Après le Brexit, Trump, Berlin, Macron, Barcelone et le reste…

Titre original :   Réponse aux critiques sur nos communiqués à propos des victoires du Brexit en Grande-Bretagne et de Trump aux États-Unis.  Le 12.11.2016.  Révolution ou guerre. no. 7.  Source  http://igcl.org/Reponse-aux-critiques-sur-nos.

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(Le webmagazine Les7duquebec.com vous offre ce texte qui propose une analogie entre Napoléon III et Donald Trump, qui décrit bien ce que fut le fascisme des années trente et le compare au populisme actuel et pose un diagnostique sur la lutte de classe du prolétariat en cette période de troubles sociaux exacerbés. Le texte a été écrit en novembre 2016 et pourtant il est d’une brûlante actualité après Charlottesville et Barcelone.  Bonne lecture  et bienvenue aux commentaires. Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com)

 

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Cette contribution a été écrite quelques jours à peine après la victoire de Trump et la publication de notre communiqué du 9 novembre : Élection de Trump : le choix de la marche à la guerre généralisée… (cf. p.2 et sur la page web : http://igcl.org/Election-de-Trump-le-choix-de-la)Elle a fait partie d’une discussion que nous avons eue au sein de notre groupe suite à des interrogations parmi nous et des critiques envoyées immédiatement par mail par des sympathisants. Par la suite, nous avons aussi reçus des commentaires critiques de groupes politiques et de camarades qui, pour l’essentiel, reprenaient les mêmes arguments auxquels nous répondions ici. Depuis, l’ensemble des camarades du groupe s’est prononcé globalement en accord avec les argumentations du texte. Nous le soumettons donc maintenant à la connaissance et à la réflexion de tous les camarades et des groupes communistes même si certains arguments pourraient être actualisés depuis novembre.

Nous l’a faisons précéder d’une citation de K. Marx sur « des circonstances et une situation telles qu’elle permit à un personnage médiocre et grotesque de faire figure de héros » écrivait-il à propos de Napoléon III dans la Préface à la 2eédition de 1869 de son livre Le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte.

K. Marx sur Napoléon III

« Pressé par les exigences contradictoires de sa situation, et contraint, d’autre part, tel un prestidigitateur, de tenir par quelque tour surprenant les yeux du public constamment fixés sur lui comme sur le « succédané » de Napoléon, et par conséquent, de faire tous les jours un coup d’État en miniature, Bonaparte met sens dessus-dessous toute l’économie bourgeoise, touche à tout ce qui avait paru intangible à la révolution de 1848, rend les uns résignés à la révolution et les autres désireux d’une révolution, et crée l’anarchie au nom même de l’ordre, tout en enlevant à la machine gouvernementale son auréole, en la profanant, en la rendant à la fois ignoble et ridicule. » K. Marx, Le 18 Brumaire, 1851.

Réponse aux critiques sur nos communiqués

Quelles sont les principales critiques qui sont portées à notre prise de position ? Prenons les mails de S. et J. :

- « Je ne pense pas que nous pouvons déduire que la victoire de Trump est due à une décision collective de la bourgeoisie. C’est une réaction populiste et une victoire de politiques démagogiques rendues possibles par les désillusions massives de l’électorat américain » (S) :

-  « La victoire de Trump est la preuve que la classe dominante traditionnelle (d’où il provient) est en train de perdre le contrôle sur la situation  » (J) ;

- « Cela va provoquer des attaques plus fortes sur la classe ouvrière sur le plan interne et un nationalisme beaucoup plus agressif sur le front international. Sur ce plan, Trump n’était pas différent de Clinton » (J).

Résumons : l’élection de Trump serait due à une réaction petite-bourgeoise incontrôlée par la bourgeoisie ; elle n’est pas une décision collective “ consciente ” de la bourgeoisie comme un tout ; la bourgeoisie perd pied dans le contrôle de la situation, en particulier au niveau de son jeu politique, donc de son pouvoir d’État ; il n’y avait aucun véritable enjeu pour la bourgeoisie dans ces élections entre Trump et Clinton du point de vue des politiques de l’État américain et de la classe dominante.

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1) Une réaction petite-bourgeoise ?

La contradiction capitaliste telle qu’elle s’exprime aujourd’hui concrètement – pour faire simple : en gros depuis la crise économique de 2008 et particulièrement depuis les attentats de 2015 à Paris et la guerre en Syrie – exacerbe et se répercute en une multitude de bouleversements à tous les niveaux de la vie du capital, économique, impérialiste, politique, sociale, idéologique, etc. qui explosent depuis 2015 [1]. C’est à tous les niveaux que la bourgeoisie doit s’adapter pour pouvoir répondre aux exigences de la période qui s’est ouverte depuis lors. En particulier au niveau de son appareil d’État. Entre autres choses, il lui faut trouver et faire émerger le personnel politique qui corresponde à cette nouvelle situation, c’est-à-dire qui ne soit pas trop marqué, ni prisonnier, par les grilles de lecture et le mode de pensée qui correspondaient en particulier à “ l’avant janvier 2015 ” (pour simplifier bien sûr).

Parmi ce personnel et ces forces politiques qui tendent à correspondre au changement de langage et à l’ambiance idéologique que la bourgeoisie veut imposer, celui de la guerre, les forces d’extrême-droite dites “populistes ” se trouvent particulièrement adaptées. Leur développement généralisé aujourd’hui ne se fait pas sur une série de défaites historiques et sanglantes du prolétariat comme dans les années 1930 – dans ce sens il ne s’agit pas de phénomènes ou de tendances fascistes comme tel – mais sur le fait que leur langage correspond aux poussées historiques profondes vers la guerre. Leur développement actuel n’est pas le produit d’une réaction petite-bourgeoise comme le martèlent les médias bourgeois et repris par de nombreux révolutionnaires, mais des nécessités du capitalisme pris dans des contradictions insolubles et de plus en plus exacerbées. Et, évidemment, ce développement de l’extrême droite s’appuie sur des, et se nourrit aussi de, frustrations croissantes et ravageuses d’ordre petit-bourgeois qui sont réelles (y compris parmi les ouvriers) et d’autant plus libres de s’exprimer que la perspective révolutionnaire prolétarienne est largement absente dans les consciences ouvrières. Est-il besoin de rappeler qu’il en fut de même avec la montée du nazisme et des chemises noires en Italie ? Elles ne furent pas une réaction petite-bourgeoise s’imposant sur le capitalisme et son État mais ce fut le capital qui s’appuya sur ces sentiments – racistes, xénophobes, misogynes, bigots, etc… – pour disposer d’un bras armé contre la révolution, puis pour la guerre.

« Le mouvement fasciste doit être compris comme une tentative d’unification politique à des fins contre-révolutionnaires des intérêts divergents des divers groupes bourgeois. Créé et alimenté directement par toutes les classes dirigeantes, propriétaires fonciers, industriels, commerçants, banquiers, soutenu par l’appareil d’État traditionnel, la couronne, l’Église et la franc- maçonnerie, le fascisme a poursuivi ce but en mobilisant des éléments sociaux des classes moyennes, en plein désarroi, qu’il a réussi à lancer, en alliance étroite avec tous les éléments bourgeois, contre le prolétariat.(…) Directement aidé dans cette période par les gouvernements, la bureaucratie, la police, la magistrature, l’armée, etc., le fascisme a ensuite complètement remplacé le vieux personnel politique de la bourgeoisie. »(Thèses de Lyon présentées par la Gauche du Parti communiste d’Italie au 3e congrès, 1926, souligné par nous) .

La “réaction petite-bourgeoise incontrôlée” et le soit-disant danger du “populisme” sont donc une thèse que les révolutionnaires et les prolétaires doivent rejeter. Il ne fait aucun doute que la mise en avant dans les média du phénomène du “populisme” a infiltré le camp révolutionnaire – cela n’est pas pour nous étonner – mais il est plus surprenant de le trouver aussi parmi la Gauche communiste car celle-ci est déjà armée théoriquement pour y faire face. Il suffit de lire les écrits du CCI sur le sujet [2]. La bourgeoisie va essayer de profiter de toute confusion ou faiblesse politique sur ce point pour essayer d’entraîner le maximum de prolétaires dans la défense de la “raison”, de l’État et de la nation démocratiques en faisant appel au “peuple” au détriment de la défense de leurs intérêts propres de classe économiques et politiques ; c’est-à-dire la lutte contre les effets immédiats et historiques de la crise du capital, quelles que soient les équipes au pouvoir, et pour le développement de sa perspective révolutionnaire. Ce piège, sans cesse renouvelé sous une forme ou sous une autre depuis l’anti-fascisme des années 1930, s’appuie sur l’idée que la classe dominante, en fonction des circonstances et des pays, ou des fractions de celles, verrait la situation lui échapper.

2) La bourgeoisie perd-elle le contrôle de la situation ?

Notre prise de position sur l’élection de Trump était déjà contenue dans le communiqué que nous avons publié suite au Brexit : Après la victoire du Brexit, les contradictions du capitalisme explosent à tous niveaux… [3]. Pour beaucoup, à commencer par les médias bourgeois, le Brexit fut une erreur de la part de la bourgeoisie qui n’a pas réussi à maîtriser son jeu politique. Et il en irait de même avec Trump. Si tel était le cas, si les bourgeoisies américaines et anglaises étaient faibles au point de perdre pied et, en particulier, de ne plus maîtriser a minima leur jeu politique quant à des décisions d’importance comme le Brexit ou le choix d’un nouveau président (tout comme la nomination de deux chambres, sénateurs et députés, elles-aussi contrôlées par le Parti Républicain) alors la situation immédiate serait tout autre et ô combien plus fragile et difficile pour la bourgeoisie. Penser qu’il s’agit, dans les deux cas, de simples pertes de contrôles de la bourgeoisie, n’explique pas du tout pourquoi ces phénomènes surgissent et se répètent précisément aujourd’hui. Pour notre part, nous essayons de donner une analyse et une explication.

Car nous ne parlons pas ici de n’importe quelle bourgeoisie. Nous n’évoquons pas la bourgeoisie vénézuélienne ou encore celle d’une République quelconque d’Afrique centrale. Il s’agit ici de la bourgeoisie la plus expérimentée au monde, la britannique, et de la plus puissante au monde, l’américaine. Qui, une fois de plus, marchent de concert – souvenons-nous, pour ne citer qu’un exemple, de Thatcher ouvrant la voie à Reagan et les conséquences internationales et historiques de ce choix. Penser qu’elles ne contrôleraient plus l’exercice de leur pouvoir de classe au point de laisser des réactions petites-bourgeoises prendre le dessus et mettre en péril leurs intérêts sans réaction signifierait que la classe dominante et son pouvoir d’État serait d’une extrême fragilité. Or, si d’un point de vue historique, c’est-à-dire par rapport à l’alternative historique Révolution ou guerre telle qu’elle se pose aujourd’hui concrètement, la bourgeoisie est loin d’être toute puissante, d’un point de vue immédiat les exigences du capital en crise poussent au renforcement chaque fois plus absolu, totalitaire, de l’État bourgeois avec, en plus, un prolétariat international loin, très loin, à ce jour de se hisser et de répondre aux enjeux de la situation – sans parler des faiblesses historiques particulières du prolétariat d’Amérique du Nord.

Donc, sans nier qu’il existe des intérêts économiques et politiques divergents entre fractions bourgeoises, il faut rejeter la thèse selon laquelle la bourgeoisie ne contrôlerait plus le jeu politique de son appareil d’État, particulièrement aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Pour notre part, nous expliquons les deux phénomènes, Brexit et Trump, – qui d’une certaine manière n’en font qu’un – par l’exacerbation des contradictions du capitalisme telles qu’elles se posent et s’imposent concrètement sur les bourgeoisies nationales depuis 2008 et l’incapacité du capital à surmonter “a minima” les conséquences de cette dernière crise ouverte contrairement aux crises précédentes [4]. Ce sont l’acuité de ces contradictions qui forcent les classes dominantes à s’orienter dans tel ou tel chemin. Ici à engager une marche “plus décidée” à la guerre du fait même que les réponses économique s’avèrent chaque fois plus inopérantes, y compris d’un point de vue immédiat, malgré leur ampleur défiant toute “logique économique capitaliste”…

3) Les actes conscients de la bourgeoisie ?

« Je ne pense pas que cela soit le résultat d’une décision consciente de la classe dominante » écrit l’un de nos correspondants. Lorsque les classes dominantes prennent des décisions, qui leur sont imposées par le cours de l’histoire et plus particulièrement par les diktats du capitalisme en crise, dans quelle mesure sont-elles conscientes de ce qu’elles font ? Derrière cette question, se trouve aussi la critique, erronée, faite à la théorie et aux analyses marxistes de rejoindre les visions dites “complotistes”. 

« Les individus qui constituent la classe dominante possèdent, entre autres choses, également une conscience, et en conséquence ils pensent. (…) Nous retrouvons ici la division du travail (…) si bien que nous aurons deux catégories d’individus à l’intérieur de cette même classe. Les uns seront les penseurs de cette classe (les idéologues actifs, qui réfléchissent et tirent leur substance principale de l’élaboration de l’illusion que cette classe se fait sur elle-même), tandis que les autres auront une attitude plus passive et plus réceptive en face de ces pensées et de ces illusions, parce qu’ils sont, dans la réalité, les membres actifs de cette classe et qu’ils ont moins de temps pour se faire des illusions et des idées sur leurs propres personnes. À l’intérieur de cette classe, cette scission peut même aboutir à une certaine opposition et à une certaine hostilité des deux parties en présence. Mais dès que survient un conflit pratique où la classe tout entière est menacée, cette opposition tombe d’elle-même »
 (K. Marx, L’idéologie allemande, ch. de la production à la conscience)

De quoi et comment, dans quelle mesure, peut être consciente la bourgeoisie lorsqu’elle fait des choix comme celui du Brexit ou de Trump ? Il est clair qu’elle était divisée sur ces deux décisions et qu’elle a certainement hésité. Tout comme s’est menée une véritable bataille entre deux fractions, pour le moins, de la classe dominante et au sein même de l’appareil d’État. L’élection de Trump, comme le Brexit, ne sont pas le résultat d’un plan établi, ni d’un complot – même s’il arrive à la bourgeoisie, et particulièrement à l’américaine, de faire des complots et des plans. Le processus de décision au sein de la classe dominante est aussi un processus contradictoire. Une fois au pouvoir, les nazis ont éliminé physiquement plusieurs fractions de la bourgeoisie. Ils n’en représentaient pas moins à un moment donné les intérêts du capital allemand et de la classe dominante comme un tout.

Il ne faut pas comprendre les décisions ou choix d’importance de la bourgeoisie comme l’expression d’une conscience “totale” – seul le prolétariat est porteur d’une conscience “scientifique” parce qu’il porte en lui la suppression de toutes les classes. La conscience de la bourgeoisie lorsqu’elle prend des décisions est une conscience de surfeur qui prend la vague, ou ne la prend pas, et qui essaie de se maintenir sur la planche. Le surfeur est conscient de ce qu’il fait mais il ne commande pas à la vague, ni nécessairement ne connaît le mécanisme des marées.

Une fraction de la classe dominante a vu venir la bonne vague et a su la prendre alors que l’autre l’a laissé passer. Rien n’étant automatique ou linéaire, on ne peut exclure dans l’absolu que Trump ne finisse par tomber de sa planche de surf. Mais pour l’instant, il vient juste de se hisser sur elle. Les “ brexiters ” hier, les “ trumpistes ” aujourd’hui, ont représenté et exprimé à un moment donné le pas qu’il convenait de franchir plus clairement et décisivement que l’autre fraction de l’appareil politique – ici le personnel politique formé et marqué par la période précédente [5]. Mais sur l’orientation de fond, effectivement « Trump n’était pas différent de Clinton ». Sur ce point, nous sommes d’accord mais c’est insuffisant pour comprendre les événements et leur dynamique et, à la fois, pour notre intervention.

4) Quel enjeu dans ces élections pour la bourgeoisie américaine ?

Dans le cas du Brexit tout comme dans le cas de Trump, les bourgeoisies anglaise et américaine sont unies sur les orientations de fond dont ces deux choix sont des moments. Clinton n’est pas moins va-t-en guerre que Trump (et même de manière immédiate, elle portait plus la guerre que l’isolationniste Trump). La possibilité que la tension aiguë existant actuellement entre la Russie et les USA se calme avec la venue de Trump ne change rien à l’orientation de fond “guerrière” qu’il porte. L’option Clinton, partagée par le Parti démocrate comme par une grosse partie des Républicains,différait sur le “timing”, sur le moment, pour mettre en place une orientation directement plus “marche à la guerre”. Il en est allé de même avec le Brexit. La bourgeoisie britannique est unie et consciente – qui en douterait ? – sur sa politique impérialiste pro-américaine, d’alliance avec les États-Unis. Souvenons-nous de la remarque de Churchill à De Gaulle dans laquelle il lui disait que le Royaume Uni choisirait toujours «le grand large de l’Atlantique» lorsqu’il devrait choisir entre la France et les États-Unis. Cette orientation traditionnelle et fondamentale du Royaume Uni portait tôt ou tard en elle un éloignement et une opposition ouverte à l’Union Européenne une fois… “la guerre en vue” – non pas de manière immédiate mais comme perspective déterminant plus directement les décisions du capital. Le seul enjeu à ce sujet était le timing, le moment, et l’occasion, pour franchir le pas.

Quelle qu’en soit la conscience de la bourgeoisie, ou les consciences des différentes fractions bourgeoises, le Brexit, tout comme Trump, exprime le fait que la perspective de la guerre impérialiste généralisée s’impose directement. Que le processus qui y mène, et sans préjuger de son terme ou de sa vitesse, détermine dorénavant directement les politiques et orientations des principales puissances impérialistes, leurs décisions, en particulier la configuration de l’appareil politique étatique et le choix des équipes gouvernementales. Et qu’il relègue au second plan (relativement et tendanciellement) les autres considérations, économiques, sociales, politiques, diplomatiques, etc. tout en les soumettant aux nécessités de ce processus vers la guerre. Quitte à sacrifier les intérêts de certaines fractions de la bourgeoisie. Ce sont donc des tendances de fond, dans les deux cas, qui poussent la bourgeoisie à agir et qui impriment leur marques sur les “ décisions ”. Ce n’est que dans les classes dominantes historiquement plus faibles, que les décisions peuvent ne pas correspondre à des tendances de fond et mènent alors à la catastrophe “nationale”.

Dans ce sens, pour ce qui concerne le timing, le choix du moment, “l’option Trump était différente de l’option Clinton”.

5) Trump : une clarification des alliances et dynamiques impérialistes et la guerre de classe

Le Brexit et “l’impensable Trump” vont provoquer un bouleversement des alignements impérialistes, une accélération du processus de polarisation impérialiste et une aggravation de la militarisation de l’économie et de la société. Les deux événements – qui n’en font qu’un en fait – révèlent aussi que la bourgeoisie a bien enclenché un processus la menant à affronter massivement, frontalement et violemment le prolétariat. Nous ne développons pas plus ces points ici.

Une dernière précision : les nécessités de la “marche à la guerre” qui ont amené Trump au pouvoir selon nous, ne signifient pas que l’extrême droite, quelle que soit sa forme, va automatiquement prendre le pouvoir dans les principales puissances impérialistes. Par exemple, le Brexit nous montre que le Parti Conservateur, parti classique de la bourgeoisie britannique, a réussi  « à prendre la vague” même si ce fut difficile. Il est une différence fondamentale qui explique la difficulté que rencontrent les bourgeoisies des principales puissances européennes par rapport à la guerre (et à tout discours guerrier), qui explique leur “hésitation” ou approche plus prudente, et leur discours ou langage nettement moins “guerrier” : l’expérience et la tradition du prolétariat européen, en particulier par rapport à la guerre impérialiste et au nationalisme. De ce point de vue, la bourgeoisie américaine et encore plus, par exemple, la classe dominante russe ont les mains beaucoup plus libres pour assumer la guerre et porter au pouvoir des personnages comme Poutine ou Trump. La mobilisation ouvrière en France du printemps dernier fut un premier test, et un avertissement, pour les bourgeoisies européennes : malgré l’état d’urgence décrété officiellement pour “mener la guerre contre l’État islamique et ses attentats sanglants” et qui interdit les rassemblements publics et “autorise” une répression massive et violente, le prolétariat a néanmoins réussi à manifester massivement durant 4 mois envahissant les rues et les places.

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Résumons les points où se portent les principaux désaccords selon nous et qu’il faut discuter et clarifier :

- la bourgeoisie est-elle en train de perdre tout contrôle sur la situation ou bien est-elle en train de surfer sur la vague de l’histoire et des contradictions du capitalisme afin d’adapter sa politique ?

- le Brexit et Trump expriment-ils des réactions petites-bourgeoises ou bien la capacité de la bourgeoisie à s’appuyer sur ces couches et leur haineuse impuissance historique en vue d’imposer sa “ solution ” à son impasse ?

Voilà les termes du débat que nous devons développer car selon la réponse que nous donnerons, les implications politiques, en particulier sur l’intervention des groupes communistes, ne seront pas les mêmes.

12 novembre 2016, Jonas/RL

Notes

[2« La montée du populisme est dangereuse pour la classe dominante parce qu’elle menace sa capacité à contrôler son appareil politique et à maintenir la mystification démocratique, qui est l’un des piliers de sa domination sociale. Mais elle n’offre rien au prolétariat » (Revue internationale #157, http://fr.internationalism.org/revue-internationale/201609/9439/des-revers-bourgeoisie-qui-ne-presagent-rien-bon-proletariat).

[4. Nous ne pouvons développer sur ce point dans cet article mais il est clair, y compris du point de vue de la bourgeoisie et des “ chiffres ” fournis par les économistes bourgeois, qu’il n’y a pas eu de “ reprise économique ” depuis 2008 et que l’économie mondiale “ stagne ” selon eux… au prix d’une exploitation et d’une misère généralisées qui, pour leur part, ne stagnent pas, loin s’en faut.

[5. “ Clinton la cultivée ” comme le dit l’article de la TCI reproduit dans ce numéro, Les élections américaines : une surprise, oui mais avec beaucoup de confirmations (http://www.leftcom.org/fr/articles/2016-11-13/les-%C3%A9lections-am%C3%A9ricaines-une-surprise-oui-mais-avec-beaucoup-de-confirmations), justement parce que “ cultivée ”, était handicapée pour porter les messages de haine nationaliste accompagnant et alimentant toute marche à la guerre décidée et de mobiliser les éléments les plus stupides de la population, qu’ils soient sociologiquement ouvrier n’y change rien, imbibés d’idéologie petite-bourgeoise nauséabonde de toute sorte. Le clown Trump inculte, ignorant, aux propos racistes, sexistes, machistes, s’y prête parfaitement. Hitler ou Mussolini n’était pas des bourgeois éclairés et particulièrement “ cultivés ” mais “ roulaient les muscles ” drapés dans leurs uniformes militaires comme le fait aujourd’hui Poutine.

 

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

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