Crise économique et guerres s’alimentent

Titre original :  Crise économique et guerres s’alimentent l’une l’autre et annoncent la guerre de classe   Source : Revue  Révolution ou Guerre. No 5. Février 2016. Pages 1-2. URL : http://igcl.org/Crise-economique-et-guerres-s

(Une réflexion profonde est proposée aujourd’hui à travers l’éditorial de la revue Révolution ou Guerre du groupe GIGC. Une erreur de perspective se glisse toutefois dans l’article qui présente un point de vue opportuniste sur la question de la guerre et de la crise économique dans le présent contexte du mode de production capitaliste, à son stade d’évolution impérialiste ultime. Nous confronterons nos analyses respectives dans la section commentaires.  Robert Bibeau. Directeur.  Les7duQuébec.com).

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Depuis janvier 2015 et les attentats de Paris contre Charlie Hebdo, les attentats terroristes se sont multipliés de par le monde, sur tous les continents, africain, asiatique, au Canada et aux États-Unis, jusqu’à revenir frapper encore plus violemment Paris et l’Europe le 13 novembre. Les guerres locales n’ont pas cessé jusqu’à voir les principales grandes puissances impérialistes, États-Unis, France, Grande-Bretagne jusqu’à la Russie et l’Allemagne, toutes intervenir militairement et directement, une première, en Syrie et en Irak ; chacune défendant ses intérêts propres au risque de provoquer des incidents militaires entre elles. N’est-ce pas ce qui a commencé à se produire avec la destruction de l’avion de chasse russe par la Turquie, membre éminent de l’OTAN ? Depuis, les appels à l’union nationale pour mener la guerre contre le terrorisme ont envahi les discours officiels en même temps que les États, européens en particulier tel la France et la Belgique, décrétaient l’état d’urgence et adoptaient des mesures de répression interdisant manifestations de rue et oppositions à l’union nationale ; toute contestation sociale d’importance assimilée à du « terrorisme » ou favorisant ce dernier. Le climat de guerre permanent et de répression que l’adoption du Patriot Act américain avait institué en Amérique du Nord après les attentats du 11 septembre 2001, et qui prévaut dans nombre de pays autour du globe, comme la Chine et la Russie, s’est à son tour installé en Europe occidentale. Ce sentiment est aggravé par l’exode de millions de migrants dans des conditions effroyables, en particulier vers l’Europe, du fait des conflits militaires et de la misère capitalistes. De tels déplacements massifs ne s’étaient pas vus sur le vieux continent depuis 1945. En parallèle, l’économie capitaliste est incapable de « repartir » malgré les discours officiels et un endettement général gigantesque qui s’est, lui aussi, multiplié depuis 2008. Le mythe des pays émergents, et surtout de la Chine, devant sauver l’économie capitaliste s’est écroulé. À sa place, la propagande bourgeoise a bien essayé d’y substituer une soi-disant reprise américaine comme salvatrice et annonçant un renouveau. Mais la réalité des chiffres de la croissance américaine, ridicules, a vite fait de doucher les enthousiasmes d’autant que tout indique que la sphère financière connaît de nouvelles bulles spéculatives qui ne demandent qu’à éclater comme en 2008 – la chute des bourses, chinoises en particulier, en est une expression. Sauf que cette fois, leurs dégâts économiques et humains seront sans commune mesure avec ceux pourtant déjà dramatiques de 2008. Et surtout que le recours à la création massive de monnaie (ou liquidités) par les États et les banques centrales, ce qu’ils appellent aujourd’hui le Quantitative Easing, a été d’un tel niveau qu’il a sans doute épuisé toutes ses « vertus économiques ».

L’impasse économique du capitalisme pousse à la guerre

Crise et guerre se conjuguent de plus en plus directement aujourd’hui. Il n’en reste pas moins que c’est l’impasse économique du capitalisme, la contradiction entre forces productives et rapports capitalistes de production, les premières excédant les limites des seconds, qui détermine en dernière instance l’engrenage infernal qui mènerait le capitalisme à une 3e guerre mondiale généralisée si le prolétariat révolutionnaire ne réussit pas à briser cette mécanique.   Au plus fort de la crise de 2008, l’introduction massive de « liquidités », c’est-à-dire la création de monnaie, par les banques centrales et la prise en charge par les États des créances douteuses des banques, ont permis d’éviter le blocage soudain et brutal de l’économie comme en 1929. Le résultat en fut une explosion de l’endettement, pourtant déjà très élevé, des États. Si ces politiques propres au capitalisme d’État ont réussi à empêcher l’effondrement brutal généralisé – mais non sans conséquences dramatiques pour les populations et pour certains pays comme la Grèce par exemple –, elles n’ont pas réussi à relancer l’économie. « La vérité est que l’économie mondiale est [aujourd’hui] en récession, non cyclique mais structurelle, et que les velléités de faire de la politique monétaire le remède universel se fracassent sur le mur de l’économie réelle tout en s’accompagnant d’une prise de risque maximum pour la stabilité financière » (Patrick Artus et M.P. Virard, La folie des banques centrales, Fayard, déc. 2015). Le flot d’argent injecté sur les marchés ne s’est pas dirigé vers le secteur productif du fait de profits trop faibles mais vers le secteur financier et spéculatif qui offre des rendements beaucoup plus élevés, créant ainsi différentes bulles qui ne demandent maintenant qu’à exploser de nouveau. Or, le niveau d’endettement, le niveau des taux d’intérêt fixés par les banques centrales dont certains sont négatifs, l’usage massif de la création de monnaie et de rachat d’actifs par ces mêmes banques, qui n’ont pas réussi à relancer l’économie capitaliste, rendront cette fois inefficiente une relance des politiques de Quantitative Easing face à de nouvelles explosions [1]. Aujourd’hui, le malade drogué et en manque de 2008 à qui il a fallu injecter une dose massive de liquidités, ne peut plus s’en passer au point que la moindre annonce de toute petite hausse des taux d’intérêt – comme a essayé de le faire la FED, la banque centrale américaine – provoque inquiétude et même panique sur les marchés. Au niveau économique, l’impasse est là et la concurrence économique, autour du pétrole ou encore la guerre des monnaies, laisse le pas aux rivalités impérialistes – la défense du dollar devenant, in fine, plus un enjeu impérialiste qu’économique pour la bourgeoisie américaine. Face à l’impasse, il n’est d’issue pour le capital que dans la course à la guerre…   La décision de l’Union Européenne d’autoriser la France à ne pas respecter l’objectif de 3 % de déficit budgétaire au nom de la guerre contre le terrorisme met en lumière un autre aspect, caché, des politiques de Quantitative Easing (QE). C’est un pas important… pour l’Allemagne. Jusqu’alors farouchement opposée à ces politiques, le débat fait rage au sein de la bourgeoisie allemande. Il est significatif de relever que les pays où la QE a été résolument mis en place dès 2008, les États-Unis [2] et la Grande Bretagne par exemple, ont dédié en 2014 respectivement 3,5 % et 2 % de leur PIB en dépenses militaires. L’Allemagne seulement 1,2 % [3]. Si la France n’avait pas un taux de dépenses militaires de 2,2 %, « elle serait quasiment dans les clous du Pacte de stabilité », c’est-à-dire un déficit à 3 % (Libération, 21/11/2014). La mise en place par les premiers de politiques de QE depuis 2008 leur ont permis de développer leur effort de guerre respectif. C’est dans cette voie que les bourgeoisies européennes les plus conscientes des enjeux historiques semblent décidées à s’engager et que leur permet la nouvelle politique monétaire de la banque centrale européenne initiée en 2014.   Crise économique et guerres s’alimentant l’une l’autre de plus en plus directement, plongent le monde capitaliste, et avec lui l’ensemble de l’humanité, dans une spirale infernale, dans une descente aux enfers dont nul ne voit le fond. Il n’est qu’une alternative réelle et possible, loin des « utopies » en tout genre et des mystifications. Celle de la destruction de la société capitaliste, avec elle de la marchandise, de l’exploitation, des classes sociales, des États, par l’action révolutionnaire du prolétariat et par l’exercice de sa dictature de classe. Cette force sociale historique, constituée de la grande majorité des salariés du monde, qui produit l’essentiel des richesses sociales, est à la fois classe exploitée et classe révolutionnaire. À ce titre, et quelle que soit la réalité et la puissance de son opposition immédiate au capitalisme, à la crise et aux guerres, à la misère et à l’exploitation accrues, le prolétariat porte en lui la destruction du capital et la perspective révolutionnaire du communisme.

Crise et guerres contraignent la bourgeoisie à déclarer la guerre de classe

Certes le prolétariat ne réussit pas, à ce jour, à faire reculer les attaques contre ses conditions de vie et de travail. Ses luttes de résistances – bien que réelles – restent insuffisantes en nombre et la plupart du temps confinées dans les limites légales et les divisions imposées par les États et leurs syndicats. Il en résulte que beaucoup doutent de la vitalité de la « lutte des classes » d’autant que s’y ajoute le silence, et même la censure, que les médias gardent la plupart du temps sur les luttes ouvrières qui se développent. Pourtant il suffit de regarder ce que fait la classe antagoniste capitaliste pour relever qu’elle mène pour sa part une lutte de classe résolue contre les ouvriers et salariés de chaque pays. Crise et guerres se conjuguent à un tel point, les événements de l’année 2015 en sont le produit et des facteurs aggravants, qu’elles contraignent la bourgeoisie à déclarer maintenant une véritable guerre de classe : crise et guerres croissantes exigent une plus grande exploitation de la force de travail, du prolétariat mondial ; crise et guerres exigent une plus grande soumission idéologique et politique d’où les appels à l’union nationale au nom de la guerre contre le terrorisme et la défense de la démocratie ; crise et guerres exigent une plus grande discipline sociale d’où l’instauration de mesures de répression et autres états d’urgence interdisant rassemblements publics, manifestations et condamnant tout discours « déviant » aussitôt qualifié de « terroriste ».   Enfin, dernier élément historique fondamental, décisif en dernière instance, qui oblige la classe capitaliste à défaire politiquement et physiquement la classe ouvrière mondiale : la dynamique inhérente à la relation crise-guerres porte en elle la perspective d’une 3e guerre mondiale généralisée, mettant au prise directement les principales grandes puissances. Du point de vue du capital, sa crise, crise de surproduction, ne peut être « dépassée » qu’au moyen d’une destruction massive de forces productives, usines, infrastructures, et de la force de travail vivante, c’est-à-dire du prolétariat. Les crises financières et boursières et les guerres impérialistes locales, même si elles ne cessent d’augmenter et de commettre des ravages croissants, ne suffisent pas à « résoudre » l’excédent de forces productives comme la 2e guerre mondiale avait réussi à le faire permettant ainsi les « 30 glorieuses » années de reconstruction. Or, la faiblesse actuelle de la résistance prolétarienne et la soumission de ses grandes masses à l’idéologie bourgeoise ne suffisent pas à garantir contre le risque que la classe révolutionnaire n’élève et ne généralise ses combats contre l’État capitaliste face à la perspective ouverte d’une guerre généralisée et aux sacrifices que sa préparation économique et politique exigerait encore plus. La classe dominante est obligée d’imposer une défaite telle que la terreur et une soumission totale règnent aussi dans les rangs et les masses prolétariennes.   Crise et guerre s’alimentent l’une l’autre dans une spirale qui donne le vertige et que seul le prolétariat peut rompre. La crise ne peut que provoquer des attaques encore plus violentes contre ses conditions de vie et de travail ; et les nécessités de la guerre provoquer des attaques idéologiques et politiques encore plus fortes. Nous sommes au début de confrontations massives entre les classes du fait des nécessités impérieuses du capital. De leur issue, défaite ouvrière « historique » ou généralisation des luttes permettant une extension significative de la conscience de classe dans les masses ouvrières, et avec elle de l’influence et de l’action des groupes communistes, dépend la capacité du prolétariat à rompre la spirale menant à la guerre généralisée par l’ouverture de la voie révolutionnaire. Dès aujourd’hui, les groupes communistes se doivent d’entrevoir les terrains et les termes de la bataille entre les classes qui vient, afin de pouvoir se porter au premier rang politique de celle-ci au fur et à mesure de son développement. Aussi faibles et dispersés sont-ils aujourd’hui, ils n’en restent pas moins un facteur primordial de l’affrontement qui se présente et le facteur de conscience principal si, à partir de celui-ci, s’ouvre la voie à la destruction révolutionnaire du capitalisme.

Le GIGC, 2 février 2016.

 

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