Un «terroriste» islamiste dans l’école de la république: jour 9

UN ŒIL SUR LE MONDE MUSULMAN
Salah Lamrani

Signez la pétition pour la réintégration de Salah Lamrani : http://www.tlaxcala-int.org/ campagne.asp?reference=43
 
Mercredi 9 mars, réveil à 3h15. Enfin, il sonne à 3h15, car je suis tellement fatigué qu’il me faut pour le moins une demi-heure pour retrouver mes esprits. Mais une fois que c’est fait, je jouis de la pleine possession de mes facultés, du moins en ce qui concerne la lucidité et le contrôle de soi, sans quoi il ne serait pas sage de me présenter devant l’établissement, et je m’octroierais évidemment du repos supplémentaire. 
Le temps d’écrire ma chronique quotidienne, que je n’ai pu publier du fait de problèmes techniques, et de partir pour Vert-Galant, avec la grève nationale (je suis toujours gréviste en général, mais en l’occurrence, il me semble que je sers bien mieux la cause du syndicalisme et des travailleurs en faisant ma station devant le collège, qui doit bien avoir dans les 0% de grévistes à chaque occasion – maintenant que je ne suis plus comptabilisé), il était 9h30. J’ai pu prendre un café-viennoiserie au portugais du coin, et prendre poste devant le site de Reims. Il est vrai que je travaille essentiellement à Anjou, mais comme je ne travaille pas le mercredi et que la gorgone se trouve à Reims, il me faut diviser mon temps entre les deux sites.
J’ai été salué de loin par des élèves qui rentraient – par l’entrée Professeurs, afin d’éviter de passer devant moi… –, et, plus spectaculaire, par nombre d’élèves d’une classe de 3e (ceux que j’appelle « les chauds », parce qu’ils me coûtaient des efforts pour les tenir) qui ouvraient les fenêtres de leur salle de classe et me saluaient bien fort, me souhaitant bon courage, me disant qu’ils sont avec moi, etc. J’imagine bien la tête de leur enseignant à ce moment, cramoisi de honte parce que pour sa part, même en dehors des cours, il est trop tétanisé pour me saluer, me regarder, voire passer devant moi. Je pense qu’ils devraient creuser des tunnels pour pouvoir aller et venir comme des rats, et être sûrs de ne pas être aperçus. Ensuite, des 3e qui quittaient à 10h sont venus me voir, et nous avons eu une discussion cordiale d’un quart d’heure pour le moins.
Il a plu toute la matinée, et j’étais vraiment trempé. Malgré mes trois paires de chaussettes, mes pieds étaient mouillés, ce qui indique que mes chaussures sont de la camelote. Et je ne les ai pas achetées au bled, mais à Clermont-Ferrand, dans je ne sais plus quelle enseigne spécialisée, 40 euros je crois. Il faudra changer ça. Avant les vacances, un personnel de service (qui ne me salue guère plus, il y a dû y avoir des flagellations ou crucifixions publiques pour que les surveillants même n’osent plus venir me serrer la main, gardant leurs distances ; oh, soyez des bonhommes les keums – et les meufs aussi !) m’avait conseillé d’investir dans une paire de chaussures, mais je n’ai pas eu le temps. J’en ai cherché vite fait l’après-midi, sans trouver mon bonheur, mais de toute façon, les beaux jours arrivent.

J’ai eu droit, à 12h, à une petite ruée d’élèves venant me saluer, mais ne restant pas trop longtemps, car il faisait vraiment très froid, et j’ai même vu des élèves faire des allers et retours, visiblement hésitants entre l’envie de me parler, ce qui demandait un peu d’attente du fait de l’affluence, et de rentrer bien vite au chaud. Côté enseignants, le vide intersidéral. Même le contractuel « courageux » (à l’échelle de Romain Rolland, serait-ce le numéro 1 ?) est passé en éclair à 11h, et ce sont des élèves qui m’ont dit qu’il m’avait salué en passant, mais je n’avais pas entendu et donc pas répondu.

J’ai oublié de préciser que la veille, un preux chevalier de l’Ordre de la Manchette m’a, en sortant, dardé d’un regard noir, hésitant apparemment à l’orner de quelque mot touchant à vif. J’ai immédiatement compris qu’il n’avait guère apprécié mon invitation à faire un stage d’intégration dans la culture du 9-3, un blasphème pour ce digne descendant putatif de Clovis. Il a donc probablement voulu me jeter un éclair « françois », étincelant du blason de la « mère des armes, des arts et des lois », mais il a dû se rendre compte que malgré sa qualité de Professeur de Français, mon aîné d’une bonne dizaine d’années pour le moins, il n’avait guère de leçons d’éloquence à me donner, et que tandis qu’il essaierait laborieusement de faire jaillir quelque étincelle de ses silex, j’aurais mille fois le temps de le foudroyer de mon sabre-laser, voire d’un kamehameha (je reste un grand fan du manga, et un élève m’a offert ce dessin pendant ma faction), il a renoncé à la joute et est parti en maugréant dans sa barbe. Ce digne S1 du syndicat KAPO, avec qui j’ai eu maille à partir au plus fort de la cabale déchaînée contre moi, aura bientôt son jour de gloire. Patience, patience cher collègue & camarade !

 

L’événement le plus marquant de la matinée est qu’alors que j’attendais encore un peu après le départ de tout le monde, voulant m’assurer que tout le monde était sorti, une voiture qui était garée vers l’entrée des logés de la rue d’Anjou, dont le chauffeur venait de sortir par la porte qui leur est réservée, a fait marche arrière à vive allure, et est venue se garer à deux pas devant moi, moteur tournant. J’ai tout de suite compris qu’il venait me voir, mais comme il ne sortait pas de son véhicule et n’arrêtait pas le moteur, j’en ai déduit que la présence d’un groupe de 5 élèves de l’autre côté du trottoir l’en dissuadait. Et comme il était impossible qu’elles puissent entendre ce qu’on se dirait, qu’il ne fallait pas même qu’elles le voient, parce qu’il chercherait probablement à provoquer une altercation physique. Il est vrai que même certains alliés doivent se cacher pour me parler et me faire part de leur soutien, et qu’on peut trouver d’autres explications semi-plausibles à ce comportement, mais mon instinct et mon expérience m’ont amené à prendre sa plaque d’immatriculation immédiatement, assez visiblement pour qu’il puisse le voir mais sans ostentation, histoire de maintenir l’ambiguïté – et je l’ai immédiatement envoyée à un ami. Et ça n’a pas manqué, il est reparti en trombe et je ne l’ai plus revu.
On pourra encore, à l’envi, me taxer de « complotisme », mais il est évident que d’une part cette direction n’a absolument aucun scrupule moral, aucune crainte de l’illégalité, soumettant tant les enseignants que les élèves aux pires violences psychologiques (je suis pour ma part étonné de la capacité de tolérance des parents ; à leur place, j’aurais retiré mon enfant de l’école depuis belle lurette, saisi les instances hiérarchiques et judiciaires et refusé qu’il remette les pieds au collège tant que ces forcenés seraient en poste), et que d’autre part, elle est aux abois et sait qu’elle ne pourra pas tenir à ce rythme, et qu’elle craquera bien avant moi, sauf à me faire arrêter. Et puisque le harcèlement quotidien de la police nationale n’a pas même suffi à les faire venir me parler – aujourd’hui, pour la première fois, ils se sont arrêtés devant moi au lieu de simplement ralentir, et ils étaient quatre dans le véhicule ; j’ai fait un petit salut courtois de la tête au chauffeur, qui a répondu de même, et est reparti – alors la direction va essayer de créer elle-même ce trouble à l’ordre public dont elle m’accuse. C’est ce qui s’est passé en Egypte, j’avais été agressé verbalement et physiquement en l’absence de témoins, dans l’espoir que je riposte par la violence et puisse ainsi être embarqué. Mais c’est peine perdue.
Je répète qu’il est impossible, même en me crachant au visage ou en me frappant, et en insultant ma famille, de me provoquer à la moindre réaction de violence dans le cadre de mes fonctions. Et même devant l’établissement, je me considère en poste. Donc il faudra trouver autre chose. Irez-vous jusqu’à blesser un enfant pour m’en accuser ? Quoi qu’il en soit, sachez deux choses : d’une part, je ne cède jamais à la provocation et je ne fais jamais ce que mes ennemis espèrent. D’autre part, quiconque s’attaque à moi en paiera les conséquences de la manière la plus idoine et la plus efficace, qui est très rarement la violence physique : deux mots bien sentis, une plainte pénale et la publication du nom de l’agresseur en dix langues sont bien plus efficaces. Donc vraiment, réfléchissez 1000 et 1000 fois avant de faire quelque chose de stupide.
Je suis un Professeur de Français, mais je suis aussi un Algérien, de la ZUP, j’ai la culture des cités et celle que mon éducation et mon instruction m’ont apportée. Je n’ai pas de formation militaire, mais je suis assez sportif, même si j’ai perdu bien du poids depuis novembre (ma bague m’est plusieurs fois tombée du doigt), et je vous assure qu’on ne peut pas avoir mon activité de blogueur sans avoir une vision militaire de situations telles que celle-ci. Auriez-vous imaginé, dans vos pires cauchemars, qu’un homme seul (sur le terrain) pouvait soulever un tel tollé ? Ne vous repentez-vous pas déjà amèrement de ne pas m’avoir laissé tranquille ? Croyez-vous avoir vu le dixième, le centième de ce que je vous réserve – toujours dans la plus stricte légalité et la plus stricte déontologie ? Pour ajouter de l’eau à votre moulin de « terroriste », je vous dirais même que j’ai vécu 6 mois à Baalbeck, le cœur historique et spirituel du Hezbollah, et que j’y ai bien sûr côtoyé des combattants et même des hauts commandants (je l’ai su plus tard) du Parti de Dieu, qui sont mes frères et avec qui je suis toujours en contact – certains sont en Syrie, éradiquant Daech. Même si mon séjour avait une vocation spirituelle, car ma voie « djihadiste » est celle de la plume et non de l’AK-47 (je prendrai des photos avec des armes de guerre la prochaine fois, pour vous faire plaisir, peut-être même en compagnie de l’homme le plus recherché de la planète, Sayed Hassan Nasrallah), car en Islam le plus haut degré n’est pas le martyr mais le savant, et que « le plus noble jihad est la parole de vérité face au tyran », croyez-vous qu’on puisse vivre au quotidien avec de tels exemples et ne pas bénéficier de leur expertise, de leur savoir-faire, de leur foi à déplacer les montagnes ? La force qui a écrasé, humilé deux fois Israël ? Et, en toute modestie, croyez-vous qu’ils accueillent n’importe qui parmi eux, le traitant comme l’un des leurs et même avec des égards princiers ? Je ne vous dirai pas encore que jusqu’à Vladimir Poutine a un missile intercontinental à tête nucléaire pointé sur vous et n’attend que mon signal pour le lancer, mais je vous dis ceci : n’aggravez pas votre cas. Tout ce que vous avez fait jusque-là, et que vous croyiez si malin, s’est retourné contre vous de manière cinglante, et il en ira de même si vous persistez dans votre hybris.
Mon but n’est pas de faire de la surenchère, d’attiser les flammes mais bien de les éteindre – en faisant toute la lumière dessus afin que la force vitale de ce collège cesse d’être carbonisée sur l’autel du clientélisme et de la force brute, en braquant les projecteurs sur les saloperies qui se passent en coulisses afin d’y mettre définitivement fin, dans l’intérêt de l’ensemble de la communauté éducative et même de la profession. Je ne provoque ni n’attaque pas, je me défends de manière proportionnée face aux agressions les plus infâmes et les plus graves que je n’avais rien fait pour mériter, bien au contraire. Et je souhaite que cela finisse le plus vite possible pour que je puisse retrouver mes élèves en salle de classe. Tout ce que j’écris a notamment pour objectif de vous faire comprendre, Mme Khadidja BOT, M. Abdelkader SAOUDI, et même Mme Isabelle CHAZAL, car vous êtes complice de tout ce qui se passe et de tout ce qui se passera, que vous ne vous débarrasserez pas de moi, vous ne viendrez pas à bout de moi, quoi que vous puissiez faire. Même depuis un cachot, je vous hanterais, et d’autres que moi continueront le combat. Arrêtons donc les frais, réintégrez-moi. Sinon, comme je l’ai dit et redit, le statu quo est acceptable en ce qui me concerne (encore que je compte escalader assez vite), et j’ai de quoi tenir jusqu’à l’âge de ma retraite légale. A bon entendeur.
 
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Un oeil sur le monde musulman

Je médite l’Islam parce que ce phénomène historique, intellectuel et émotionnel durable, influençant plus d’un milliard d’humains, compte. Je le fais en athée et en philosophe matérialiste mais avec toute la déférence requise. Je ne suis pas un iconoclaste. Je ne suis pas un hagiographe non plus mais je m’intéresse à cette vision du monde pour ce qu’elle dit de l’humain et de son contexte culturel. Salut, solidarité et respect, dans la différence. - Paul Laurendeau (Ysengrimus)

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