Toute la vérité sur le régime syrien (1)

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UN ŒIL SUR LE MONDE MUSULMAN
Adam Mira

Toute la vérité sur le régime syrien! Tombe, exil et prison: un état exemplaire dans le monde arabe (premier article de trois).

En 1949, la Syrie subit un premier coup d’État, commis par le général Hosni el-Zaim, un allié d’Israël et des États-Unis. Les années suivantes, les coups d’États deviennent une coutume syrienne et la seule solution pour accéder au pouvoir.

Un quart de siècle après, en 1974, le président syrien Hafez el-Assad, arrivant au pouvoir grâce à son coup d’État de 1970, rend visite à la Corée du Nord et rencontre son homologue Kim Il Sung. Cette visite allait changer l’histoire de la Syrie. Parce que el-Assad est tombé amoureux de ce régime d’où son désir de l’instaurer dans son pays.

À cette époque, le dirigeant Sung organise son régime de manière à être le seul inspirant et dirigeant du pays. De même qu’il prépare le terrain pour que son fils soit son seul et unique successeur potentiel. Le plan de Sung se déroule comme prévu et, après sa mort, son fils accède au pouvoir en 1994, puis actuellement son petit fils.

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Assad se débarrasse de ses ennemis potentiels

En 2000, le président el-Assad meurt après avoir préparé son régime pendant plus de quinze ans à accepter son fils Bachar comme seul successeur! Mais, comment el-Assad père a-t-il fait pour que le régime syrien accepte son fils comme unique hériter? Pour répondre à cette question, il est impératif de suivre l’histoire de Hafez el-Assad à ses débuts.

Hafez el-Assad s’empare du pouvoir en 1970 par un coup d’État contre ses amis du parti Baath. Il les accuse d’avoir trahi les valeurs de leur parti rédigées par les deux fondateurs : Michel Aflek et Salah Eddine el-Bitar. Dans ces circonstances, le premier, Aflek, s’est enfui en Irak (…), et le deuxième, el-Bitar, en France. D’ailleurs, ce dernier a été assassiné à Paris le 21 juillet 1985 (…).

En 1973, Hafez el-Assad fait une coalition avec le président égyptien Anouar el-Sadate afin de déclencher une guerre contre Israël, la Guerre d’octobre [1], la seule guerre dans l’histoire contemporaine où les gouvernements arabes mènent un assaut contre Israël. Par cette guerre, les deux présidents gagnent leur pari, ils sont considérés comme des héros aux yeux de leurs peuples.

Avec cette popularité, Assad commence à se débarrasser de ses ennemis potentiels opposés à son idée de transférer le pouvoir à son fils tout en s’activant à donner les postes clés à ses amis ou à sa famille (comme ses frères Rifaat et Jamil). Et, finalement, il est devenu le seul leader du pays et toutes les administrations syriennes sont sous le contrôle des instruments policiers créés les années précédentes.

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Massacre du Hamah

Pendant cette période délicate, apparait un mouvement islamique qui se met à porter les armes pour renverser le régime Baathiste. C’est ainsi que les Frères musulmans déclarent la guerre à la famille el-Assad. L’affrontement atroce a duré trois ans, entre les belligérants. Il mène à un massacre en 1982. L’armée syrienne écrase les Frères musulmans à Hamah (ville située à 300 kms à l’ouest de Damas) où périssent trente-cinq mille personnes, des civils et des militaires.

Après avoir fini de se débarrasser des Frères musulmans, el-Assad et son régime mentionne dans la Constitution que chaque personne possédant un lien quelconque avec les Frères musulmans sera condamné à perpétuité [2]. Le peuple syrien vit donc dans la terreur, personne n’est capable de critiquer le régime d’el-Assad, des accusations de trahisons peuvent s’abattre sur tout le monde.

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Le destin dit son dernier mot

En 1984, Assad décide de mettre en œuvre son rêve, préparer son fils aîné Bassel comme seul successeur et héritier du pouvoir, mais c’est le destin qui a donné son dernier mot, Bassel meurt dans un accident de voiture le 21 janvier 1994! Tout de suite après cette mort tragique, el-Assad rappelle son fils Bachar (qui était loin des rouages de la politique) et qui faisait sa spécialité comme ophtalmologue à Londres. Bachar était obligé de laisser ses préoccupations derrière lui à Londres. Il lui fallait regagner rapidement la Syrie et prendre la place de son frère défunt!

C’est le général Moustafa Tlass, ministre de la Défense, qui s’occupe du futur président. Il rencontre le président el-Assad régulièrement pour lui dire que son fils faisait beaucoup de progrès et qu’il suivrait les traces de son frère décédé!

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Les étapes d’el-Assad pour céder le pouvoir à son fils sans aucune embuche

Ci-dessous sont présentées les étapes qu’el-Assad a suivies pendant des années afin de préparer le régime et son peuple à accepter son fils comme successeur.

1} El-Assad avoue son désir à ses amis proches. Plusieurs parmi eux refusent l’idée, par conséquent, il les renvoie. C’est le cas du général Hikmat Shihabi, le chef d’État-major pendant les années quatre-vingt. Ce dernier devient un exemple pour tout le monde. Tout opposant subira le même sort! Selon l’ex vice-président syrien Abdelhalim Khaddam, avec qui j’ai eu une interview après sa fuite de la Syrie, il appert que les opposants aux idées d’el-Assad ont trois options : l’exil, l’assassinat ou l’emprisonnement!

2) De 1974 à 1984, el-Assad fonde plusieurs services de sécurité. Il met en place treize instruments sécuritaires qui s’occupent de tous les secteurs du pays (Armée, Université, Administration, etc.). Presque tout le peuple est sous contrôle de la Sécurité! Le nombre de fonctionnaires dans ce domaine a atteint le record d’un million, c’est à dire tout autant que l’armée. Les responsables de la Sécurité et l’armée sont des amis proches d’el-Assad ou sont de sa famille, car il ne fait jamais confiance à qui que ce soit de l’extérieur du noyau dur du régime.

3) Avec ce régime et cette procédure, émerge une large couche dans la société trempant dans la corruption, les contrebandes, les trafics de documents et d’autres, en tout genre. Ce segment bureaucratique a un rôle important d’intermédiaire entre le peuple et la Sécurité afin de résoudre leurs problèmes dans n’importe quel secteur. Par exemple: pour avoir une information à propos d’un détenu du mouvement des Frères musulmans, un syrien doit payer deux mille dollars seulement pour savoir si ce détenu est en vie, et pour un droit de visite la somme peut atteindre vingt mille dollars, etc. Par conséquent, une couche d’opportunistes soutient fortement le régime et le défend dans n’importe quelle situation. Il s’agit de voleurs, de bandits et de corrompus qui se protègent derrière l’injustice du régime.

4) El-Assad augmente le nombre de fonctionnaires qui travaillent pour les éléments de Sécurité et tout autant pour l’armée. En parallèle, la durée de Service National passe de deux ans et demi à cinq ans. Le gouvernement syrien ajoute entre un an et demi et deux ans et demi au Service National. La Syrie avec ce régime devient une grande prison à ciel ouvert, car celui qui voudrait avoir un passeport doit passer par une longue attente et par des procédures sans fin, jusqu’au moment où beaucoup de gens finissaient par abandonner. Si quelqu’un veut voyager et avoir un passeport pour six ans, il doit passer le Service National, sinon il lui est délivré un passeport valable six mois. Cependant, avec une aussi courte durée, il lui sera impossible d’avoir un visa pour n’importe quel pays au monde! Ainsi, le peuple se trouve détenu dans une prison où tout le monde essaie de survivre face à tant de services de Sécurité.

5) Le régime utilise l’agressivité contre les militants des Droits de l’homme. Les baathistes confisquent la liberté et le droit d’expression. Par conséquence, tout le monde est sous la pression du parti Baath et qui que ce soit, qui est à la cherche d’un travail ou aspire à un poste, il lui faut être un membre du parti! En outre, les médias, la radio et la presse écrite sont réservés aux baathistes, et personne n’a le droit de travailler dans ce domaine s’il n’est pas un membre du parti. En plus, il n’y a aucun journal indépendant ou revue qui se vende au pays. Un pays fermé par un parti unique, une seule idéologie, une seule famille et un seul leader. Le résultat de ce régime, un tyran qui dirige le pays d’un bras de fer à l’aide d’acolytes qui cherchent leurs bénéfices individuels. Contrairement au peuple qui vit dans l’obscurité du chômage, de la pauvreté, de la crise du logement sans compter les milliers de familles qui cherchent dans les poubelles de quoi manger!

Un seul mot contre le régime ou le leader du pays est suffisant pour se retrouver en prison ou comme ils disent : derrière le soleil! Le tapis est donc fin prêt pour Bachar le successeur, sans compter que tout le monde en Syrie rêve du changement qui viendra avec un nouveau dirigeant! Le terrain au pays est prêt pour accueillir le nouveau dirigeant, cependant cette préparation n’est pas suffisante pour que l’héritier prennent la direction du pays sans souci, el-Assad a beaucoup à faire sur la scène internationale.

À suivre

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[1] Guerre de Kippour.

[2] Charte 45 de la constitution syrienne.

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Un oeil sur le monde musulman

Je médite l’Islam parce que ce phénomène historique, intellectuel et émotionnel durable, influençant plus d’un milliard d’humains, compte. Je le fais en athée et en philosophe matérialiste mais avec toute la déférence requise. Je ne suis pas un iconoclaste. Je ne suis pas un hagiographe non plus mais je m’intéresse à cette vision du monde pour ce qu’elle dit de l’humain et de son contexte culturel. Salut, solidarité et respect, dans la différence. - Paul Laurendeau (Ysengrimus)

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