Contradictions CHINE-INDE au sein du BRICS et de l’Alliance de Shanghai

Sous-titre : Les Maldives point chaud de la rivalité sino-indienne. Par  Luc Michel. Le 21.02.2018. Sur :  Luc Michel Geopolitical Daily.


 

PARTIE I   DE L’ANALYSE GÉOPOLITIQUE

 

J’analysais il y a quelques jours (en anglais) une des «contradictions internes » (pour utiliser ce concept
marxiste-léniniste) des BRICS et de l’ OCS (Organisation de coopération de Shanghai). Les choses s’accélèrent ces derniers jours, avec l’intervention de la flotte chinoise …

L’Inde tente en effet de bloquer l’influence chinoise aux Maldives, position stratégique centrale au milieu de l’Océan indien. Sur fond de crise géopolitique et de crise politico-électorale aux Maldives, ce mardi 20 février au matin, la Chine a envoyé une flottille de navires de guerre dans l’océan Indien.

Depuis le début du mois de février, 11 destroyers chinois ont été acheminés vers l’océan Indien, après une escalade des tensions aux Maldives. La flottille qui est entrée ce matin dans l’océan Indien est composée d’un groupe de destroyers, d’un navire de 30 000 tonnes et de navires auxiliaires. Cette nouvelle a été annoncée par l’agence de presse Reuters, ajoutant « qu’aucune date de départ n’avait été encore fixée pour la flottille chinoise, composée également de navires de ravitaillement ».

Le président des Maldives, Abdulla Yameen, a récemment signé un accord qui met en évidence sa décision de faire partie du projet de la Route de la soie. L’Inde, qui entretient des relations très proches avec les Maldives, situées à 400 kilomètres des frontières indiennes, tente de barrer la route à l’influence grandissante de la Chine sur ces îles d’Asie du Sud.

Des opposants pro-indiens au gouvernement maldivien ont appelé New Delhi à passer à l’acte pour aider un pays où les musulmans constituent une majorité. Dans la foulée, l’armée chinoise a publié, sur son site web officiel, des photos montrant que ses navires menant des exercices militaires dans l’océan Indien. Pékin a mis en garde, dans la mesure du possible, ses citoyens contre toute visite aux Maldives.

 

LES CONTRADICTIONS INTERNES DE L’OCS ET DES BRICS: LA RIVALITÉ ENTRE CHINE ET INDE POUR LE CONTROLE DE L’OCÉAN INDIEN

Nous allons ce jour loin des champs de bataille de la « nouvelle Guerre froide 2.0 », vers le théâtre méconnu d’une confrontation asiatique, celle de Pékin et de New Dehli pour le contrôle des Iles Maldives. Nous sommes là au cœur d’une des plus profonde contradictions internes à la fois de l’Organisation de Coopération de Shanghai (ce Bloc géopolitique eurasiatique, autour de Moscou et de Pékin, qui défie la superpuissance américaine) et des BRICS. Qui sont un concept opportuniste géoéconomique (forgé par Goldman-Sachs) et pas du tout un ensemble géopolitique, comme on le croit trop souvent, particulièrement en Afrique.

L’Inde est le maillon faible de ces deux ensembles (1). À la fois opposé à Pékin pour de vieilles querelles de frontières sur l’Himalaya, mais aussi des ambitions régionales concurrentes (Océan indien, Népal, Sri Lanka, Bhutan), et au Pakistan (qui s’éloigne de Washington et se rapproche de l’OCS) (2) pour d’autres (question du Cachemire et parité stratégique avec Islamabad). Washington et son poisson-pilote israélien en Inde (3) utilisent évidemment ces brèches géopolitiques.

 

 

LES ILES MALDIVES POSITION STRATEGIQUE DANS L’OCÉAN INDIEN …

 

Le Think-Tank US Stratfor vient de consacrer une intéressante analyse sur un des points méconnus de la rivalité sino-indienne : les Iles Maldives, à la position stratégique dans l’Océan indien …

Que dit Stratfor :

«Alors que l’Inde veut voir un politicien Maldive sympathisant, tel que Nasheed, au pouvoir, qui peut faire avancer ses intérêts, il aurait rejeté sa demande d’intervention militaire ou même d’un envoyé spécial pour Malé. Ce refus est à prévoir. Envoyer des troupes aux Maldives renforcerait sans aucun doute l’image de New Delhi en tant qu’hégémoniste dominateur qui ne craint pas d’utiliser la force contre ses plus petits voisins. Une telle réaction pourrait faire pencher la balance politique régionale en faveur de la Chine, qui a déjà bénéficié du sentiment anti-indien lors des élections de décembre au Népal, où l’Alliance gauchiste pro-chinoise, dirigée par l’ancien Premier ministre Khadga Prasad Oli, a pris le pouvoir (…) À son tour, New Delhi veut qu’un gouvernement sympathisant à Malé réévalue une série de projets d’infrastructure chinois en cours qui, selon l’Inde, pourraient présager la présence militaire éventuelle de Pékin aux Maldives. New Delhi s’inquiète déjà de l’utilisation possible par la Chine du port de Gwadar au Pakistan comme base navale, en plus de sa base nouvellement lancée à Djibouti de l’autre côté de l’océan Indien. Il surveille également le port de Hambantota (Sri Lanka), financé par la Chine. L’Inde veut éviter la même chose ailleurs le long de sa périphérie. L’intérêt des Chinois et des Indiens pour les Maldives réside dans leur emplacement stratégiquement important à cheval sur les principales routes maritimes et énergétiques, y compris celles qui traversent le golfe d’Aden et le détroit de Malacca. Du point de vue de Pékin, les Maldives pourraient offrir un port naval stratégique et une base aérienne pour aider à sauvegarder ces importantes lignes maritimes de communication. L’Inde, qui cherche à rester la puissance navale dominante dans l’océan Indien, veut éviter toute présence navale chinoise dans la région – et donc son intérêt à soutenir un politicien pro-indien comme Nasheed. »

 


 

PARTIE II  DE L’ANALYSE GÉOPOLITIQUE

 

L’ATTRACTION FATALE DE L’INDE POUR WASHINGTON ET TEL-AVIV

Par Luc Michel.  Le 22.02.2018  Sur EODE

« L’Inde, qui connaît depuis longtemps des conflits territoriaux avec ses voisins, la Chine et le Pakistan, a déjà signé dans le passé plusieurs accords de défense coûteux depuis l’arrivée de Modi au pouvoir en 2014. Le pays a pris ses distances face à son allié traditionnel pour le matériel militaire, la Russie, et a approfondi ses liens avec Israël aux niveaux diplomatique et militaire »   – The Times of Israel (6 février 2018).

Une des « contradictions internes » (pour utiliser ce concept marxiste-léniniste) fondamentales des BRICS et de l’ OCS (Organisation de coopération de Shanghai) est la double rivalité géopolitique entre l’Inde et le Pakistan et entre New-Dehli et Pékin (1). Elle explique l’attraction fatale de l’Inde pour Washington et Tel-Aviv, qui joue un rôle de poisson-pilote dans la dérive pro-occidentale indienne (2) …

 

I- VERS UNE ALLIANCE AMERICANO-INDIENNE CONTRE PEKIN

« Le président américain Donald Trump et le Premier ministre indien Narendra Modi se sont entretenus ce 8 février au téléphone sur divers sujets dont la guerre en Afghanistan et le sort des réfugiés rohingyas du Myanmar », a indiqué la Maison Blanche dans un communiqué.

Vat-on assister à un virage américano-indien face à la Chine ? L’administration Trump a entrepris des efforts pour approfondir ses liens militaires et économiques avec l’Inde afin d’équilibrer la montée de la puissance chinoise à travers l’Asie.

Les deux pays ont réitéré « leur engagement en faveur de la sécurité en Afghanistan ». Les États-Unis ont récemment décidé de suspendre une partie de leur importante aide militaire au Pakistan, principal rival de l’Inde dotée d’armes nucléaires, prétextant qu’Islamabad était « incapable d’éradiquer les talibans et les éléments du réseau Haqqani qui ont contribué à la longue guerre en Afghanistan » (3). Mais en réalité, il s’agissait de réagir à la réorientation du Pakistan vers Pékin et Moscou, dans le cadre de l’unification du continent eurasiatique (4). L’Inde a augmenté son aide à l’Afghanistan ces dernières années et a promis en 2016 de livrer plus d’armes militaires à Kaboul, amenant au refroidissement des relations entre Islamabad et New Delhi.

Les deux dirigeants ont également évoqué « le sort de plus de 680.000 musulmans rohingyas qui ont fui le Myanmar en 2017 » après que l’armée birmane a lancé une opération militaire dans l’État de Rakhine.

Donald Trump et Narendra Modi ont aussi abordé le dossier nord-coréen. Washington a mené des efforts diplomatiques pour intensifier la pression internationale contre les programmes et les essais balistiques de Pyongyang, sous prétexte d’une éventuelle attaque contre les États-Unis. Bien que l’Inde et la Corée du Nord aient des ambassades dans leurs capitales respectives, New Delhi a interdit le commerce de la plupart des produits avec Pyongyang, à l’exception des vivres et des médicaments.

 

II-  LES LIAISONS DANGEREUSES ENTRE TEL-AVIV ET NEW-DEHLI

« Dans l’état natal de Modi, la foule chante la romance entre l’Inde et Israël Le Premier ministre a fait l’objet d’un accueil rarement vu par des dirigeants israéliens ; le directeur du ministère des Affaires étrangères n’a jamais assisté à un tel spectacle (…) Les démonstrations d’amour pour Israël et ses leaders de mercredi – une partie soigneusement chorégraphiée et d’autres, de toute évidence, spontanées  ont renforcé le message affiché par la romance fraternellement amicale entre Netanyahu et Modi, une camaraderie qui, les deux hommes l’espèrent, débouchera sur une relation commerciale et stratégique plus étroite » – The Times of Israel (18 janvier 2018).

Dans le rapprochement de l’Inde avec le Bloc américano-occidental, dont l’Axe Washington- Tel Aviv est le cœur, Israël joue un rôle fondamental de poisson-pilote. « Les responsables entrevoient un fort potentiel dans le rapprochement commercial et stratégique » entre Tel-Aviv et New-dehli, dit le ‘Times of Israel’ …

 

III – NETANYAHU EN INDE A LA MI-JANVIER : LA DEFENSE ET LES QUESTIONS REGIONALES AU PROGRAMME

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est arrivé à New Delhi, première visite d’un chef de gouvernement israélien en 15 ans, pour « resserrer les relations bilatérales ». « Cette visite constitue l’occasion de renforcer la coopération avec une puissance économique, sécuritaire, technologique et touristique mondiale », avait déclaré le Premier ministre israélien dans un communiqué publié avant le voyage. « Le Premier ministre indien Modi est un ami proche d’Israël ».

Netanyahu n’était que le second chef de gouvernement israélien à se rendre en Inde, après Ariel Sharon en 2003. Il était accompagné d’une imposante délégation commerciale, avec des représentants des secteurs technologique, agricole et de la défense. Israël est un gros fournisseur de matériel militaire pour New Delhi, avec environ un milliard de dollars d’équipements vendus chaque année. Netanyahu avait aussi ajouté : « Notre relation en matière de défense est assez significative et couvre de nombreux domaines (…) Je pense que le mot-clé est défense. Nous voulons nous défendre. Nous ne sommes pas des nations agressives, mais nous sommes engagés à nous assurer que personne ne nous agresse. »

Les deux hommes ont signé une série d’accords dans les secteurs du pétrole, du gaz, de l’énergie renouvelable et la cyber-sécurité. Ils ont également promis « de renforcer le commerce bilatéral et  l’investissement. »

 

IV – LE POPTENTIEL ET LES DEFIS DU RAPPROCHEMENT ISRAELO-INDIEN

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a donc effectué cinq jours de visite en Inde « durant lesquels un accueil qui, selon certains, sortait de l’ordinaire lui a été réservé ».

« Les drapeaux israéliens brandis par les enfants et les panneaux géants à l’effigie du leader israélien qui ont été fixés dans toutes les villes visitées par le Premier ministre – ont rapidement disparu. Plus sérieux toutefois est de savoir si la relation qui s’est affichée par le biais des manifestations minutieusement chorégraphiées pourra surmonter les nombreuses pressions qui s’exercent en sa défaveur », interroge le quotidien israélien.

Aujourd’hui, les relations commerciales entre Israël et l’Inde s’élèveraient, selon des estimations, à près de cinq milliards de dollars, et la majorité de ce commerce concerne le diamant et les armements, avec les sources officielles indiennes qui établissent ce chiffre à « près de 3 milliards de dollars » – ce qui fait de l’Etat juif son 39e partenaire commercial. En comparaison, l’Inde réalise plus de 7,2 milliards de dollars de commerce avec l’Iran. « Mais ce que les responsables des deux côtés appréhendent parfaitement est le potentiel – pour davantage d’échanges commerciaux et une relation stratégique plus proche – et c’est bien ce qui pousse les deux parties à vouloir travailler ensemble ».

L’objectif affirmé du voyage entrepris par Netanyahu et la centaine d’hommes d’affaires qui l’accompagnaient en Inde était « de diversifier et d’étendre les liens commerciaux et de mettre en exergue ce qui est déjà considéré comme une relation diplomatique qui ne cesse de se renforcer ». « Tout est possible », a dit Netanyahu à diverses occasions, un sentiment partagé par le Premier ministre indien Narendra Modi, qui a accompagné Netanyahu lors de plusieurs étapes de ce voyage.

Cérémonie après cérémonie, « les responsables ont mis en scène la proximité de la relation entretenue entre l’Inde et l’Etat juif, l’amabilité régnant entre les pays » et le fait que « chacun de nous est entouré par des ennemis ». « Le mélange entre la technologie israélienne et la créativité indienne a été un autre thème évoqué à de nombreuses occasions durant la visite », alors que Netanyahu était amené à rencontrer des responsables, des chefs d’entreprise, des jeunes entrepreneurs et des agriculteurs soutenus par l’aide israélienne.

« Mais tandis que l’optimisme a été omniprésent, il y a eu également des signes annonçant des divergences, que ce soit au niveau des liens commerciaux ou au niveau stratégique et sécuritaire ».

 

V- LES OMBRES DE LA RELATION : LA QUESTION PALESTINIENNE

« En tant que pays accueillant la deuxième communauté musulmane la plus importante dans le monde, avec une relation ancienne avec Israël et des liens commerciaux forts et continus entretenus avec l’Iran, l’histoire d’amour supposée entre l’Inde et Israël est plus complexe que la romance fraternelle affichée entre ses dirigeants peut le laisser croire », avoue encore le ‘Times of Israel’.

Les deux chefs de gouvernement se sont rendus à un mémorial en hommage aux soldats indiens ayant combattu pour la libération de Haïfa pendant la Premier guerre mondiale. Dans un communiqué conjoint émis après un entretien officiel, aucun des deux Premiers ministres n’a mentionné les Palestiniens, Modi disant même que « les terres que les soldats avaient aidé à libérer lors de la Première guerre mondiale formaient Israël » (cela aurait pu être un lapsus mais Netanyahu a ensuite suivi le mouvement, disant que « ces militaires avaient libéré Israël, la terre d’Israël »).

Mais jeudi matin, quelques heures après que Modi a fait ses adieux à Netanyahu, des informations ont fuité sur le projet du Premier ministre indien de rendre visite à Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, dans quelques semaines. Et quelques semaines avant la visite de Netanyahu, l’Inde a soutenu une résolution de l’ONU qui condamnait la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem en tant que capitale israélienne, même si les deux pays ont insisté sur le fait « que ce vote n’affecterait pas leurs liens ».

 

VI – LES OMBRES DE LA RELATION : UNE ALLIANCE CENTREE SUR LA PERSONNE DE MODI ET SON PARTI BJP

La visite faite par Modi en Israël, au mois de juillet, la toute première d’un Premier ministre indien, n’avait pas inclus de visite à Ramallah. De manière quelque peu similaire, la visite de Netanyahu, la deuxième seulement de la part d’un chef de gouvernement israélien après le passage-éclair d’Ariel Sharon en 2003 – il avait dû revenir au sein de l’Etat juif pour gérer un attentat – n’a pas compris dans son programme de rencontre avec le leader de l’opposition Rahul Ghandi du parti de gauche du Congrès.

Tandis que la faction de Ghandi a, depuis des années, bloqué les liens avec Israël et dirigé le Bloc anti-israélien aux Nations unies, il a maintenu majoritairement des liens positifs avec Israël dans le gouvernement dirigé par Manmohan Singh avant l’arrivée au pouvoir de Modi en 2014, ce qui a rendu cette omission très étonnante. Cette absence de rencontre entre Netanyahu et Gandhi et le fait que le Premier ministre n’a visité que des états dirigés par le parti nationaliste BJP de Modi, évitant même le pôle d’affaires de Bangalore malgré l’orientation commerciale du voyage, « pose la question sur l’éventuelle survie des liens positifs forgés entre Israël et l’Inde sous Modi si ce dernier devait ne plus être au pouvoir ».

« Ce confinement de l’itinéraire de Netanyahu à des états dirigés uniquement par le BJP est une initiative à court terme », a estimé le professeur P. R. Kumaraswamy de l’université Jawaharlal Nehru dans le quotidien ‘Indian Express’. « Dans la mesure où les relations ont été établies par le Premier ministre du congrès Narasimha Rao, la construction du consensus a été la marque de fabrique des relations indo-israéliennes ».

 

VII – LA QUESTION DES RELATIONS STRATEGIQUES

« Les relations stratégiques pourraient être également entravées par la réticence à prendre position contre les ennemis des uns et des autres. Malgré la tentative d’Israël d’isoler l’Iran sur son programme nucléaire, Téhéran et New Delhi entretiennent un accord de partenariat proche, particulièrement dans le pétrole. C’est une relation que New Delhi n’abandonnera probablement pas sans plus d’incitations que quelques usines de purification de l’eau ».

 

D’un autre côté, les responsables israéliens ont indiqué qu’ils n’avaient aucun intérêt à essayer de se rapprocher de l’Inde en repoussant le Pakistan et la Chine. Une caricature dans un journal populaire au cours de la visite a représenté « Netanyahu et Modi pilotant un drone alors que le Pakistan et la Chine » se cachaient de peur, mais les responsables israéliens ont insisté sur le fait que ce n’était pas représentatif de la réalité. « Ce n’est pas un jeu à match nul », a déclaré un responsable israélien, en ce qui concerne l’équilibre des liens avec l’Inde et les relations avec la Chine (Israël n’a pas de relations avec le Pakistan).

Cependant, un responsable indien a noté que la relation pourrait être affectée si les liens d’Israël avec la Chine passaient de l’économique au stratégique, l’Inde voyant la Chine – contre laquelle elle a combattu et perdu une guerre frontalière cuisante dans les années 1960  comme une menace majeure.

Arun Singh, un ancien ambassadeur indien en Israël, a écrit lors du voyage de Netanyahu que la volonté de Jérusalem de garder une ouverture sur les liens avec le Pakistan et d’améliorer les relations avec la Chine pourrait freiner l’amélioration des relations entre l’Inde et Israël. « Il y a des limites à la convergence d’intérêts, comme c’est inévitable entre deux pays, en particulier ceux avec des histoires différentes et des divergences dans leurs défis géopolitiques, » a-t-il écrit sur le site indien The Print. « Nous devons consolider sans hésitation notre relation bilatérale avec Israël, là où elle sert nos intérêts nationaux. Mais nous devons également rester attentifs aux limites des convergences. L’approche d’Israël vis-à-vis de la Chine, de l’Iran et du Pakistan est indicative. »

S’adressant aux journalistes pendant le voyage, M. Netanyahu a dit qu’il « comprenait les sensibilités » entourant la construction de liens avec New Delhi alors que les deux n’étaient pas alignés sur d’autres questions géopolitiques.

 

VIII – DU COMMERCE A LA POLITIQUE ET PUIS A LA GEOPOLITIQUE ?

« Mais le commerce et la politique sont souvent entrelacés, comme en témoigne le projet d’un vol direct entre New Delhi et Tel Aviv survolant l’Arabie Saoudite, qui est devenu un thème majeur du voyage ». Au milieu des rumeurs de négociations sur un éventuel rachat d’Air India, Netanyahu lors d’un forum d’affaires a appelé à un « vol simple et direct ». Plus tard dans la journée, un exportateur indien de produits alimentaires a confirmé que l’absence d’un tel vol nuisait aux relations d’affaires.

Les hommes d’affaires indiens lors de nombreux événements organisés par Netanyahu ont souligné « la force de la relation économique », cependant, en insistant, ils ont admis qu’Israël n’était qu’un élément
sur la carte des liens d’affaires potentiels.

De toute évidence, les pourparlers de libre-échange sont resté lettre morte, et la plus grande nouvelle commerciale à venir est la reprise d’un accord pour l’Inde visant à acheter des missiles antichars Spike (connus sous le nom de Tammuz en Israël) auprès de la firme israélienne Rafael. Cependant, il semble que ce soit pour moins que le prix initial de 500 millions de dollars. « L’information sur l’accord avec Rafael a rapidement éclipsé tout le reste des événements de la journée et même une grande partie de l’agenda officiel du voyage, qui avait pour objectif d’élargir la relation économique entre les deux pays au-delà des ventes d’armes et de pierres précieuses. Mais avant que le Premier ministre ne fasse part de cette nouvelle, lui et Modi ont souligné l’importance de l’innovation et de l’agriculture, deux secteurs dans lesquels l’Inde et Israël espèrent étendre leur collaboration ».

Pourtant, « les liens entre les pays se rapprochent indéniablement de plus en plus. Il est impossible d’ignorer les foules d’Indiens venus accueillir Netanyahu, avec des routines bizarres qui semblaient parfois embarrassantes et obséquieuses – un signe qui, dans une large mesure, montre qu’Israël a un géant à ses côtés, même s’il est encore largement concentré sur le fait de sauver des centaines de millions de personnes de la misère », et c’est en grande partie grâce à l’accent mis par Netanyahu « sur le développement des relations diplomatiques  dans le monde ». En même temps, il semble logique de mettre l’accent sur l’importance de cette relation.

 

IX – UNE QUESTION STRATEGIQUE CENTRALE : LES CONTRAT D’ARMEMENT

Un responsable israélien arrivait en Inde ce 6 février pour finaliser l’accord d’armement. Des sources proches du gouvernement indien ont confirmé pour la première fois « qu’un important accord déterminant l’acquisition de missiles anti-tanks auprès du fabricant d’armes israélien Rafael était à nouveau d’actualité après avoir été dans un premier temps annulé par Delhi », ont fait savoir lundi les médias indiens.

Le général de division Udi Adam, directeur-général du ministère israélien de la Défense, est arrivé le 6 février pour une visite de quarante-huit heures qui a compris des entretiens avec son homologue indien, Sanjay Mitra, et la signature d’un accord intergouvernemental finalisant les détails de l’accord, a rapporté le ‘Hindustan Times’. Les pays ont négocié les modalités de l’achat des missiles guidés Spike auprès de l’entreprise Rafael Advanced Defense Systems ainsi que leur prix. De hauts-responsables du gouvernement de Narendra Modi ont fait savoir que la commande devrait porter sur environ 3 000 missiles.

 

« L’accord sera signé par les deux gouvernements, ce qui fait espérer à l’Inde qu’il sera moins onéreux que celui qui avait été annulé fin 2017 dans la mesure où il n’inclut pas un transfert de technologie comme c’était le cas dans l’accord initial », a précisé l’article. L’article a ajouté « qu’un fabricant d’armes indien qui développe actuellement un missile anti-tank local s’était opposé à l’inclusion de la clause de transfert technologique, ce qui aurait été à l’origine de l’abandon de la convention initiale ».

Le 2 janvier, un porte-parole de Rafael avait confirmé que l’entreprise avait reçu une note officielle de la part du gouvernement indien stipulant que l’accord original – pour un montant de 500 millions de dollars – avait été abandonné. Cet accord d’acquisition de missiles avait été signé en 2014. Avant son annulation, Rafael avait
commencé ses préparations pour livrer les missiles, ouvrant une  structure de production en Inde au mois d’août avec son partenaire local, le Kalyani Group, un géant industriel. Mais le 17 janvier, durant une visite officielle en Inde, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait annoncé que le gouvernement de Modi « réautorisait l’accord Spike », ajoutant que des détails étaient en cours d’étude. Quelques jours plus tôt, les médias indiens avaient fait savoir que «Delhi réexaminait la possibilité de remettre l’accord sur la table et d’acheter les armes par le biais d’une convention gouvernement-à-gouvernement ».

 

Maintenant, alors que l’accord est à nouveau d’actualité, Delhi cherche à « combler les lacunes » avant d’initier un nouveau missile anti-tank construit en Inde et nommé Nag, qui se trouve actuellement en phase d’essai et dont la production commerciale ne devrait commencer que « dans un certain temps », selon le ‘Hindustan Times’. « Le prix négocié des Spike déterminera combien de missiles et de lanceurs seront vendus à l’Inde », a noté l’article, ajoutant que davantage de missiles devraient être fabriqués en Inde dans une coentreprise située à Hyderabad.  « La commande annulée concernait 3 000 missiles et 5 000 autres issus de l’usine de Hyderabad », aurait déclaré un haut-responsable qui n’a pas été identifié. « La commande actuelle devrait concerner environ 3 000 Spike, et l’armée devrait avoir l’option d’acheter les missiles auprès de la coentreprise de Hyderabad ».

 

Au mois d’avril dernier, Israël et l’Inde avaient signé un accord militaire « d’environ 1,2 milliards de dollars qui comprenait un approvisionnement sur plusieurs années de missiles à moyenne portée sol-air, de lanceurs et de technologies de communication ».

 


NOTES

 

(1) Voir (en Anglais) sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
THE INTERNAL CONTRADICTIONS OF THE SHANGHAI COOPERATION ORGANISATION
AND THE BRICS: THE MALDIVES, STAKE BETWEEN INDIA AND CHINA
sur http://www.lucmichel.net/2018/02/15/luc-michels-geopolitical-daily-the-internal-contradictions-of-the-shanghai-cooperation-organisation-and-the-brics-the-maldives-stake-between-india-and-china/

(2) Voir sur EODE. ORG/ GEOPOLITIQUE/
UNE REALITE MECONNUE : L’AXE STRATEGIQUE ET MILITAIRE INDE-ISRAEL
Sur http://www.eode.org/eode-geopolitique-une-realite-meconnue-laxe-strategique-et-militaire-inde-israel/

(3) Voir LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
DJIHADISMES : LA NOUVELLE MENACE DU RESEAU HAQQANI, ALLIE DES TALIBANS
EN AFGHANISTAN …
sur http://www.lucmichel.net/2017/10/22/luc-michels-geopolitical-daily-djihadismes-la-nouvelle-menace-du-reseau-haqqani-allie-des-talibans-en-afghanistan/

(4) Voir sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
L’APPEL DE L’EURASIE EN MARCHE : L’ADMINISTRATION TRUMP EST-ELLE EN
TRAIN DE PERDRE LE PAKISTAN AU PROFIT DE PEKIN (ET DE MOSCOU) ?
Sur http://www.lucmichel.net/2018/01/08/luc-michels-geopolitical-daily-lappel-de-leurasie-en-marche-ladministration-trump-est-elle-en-train-de-perdre-le-pakistan-au-profit-de-pekin-et-de-moscou/
Et :
Sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
GEOECONOMIE & EURASIE : LE CORRIDOR NORD-SUD BOULEVERSE LES ALLIANCES
GEOPOLITIQUES ET LE ‘GRAND JEU’ DU PROCHE-ORIENT …
Sur http://www.lucmichel.net/2017/09/08/luc-michels-geopolitical-daily-geoeconomie-eurasie-le-corridor-nord-sud-bouleverse-les-alliances-geopolitiques-et-le-grand-jeu-du-proche-orient/

(Sources : Fars – Times of Israel – The Hindustan Times – AFP – EODE Think-Tank

.
(1) Voir sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
L’INDE ENTRE GEOECONOMIE – L’INTEGRATION EURASIATIQUE ET LES
‘NOUVELLES ROUTES DE LA SOIE’ – ET VIEILLE GEOPOLITIQUE (CONTENTIEUX
AVEC LA CHINE ET ALLIANCE AMERICAINE)
Sur http://www.lucmichel.net/2017/11/06/luc-michels-geopolitical-daily-linde-entre-geoeconomie-lintegration-eurasiatique-et-les-nouvelles-routes-de-la-soie-et-vieille-geopo/

(2) Voir sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
L’APPEL DE L’EURASIE EN MARCHE : L’ADMINISTRATION TRUMP EST-ELLE EN
TRAIN DE PERDRE LE PAKISTAN AU PROFIT DE PEKIN (ET DE MOSCOU) ?
Sur http://www.lucmichel.net/2018/01/08/luc-michels-geopolitical-daily-lappel-de-leurasie-en-marche-ladministration-trump-est-elle-en-train-de-perdre-le-pakistan-au-profit-de-pekin-et-de-moscou/

Sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
GEOECONOMIE & EURASIE : LE CORRIDOR NORD-SUD BOULEVERSE LES ALLIANCES
GEOPOLITIQUES ET LE ‘GRAND JEU’ DU PROCHE-ORIENT …
Sur http://www.lucmichel.net/2017/09/08/luc-michels-geopolitical-daily-geoeconomie-eurasie-le-corridor-nord-sud-bouleverse-les-alliances-geopolitiques-et-le-grand-jeu-du-proche-orient/

(3) Voir sur EODE. ORG/ GEOPOLITIQUE/
UNE REALITE MECONNUE : L’AXE STRATEGIQUE ET MILITAIRE INDE-ISRAEL
Sur http://www.eode.org/eode-geopolitique-une-realite-meconnue-laxe-strategique-et-militaire-inde-israel/

(Sources: Reuters – Stratfor – Asia Sentinel – EODE Think-Tank)

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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