Un «terroriste» islamiste dans l’école de la république: jour 3

UN ŒIL SUR LE MONDE MUSULMAN
Salah Lamrani

Un « terroriste » islamiste dans l’École de la République : Jour 3
Je dois faire amende honorable à mon tour. J’avais considéré l’équipe pédagogique perdue au-delà de toute rémission ou sursaut de solidarité ou conscience possibles, mais je m’étais fourvoyé. Le mardi 16 septembre, autour de 15h, l’ensemble des enseignants s’est mis en grève pour dénoncer la situation anormale créée par ma suspension et la perturbation subséquente du « fonctionnement normal » de l’établissement… ou plutôt, pour dire toute la vérité, pour dénoncer ma présence et mes activités de « Résistance », de ma faction pacifique et silencieuse devant l’établissement à mes activités sur Internet qui révèlent à tous les dessous de cette triste affaire. Faut-il parler de cyber-terrorisme, contre lequel un légitime « droit de retrait » aurait été exercé ? Pour ma part, je reconnais volontiers que mon action sort des sentiers battus, ce dont je m’honore, n’ayant pas la vocation morale de « travailleur de nuit à grosses bottes » ou de « vidangeur ».

Les mauvaises langues diront qu’une telle action aurait été plus judicieuse quelques semaines auparavant, alors que j’étais soumis au harcèlement moral le plus acharné au vu et au su de tous les enseignants, au point d’en trembler devant mes élèves (à qui j’avais néanmoins réussi à dissimuler les faits) et de craquer dans le bureau de la CPE, espionné, comme je m’en suis rendu compte ensuite, par l’honorable M. Abdelkader SAOUDI – qui m’a pu croire éliminé pour de bon, si bien que durant mon arrêt maladie subséquent, la cabale a pu se déchainer jusque devant mes classes, qui n’étaient plus censées me revoir. « Ce ne sont pas les morts qui dérangent, ce sont les cadavres » (cf. Langelot et les crocodiles). Comme quoi, il ne faut jamais désespérer de l’être humain, dont les ressources ont toujours de quoi surprendre les optimistes comme les pessimistes les plus invétérés. Je parlais de « sublime abjection » dans ma chronique d’hier, pour dénoncer l’ignoble intimidation physique contre des enfants de 12 ans par les 3 armoires à glace du Rectorat pour les empêcher de me saluer et de m’approcher, mais cette fois-ci, malgré ma qualité de Professeur de Français prolixe, les épithètes flétrissantes me manquent. France, France, tu es tombée bien bas (remarquez l’emploi du décasyllabe tragique, et la césure irrégulière mais révélatrice après l’hémistiche) !
Les deux sbires du Rectorat ont reçu deux congénères en renfort, et, avec l’aide de la direction et de 4 à 5 personnels du Rectorat et/ou du Conseil Général, comme j’ai pu l’entendre par bribes de ci de là, ont procédé à l’évacuation prématurée de l’ensemble des élèves, 1 à 2 heures avant la fin de leurs cours, sans même prévenir leurs parents qu’ils les renvoyaient chez eux – et en les empêchant dûment de me saluer ou de venir vers moi, avec moins de succès que jamais. Chaque jour, il semble voir l’inconséquence, l’irresponsabilité et la démence pures de cette direction se manifester davantage, et sombrer plus avant dans de nouvelles dimensions d’abysse moral, au vu et au su de sa propre hiérarchie complice.
Un individu du Rectorat prenait maladroitement des photos de l’établissement et des maisons opposées, et j’ai bien compris, ainsi que le parent d’élève indigné qui me tenait alors compagnie, qu’il voulait en fait me prendre moi-même en photo. Je lui ai fait des signes éloquents pour lui faire comprendre de ne pas faire de chichis et de m’immortaliser à sa guise, sans succès. Comme si je n’avais pas moi-même fait tous les efforts pour rendre ma présence aussi publique que possible : mais au vu de leurs procédés hautement douteux, ce qui reste un doux euphémisme, je comprends que de tels « réflexes professionnels » puissent les animer. Au cas où la pudeur de cet individu ne lui aurait pas permis de bien me photographier, et malgré son appareil photo de journaliste professionnel, voilà une photo bien claire, assis sur la chaise que m’ont apportée des élèves le jour même, et qui pourra figurer en bonne place dans mon dossier administratif, après les lettres de délation calomnieuses qui ont motivé ma suspension – j’étais alors face au site de la rue de Reims, où, contrairement à la rue d’Anjou où un particulier m’a accueilli dans son jardin, je n’ai pas de place assise confortable. Il est vrai qu’il fait bien froid, mais l’air est beaucoup plus respirable qu’à l’intérieur de l’établissement, et tout comme Cyrano, j’ai le nez sensible.
Dès le matin, les fissures se faisaient de plus en plus béantes dans la lourde chape de plomb qui pèse sur cet établissement et menace de l’écraser. Bien que je me sois levé à 3h pour pouvoir écrire ma chronique quotidienne (la veille au soir, j’étais bien trop épuisé), je n’ai pu arriver sur les lieux que bien après 8h. Les deux sbires du Rectorat étaient à leur poste, moteur ronronnant comme à leur habitude (avec quelques intervalles de repos). Je n’ai pu apercevoir M. SAOUDI de la matinée sur le site d’Anjou, mais j’ai eu, presque en direct, des échos très enthousiasmants de sa lecture de ma chronique n° 2, qui l’a mis dans une colère noire, ou bien plutôt mortellement mortifié. Même pour un ectoplasme invertébré (excusez le pléonasme), il doit bien se trouver un résidu d’amour-propre, et le cas échéant, j’ai toutes les raisons de croire qu’il a été piqué au vif. C’est certainement pour cette raison que je n’ai pu l’apercevoir – pas plus que Mme BOT, certainement retranchée dans son bureau avec des cartes d’état-major de l’Ancien Régime, et refusant toute conversation téléphonique ou entretien. Mais j’ai su par la suite qu’à Anjou même, M. SAOUDI me regardait de très près, en faction dans le bureau de la CPE pour voir qui me parlait et les convoquer dûment. A ma grande déception, j’ai appris que la CPE elle-même se prêtait à ce jeu hautement indigne et absolument illégal de pressions & harcèlement contre des enfants, leur reprochant des actions dont l’établissement n’a aucun compte à leur demander, et très honorables au demeurant : saluer et s’adresser courtoisement à leur enseignant. La direction & la CPE allaient jusqu’à s’enquérir du détail de nos conversations, certainement à la recherche de quelque chose à utiliser contre moi (depuis le temps, ils n’ont pas compris qu’il est impossible de me mettre en faute sur mon lieu de travail, même en me crachant au visage), ce qui confine à l’infamie.
Des parents (surtout d’autres élèves que les miens, ceux-ci m’ayant vu à la réunion du 25 janvier et littéralement sauvé et fait justice, accablant la direction et les parents FCPE de reproches pour leurs actes & manipulations inqualifiables) sont venus me voir tout au long de la journée, pour me voir, m’interroger et/ou me faire part de leur solidarité (avec un café bien chaud pour l’un d’entre eux !), et notamment transmettre leur souhait d’avoir un courrier-type à adresser au Rectorat voire au Ministère, qui sera prochainement mis en ligne avec mon adresse mail, afin que les parents puissent me scanner le document avant de l’envoyer. Une pétition électronique sera également créée et pourra être signée par quiconque, et viendra s’ajouter aux pétitions que les élèves font circuler clandestinement (car ils ont hélas affaire à des fous furieux, mais comme le soulignaient des parents, c’est une leçon de vie qui peut contribuer à forger les caractères). En guise d’illustration de cette atmosphère hautement malsaine, voilà des sms échangés entre deux de mes élèves de 4e, tels que me les a fait suivre un parent (et je précise que malgré les fautes, je crois être un bon Professeur de Français…) :
          – Si il nous vois parlé avec le lamrani c deux heur de colle
          – Comment tu sais ?
          – Il l’on dis a un troisième qui lui me le dis
Encore une fois, tout cela est absolument intolérable, et j’espère que les parents vont manifester de plus en plus massivement leur colère légitime.
J’ai également eu le plaisir de me voir offrir un café par deux surveillantes, qui bravaient ouvertement l’omerta, et de me faire saluer par un personnel de service : voyez où va se réfugier le courage aux heures de vérité… Et bien sur, le flot des élèves m’apportant leur soutien & autres friandises n’a pas tari tout au long de la journée, mettant la partie adverse aux abois (ce qui est le cas depuis le 25 janvier, et empire exponentiellement de jour en jour, aggravant leurs fautes déjà gravissimes).
Cet aspect déshumanisant du harcèlement moral me frappe tout particulièrement : car quand bien même je serais en faute, quand bien même je serais l’individu dangereux & dérangé qu’on présente, n’en resterais-je pas moins un être humain dans une situation difficile, restant 8 heures par jour dans un froid glacial, méritant sinon un café, du moins un salut ? N’avais-je pas des relations cordiales avec bien des collègues, de septembre à la mi-novembre avec tous, puis avec certains, et encore avec tous depuis mon triomphe du 25 janvier, que je n’ai pas du tout eu insolent au reste : j’ai moi-même pris l’initiative de serrer la main de mes ennemis les plus acharnés (sauf Mme BOT & Mme DOSSOU, qui sont allées trop loin), me suis réintégré dans la salle des Profs comme si de rien n’était, pour faire comprendre qu’on allait pouvoir travailler dans des conditions sereines et professionnelles, même si en coulisses certaines choses allaient devoir se payer. C’est vraiment consternant.
Pour conclure aujourd’hui, je tiens à dire qu’en tant que (fier) Auvergnat, j’ai été amené à exercer dans des régions rurales particulièrement reculées ou les élèves et leurs parents, pour ainsi dire, n’avaient jamais vu d’Arabe, mais très rapidement, tout est toujours allé comme sur des roulettes, et j’ai toujours été apprécié de l’ensemble de la communauté éducative, surtout des élèves bien entendu. C’est pourquoi il me parait particulièrement inacceptable de devoir venir dans le 9-3 (où, en tant que non moins fier natif d’une ZUP, je me sens tout à fait dans mon élément) pour me faire harceler, agresser, menacer & insulter de « terroriste » par des kapos ou collabeurs de surcroît, qui croient pouvoir profiter de leur nombre, de leur impunité et de l’Etat d’urgence pour abattre un enseignant qui n’a d’autre tort que d’être passionné par son métier, apprécié de ses élèves, délégué syndical et surtout de tenir à sa dignité plus que tout, en plus d’avoir une activité de blogger et des convictions politiques et religieuses prononcées en dehors de ses fonctions. Un casus belli multiple dans ce milieu & ces circonstances, j’en conviens, mais si je puis me permettre, il ne faut pas déconner. Il faudrait s’écraser, se laisser bafouer et piétiner sans mot dire ? Sans blague.
Il n’y a plus beaucoup d’issues à ce jour. Trois en tout et pour tout, que je puis énoncer :
         – soit on me réintègre en limogeant cette direction forcenée, ce qui serait une mesure de salubrité publique (d’autant plus qu’ils semblent avoir bien du temps « libre » à me consacrer et sembleraient par là même éminemment dispensables) ;
         – soit on maintient le statu quo (et ce au moins jusqu’au 1er juillet) avec tous les risques d’escalade qu’il comporte, tant du côté des parents que des élèves, de plus en plus indignés et outragés, d’autant plus que les 3e seront de retour à la rentrée ; avec de tels fanatiques à la direction et à la « médiation » (l’un d’entre eux m’a provoqué avec insistance à une bataille de regards prolongée, alors qu’il s’éloignait et devait donc se retourner pour ce faire, et c’est pour cela que je l’ai remarqué ; la veille, je n’avais pas voulu jouer avec M. SAOUDI, car je préférais la compagnie des élèves, et que son regard de possédé me déstabilisait…), le pire est à craindre ;
         – soit on m’enferme, car un « terroriste » ne doit pas être suspendu mais incarcéré.
J’ai beaucoup d’imagination, mais je ne conçois ni ne suis disposé à accepter aucune autre résolution de cette situation insensée. J’invite toutes les personnes concernées et à même d’intervenir à y œuvrer de la manière la plus adaptée.
avatar

Un oeil sur le monde musulman

Je médite l’Islam parce que ce phénomène historique, intellectuel et émotionnel durable, influençant plus d’un milliard d’humains, compte. Je le fais en athée et en philosophe matérialiste mais avec toute la déférence requise. Je ne suis pas un iconoclaste. Je ne suis pas un hagiographe non plus mais je m’intéresse à cette vision du monde pour ce qu’elle dit de l’humain et de son contexte culturel. Salut, solidarité et respect, dans la différence. – Paul Laurendeau (Ysengrimus)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *