APRÈS L’INSURRECTION

Par Janine L.  Chauvel. France.  Le 30.01.2017.

 

(Nous publions aujourd’hui le texte d’un invité monsieur Bernard Chauvel de France. Monsieur Chauvel se questionne sur le monde dans lequel nous vivons, et sur l’après insurrection populaire. Nous ferons nos commentaires dans la zone Commentaires à la fin de l’article. faites de même si cet article vous inspire.  Merci chers lecteurs.  Robert Bibeau. Éditeur  http://www.les7duquebec.com)

 

Le paradigme capitaliste.

Le paradigme capitaliste qui s’est mis en place progressivement à partir de la Renaissance pour s’accélérer aux 18eme  et 19eme siècles puis culminer au 20eme. Il a atteint depuis 30 ans ses limites. Il survit grâce à la financiarisation : c’est-à-dire que l’argent, la plus-value ne s’effectue plus sur l’exploitation du travail humain, mais sur la création d’argent fictif, ce qu’on appelle la spéculation. Ce processus aboutit à la mise au rebut d’un nombre croissant de personnes qui sont condamnées au chômage. L’exploitation des ressources et le transfert du travail vers des pays à la main d’œuvre toujours moins chère accentue le processus : c’est le phénomène de mondialisation. Aujourd’hui le capitalisme meurt de ses propres contradictions en entraînant avec lui la paupérisation et la dévastation de la planète.

 

Marx l’avait déjà théorisé.

 

La paupérisation croissante liée à la dégradation permanente du pouvoir d’achat et le grignotage des acquis sociaux entraîne une grogne qui ne fera que s’accentuer. Le mépris et le visage de corruption des puissants (qu’ils soient politiques ou chefs d’entreprise) ne fait qu’augmenter ce besoin criant de justice sociale.

Or, il s’agit moins d’une lutte des classes, que des conséquences du fonctionnement d’une machine aveugle, le capitalisme, qui broie la majorité pour n’enrichir que quelques-uns. Même si cela paraît difficile à entendre, un milliardaire « subit » les caprices de l’économie comme un prolétaire. Simplement sa position dans la société, ses moyens financiers, sa puissance le mettent à l’abri du moins sur le plan économique !

Si j’insiste là-dessus, c’est parce que la tentation légitime des personnes qui vont se révolter contre un système absurde, inégalitaire, injuste, impitoyable est de chercher des boucs émissaires ; je peux comprendre cette colère, elle m’habite souvent … et pourtant. Je ne souhaite pas voir les têtes tomber. Je ne souhaite pas qu’on dise que c’est la faute des banquiers, de la grande finance, de la politique menée…. Oui tout cela est vrai, mais on reste à la surface des choses.

C’est comme si pour une scarlatine, on s’efforçait de ne soigner que les rougeurs. C’est le symptôme qui se voit, mais ce n’est pas la racine de la maladie…. On peut en vouloir aux boutons, mais cela ne résoudra rien.

Penser le capitalisme avec l’analyse et le vocabulaire des catégories capitalistes (même marxistes) c’est se tromper de combat car c’est inévitablement se situer dans le paradigme. Tout comme se rebeller contre l’État par la force, c’est-à-dire avec les armes, c’est courir à l’échec parce qu’on se situe sur le terrain de son ennemi.

 

Dans les deux cas, il faut sortir de ce mode de pensée, s’en abstraire… et c’est ce qui est le plus difficile.

 

Comment penser en dehors de notre paradigme de pensée ? J’aime beaucoup la comparaison avec Christophe Colomb… En 1492, lorsqu’il découvre l’Amérique, qui en Europe pense que la terre est ronde ? Peu de temps auparavant on a excommunié Galilée.

A l’époque, penser la terre plate, c’était être en accord avec l’église toute puissante et l’état. C’était obéir à Dieu, aux écrits de la Bible. L’Église avait son bras armé contre les opposants, la très redoutable inquisition. Penser différemment semblait impossible. Colomb a bousculé cela de deux manières : il a prouvé par son voyage que la terre était ronde et il a permis à l’Europe en mal d’argent et d’or de trouver une colonie à piller. C’est de là que date pour moi le début du changement de paradigme : le Dieu Argent a définitivement remplacé le Dieu du Moyen Age …. Mais cela ne s’est pas fait en un jour.

 

C’est une logique de ce style qui va advenir.

Comment ? En combien de temps ? Personne ne peut le savoir.

Le paradigme ne se laissera pas faire, les puissants ont trop à perdre. J’ai peur de la montée des dictatures au service du maintien du capitalisme et d’ailleurs ce n’est pas sans raison que la liberté de la presse est bâillonnée en Pologne et en Hongrie. Ce n’est pas pour rien qu’on instrumentalise les attentats en France qui vit depuis plus d’un an en régime d’exception c’est-à-dire en dictature ! Semer la peur dans les populations pour faire accepter de plus en plus de choses inacceptables ! Préparer la riposte aux révoltes en créant un appareil policier de plus en plus présent et intrusif sous prétexte de chasse au terrorisme.

 

Mais pour autant, de quel avenir rêvons-nous ?

Celui qui consiste à produire ? Certainement pas !

La finalité de la production est un des pivots central du capitalisme, celui par lequel une somme investie se transforme en marchandise pour faire un profit à la revente. Même libérée des patrons, la production ne perd pas sa nature profondément capitaliste.  La productivité est justement l’un des marqueurs profonds qui caractérise le paradigme capitaliste. La communisation est au contraire un mode de vie qui cherche à rompre systématiquement avec la logique de production.

 

Au final, il faut reprendre d’autres questionnements : pourquoi vivre ? Pourquoi travailler ? La seule raison qui fait que les gens travaillent c’est parce que tous les aspects de la vie ont été confisqués par la marchandisation de l’ensemble des liens de la société.  Se loger, se nourrir, se vêtir, se déplacer… tout passe par l’argent. Et dans toutes les analyses on raisonne comme si l’argent était absolument nécessaire, pire comme s’il était  trans historique. Il ne subsiste que peu d’espaces non marchandisés : essentiellement l’amitié et l’amour. D’ailleurs la communisation s’appuiera sur ces quelques liens non colonisés par le système pour mettre en place les bases d’une autre société.

 

À quoi aspire l’Homme ?

Car, si l’on revient aux besoins fondamentaux,  à quoi aspire l’Homme ? À vivre, tout simplement. Je ne suis pas en train de prôner la « sobriété heureuse » comme Pierre Rahbi, (un gourou plus dangereux qu’il n’y paraît), mais de revenir aux questions essentielles. Car penser la lutte des classes, c’est penser en terme de paradigme capitaliste, tout comme la haine est la partie négative de l’amour, sa face sombre. Il faut réussir à penser autrement….

 

Pour moi, c’est simple et complexe ; une seule idée comme un phare dans la nuit : « remettre l’homme au centre de tout  » Dignité, respect de chacun dans son unicité et sa diversité. Respect de la vie sans morale mais aussi sans violence. Du coup, pas de programme politique au sens où on l’entend d’habitude, mais une vie individuelle et sociale à recréer en évitant les chefs, les gourous, les spécialistes, les comptables et tous ceux qui pensent savoir pour vous : liberté, respect, dialogue. C’est pourquoi l’aventure des zapatistes revêt pour moi une importance cruciale. On ne refera pas une société zapatiste ; elle s’est créée aussi dans un contexte social et culturel qui est très éloigné du nôtre.

 

Cependant, il faut réfléchir à notre dépendance extrême à tout. Le capitalisme pour mieux nous asservir nous a privé de notre indépendance. Elle a morcelé le savoir-faire et les compétences, colonisé nos espaces privatifs de liberté, externalisé  les connaissances et imposé un consumérisme dans lequel nous sommes devenus passifs. Dans un monde ultra technicisé, nous n’avons paradoxalement pas gagné en compétence mais nous n’avons cessé d’être déqualifiés dans tous les domaines.

Personne ou presque ne sait rien faire aujourd’hui pour assurer sa survie. Là également, je trouve ridicule les préparatifs des survivalistes américains…. Je ne parle pas de cela,  mais dans la vie concrète, comment se nourrir, se chauffer, s’abriter et quelle place pour chacun dans la nouvelle société ?

 

La production n’a pas de sens.

La production en tant que telle n’a plus de sens, sauf pour quelques objets utiles. Il ne s’agit pas de renoncer au confort ou de retourner au Moyen Age. Mais le changement de paradigme va rendre bien des activités et des habitudes obsolètes. Le reste, c’est beaucoup de temps dégagé. Cela sera une occasion de recréer des liens différents, car libérés de la seule logique qui sous-tend notre société actuelle, le lien marchand.  Il y a une autre manière de vivre à inventer et la réponse ne peut pas être unique ni théorisée. Il faut la vivre et l’inventer en la vivant. Elle va sans doute être multiple car les gens ont chacun des histoires, des tempéraments et des modes de vie différents selon les endroits de la planète. La géographie et l’histoire vont continuer de modeler les réponses que l’humain apportera en terme de besoin et de réponse sociale.

 

C’est pourquoi à mon sens, il faut recentrer la réflexion sur l’après insurrection dans les directions suivantes :

–  se donner les moyens de l’autonomie.

–  comprendre que  l’autre, même le patron n’est pas « l’ennemi ».

–  comprendre que l’on ne peut rien créer avec la peur, la vengeance, sinon la violence et la destruction.

–  comprendre que se donner un chef ou laisser quelqu’un prendre le pouvoir, c’est déjà la fin, car c’est recréer en germe, la logique de l’État.

– il ne s’agit pas tant de faire la révolution que d’inventer d’autres modes de vie, de relations et cela en dehors d’un État, de la morale et des liens marchands.

– le capitalisme vendra cher sa peau et nous l’entretenons souvent sans le savoir, justement parce que nous pensons dans le paradigme… donc, souvent notre ennemi c’est aussi nous-même et notre mode de pensée.

– Supprimer l’argent et le travail ce n’est pas le retour au Moyen Age, mais chercher à ne pas perdre sa vie à la gagner.

– Le temps qui rythme nos vies (le temps c’est de l’argent) va perdre de son importance. La vie va forcément changer de rythme.

– Quelle place pour chacun ? La lutte des sexes imposée par la « dissociation valeur » va disparaître. Les modèles de la famille et des rapports sociaux vont profondément changer.

 

L’insurrection inévitable.

L’insurrection inévitable sera bien sûr le moment le plus favorable pour faire émerger un nouveau monde. Mais ma préoccupation première est de savoir quel monde voulons-nous ? Chacun pense différemment, peu ont une analyse objective, et c’est normal. La société capitaliste est une société de violence et de mort qui nous impose cruellement sa logique impitoyable. Mais dans le tourbillon de haine et la violence du cataclysme de sa chute (faim, famine maladie, etc…), le plus grand risque est le déchaînement de la barbarie aveugle exacerbée par l’éducation néo libérale qui sévit depuis 30 ans. Dans ce contexte apocalyptique, recréer des solidarités, éviter les solutions extrêmes, (génocides, camps, massacres, guerre totale) sera sans doute difficile.

Non, je ne rêve pas de production, de société prolétarienne (que veut dire prolétaire dans un monde non capitaliste ?) ni même de révolution.  Je rêve d’un abandon sans retour et sans regret d’un monde qui dresse les hommes les uns contre les autres, qui asservit chacun au travail et distribue de façon inégalitaire les richesses produites, qui se désintéresse de l’avenir des habitants de la planète et de ses ressources, qui sacrifie le tout au Dieu Argent. C’est bien la nature réelle du capitalisme, un système automate et irrationnel qui sacrifie tout à une chimère !

 

La véritable richesse.

La véritable richesse est contenue dans la Vie et l’intelligence humaine, féconde et variée. Laissons la créativité ensemencer le monde, avoir pour objectif d’inclure chacun et de laisser s’épanouir les talents sans compter…car la clé pour sortir du capitalisme, c’est cesser de compter ! Un ami compte-t-il son temps ? Une mère compte-elle ses heures ? Et si c’était cela le prochain paradigme ? La valeur du DON est notre véritable richesse. Le Don enrichit celui qui le fait et celui qui le reçoit. Le Don circule au-delà  des langues et des frontières. Le Don ne demande pas de retour. Cessons de regretter les illusoires richesses, les paris hasardeux des spéculations.  C’est bien le Dieu Argent qu’il faut abattre avec son cortège de travail, de contrôle du temps et des corps. Et pour cela, le mieux est de cesser de penser en terme comptable. Pas si facile !!

 

En complément :    http://sortirdutravail.org/alternatives/le-sabotage

 

 

4 pensées sur “APRÈS L’INSURRECTION

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    30 janvier 2017 à 16 04 12 01121
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    @ Janine

    1) J’aurais tant de chose à écrire sur votre texte mais je vais me retenir – et ne viser que quelques points plus important

    1) ARGENT n’est pas équivalent de PLUS-VALUE, pas du tout.
    2) LA SPÉCULATION – que vous avez raison de dénoncer -mais futilement car notre pouvoir est nul sur les boursicoteurs – la spéculation dis-je n’entraine pas le chômage – c’est le chômage qui amène la SPÉCULATION – ET personne n’y peut rien.
    3) Vous ne semblez rien entendre dans le concept de lutte de classe. La crise économique du capitalisme est le résultat du fonctionnement naturel d’une machine économique aveugle = c’est vrai mais cet machine génère = produit = alimente = nourrit = entraine = la lutte de classe indépendamment de sa volonté, de la votre, de la mienne … inutile de se facher contre la lutte des classes LAPLUIE AUSSI PARFOIS NOUS ENNUI et après ??
    4) Vous avez raison – dans la conjoncture sociale actuelle – prendre les armes (qui prendrait les armes ?) pour renverser l’État bourgeois serait absurde – suicidaire. JE CROYAIS que le titre de votre papier était justement APRÈS L’INSURRECTION !!! Évidemment qu’il faut laisser aller le bateau ivre du capitalisme (de toute manière qui pourrait l’arrêter) et il créera lui-même les conditions de l’insurrection – les millions et les milliards se lèveront et l’État sera fétu de paille sur les flots déchainés de l’insurrection – MAIS LE RÉEL DANGER SERA APRÈS LES DESTRUCTIONS DE L’INSURRECTION Je croyais que votre papier allait en parlé..
    5) Pour l’argent vous nous exhortés à PENSER DIFFÉREMMENT – HORS SYSTÈME – POURTANT la mystique ARGENT TOUT PUISSANT EST un thème récurrent du et dans le système capitaliste. Je vous conseil de rejeter immédiatement ce FÉTICHISME ARGENT
    6) Le profit ne provient pas de la REVENTE DE LA MARCHANDISE – ca c’était sous le capitalisme mercantile – sous le capitalisme industriel le profit est une portion de la plus-value – du surtravail produit en usine et RÉALISER SUR LE MARCHÉ.
    7) LIBÉRÉS DES PATRONS, des propriétaires des moyens de production -échanges – communication OUI LA MARCHANDISE disparaît car disparaît avec le propriétaire (MÊME ÉTATIQUE – ATTENTION) la propriété et également le rapport marchand qui organise la récupération de la plus-value chez le client
    8) OUI tout a été confisqué par la marchandisation – le rapport marchand – Y COMPRIS L’AMITIÉ ET L’AMOUR – les agences de rencontre vous le diront et Facebook également et la prostituée sur la Rue St-Laurent également
    9) JE TERMINE CETTE PREMIÈRE VAGUE – Vous écrivez – REMETTRE L’HOMME AU CENTRE DE TOUT ???? Quel Homme ? L’Homme multimilliardaire capitaliste n’est-il pas au centre de tout – Donald Trump donne l’impression en ce moment d’être au centre du tourbillon méditique du moins

    À suivre

    Robert Bibeau Éditeur http://www.les7duquebec.com

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      30 janvier 2017 à 19 07 28 01281
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      je vais répondre point par point :

      Point 1 bien sûr l’argent n’est pas la plus-value, mais la grosse différence entre l’argent avant le capitalisme et sous l’ère capitaliste est que l’argent n’est pas qu’une monnaie d’échange. L’argent est conçu pour fructifier. Il faut qu’une pièce en fasse 2 puis 3, par n’importe quel biais. Voilà pourquoi la plus-value, reste le centre du système.

      Point 2 non ce n’est pas le chômage qui créer la spéculation. C’est simplement le besoin de créer toujours plus de valeur. Cette survaleur se faisait autrefois sur la main d’œuvre, d’où le chômage dans les pays développés en délocalisant le travail sur des marchés où le coût de la main d’œuvre est moins élevé.
      A présent le mécanisme de la spéculation est plus subtil car il repose sur de l’argent totalement déconné des circuits réels de l’économie.
      Je vous conseille la lecture du livre de LOHOFF et TRENKLE, la grande dévalorisation, qui explique très bien les mécanismes financiers et les changements apportés durant les 30 dernières années.

      Point 3 : je ne me fâche pas sur la lutte des classes. Je trouve juste que c’est un concept qui ne sert plus à rien. Lutte des classes… oui… et alors ? C’est comme si on disait que d’un côté il y a les blonds, et de l’autre les bruns… n’est-ce pas ? Je ne veux pas devenir blond(e), je veux juste que lorsque l’on me regarde on voie une personne. Il y a de place pour tous sur cette planète. Enlever l’argent , le pouvoir … et on est tous égaux. L’ennemi ce n’est pas le patron, c’est l’argent.

      Point 4 : je vois où vous voulez en venir. Justement je n’ai pas de programme, car avoir un programme c’est vouloir pour les autres. Et c’est déjà prendre le pouvoir. Je vous conseille la lecture (quoiqu’un peu ardue) de John Holloway changer le monde sans prendre le pouvoir. Il tire en partie son analyse de l’expérience zapatiste.
      Il n’y aura pas une réponse, mais des réponses, comme le pouvoir créatif de l’homme est multiple. Je n’ai pas la prétention d’en avoir. Je peux juste rêver et essayer de faire partager mes souhaits.
      Le sous-commandant Marcos (zapatiste) était un marxiste qui s’est mis à écouter et à laisser les gens autour de lui s’emparer de leur vie sans leur impose sa propre vision. A la fin on est sans doute loin du marxisme mais très proche des gens…. C’est ça qui m‘intéresse. Il a une phrase intéressante : « le chemin se fait en marchant ». Alors pourquoi vouloir le tracer à l’avance ? Il croit en l’intelligence collective et laisse le temps faire son travail.

      Point 5 : OK. Si j’en parle c’est qu’il est difficile y compris pour moi de penser sans l’argent. Dans quelques heures le réveil va sonner, et j’irai travailler pour gagner de quoi payer mes factures !

      Point 6 : Subtilité sans « intérêt ». La réalité capitaliste : « avec un sou je dois en faire 2 puis 3 ». Actuellement la plupart des grandes entreprises font leur profit sur de l’argent qui n’existe que virtuellement …

      Point7 : la marchandise disparait parce que l’argent disparait, pas à cause du patron.
      Dans le capitalisme si je crée un objet pour moi c’est juste un objet. Si je le mets en vente, je suis obligée de lui attribuer un prix et cet objet devient une marchandise ( souvent calculé en taux horaire de travail abstrait).
      Si une usine fonctionne sans patron et produit des objets qu’elle vend, ce sont tout de même des marchandises ! Et on reste dans un système capitaliste, mais ce sont les travailleurs qui s’exploitent eux-mêmes ( idem pour un auto entrepreneur).

      Point 8 : Ça c’est l’amour côté marchand. Ce n’est pas de cela dont je parle. Oui, le rôle des sexes a été très déterminé par le capitalisme et ce n’est pas pour rien que les salaires ne sont pas égaux. On a assigné depuis des siècles à la femme le rôle d’entretien et de reproduction de la force travail et tous les aspects de la vie qui ne sont pas rentables ou monnayables. Du coup les sentiments, les corps sont des marchandises avec l’arrogance du pouvoir que créer l’argent.

      Il reste cependant des échanges réels d’amour ou d’amitié non marchands, désintéressés ; c’est ce que j’appelle aussi le DON. C’est une partie inaliénable mais fragile. Les femmes la comprennent mieux et la vivent plus souvent justement parce qu’une partie de leur existence reste souvent en marge de la société. Il faut être femme pour le comprendre et cela aussi se « paie » au prix fort : renoncement, solitude, abandon etc…
      De la même façon, les sociétés qui sont restées plus éloignées des ravages du capitalisme utilisent naturellement ces échanges. Un des fondements du zapatisme repose dessus.

      Mais on peut aussi souligner la merveilleuse parenthèse de la commune à Paris en 1871 où il n’y a eu ni vol, ni pillage, et un véritable début de société alternative. C’est de cela dont je rêve.

      Point 9 : Votre interrogation sonne presque comme une taquinerie ! N’est-il pas suffisamment clair que je n’ai aucune admiration pour l’arrogance que donnent le pouvoir et la richesse ?
      Lorsque je pense Homme, je devrais dire Humain, Personne (il est vrai que la langue française est très machiste). En allemand il existe le mot Mensch (humain).

      Tant que X vaudra plus que Y parce qu’il est plus grand, d’une autre couleur, d’un autre pays, d’un autre sexe etc.. il y aura un vrai souci. La vie de chacun n’a pas à être ni justifiée, ni monnayée, ni jugée… la vie EST et chacun a un droit imprescriptible à exister pour ce qu’il EST.
      Politiquement cela signifie qu’une société qui favorise quelques-uns au détriment des autres n’est pas désirable.

      Dans la théorie les gens font de la politique pour faire avancer les choses, pour créer une société meilleur et plus juste. On nous rebat les oreilles avec ça et je lisais la phrase cynique d’un homme politique français « si les gens croient aux promesses des candidats, ils en sont seuls responsables ! »
      Pour ma part, la devise des zapatistes me convient : « être chef c’est être au service des autres » d’où la boutade de se faire appeler sous-commandant. (ce n’est pas luis qui commande , mais il est sous le commandement du peuple ) Grande leçon d’humilité !

      Janine

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        31 janvier 2017 à 15 03 43 01431
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        @ Janine

        Je poursuis pour le moment mes commentaires – je reviendrai plus tard sur vos commentaires

        1) Notre dépendance extrème à tout dites-vous Quel est le problème d’être dépendant à l’air, l’eau, la nourriture, le soleil ???
        2) Quelle place dans la nouvelle société demandez-vous MAIS OÙ est-elle la nouvelle société ? Qui la construira et comment ???
        3) La réponse de l’humain dites-vous – l’Humain ça n’existe pas selon moi – c’est-à-dire un genre unique couvrant tous les HUMAINS – Un humain est un construit social collectif et l’humain que nous voyons devant nous est une réalité concrète forgée par la société ET NON L’INVERSE.
        4) SE DONNER LES moyens de l’autonomie (je ne comprends pas le sens de cette phrase ??? Qui doit se rendre autonome de qui et de quoi ???) Pour faire quoi ???
        5) INVENTER D’AUTRES MODE DE VIES dites-vous Janine. On invente pas des modes de vie – c’est du spiritualisme pur – Un mode de vie repose d’abord et avant tout sur la façon que l’homme social parvient à lutter contre la rareté et ainsi de produire ce dont il a besoin pour vivre – CA S’APPEL UN MODE DE PRODUCTION SOCIAL. De ceci découle tout le reste y compris la morale et la religion.
        6) L’insurrection je dois vous le dire AU DÉBUT ne sera pas le moment le plus favorable pour faire émerger -inventer un nouvelle société – une société du DON, et autres vœux pieux de cette nature. Il n’est pas vrai comme vous le dites que chacun pense différemment – chacun est le produit de la société organisée par un mode de production et les rapports d production afférents.
        7) L’INSURRECTION POPULAIRE sera une immense séance de dé-frustration de défoulement – de destruction de l’ancien également = ce ne sera pas le moment de la construction du nouveau – ce temps viendra après que les bases de l’aliénation sociale auront été détruites ALORS commencera OU PAS – LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE qui – elle- sera l’appel à construire le nouveau mode de production qui produira l’homme nouveau – la nouvelle société – par construction-évolution progressive – sur de nombreuses années
        8) NOUS SAVONS DÉJÀ QUEL ESN SERA LE PRINCIPE DE RÉPARTITION INUTILE DE LE CHERCHER MADAME JANINE CE SERA De chacun selon ses capacités – À chacun selon ses besoins

        Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

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          1 février 2017 à 14 02 40 02402
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          1. C’est étrange que vous ne compreniez pas l’importance de la dépendance. Cela concerne le positionnement des personnes face à l’Etat. Actuellement (je vais surtout parler pour la France), un citoyen ne peut pas vivre de façon autonome ; c’est la continuation de l’accaparement par le privé ou par l’Etat du bien commun : l’eau, une partie de la terre .. Cela signifie dans le concret que l’on ne peut pas vivre en France, sans être rattaché à l’eau, à l’électricité. On ne peut pas élever des animaux sas se déclarer paysan, on ne peut pas cultiver la terre sans être pacson, voire même acheter de la terre sans passer par les fourches caudines de l’Etat. On ne peut pas abattre un poulet hors du contrôle de l’Etat. J’estime qu’il s’agit d’une véritable dépendance.

          Mais ce à quoi je faisais surtout référence dans le concept de dépendance, c’est que nous vivons dans un monde très fragile. Toute notre technologie est basée sur l’électricité et l’insurrection va entraîner un arrêt de l’activité. La conséquence est qu’en 48 h, tout est bloqué. Arrêt des centrales nucléaires, cela veut dire arrêt de l’électricité, risque nucléaire mais aussi plus de lumière, de chauffage, d’approvisionnement de magasins. Plus de réfrigération, plus de pompe à essence…. Tout est à l’arrêt et le chaos s’installe. Pire, on ne pourra pas réparer car pour réparer il faut faire redémarrer la structure capitaliste. De fait, cela montre que si vous ne l’imaginez pas, c’est bien que vous comptez remettre en place la structure capitaliste existante en changeant simplement les propriétaires du capital. Il ne s’agit pas dans votre vision d’une révolution, mais d’un simple coup d’Etat.
          Or l’effondrement technologique va se produire sans moyen de retour. Pourquoi ? Parce que le technicien du nucléaire qui ne touchera plus son salaire restera chez lui pour cultiver ses pommes de terre. Actuellement aucun scientifique ne maîtrise l’intégralité de chaînes de production aussi complexes. Autre argument : à quoi sert cette production en dehors d’un monde capitaliste ?
          Rapidement la population mondiale va se retrouver comme au 19ème siècle ou avant, sauf que personne n’y est préparé. C’est cela dont je parle. La déqualification et la fragilité de la dépendance technologique.
          Il faut toujours méditer les exemples de l’histoire : la chute de Rome a liquidé pour 1000 ans les grandes villes qui ne retrouveront leur population équivalente à l’empire romain qu’au 19ème siècle ! Leur dépendance à l’eau a été le facteur de leur chute. Il n’y a pas eu besoin d’insurrection, le système a chuté de lui-même. A méditer !

          2. La nouvelle société commence quand l’autre s’achève et cela est indépendant de notre volonté. La bascule se fait au moment de l’insurrection. Elle sera surtout chaotique est RESTE à construire. Je ne crois pas, contrairement à ce que je lis de vos remarques, qu’il faut apporter un projet tout fait. Le projet se construira ou non : c’est le chaos ou des tentatives de vie civilisée : « le chemin se fera en marchant, et tout le monde n’avancera pas à la même vitesse ». Je sais ce n’est pas très rassurant, mais c’est ainsi que je le vois. Apporter un projet tout fait même sous le prétexte du Bien, est déjà une dictature et une morale.

          3. Je ne suis pas d’accord du tout avec vous. L’être humain préexiste au système capitaliste. Même si une partie de notre construction est sociale, enlevez le cadre social et ce n’est pas la mort de tous. Des caractéristiques humaines existent en dehors de tout et fondent la NATURE humaine. C’est ce qui fait que malgré la chute de Rome, les gens ont continué de vivre et ils le feront de la même façon, à la chute du capitalisme. La seule certitude transhistorique des sociétés est bien la réalité d’une nature humaine.

          4. Lorsque tout va s’écrouler, le seul moyen de faire en sorte que la transition ne soit pas trop chaotique, c’est que rapidement chacun trouve une place pour se loger, se nourrir, … après le démantèlement de tout (cf ma description dans le paragraphe 1), il faudra parer au plus pressé. Une foule affamée ne peut pas penser à autre chose que son ventre ! Comment se loger, se chauffer, se nourrir lorsque plus personne ne sait faire des gestes oubliés (aller chercher l’eau, chasser, connaître les plantes, se soigner… ). Les personnes qui anticipent cette autonomie face aux éléments seront largement favorisés.

          5. Je vois en vous lisant qu’il est évidemment difficile pour vous d’inventer un nouveau mode de vie. Ce que vous expliquez est ni plus ni moins que la REPRODUCTION sous un autre mode de gouvernance, du mode de production capitaliste. A vous lire, cela ressemble furieusement à un rappel de l’URSS, au capitalisme d’Etat et à la dictature du prolétariat.
          Je ne suis pas d’accord non plus sur le fondement de votre analyse : non, l’homme social ne lutte pas contre la rareté. Quelle rareté ??? Il y a de quoi vivre pour tous sur cette planète, pour peu que l’on ne cherche pas à produire pour faire de la marchandise, de la valeur et de l’argent.
          Le concept de rareté, c’est justifier le coût ou la valeur de certains produits (notion capitaliste).
          Le capitalisme avec sa voracité et la dévastation de la planète qu’il opère pour créer de la valeur, a rendu rares des matières premières essentielles à la vie (l’eau, pollution des terres et de l’air, destruction de la biosphère). Il faudra vivre avec !
          Par contre l’homme social cherche à vivre en harmonie et en paix. La vision purement politique de l’homme est sans doute une construction de l’esprit, car il y a toujours derrière ce concept une lutte de pouvoir. On présuppose qu’il faut un CHEF qui pense, dirige et dit ce qu’il faut faire. Pour ma part, je ne le crois pas et surtout, je ne le souhaite pas. Il n’y a dans ces propos ni relent de religion, ni relent de morale.

          6. Bien sûr que chacun pense différemment, c’est d’ailleurs ce qui fait qu’en ce moment nous dialoguons !!
          Je suis d’accord avec vous qu’une partie de nous se construit autour de normes sociales, c’est pourquoi justement les réponses ne peuvent pas être les mêmes. Habiter au Soudan, en Guyane, en France ou en Alaska n’a rien à voir. La grosse différence déjà est le climat et les ressources naturelles qui sont offertes à chacun. L’état des routes, les habitudes de vie, la manière dont chacun envisage son rapport au monde (tribal, individuel, en lutte de classe, …). Vivre dans le monde capitaliste ne fait pas de nous des êtres aux réflexes de pensée uniformes. La première de nos différences est la dissociation sexuelle qui traverse toutes les sociétés et qui modèle fortement notre conception du monde. Ce serait s’illusionner que de ne pas le voir.
          Votre analyse reprend des concepts abstraits, d’un homme abstrait qui n’existe que sur le papier. Sans le savoir c’est déjà une manière de confisquer la pensée de l’autre. Derrière c’est toujours une forme de pouvoir qui vise à imposer une manière de vivre au nom des idées, le terreau de toutes les dictatures et l’ouverture des camps. C’est très violent, je sais… mais dans mon processus de pensée j’ai eu également à affronter cela.
          C’est pourquoi discuter, prendre conscience et ne pas se tromper d’ennemi est primordial.

          7. Je ne crois pas du tout à cela. Il s’agit une construction intellectuelle … le fameux concept marxiste de la révolution et de l’avènement de la société communiste. Clairement je n’y crois pas et même je ne le souhaite pas. Car derrière c’est toujours le pouvoir avec un groupe qui décide pour les autres et leur dit ce qu’il y a de bien pour eux.
          Pour moi c’est simplement un Etat qui en remplace un autre… Passez, il n’y a aucun changement de fond. Autant, s’épargner le chaos et rester dans une vision neo Keynésienne !
          L’homme nouveau ? Cette expression fait froid dans le dos, car en quoi est-elle différente du concept nazi de l’homme nouveau ?
          L’homme EST, il n’a pas besoin de changer, d’être rééduqué. Il existe, mais il vit d’une manière empêchée dans des sociétés où l’Etat impose le travail, les vacances, la répartition familiale, etc… Il ne pourra se déployer que dans la liberté.
          L’Homme EST, c’est celui qui sommeille déjà en nous, qui rêve de vivre selon ses aspirations ; sinon nous ne rêverions pas de tout changer !
          Ce qui est sûr pour moi c’est que l’homme ne rêve pas de production !!! ou alors il est vraiment digne de l’asile d’aliéné (LOL). La rigidité de la pensée marxiste traditionnelle créer un monde binaire, abstrait et dogmatique. « C’est cela ou cela ne sera pas » empêche de penser de façon fluide, ouverte et inventive. C’est une pensée d’homme (masculin) pour homme (masculin) qui date du 19eme siècle avec la rigidité d’une thèse économique abstraite, comme si l’être humain se réduisait à l’homo œconomicus !!! Pour moi, imaginer l’horizon de l’avenir ainsi est pareil/pire que le présent.

          En fait les écrits de Marx marxiste, au niveau économique et politique ne tiennent plus la route. Elles étaient vraies au 19ème siècle sauf sur un point : la nature du travail. Le drame de toute la lutte d’émancipation sociale aux 19ème et 20ème siècles est d’avoir voulu à tout prix sauver le travail c’est-à-dire, sauver la logique du paradigme capitaliste !
          Il est très ironique d’observer que c’est justement la lutte de classe qui en aménageant sans cesse les conditions de travail a permis au travail aliéné de survivre et par la même, de faire perdurer le capitalisme. Car la lutte de classe se situe à l’intérieur du paradigme, sans en sortir (c’est pourquoi dans mon premier texte, je parlais de rupture et non d’aménagement du paradigme, c’est ce que j’appelle penser différemment).

          Par contre les concepts développés par Marx dans ses premiers écrits (les Grundrisse), à l’époque où il se contentait de faire de la philosophie, restent remarquables. C’est ce Marx « exotérique » qui me (nous) parle, celui sur lequel se fondent les analyses de la Wertkritik.
          D’ailleurs la Wertkritik se contente d’une analyse très fine et pointue des mécanismes du capitalisme mais se garde bien de suggérer un scénario de sortie ; c’est d’ailleurs le point sur lequel ce mouvement de pensée est le plus vivement critiqué (on leur reproche de rester seulement des philosophes).

          8. je ne sais pas à quoi fait référence cette remarque … donc je ne peux pas y répondre.

          Bien à vous. On avance !
          Janine

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