Toute la vérité sur le régime syrien (2)

carte-syrieUN ŒIL SUR LE MONDE MUSULMAN
Adam Mira

Toute la vérité sur le régime syrien  (second article de trois).

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Assad fils arrive au pouvoir

Après avoir bien préparé la scène intérieure, Hafez el-Assad continue de travailler sur la scène régionale où il tisse d’excellents rapports avec l’Iran et l’aide à créer sa branche militaire au Liban, le Hezbollah. Ainsi, nait un croissant chiite au Moyen-Orient afin que l’héritier, jusque-là impensable, arrive au pouvoir sans aucun souci. Cependant, il manque un seul élément au puzzle, l’Irak, jusque-là l’ennemi juré d’el-Assad et de l’Iran. Toutefois, lorsque le régime de Saddam Hussein tombe en 2003 sous les frappes américaines, le croissant chiite s’élargit et les Perses chiites récupèrent ainsi leur pouvoir et leur domination sur le Proche-Orient, chose qu’ils n’avaient pu réaliser en plus de dix siècles.

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L’héritier inimaginable arrive

Hafez el-Assad meurt foudroyé par une crise cardiaque le 10 juin 2000 lors d’une conversation téléphonique avec le président libanais. Émile Lahoud.Abdelhalim Khaddam, le vice président de Hafez el-Assad, raconte qu’il a reçu un coup de fil de la part du gendre du président défunt lui demandant de venir le plus vite possible à la maison de ce dernier. À son arrivé, la femme du défunt, Anissa Makhlouf, lui demande de rester aux côtés de son fils et de l’épauler afin de succéder au poste de son père, il a accepté sans broncher. De toute évidence, le Vice-président n’avait aucun autre choix, la sécurité et l’armée étant entre les mains de la famille du défunt, un simple petit geste d’opposition à leur volonté aurait été suicidaire!

Quelques jours après, Khaddam demande au Parlement de changer la Constitution afin que Bachar el-Assad puisse accéder au pouvoir, car selon l’un des amendements, le président doit avoir au moins quarante ans or le nouveau président n’avait que 34 ans.

À la suite du changement, le ministre de la défense Mustafa Tlass donne à Bachar le titre de chef de l’armée syrienne et prend le grade de général. La scène est alors prête, tout se déroule comme prévu et sans aucun obstacle. Finalement, Bachar succède à son père et devient président de la république syrienne. Pendant les premiers deux ans, le jeune président a réussi une percé dans le régime baathiste, il donne le droit à certains politiciens indépendants d’exprimer leurs opinions, il autorise des forums politiques et quelques communiqués qui critiquent le régime ou la corruption etc.

Deux ans plus tard, persuadé que le pays est sous son contrôle, il retourne sa veste et devient plus sévère que son prédécesseur en ajoutant des éléments plus forts à son pouvoir. Il donne deux postes clés: l’un à son frère Maher qui préside la Garde républicaine jusqu’à aujourd’hui et l’autre à son gendre, Assef Shawqat, qui dirige la Sécurité et occupe le poste de Vice-chef d’État-major.

Pour renforcer son pouvoir, il ajoute l’économie comme élément indispensable. Les grandes sociétés sont aux mains de son proche entourage, parmi elles, la plus puissante est dirigée par son cousin Rami Makhlouf. Ainsi, Bachar agit comme un guide suprême, un dignitaire qui domine le pays selon deux pôles : la sécurité et l’économie!

En quelques années, Bachar a réussi à assoir son pouvoir. Et, pour une deuxième fois, le régime syrien devient un modèle pour quelques pays dans le monde arabe comme: l’Égypte, la Libye et le Yémen où chaque président rêve de laisser son poste à l’un de ses fils!

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Le croissant chiite

Un an après l’arrivée du nouveau président syrien, en 2001, les États-Unis subissent une attaque terroriste à New-York par Al-Qaïda. L’administration du président Bush déclenche une guerre acharnée contre le terrorisme. Deux ans après, en 2003, la chasse américaine aux sorcières se propage, elle arrive en Irak où l’armée américaine fait tomber le régime baathiste de Saddam Hussein et instaure un nouveau système chiite pro-iranien. Par conséquent, géographiquement, le croissant chiite est maintenant complet et la main-mise militaire iranienne s’installe confortablement en Irak, en Syrie et au Liban !

La collaboration entre les américains et les syriens devient inévitable, car les deux ont peur du terrorisme. À ce moment, el-Assad fils comprend que la main de fer est la seule solution pour rester au pouvoir et que la démocratie ne fonctionne pas avec son ambition de rester sur le trône à vie comme son père. C’est pourquoi à chaque fois que la situation sécuritaire se dégrade dans les pays voisins, el-Assad fils renforce la sécurité dans le pays à l’aide de son frère et de son gendre!

Cependant, dans le pays voisin, le Liban, le milliardaire et premier ministre libanais Rafik Hariri refuse, pour la première fois, d’obéir aux ordres de Damas. En décembre 2004, il démissionne et prend place au parlement en tant qu’opposant! C’était-là, une révolte annoncée, un affront contre la volonté d’el-Assad fils. Jusque-là, personne auparavant n’avait eu le courage de résister devant son ambition de gouverner le Liban et la Syrie. Démissionner dans la tradition baathiste signifie signer son arrêt de mort. Malheureusement, Hariri a scellé son départ prématuré, son assassinat !

Le 14 février 2005, un attentat au centre de Beyrouth, la capitale libanaise, enlève la vie de Hariri et à des dizaines de personnes, des gardes du corps et des civils. C’est le début de la fin de régime baathiste!

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Tel père, tel fils

Celui qui a pris la décision de liquider Rafik Hariri n’a pas hésité une seule seconde et n’a pas pensé un seul instant aux conséquences de cet acte violent! En 1977, Kamal Joumblatt, le leader libanais, a été assassiné au Liban après avoir refusé de collaborer avec el-Assad père! Le dossier bâclé fut clos rapidement, car personne n’avait la bravoure d’accuser le régime syrien pendant la guerre civile qui avait commencé deux ans auparavant et qui a donné la chance à l’armée syrienne d’entrer au pays sous la bannière de la Ligue arabe. Un quart de siècle après, Hariri a connu le même sort, il a été assassiné après avoir dit NON au régime syrien !

Il est important de signaler que certaines personnes clés du régime syrien qui connaissent les dessous de cet assassinat ont été poussées au suicide. C’est le cas de ministre de l’Intérieur Ghazi Kan’an, qui s’est mis une balle dans la tête dans son bureau à quelques centaines de mètre du bureau du président. Chaque personne dont le nom figure dans le dossier d’assassinat de Hariri doit impérativement trouver la mort sans aucune exception et la guerre civile syrienne va aider le régime à liquider discrètement des certaines de personnes. C’est le cas du général Djamea Abou Djamea qui a péri en Syrie dans des conditions mystérieuses. Malheureusement, la mort est la seule réponse à celui qui pense à s’opposer au régime d’el-Assad. C’est sans aucune pitié, même s’il s’agit de proches, qu’ils sont liquidés !

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L’arrivée inattendue

Malgré tout l’effort libanais de condamner le régime syrien dans l’attentat de Hariri et l’embargo politique mené par la France pendant un certain temps, el-Assad continue à se maintenir au pouvoir sans aucun souci ou peur de ses adversaires, jusqu’à l’arrivée inattendue du printemps arabe qui oblige les baathistes à révéler au monde entier leur vrai visage en tant qu’assassins et criminels!

À suivre

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Je médite l’Islam parce que ce phénomène historique, intellectuel et émotionnel durable, influençant plus d’un milliard d’humains, compte. Je le fais en athée et en philosophe matérialiste mais avec toute la déférence requise. Je ne suis pas un iconoclaste. Je ne suis pas un hagiographe non plus mais je m’intéresse à cette vision du monde pour ce qu’elle dit de l’humain et de son contexte culturel. Salut, solidarité et respect, dans la différence. – Paul Laurendeau (Ysengrimus)

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