Un «terroriste» islamiste dans l’école de la république: jour 5

UN ŒIL SUR LE MONDE MUSULMAN
Salah Lamrani

Un « terroriste » islamiste dans l’École de la République : Jour 5

Vendredi 19 février, j’ai commis ma première erreur (tactique et non pas stratégique), dont je suis bien marri. Du fait de l’accumulation de la fatigue – toute la semaine, j’avais eu entre 2 et 5 heures de sommeil par nuit, et je ne tenais debout, littéralement, que grâce au froid et à l’adrénaline –, j’ai cédé à un accès de paresse et j’ai changé l’heure de mon réveille-matin (mon smartphone flambant neuf, dont je suis devenu un fervent adepte), la mettant à 3h30 au lieu de 3h, afin de pouvoir écrire & publier ma chronique quotidienne et me rendre devant le collège le plus tôt possible. Cela m’a permis de gagner une précieuse demi-heure de sommeil, mais, (hé)las, j’en ai manqué le goûter auquel m’avaient convié mes très-chers 5e C la veille : je pensais qu’ils sortaient à 11h, mais ils sortaient à 10h, et je ne suis arrivé à la gare de Vert-Galant qu’autour de 10h30.

J’y ai justement croisé un élève de 5e C qui m’a informé du fait que la classe était venue avec maintes victuailles, prête à festoyer dans la meilleure ambiance avant les vacances scolaires (j’avais moi-même apporté 6 bouteilles de champagne Champomy, mais n’avais pu trouver d’harmonica), et avait été très déçue de ne pas me trouver à mon poste. Je présente à tous mes plus plates excuses pour mon inexcusable négligence, dont j’ai été dûment châtié. C’est vraiment mon plus grand (et mon seul) regret depuis le début de cette triste affaire. Mais ce n’est que partie remise, j’en donne ma parole – et on doit maintenant savoir que contrairement à certains aboyeurs bipèdes patentés, je ne parle jamais à la légère.

Bien sûr, tout au long de la journée, le Champomy a trouvé preneur, depuis les surveillants – merci pour le café & les croissants – aux élèves qui sont venus me voir, me saluer et me nourrir, comme à l’accoutumée – merci tout particulièrement pour le financier, un mets de gourmet ; mais tout ce qui me vient des élèves, fût-ce un morceau de pain ranci (je n’ai rien eu de tel, bien sûr), m’est un délice. Pour info, je n’aime pas vraiment le Champomy, mais c’était pour concilier deux traditions, la célébration « à la française » et le « halal » – côté adultes, car heureusement, si la consommation d’alcool est autorisée à toute heure au sein de l’Ecole de la République (plus tôt dans l’année, Mme Khadidja BOT avait mal apprécié le fait que je sois abstème après que j’eus courtoisement décliné son verre de l’amitié), on ne sert pas (encore ?) les enfants. Nous savons être conciliants & raisonnables.

J’avais fait savoir que Le Parisien serait présent autour de 14h30, et que les parents ainsi que les élèves ayant l’accord écrit de leurs responsables légaux pourraient s’exprimer. Ils sont nombreux à être venus, et étaient amassés autour de moi bien avant la venue de la journaliste, pour prendre & me donner des nouvelles et me tenir compagnie. Certains élèves restaient à quelque distance, attirés par la curiosité et/ou le désir de me voir et de me marquer, même discrètement, leur solidarité (la plupart des élèves étaient en vacances dès la fin de la matinée). J’ai été très content de voir des élèves de 5e C revenus pour l’occasion, et j’ai pu partager avec les plus audacieux d’entre eux les dernières gorgées de Champomy. Même des élèves de 3e – qui, je le rappelle, étaient en stage cette semaine – étaient présents. D’autres parents ont ensuite pu contacter la journaliste Florence Louison par téléphone pour leur faire part de leur témoignage. L’article en question a été publié le 24 au soir en ligne, et le 25 dans la version papier du Parisien 93 (on peut toujours le commander auprès du journal).

Aucun enseignant ne m’a approché ou fait le moindre signe ce jour, ce qui n’est plus une surprise, et j’en suis venu à considérer qu’un stage d’ « intégration » dans la culture du 9-3 leur serait hautement bénéfique, et même s’imposerait de toute urgence, car ils me semblent un peu trop attachés à des folklores anachroniques et surannés. Je ne prône certes pas l’assimilation, une aberration, mais la compréhension, le respect – je n’ose dire la tolérance – et l’enrichissement mutuels des générations et des cultures : sans même parler des « lois & valeurs de la République » qui ont été bafouées de mille manières par la direction, la FCPE et les collaborationnistes de service au sein de l’équipe pédagogique, sans parler du Rectorat, il n’est pas acceptable de venir s’installer et même enseigner sur un territoire donné et de croire qu’on peut en ignorer, mépriser et piétiner impunément les particularismes, us & coutumes.

Carte postale à adresser au Rectorat (isabelle.chazal@ac-creteil.fr)

Avec une telle attitude de mépris et d’arrogance, et, soulignons-le, de crasse ignorance, qu’on soit personnel de direction, parent FCPE ou enseignant, on risque de ne pas être accepté et de se voir légitimement déconsidéré et rejeté par les « indigènes », voire « déchoir » non pas de sa nationalité mais de son « titre de séjour cordial ». A Neuilly-sur-Seine, une telle cabale « anti-terroriste-islamiste » aurait été tout aussi infâme, mais aurait du moins pu prétendre s’inscrire dans une certaine cohérence. Dans le 9-3, chez moi, chez « nous » les banlieusards en général, et les arabo-musulmans en particulier, en 2016, ce n’est plus simplement infâme, c’est complètement stupide et même suicidaire : avant de prétendre « bolosser » quelqu’un, il faut s’assurer qu’on est en position de force, et qu’on ne risque pas plutôt de se faire balayer comme de vulgaires « racailles ». Le charlisme néo-voltairien à l’assaut des cités, du peuple de France dans son ensemble, voire de Dieu et de Ses Prophètes (la Paix soit sur eux), c’est la blague du siècle, du millénaire et même de toute la Création. Un Voltaire, ennemi de Dieu et des peuples, et un Rousseau, leur tendre ami et aimé (qui fut traqué par la cabale encyclopédiste pour ce double anathème), c’est la nuit et le jour, et même s’ils sont tous deux au Panthéon, l’imposteur finira bien par en être chassé.

Car en dépit de l’état d’urgence, à « Tremblay-en-France » et partout ailleurs, ce n’est pas à nous de « trembler », bien au contraire : un « authentique » Etat dictatorial terrorise jusqu’aux plus grands pontes, mais notre pâle contrefaçon et ses cohortes de médiocrissimes faquins invertébrés sont tout juste capables de violenter, armés, masqués et en réunion, les vieillards, les femmes et les enfants, à 15 contre 1, et encore s’assurent-ils de n’attaquer que quand « l’ennemi » est endormi. Ce sont là de glorieuses pages de notre histoire militaire, qu’il faudra dûment graver sur l’Arc de Triomphe, dans la digne lignée des Dumouriez et autres hauts traîtres apatrides. Même « nos » enfants, à partir de la 5e, blondes aux yeux bleus ou noirs aux yeux noirs, sont capables de percer à jour le caractère hautement pathétique de toutes ces démonstrations de faiblesse éclatantes, et de tailler en pièces ce roquet de papier aux aspirations totalitaires – nos hommes, pour leur part, étant occupés à éradiquer les terroristes de l’ « État Islamique » (Daech), l’ « État Judaïque » (l’entité sioniste) et l’ « État christiano-satanique » (l’OTAN), une rude mais nécessaire besogne qui sera bientôt menée à terme. La partie adverse commence à se rendre compte de ses erreurs d’appréciation monumentales, mais si elle compte persister dans son hybris, elle va au-devant d’une déroute plus éclatante encore.

Mort à Israël, signé la ZUP

Sauf accident ou incarcération (et absolument rien d’autre, pas même une assignation à résidence que je ne respecterais pas ; dans un pays comme la France, l’État de droit ne peut que rapidement triompher, et puisque nous avons touché le fond, nous ne pouvons que remonter à une vitesse prodigieuse), je reprendrai ma faction dès la rentrée, le lundi 7 mars, à 7h45, et jusqu’à ma réintégration ou jusqu’au 1er juillet pour le moins. Je n’ai pu revoir les élèves plus tôt, mes démarches auprès du ban et de l’arrière-ban des instances municipales pour intervenir dans la Maison de quartier ayant été vaines pour la période de vacances scolaires et/ou étant toujours en cours d’instruction. Le timing était certainement trop juste, mais l’intention y était. Mais cela m’a permis du moins de profiter un peu de mon Auvergne natale, car on aura compris que toutes mes identités me sont très-chères. Et que « l’unité dans la diversité » ne commence pas à l’échelle de l’Europe, mais de l’individu.

 

Mon paradis

Bonne fin de vacances à tous ceux qui y sont encore, et n’oubliez pas de signer la pétition (http://www.tlaxcala-int.org/campagne.asp?reference=43) et d’envoyer des cartes postales au Rectorat de Créteil (isabelle.chazal@ac-creteil.fr), en cé-fran académique ou de té-ci, au choix. Inutile de soigner particulièrement l’orthographe ou la syntaxe, soumis à un véritable génocide tout au long des rapports de Mme Khadidja BOT et de la FCPE (confondre « fasse » et « face », quand même !), qui ont néanmoins amené ledit Rectorat à prononcer ma suspension céans. Certains « ostrogoths » (sans aucune condescendance pour ce peuple que je ne connais guère, mais parce que nous sommes tous plus ou moins des victimes du « terrorisme intellectuel » en vigueur, à notre corps défendant, mais plus pour longtemps heureusement) n’ont manifestement pas leur place dans l’Éducation Nationale, voire en liberté : il appartiendra à la justice de se prononcer sur leur identité. Le Ministère lui-même devra à terme trancher : entre les analphabètes, pervers narcissiques et autres pédophiles d’une part, et les pédagogues passionnés et compétents, il faut choisir. Je ne retiens pas mon souffle.

En attendant, on finit par un petit « blasphème », qui ne saurait choquer quiconque au sein de notre Médiocratie « laïque » où seule la propriété est « sacrée » :

 {But honour belongs to Allah and His Messenger, and to the Believers; but the Hypocrites know not. 

And soon will the unjust assailants know what vicissitudes their affairs will take! 

And the (best) end is for the righteous.}

PS : Pour rappel, mes 5e A devaient lire Les Fourberies de Scapin, et mes 5e C & 4e Cyrano de Bergerac (les 5e A les plus motivés pourront le lire aussi, mais quand je serai réintégré, on travaillera sur Molière). Rostand nous permettra notamment de faire la jonction entre la tradition « banlieue » manifeste et la tradition française latente (qui n’est heureusement pas celle de Joseph Prudhomme), dont on ne peut se revendiquer que glorieusement.

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Un oeil sur le monde musulman

Je médite l’Islam parce que ce phénomène historique, intellectuel et émotionnel durable, influençant plus d’un milliard d’humains, compte. Je le fais en athée et en philosophe matérialiste mais avec toute la déférence requise. Je ne suis pas un iconoclaste. Je ne suis pas un hagiographe non plus mais je m’intéresse à cette vision du monde pour ce qu’elle dit de l’humain et de son contexte culturel. Salut, solidarité et respect, dans la différence. – Paul Laurendeau (Ysengrimus)

Une pensée sur “Un «terroriste» islamiste dans l’école de la république: jour 5

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    24 mars 2016 à 18 06 58 03583
    Permalink

    http://www.answeringmuslims.com/2012/09/dr-bill-warners-lecture-why-we-are.html?spref=fb

    « chris heath said…
    A brilliant exposition of historical Islam. And how the dark ages occurred in the UK. Masquerading under the euphemism of Religion (we are the Big One). Under the bonnet, I have to confess, I admire the jihad. It occurs on every level, personal, religious, social, family, society, psychological, political, and national. Very few ideologies have that power, and the ability to sustain itself over many centuries. And we can see the havoc it wreaks. Being the best is not necessarily viewed as such by the also rans!  »
    September 3, 2013 at 3:54 PM

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