Chronique : «zélé-ctions »

Chérif Abdedaïm

Que ce soit en Egypte ou en Ukraine, les récentes élections n’ont été qu’une poudre aux yeux sous couvert « démocratique ». Deux mascarades de plus sur la scène comico-diplomatique.

En Egypte, après le grand succès de son référendum constitutionnel (janvier 2014), le maréchal putschiste, Al-Sissi remporte une nouvelle victoire : il est élu président dès le premier tour avec 96,6 % des suffrages (soi-disant) exprimés. Son seul et unique concurrent était un avocat « nassérien ». Le taux de participation aurait atteint 46,8 %. En réalité, estiment les Frères musulmans, il n’a pas dépassé 10 %. Le régime lui-même, après deux jours de calme plat dans les bureaux de vote, a commencé à paniquer en voyant que les Egyptiens se désintéressaient totalement de cette présidentielle bidon. Il a donc rajouté un troisième jour, décrété férié, afin de permettre à la population de se rattraper. Apparemment, les gens ont préféré aller à la pêche – une activité autrement plus utile…

Rappelons qu’en 2012, face à 12 concurrents au premier tour, Morsi n’avait pu l’emporter qu’au second. Il avait alors été élu- véritablement et démocratiquement – avec 51,73 % des voix, pour une participation de 51,85 % (Wikipédia). 13,2 millions de voix réelles s’étaient portées sur son nom. Al-Sissi, lui, a été crédité de 24 millions de voix (Wikipédia) dont 20 millions de voix virtuelles ou volées. Mais même si tous ces gens avaient vraiment voté pour lui, 24 millions c’est beaucoup moins que les 33 ou 34 millions de supporters qu’il avait paraît-il un an plus tôt. La dictature s’auto-légalise. La répression continue, il y a déjà 17.000 prisonniers politiques.

Passons maintenant à la cène ukrainienne. Encore une présidentielle bidon : les imposteurs de Kiev annoncent un taux de participation de 60 %. Le milliardaire Porochenko est « élu » dès le premier tour avec 55 % des voix. La milliardaire Timochenko doit se contenter de 13 %, le nazi Liachko arrive 3ème avec 8 %.

Désormais, à Kiev, les trois « hommes forts » du régime sont juifs : le « président »Porochenko, son « Premier ministre » Yats et le nouveau maire de la capitale, Klitchko.

Le nouveau « président » veut « mettre fin à la guerre et rétablir l’unité de l’Ukraine ». Pour cela il a besoin de l’aide de Moscou. Il est à craindre qu’il existe un arrangement occulte au sommet, entre le maître du Kremlin et les faiseurs de président de Washington : Poutine pousse activement le Donbass à rentrer dans le rang en échange d’une « fédéralisation » de pacotille (qui permettrait par exemple aux 98 % de russophones de parler russe chez eux) ; en contrepartie, la Russie garde la Crimée – pour le moment… Les événements des prochains jours vont montrer que la réalité est pire encore…

Après la présidentielle bidon, les médias occidentaux prétendent à l’unisson que les scores obtenus par le candidat de « Svoboda » (Tyahnibok) et celui du Pravy Sektor (Iaroch), soit respectivement 1,2 % et 0,7 %, prouvent que ces groupes sont « marginaux » et que l’Ukraine n’est pas aux mains des fascistes comme l’affirme la « propagande » russe. Ce que ces pressetitués « oublient » de mentionner : 1) Liachko, avec ses 8 %, n’est pas moins fasciste que les deux précédents – 2) les pourcentages attribués à chaque candidat ont autant de rapport avec la réalité que le taux officiel de participation – 3) les groupes néo-nazis, malgré leurs scores plus que modestes, dominent sans partage l’appareil « sécuritaire » de la junte – 4) les candidats « honorables », à commencer par celui que les Etats-Unis ont placé sur le fauteuil présidentiel, sont aussi criminels que les fascistes «pur sang » ; on en aura l’illustration 24 heures après le vote…

Cela dit, Porochenko déclare qu’il veut « la poursuite et l’intensification des opérations militaires, mais sous une forme différente, à la fois plus courte et plus effective ». C’est ce que l’oligarque appelle « privilégier le dialogue ».Il va sans aucun doute porter à de nouveaux sommets cette guerre du régime «contre son propre peuple ».

Près de Slaviansk, les troupes de Kiev se remettent à pilonner Semionovka : encore deux civils tués.

A Donetsk, un groupe armé s’empare de l’aéroport Prokofiev, jusqu’à présent contrôlé par la junte. La veille, les fascistes avaient essayé d’y installer un« bureau de vote central » en remplacement de tous les bureaux fermés dans l’agglomération de Donetsk – sans aucun succès.

Pour sa part, Kiev riposte par l’envoi d’hélicoptères et de forces spéciales. Il est également question de snipers, de parachutistes, de bombardements aériens et de tirs de missiles. Un hélicoptère de la « Garde nationale » est abattu (La Voix de la Russie). On signale la présence de mercenaires étrangers équipés d’armes et de matériel de pointe (Rousskaïa Viesna). L’aéroport passe aux mains des fascistes puis est repris par la résistance. Des combats acharnés ont lieu dans les environs. On entend également des coups de feu et des explosions près de la gare centrale. La situation est confuse.

Quatre morts de plus dans le secteur de Slaviansk où les tirs d’artillerie de la junte fasciste continuent inlassablement. La résistance n’a ni l’armement ni les forces nécessaires pour briser le siège et mettre fin aux pilonnages criminels.

A l’aéroport de Donetsk, les combats se poursuivent, semble-t-il ; un deuxième hélicoptère est abattu. Mais là aussi, les moyens des défenseurs sont insuffisants pour venir à bout des mercenaires. Les fascistes mitraillent un camion qui transportait des blessés : bilan 24 morts (Itar-Tass). En tout, on dénombre au moins 35 patriotes tués à Donetsk. Auxquels il faut sans doute ajouter ceux de Marioupol, où le siège local de la résistance a été attaqué par des mercenaires vêtus de noir et parfaitement équipés.

Toutes ces opérations de commandos extrêmement professionnelles sont à l’évidence coordonnées par des forces extérieures qui n’ont pas grand-chose à voir avec la moribonde « armée ukrainienne ». On veut profiter de l’euphorie artificielle suscitée par la « présidentielle réussie » pour éradiquer aussi rapidement que possible le séparatisme de l’Est.

Dans le courant de l’après-midi du 27 mai, les médias annoncent que « l’armée a repris le contrôle de l’aéroport ». Quelle armée ?… Blackwater ?… Les forces spéciales de l’OTAN ?… On a entendu des snipers qui parlaient polonais…

Il est clair qu’une telle offensive entraînant des massacres de cette ampleur, n’est possible qu’avec l’accord tacite du Kremlin, en ayant la certitude qu’il n’y aura aucune réaction autre que verbale de la part de Moscou…

Pour ce qui est des pertes du régime, Kyiv Post fait état de cinq morts dans les rangs de la « Garde nationale » à Donetsk et de trois militaires tués près de Slaviansk.

Le 28 mai,, et dans le but de détourner l’attention du massacre de Donetsk, on refait le coup des « observateurs » de l’OSCE « kidnappés » par les séparatistes. Cette fois, il s’agit d’un Danois, d’un Turc, d’un Estonien et d’un Suisse (donc trois hommes de l’OTAN plus un apparenté). C’est peut-être un coup monté pour justifier la « solution finale » que l’on prépare pour le Donbass avec l’aide désintéressée de la Russie. De toute manière, les quatre fouineurs étrangers n’avaient rien à faire dans les parages, n’ayant été invités par personne

Le bilan exact des tueries reste encore très flou. Un porte-parole du ministère ukrainien de la (défense) Guerre contre son propre peuple, un certain Dmitrachovski, parle de « plus de 200 séparatistes tués ».

Selon RIA Novosti, quatre mines du Donbass sont entrées en grève pour soutenir les combattants. Reste à savoir quel impact une telle mesure peut avoir au niveau militaire. Autre soutien symbolique : celui des cosmonautes russes de la station spatiale.

Le président biélorusse Loukachenko félicite son « homologue » ukrainien pour sa brillante « élection ». Ce crétin ne semble pas comprendre qu’il est le prochain de la liste…

A Slaviansk, la situation est dramatique. Les tirs d’artillerie détruisent une école, un jardin d’enfants et de nombreuses maisons. Les habitants se réfugient dans des caves qui leur servent d’abris. Les fascistes ne laissent plus personne sortir de la ville. Un terrible bain de sang se prépare.

Porochenko est aux commandes à Kiev, bien qu’il ne soit pas encore officiellement investi. Il déclare que l’Ukraine est en état de guerre et annonce qu’une de ses priorités est de capturer les dirigeants de l’insurrection. Avec l’aide des mercenaires étrangers, cela ne devrait pas être trop difficile…

Enfin, le 29 mai, on signale d’intenses pilonnages, mitraillages et combats à Slaviansk. Les défenseurs abattent deux hélicoptères de la junte, tuant 14 militaires dont un général (RIA Novosti). Les espions de l’OSCE sont aux mains de la résistance et détenus dans un lieu inconnu. A Lougansk, une base ukrainienne est prise d’assaut par les séparatistes ; 80 militaires ou « gardes nationaux »se rendent (Russia Today).

Selon Itar-Tass, 300 mercenaires originaires de l’ouest de l’Ukraine et ayant déjà combattu dans le nord du Caucase et même en Syrie, ont rejoint les milices du Pravy Sektor dans le sud-est.

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Chérif Abdedaïm

Chérif Abdedaïm est journaliste écrivain algérien. Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes dont "Aux portes de la méditation", "Le Bouquet entaché", "Abdelhafid Boussouf, le révolutionnaire aux pas de velours", "Constantine, la saga de beys", "la Contrée désolée", etc.

2 pensées sur “Chronique : «zélé-ctions »

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    6 juin 2014 à 7 07 56 06566
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    Félicitations Cherif.
    Excellent ton texte. Merci à toi d’Algérie de nous donner l’heure juste sur ce qui se passe pas si loin de ta patrie (Algérie-Égypte)

    Il faut toutefois regretter que les peuples égyptiens et ukrainiens fassent les frais de ces guerres de clans entre les deux grandes alliances mondiales (OTAN – RUSSIE-CEI-CHINE)

    La chair à canon provient toujours des mêmes abattoirs.

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    6 juin 2014 à 10 10 37 06376
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     » est clair qu’une telle offensive entraînant des massacres de cette ampleur, n’est possible qu’avec l’accord tacite du Kremlin, en ayant la certitude qu’il n’y aura aucune réaction autre que verbale de la part de Moscou…  »

    –J’ai des réserves concernant cette affirmation .

    Et celle-ci :  » C’est peut-être un coup monté pour justifier la « solution finale » que l’on prépare pour le Donbass avec l’aide désintéressée de la Russie. »

    Bonne journée

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