirade devenue célèbre : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».

 

Le revenu universel : le nouveau « macho » ?

Si le revenu d’existence inciterait les femmes à regagner leur foyer pour assurer des tâches « non validées socialement » il faut se demander pourquoi, avec ce « salaire maternel relooké », certaines femmes, seraient plus heureuses à la maison que dans l’entreprise.

 

Au XXe siècle  les femmes ont conquis leur émancipation politique et économique, mais la place qu’elles occupent aujourd’hui dans le monde du travail est loin d’être comparable à celle des hommes. Plafond de verre dans l’évolution des carrières, emplois subalternes ou peu qualifiés, de moindres salaires à travail égal ou qualification identique, telle est la réalité. À cela s’ajoute l’inégalité dans la répartition des tâches dans la sphère familiale et dans l’éducation des enfants. Enfin trop souvent les femmes seules ont la charge des enfants et doivent assurer par n’importe quel moyen les ressources économiques du ménage en sacrifiant du même coup leur part dans l’éducation et l’accompagnement des enfants. Comme le souligne Samira Ouardi [2] les femmes sont bien les grandes perdantes du capitalisme salarial et donc les premières précaires. Encore une fois, l’autonomie des femmes, face aux contraintes qui pèsent sur leurs épaules, est bien trop faible et ce n’est pas ce satané revenu d’existence qui en est la cause. Bien au contraire ce salaire socialisé, individualisé de même montant pour tous et toutes, garantit une autonomie minimale à toutes celles qui n’ont comme seul choix que de rester sous la dépendance d’un conjoint ou d’un travail sans perspective professionnelle gratifiante. Enfin n’est-il pas méprisant de considérer que seule l’obligation d’un emploi de survie, chronophage, serait l’unique porte d’entrée dans la vie sociale. Au contraire, avec ce salaire socialisé, chacun et chacune, en fonction de contraintes individuelles, du rapport à son travail, doit pouvoir choisir, à un moment donné et en accord ou non avec le conjoint éventuel, ce qui  lui convient le mieux en matière de répartition des tâches validées socialement, des tâches domestiques, des loisirs, et autres activités non marchandes. Si initialement, étant donné le déséquilibre des salaires dans le couple, Le résultat dans cette répartition peut aboutir au retrait partiel ou total du marché du travail de la femme, il peut permettre aussi de dégager du temps pour une formation, une reconversion, une valorisation de ses propres talents, ou pour un engagement dans la vie sociale ou politique. Si tout est possible, le pire comme le meilleur, le revenu inconditionnel n’y est encore une fois pour rien. Mais il entrouvre beaucoup de portes, il reste aux femmes comme aux hommes à les pousser.

Que faire ? Une réponse a Attac

Alors que faire pour sortir de cette douloureuse réalité où le monde des salariés, défait et éclaté, ne trouve rien de mieux que de se réfugier dans les bras de démagogues, de populistes d’extrême droite ? Et pourquoi donc disqualifier a priori le revenu d’existence de son rôle émancipateur? Certes ce revenu universel n’est pas le fruit d’une révolution sociale mais il est certain qu’il déclenchera de multitudes révolutions individuelles.

 

Sans attendre des lendemains qui chantent, en socialisant une partie des revenus d’activité, et en trouvant les moyens de faire aussi contribuer les revenus du capital (capital productif, financier et immobilier) il est possible aujourd’hui  d’allouer immédiatement et de manière inconditionnelle un revenu universel garanti [3], véritable salaire social déconnecté du travail individuel mais bien en lien avec la richesse créée par le travail collectif. Avec ce revenu social garanti on assure à chacun le droit à une existence digne. Suffisant, il doit permettre aux travailleurs et travailleuses de refuser des conditions de travail considérées comme inacceptables et ainsi permettre à chacun de redresser la tête et de trouver sa place socialement pour arracher de nouvelles conquêtes dans le partage du travail et une plus grande valorisation de l’activité humaine.

 

Il faut dénoncer avec ATTAC  le projet libéral qui vise à détacher l’individu de tout ses liens culturels et sociaux pour en faire un être libre de toute obligation envers autrui et, nous promet-on, libéré aussi de toute tutelle. Solitaire, à la fois égoïste et grégaire dans ses comportements, sous l’emprise de ses propres pulsions, de ses peurs et de ses croyances, avec pour tout bagage sa petite valise du revenu de base, cet être nomade, cet « électron libre » ne manquerait pas d’être mieux exploité par le « grand marché » tant comme travailleur que comme consommateur [4].

 

Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, le revenu d’existence, fruit de la solidarité de tous, peut être au contraire un facteur d’émancipation individuelle qui redonne sa place dans la société à celui qui aujourd’hui en est exclu. Par l’autonomie retrouvée cet être humain qui ne peut être qu’un être social retissera inévitablement les liens indispensables à sa survie, à sa protection et à son expression. Par le temps libéré, il pourra se consacrer aussi à faire mieux vivre l’ensemble des institutions politiques, juridiques et culturelles qui sont les fondements de toute société élaborée.

 

L’urgence de la précarité grandissante, de la marginalisation d’une part de plus en plus importante de la population, l’inégalité dans la répartition du travail, nous imposent de ne pas s’interdire au nom d’une orthodoxie discutable de mettre en place des mesures de redistribution immédiatement réalisables, qui donnent à l’individu les moyens de son émancipation sans attendre un hypothétique grand soir.

« Chacun de nous peut changer le monde. Même s’il n’a aucun pouvoir, même s’il n’a pas la moindre importance, chacun de nous peut changer le monde »

Václav Havel, quelques semaines après la chute du mur de Berlin.

Note : Lire aussi la réponse de Baptiste Mylondo aux désaccords d’ATTAC.

Article initialement publié sur le blog du Monde Aternative 21.

Attac face à la question du revenu inconditionnel

Lors de l’université d’été d’Attac qui s’est déroulée cette semaine, Jean-Marie Harribey m’avait invité à participer à un atelier consacré au “revenu de base”, en compagnie d’Anne Eydoux et de Stéphanie Treillet. Ce fut l’occasion de faire le point sur nos accords et désaccords, et de tenter de clarifier la position des membres d’Attac qui s’opposent à cette mesure (dont mes trois co-intervenants).

Compte-tenu du temps de parole limité qu’implique le format d’atelier à 4 intervenants plus la salle (malgré 2h30 de débat tout de même), j’ai volontairement limité mon intervention à quelques questions à Anne, Jean-Marie et Stéphanie, questions qui n’ont pas toutes trouvé de réponse. Vous pouvez télécharger le texte de mon intervention ici (Pourquoi persister à s’opposer au revenu inconditionnel?), en pdf. Je l’ai mis à jour suite à l’atelier: les questions en suspens sont en bleu, les questions suscitées par les réponses obtenues sont en vert. Le débat est donc appelé à se poursuivre…

J’ai par ailleurs renvoyé les militants curieux, frustrés ou agacés par mes nombreuses ommissions (volontaires ou non) à un texte plus long (une soixantaine de pages) précisant ma position et mes réponses aux objections d’Attac. Vous pouvez télécharger ici ce texte (Qui n’a droit à rien? Réponse aux objections d’Attac), en pdf. Ce texte est incomplet, toujours en cours d’écriture, et se nourrira bien sûr des réactions et commentaires qu’il suscitera peut-être.

 

NOTES DE LECTURE

Le tittytainment c’ est quoi ?

Le mot tittytainment fut utilisé en 1995 par le désormais célèbre Zbigniew Brzezinski, membre de la commission trilatérale et ex-conseiller du Président des États-Unis Jimmy Carter, pendant la conclusion du premier « State Of The World Forum », dans l’Hôtel Fairmont de la ville de San Francisco. L’objectif de la rencontre était de déterminer l’état du monde, de suggérer des objectifs et des objectifs désirables et proposer des principes d’activité pour les atteindre, et d’établir des politiques globales pour obtenir sa mise en œuvre.

Les leaders réunis à San Francisco (Mikhaïl Gorbatchev, George Bush, Margaret Thatcher, Vaclav Havel, Bill Gates, Ted Turner, etc..) sont arrivés à la conclusion que l’arrivée de la dénommée Société 20/80 est inévitable, celle dans laquelle le travail de 20% de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalité de l’appareil économique de la planète. 80% de la population restante ainsi s’avérera superflu, ne disposera pas de travail ni d’occasions d’aucun type et nourrira une frustration croissante.

C’est ici qu’est entré en jeu le concept exposé par Brzezinski. Ce dernier a proposé le tittytainment, un mélange d’aliment physique et psychologique qui endormirait les masses et contrôlerait sa frustration et ses protestations prévisibles. Le même Brzezinski explique l’origine du terme tittytainment, comme une combinaison des mots anglais « tits » (« poitrines » en jargon américain) et « entertainment » qui, dans aucun cas, ne doit être compris avec des connotations sexuelles, mais au contraire, comme allusif à l’effet endormant et léthargique que l’allaitement maternelle produit chez le bébé quand il boit.

Voici un extrait du livre « Le piège de la mondialisation » expliquant clairement le processus:

« L’avenir, les pragmatiques du Fairmont le résument en une fraction et un concept : « Deux dixièmes » et « tittytainment ».

Dans le siècle à venir, deux dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale. « On n’aura pas besoin de plus de main d’œuvre », estime le magnat Washington Sycip. Un cinquième des demandeurs d’emploi suffira à produire toutes les marchandises et à fournir les prestations de services de haute valeur que peut s’offrir la société mondiale. Ces deux dixièmes de la population participeront ainsi activement à la vie, aux revenus et à la consommation – dans quelque pays que ce soit. Il est possible que ce chiffre s’élève encore d’un ou deux pour cent, admettent les débatteurs, par exemple en y ajoutant les héritiers fortunés.

Mais pour le reste ? Peut-on envisager que 80 % des personnes souhaitant travailler se retrouvent sans emploi ? « Il est sûr, dit l’auteur américain Jeremy Rifkin, qui a écrit le livre La Fin du travail, que les 80 % restants vont avoir des problèmes considérables. » Le manager de Sun, John Gage, reprend la parole et cite le directeur de son entreprise, Scott McNealy : à l’avenir, dit-il, la question sera « to have lunch or be lunch » : avoir à manger ou être dévoré.

Cet aréopage de haut niveau qui était censé travailler sur « l’avenir du travail » se consacre ensuite exclusivement à ceux qui n’en auront plus. Les participants en sont convaincus : parmi ces innombrables nouveaux chômeurs répartis dans le monde entier, on trouvera des dizaines de millions de personnes qui, jusqu’ici, avaient plus d’accointances avec la vie quotidienne confortable des environs de la baie de San Francisco qu’avec la lutte quotidienne pour le survie à laquelle doivent se livrer les titulaires d’emplois précaires. C’est un nouvel ordre social que l’on dessine au Fairmont, un univers de pays riches sans classe moyenne digne de ce nom – et personne n’y apporte de démenti.

L’expression « tittytainment », proposée par ce vieux grognard de Zbigniew Brzezinski, fait en revanche carrière. Ce natif de Pologne a été quatre années durant conseiller pour la Sécurité nationale auprès du président américain Jimmy Carter. Depuis, il se consacre aux questions géostratégiques. Tittytainment, selon Brzezinski, est une combinaison des mots entertainment et tits, le terme d’argot américain pour désigner les seins. Brzezinski pense moins au sexe, en l’occurrence, qu’au lait qui coule de la poitrine d’une mère qui allaite. Un cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettrait selon lui de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète. »

(Hans-Peter Martin, Harald Schumann, Le piège de la mondialisation, Solin Actes Sud, page 12)

 

 

Tableau 1. Parts de l’économie souterraine dans les PIB des pays de l’Union européenne en 2012 (En % du PIB)

Allemagne 13,3 Espagne 19,2 Italie 21,6 Portugal 19,4
Angleterre 10,1 Estonie 28,2 Lettonie 26,1 Rép.Tchèque 16,0
Autriche 7,6 Finlande 13,3 Lituanie 28,5 Roumanie 29,1
Belgique 16,8 France 10,8 Luxembourg 8,2 Slovénie 23,6
Bulgarie 31,9 Grèce 24,0 Malte 25,3 Slovaquie 15,5
Chypre 25,6 Hongrie 22,5 Pays-Bas 9,5 Suède 14,3
Danemark 13,4 Ireland 12,7 Pologne 24,4 UE27pays 18,4

Source : F. Schneider (2013)

1Selon ces chiffres, 14 pays de l’UE ont chacun une économie souterraine dont l’activité représente plus que la moyenne européenne du PIB et 9 de ces pays appartiennent à la zone euro. L’économie souterraine de l’UE qui représente en moyenne 18,4% du PIB européen est estimée à 2 350 milliards d’euros dont 70% se situent dans 5 pays de la zone euro (Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume Uni).

 

 

2« Elle ne peut plus régner [la classe bourgeoise] parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu’elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. » (Le Manifeste communiste.)

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

3 pensées sur “Sur le salaire minimum à 15$/heure

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    1 décembre 2016 à 7 07 40 124012
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    Mais NON contrairement à ce qui est ecrit ci-haut « difficile d’affecter en toute circonstance une juste valeur économique à ce travail humain.  » Il n’est pas difficile de donner une valeur à la force de travail…

    C’est le coût de sa reproduction SIMPLE (permettre au travailleur d se nourrir – loger – reposer deplacer — ) pour revenir le lendemain au travail social ou de sa reproduction elargie (comprenant sa famille pour qu’il y ait une releve)

    Le salaire du travailleur s’est toujours situe entre ces deux pôles. La lutte de classe du proletariat consiste a reclamer que le salaire comprenne la portion reproduction elargie (femme et enfants ou encore mari en enfants pour les féministes) – tout ce qu’elles auront gagnees c’est que le calcul predateur soit le même quelque soit le sexe du proletaire = la mort est désormais assuree dans le cas d’un ou d’une proletaire.

    Le capital s’est prononce – il n’a plus les moyens d’assurer la reproduction elargie de la classe proletarienne de laquelle il exige le maintien du taux de plus-value et de profit ce qui signifie compte tenu ds faux frais tertiaire – service – banque – une reduction du salaire reel et une decharge des cotisations qui devront désormais emarger uniquement sur les salaries qui disons-le cruement auront le bonheur comme aux USA de venir travailler pour mourir au travail sans descendance.

    Vous ne erceve aucune odeur de cambouis – de petrole en flamme dans tout ceci ??? Et les bobos de la go-gauche qui se demandent si la crise sociale est imminente ???

    Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

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