DANS LE MONDE UNE CLASSE EN LUTTE-mars 2017

 

CONFUSIONS

Alors que nombre de ceux qui nous entourent se laissent prendre aux jeux médiatiques changeants et se focalisent soit sur le Moyen-Orient, soit sur le cirque électoral français ou les sorties incohérentes de Trump, on doit revenir aux fondamentaux et voir que malgré les hoquets du système, les guerres locales, les effets néfastes divers, humains, climatiques, de l’expansion continue du capital et le chaos, le mode de production capitaliste fonctionne toujours avec un PIB mondial supérieur aujourd’hui à ce qu’il était avant la crise de 2009 (ce qui ne dit rien d’ailleurs du taux de profit global).

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On peut faire ressortir que les conditions de cette production capitaliste se sont modifiées dans les dix dernières années avec une concentration des entreprises, l’expansion des processus de production automatisés, et un abîme de misère dû à une exploitation de plus en plus intensive de la force de travail et au rejet sous des formes diverses d’un surplus d’êtres humains exploitables, alimenté par une croissance constante de la population mondiale. Cette destruction de la marchandise travail correspond à la destruction tous azimuts des ressources naturelles dont le capital ne peut pas se passer. L’exploitation intensive de ces ressources tout comme les conséquences dramatiques de leur utilisation dans le procès de production génèrent une situation quasi suicidaire pour le système lui-même — parmi d’autres phénomènes : le réchauffement climatique et ses conséquences extrêmes, la disparition des espèces végétales et animales, celles qui contribuent aux effets climatiques tout comme à la chaîne de vie, pierre angulaire de l’alimentation humaine et autres piliers du processus de production.
Quelques chiffres peuvent permettre de situer la dimension de cet ensemble à la fois cohérent et totalement irrationnel :

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les huit plus grands milliardaires du monde contrôlent plus de richesses qu’une grosse moitié de la population mondiale. Cette richesse se construit sur un océan de cadavres sans commune mesure avec les morts que l’on dénombre dans les guerres actuelles ou les migrations mondiales. Toutes les cinq secondes, un être humain meurt dans le monde par une cause directement liée au travail (accident ou maladie professionnelle) soit 2 300 000 personnes chaque année. D’après la FAO, un enfant meurt de faim dans le monde toutes les six minutes, près de 90 000 individus chaque année. Le paludisme tue à lui seul un million d’êtres humains chaque année.
Le seul problème que l’on peut se poser, c’est quelles résistances peuvent-elles permettre d’atténuer ces crimes du capital voire y mettre un terme définitif ? Il est bien certain que tout ceci repose sur le système capitaliste lui-même basé sur l’exploitation de la force de travail et que tant que celui-ci existe, il n’y a pas de remède. Seule une société basée sur le refus d’accepter une telle exploitation peut mettre un terme au capitalisme. Mais cela doit se faire à l’échelle mondiale.
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D’où l’idée présente depuis longtemps dans les luttes que seule la grève générale permettrait d’y parvenir, une grève générale à l’échelle mondiale. Si l’on considère l’organisation présente de la production à l’échelle mondiale, on voit que celle-ci rend particulièrement difficile l’extension d’un conflit à une telle échelle, au-delà des localisations par branche d’industrie ou nationales. De plus, parallèlement à cette dispersion des lieux de production, la dimension d’un appareil répressif rend aussi quelque peu hypothétique une telle éventualité.
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C’est la perception d’une telle situation qui sous-tend l’apparition d’autres formes de lutte qui sont très différentes du schéma classique de la lutte de classe. Cette perception se relie à la réalité quotidienne de méfaits de l’expansion capitaliste, comme la question des migrants ou celle du réchauffement climatique. Elle se relie également à la constatation tout aussi quotidienne de l’impuissance des politiques à résoudre quoi que ce soit dans cet ensemble, témoignant de l’impossibilité intrinsèque du système d’échapper à cette marche à la mort.
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Depuis une décennie, on a vu apparaître des formes de lutte et de manifestation regroupant des couches sociales mal identifiées, qui pouvaient avoir existé antérieurement comme des cas isolés mais qui se sont multipliées et étendues internationalement, sans un chef d’orchestre quelconque, en utilisant notamment les nouvelles techniques de communication. Ces formes ont pu avoir un caractère plus directement politique local, comme dans ce que l’on a appelé le Printemps arabe, ou une vision plus globale mais beaucoup plus vague, comme dans le mouvement Occupy. Leurs caractéristiques communes sont d’une part le rassemblement de masse sur des places centrales, souvent dans les villes capitales, d’autre part son internationalisation, inégale, mais réelle. Par-delà les particularismes et les divergences, ces mouvements exprimaient également le ras-le-bol devant ce que les puissances leur faisaient subir dans leur vie quotidienne, exploitation du travail inclue.
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Dans l’année qui vient de s’écouler, on a vu se développer le même type de rassemblements et de manifestations, cette fois avec une permanence et un objectif bien précis. Indirectement, ces mouvements expriment la contestation du régime politique régnant – la démocratie élective y compris dans ses formes autoritaires.
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L’abstention politique et les tentations politiques des extrêmes permettent à des minorités réactionnaires d’accéder aux directions politiques des Etats. Mais dès que celles-ci tentent de légiférer dans leur intérêt, ces politiques élus « démocratiquement » se trouvent contestées par la rue et souvent contraintes de céder. On peut faire la liste non exhaustive de ces mouvements de masse, que l’on peut relier aux précédents mais qui, outre une forme identique, ont des visées plus spécifiques et rassemblent souvent beaucoup plus de protestataires que les événements précédents (souvent plusieurs millions).
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– Irlande, 24/9/2016 : manifestation de masse pour l’avortement, qui se transforme le 21/1/2017 en une manifestation anti-Trump.
– Corée du Sud, fin 2016-début 2017 : des manifestations regroupant plusieurs millions de personnes contre la corruption du pouvoir parviennent à faire tomber la présidente.
– Pologne, octobre 2016 : d’imposantes manifestations, principalement de femmes, font renoncer le gouvernement au durcissement de la législation contre l’avortement.
– Roumanie, 31 /01/2017 : un projet du gouvernement d’adoucir les sanctions contre la corruption déclenche une vague de manifestations, qui se poursuivent encore aujourd’hui bien que le gouvernement ait limogé quelques ministres, mis la loi au rancart et annoncé un référendum sur cette question.
– Espagne, 14 février 2017 : 200 000 personnes manifestent à Barcelone pour que les portes s’ouvrent plus grandes aux migrants.
– Etats-Unis et monde : Trump a réalisé sans le vouloir une internationale de la protestation – imposante aux Etats-Unis, mais inégale dans un nombre important d’autres pays.
Et on en passe, par exemple pour l’Indonésie.
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Reste à savoir comment de tels mouvements vont encore évoluer ; leur dimension nouvelle comme leur persistance rendent difficile tout pronostic mais permettent de penser qu’ils ne s’éteindront pas de sitôt bien que si, comme contre tout mouvement qui pourrait menacer le système, celui-ci prendra des mesures pour l’intégrer et/ou le contrer.

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AFRIQUE DU SUD
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Le pays subit de plein fouet la crise, surtout avec l’effondrement des productions minières (charbon, platine, etc.). Cette crise économique, liée à la crise mondiale mais aussi à une année de grande sécheresse conséquence du réchauffement climatique, se double d’une crise politique. Le parti au pouvoir, l’ANC, qui fut l’un des agents les plus actifs dans la fin de l’apartheid, sombre sous le poids d’une corruption qui gangrène tous les acteurs de l’économie et de la politique . Le présent président, Zuma, est particulièrement visé par ces déviations financières. Le chômage atteint officiellement un taux de 27 % (54 % chez les 15-24 ans) mais les différences Noirs-Blancs sont énormes : les Noirs, 76 % de la population, ont un taux de chômage de 30 % alors que les Blancs, 9 % de la population, sont à 7 %. A la démesure de cette situation, qui n’a fait que s’aggraver au cours des années, des luttes se développent dans tous les secteurs de la société.
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Pour en donner une mesure, on ne peut qu’établir un aperçu des luttes les plus récentes.
Un secteur, celui des universités, est particulièrement touché par une agitation qui dure depuis des mois, la plus importante mobilisation depuis la fin de l’apartheid. Elle paraît disproportionnée vu qu’il ne s’agit en apparence que de lutter contre une augmentation relativement faible des droits d’inscription. En fait, elle recouvre une lutte beaucoup plus importante contre la persistance de la discrimination raciale.
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En octobre 2015, une augmentation de ces droits de 10 % à 12 % déclenche les premières actions à l’université de Johannesburg ; les étudiants bloquent les entrées du campus. Ce type de manifestation s’étend pratiquement dans toutes les plus importantes universités du pays, entraînant leur fermeture, de sorte que le président Zuma ordonne de suspendre ces augmentations pour l’année. Mais de nouveau, en septembre 2016, est annoncée une nouvelle augmentation de 8 % pour 2017. Aussitôt l’agitation reprend et le conflit se déplace autour de la prédominance blanche et de l’extrême inégalité des revenus des étudiants. Tout un mouvement qui se concrétise pour « décoloniser » l’université avait débuté dès 2015 lorsqu’un étudiant avait déversé un seau de merde sur la statue du supercolonialiste britannique Cecil Rhodes, qui trônait toujours au centre de l’université du Cap. L’agitation a continué en cette fin d’année avec des bagarres au sein même des campus, avec plus de 30 arrestations fin septembre, l’incendie partiel des bâtiments dans une universitaire de province et toute une série d’incidents récurrents de moindre importance.
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Parallèlement, les conflits traditionnels se sont développés soit dans des grèves de travailleurs, soit par les explosions constantes dans les townships face à l’extrême misère et à la carence des services publics de tous ordres. On ne peut en recenser que les plus récents :
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11/11/2016 – Le vol d’un portable et l’arrestation du supposé voleur déclenchent une émeute dans la banlieue de Durban, au cours de laquelle un flic est tué.
24/11/2016 – Mpumalanga : la grève illégale des travailleurs municipaux de la ville commencée fin octobre avec des arrêts répétés sans préavis se termine mal, avec le licenciement 200 employés remplacés par des jaunes.
24/11/2016 – Fin de quatorze semaines de grève dans un vignoble dans la région du Cap avec une augmentation de salaires bien loin de la revendication.
28/11/2016 – 200 employés municipaux de Msukaligwa en grève sauvage pour les salaires et la fourniture d’habits de travail : ils sont tous licenciés.
29/11/2016 – Les manifestations d’opposants dénonçant la corruption de l’ANC et du président Zuma relaient en quelque sorte le conflit des étudiants, et les grèves dégénèrent en violence de rue jusqu’au siège du Parlement.
2/12/2016 – Johannesburg : grève dans le métro et les bus pour la réintégration d’un chauffeur licencié et pour la fin des équipes de contrôle.
5/12/2016 – Durban : émeutes et barricades contre la démolition d’un township.
5/12/2016 –Table Bay Harbour : un flic en civil se rendant au boulot est tué en pleine rue et son révolver volé.
5/12/2016 – Mûmalanga : 400 mineurs en grève depuis une semaine pour le paiement des salaires de novembre.
16/12/2016 – Les autorités annoncent qu’elles constatent un nombre croissant de grèves dont 55 % sont des grèves sauvages.

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AUSTRALIE

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Dans la zone désertique du nord-est du continent, d’importantes mines de charbon à German Creek, deux à ciel ouvert et deux souterraines, sont exploitées par le trust multinational minier Anglo American et par 900 mineurs, dont 140 seulement dans les mines à ciel ouvert tirent 77 % de la production. Ceux-ci sont essentiellement des conducteurs d’engins excavateurs et des chauffeurs de camions.
La mine se situant à 360 km de la côte, le charbon, pulvérisé, est acheminé par voie ferrée jusqu’à un port spécialement créé où les vraquiers sont chargés pratiquement sans aucune manipulation humaine. Pour héberger le millier de travailleurs et éventuellement leurs familles et quelques commerçants, Anglo American a construit en plein désert, à 20 km des mines, une petite ville de 2 000 habitants, Middlemount, dans laquelle le trust possède pratiquement tout.
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La crise mondiale entraînant une crise charbonnière, Anglo American annonce une restructuration mondiale de ses opérations impliquant la vente de 60 % de ses exploitations minières et le licenciement de par le monde de 85 000 travailleurs. Les mines riches en charbon de German Creek ne font pas partie de ce bradage, mais doivent devenir rentables par une restructuration correspondant à la chute du prix du charbon, avec notamment, outre une réduction et un blocage des salaires pendant deux années, une aggravation des conditions de travail et l’embauche de jeunes avec des contrats précaires. Pas moins de 16 rencontres pour un nouveau contrat avec les syndicats depuis avril 2014 n’ont abouti à rien. Les 140 se mettent en grève le 19 août 2016, bloquant toute la production des mines à ciel ouvert. La grève est isolée, car la loi australienne interdit tout mouvement de solidarité des autres secteurs miniers et parce qu’elle est située en plein désert ; il faut dire aussi que le syndicat Construction Forestry Energy Mining Union ne fait guère d’efforts en ce sens. Pour éviter tout conflit avec ses clients, Anglo American se place en état d’urgence ce qui, selon la loi australienne, lui permet de ne pas honorer ses contrats. Le trust tente d’utiliser une autre loi, Entreprise Bargaining Agreement, qui lui permettrait d’imposer le nouveau contrat.
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Les 140 restant obstinément en grève, Anglo American passe à l’étape suivante. Le 17 novembre l’entreprise dépose un recours devant le tribunal Fair World Commission pour que 90 des travailleurs en grève soient licenciés. C’est chose faite le 8 décembre lorsque ce tribunal donne le feu vert au trust. Ce licenciement implique pratiquement l’obligation de quitter Middlemount où habitent la quasi-totalité des licenciés, et où le trust possède tout, pour s’expatrier dans une province lointaine, pratiquement sans le sou. Et les chances de retrouver un emploi dans ce secteur sont inexistantes : depuis 2012, les mines de charbon ont fermé les unes après les autres avec 4 600 licenciements dans le Queensland (où se trouvent les mines de German Creek) et 5 500 dans le North South Wales proche. Le 30 novembre, on avait appris, alors que la grève durait toujours, que Anglo American commençait à recruter des gardes armés…

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BOLIVIE

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La Bolivie est un Etat assis sur des richesses minières de tous ordres dont le charbon. Les mines de charbon sont exploitées concurremment par l’Etat, les multinationales étrangères et un système particulier de coopératives minières, mais c’est l’Etat qui réglemente et distribue les autorisations d’exploitation par le biais de la Conibol. Les multinationales tiennent le haut du pavé : très bien équipées, exploitant entre 10 000 et 15 000 travailleurs (20 % des emplois miniers) relativement bien payés, elles assurent 80 % de la production globale minière du pays. Ces proportions sont exactement inverses pour ce qu’on appelle le secteur coopératif, qui n’assure que 20 % de cette production minière avec 80 % de la main-d’œuvre de ce secteur.
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La gestion de cette main-d’œuvre est assez complexe. Formellement, plus de 500 coopératives regroupées dans la fédération Fencomin (National Confederation of Mining Cooperatives) œuvrent dans de petites mines artisanales qui sont souvent plus ou moins déviées de leur forme coopérative par le fait qu’elles sont devenues de petites entreprises avec patrons et salariés. Là, les conditions d’exploitation nous ramènent aux tout débuts de capitalisme, y compris avec le travail des enfants.
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« Marteau et burin comme outils principaux, des heures de labeur pour percer un trou, y placer de la dynamite dans une obscurité étouffante. Puis des dizaines de kilos de charbon sur le dos à remonter du fond de la mine. C’est le dur métier ‘coopérativiste’… Parfois un marteau piqueur bon marché made in China. Mais le perçage à sec – impossible d’amener l’eau dans les profondeurs de la mine pour refroidir la mèche – se transforme vite en cauchemar, un nuage de poussière qui s’insinue dans les poumons… Souvent, les « coopérateurs » engagent des auxiliaires payés à la journée ou à la tâche, dépourvus de tout statut : pas de contrat de travail, pas d’assurances, une précarité totale ; le travail artisanal, vécu quotidiennement au fond des galeries qui menacent en permanence de s’effondrer, n’a presque pas changé depuis les temps de la colonie.
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L’autre problème pour ces « coopératives », c’est l’écoulement de la production qui ne peut se faire que par le canal des multinationales pour lesquelles le secteur « coopératif » est une variable d’ajustement de leur propre production. C’est sur ce point que la réforme du présent gouvernement populiste, Morales, vise à renforcer le contrôle de l’Etat dans le secteur minier. C’est cette réforme qui déclenche une révolte de tout le secteur coopératif sans que l’on sache trop si les patrons « coopérateurs » y sont associés avec les travailleurs qu’ils exploitent dans de telles conditions (il y aurait un conflit constant entre le Fencomin et les syndicats boliviens, soutiens de Morales). Les protestataires demandent des subventions pour la fourniture d’électricité, l’élimination d’obligations environnementales, et que la Fencomin soit capable de signer des contrats avec les multinationales.
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Fin août, le conflit s’envenime avec des manifestations violentes dans la zone montagneuse reculée de Paduro, accompagnées de blocages routiers que flics et militaires tentent de dégager : trois tués, des douzaines de blessés et de nombreuses arrestations. Le 25 août, le ministre de l’Intérieur mandaté pour tenter d’ouvrir un dialogue avec les dirigeants de la Fencomin locale est kidnappé dès son arrivée, sa voiture incendiée et il est traîné sur un kilomètre parmi des mineurs qui l’insultent et le frappent : il en mourra sur place. Le 27 août, des dirigeants locaux de la Fencomin sont arrêtés alors que la répression atteint des sommets. Mais la grève continue et récemment le président Morales fait de nouveau des propositions d’ouverture pour de nouvelles négociations.

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ETATS-UNIS

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(Ces informations complètent le texte du numéro de septembre 2016)
12,6 % des adultes entre 20 et 50 ans vivent dans la pauvreté et 4 sur 10 y ont vécu pendant une année au moins une fois dans leur vie. Plus de 8 millions de travailleurs cumulent plusieurs emplois et le travail à temps partiel ne cesse de croître (plus de 500 000 ces derniers mois).
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Comment Trump tient ses promesses de stopper les délocalisations ?
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Carrier, hauts fourneaux à Indianapolis, avait annoncé en février dernier le transfert total de ses activités à Monterey (Mexique) entraînant la fermeture de deux usines, celle d’Indianapolis et celle de Huntington avec le licenciement sec de 2 000 travailleurs. Trump a concocté un accord de sauvetage qui maintient le licenciement de 1 300 sidérurgistes, le transfert au Mexique étant en grande partie maintenu. En prime, pour les 700 « sauvés », les salaires seront réduits et les nouveaux embauchés subiront le « 2/3 system » qui ne leur accorde qu’un salaire réduit. Carrier est une filiale du groupe UTC qui gagnera 65 millions de dollars par an avec ce transfert (les salaires mexicains sont de 6 $ de l’heure pour un minimum de 12 $ aux Etats-Unis). Pour obtenir ce « plan de sauvetage », Trump a aussi promis au trust UTC des commandes de matériel militaire pour un milliard de dollars.
La lutte de ceux qui ont un emploi couvert par une représentativité syndicale, souvent lors d’un renouvellement du contrat collectif d’entreprise.
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Le 5 août, le casino d’Atlanta (Georgie) doit fermer après une grève de 34 jours et le licenciement de 3 000 travailleurs. C’était un des fleurons de l’empire Trump, qui l’avait inauguré il y a vingt-six ans en déclarant que c’était la « huitième merveille du monde ».
Le 12 août, on apprend que le Massachusetts a dépensé 24 millions de dollars pour briser le 27 juin dernier une grève de 3 000 infirmières, 8 millions pour l’embauche de jaunes, 16 millions pour le transfert des malades dans d’autres hôpitaux.
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Le 30 août, un projet de deux jours de grève de 100 infirmières à l’hôpital de Gloserville (New York), où les discussions pour le renouvellement du contrat durent depuis deux ans, déclenche un lockout de 5 jours mais finalement un nouveau contrat est signé.
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Le 5 septembre, les 4 000 infirmières de cinq hôpitaux du trust hospitalier Allina de la région de Minneapolis sont en grève illimitée depuis 29 jours après huit mois de négociations et une semaine de grève en juin 2016. Elles rejettent le 4 octobre de nouvelles propositions qui réduisent les garanties maladie et refusent toute nouvelle embauche. La grève prend fin le 16 octobre avec l’acceptation d’un nouveau contrat qui maintient les garanties maladie et prévoit de nouvelles embauches.
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Le 8 septembre, les immigrants mexicains de Laminated Industries dans le New Jersey sont en grève, la direction refusant d’entamer les procédures pour un contrat collectif.
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Le 9 septembre, 400 professeurs de Long Island University à Brooklyn (New York) sont en lutte contre les propositions pour le renouvellement du contrat qui veulent imposer une réduction des salaires jusqu’à 35 % et la suppression de la garantie maladie. Suite au rejet de ces propositions, ils sont lockoutés depuis le 1/9. Le 15 septembre, le lockout est levé après une manifestation massive regroupant enseignants et étudiants avec la nomination d’un médiateur et la prolongation du contrat expiré pendant une année. Conflits similaires en septembre et octobre dans les universités de Pennsylvanie, à Cleveland et Chicago.
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Le 11 septembre, 700 enseignants de Yalu City en Californie en grève depuis huit jours (bloquant 18 écoles) reprennent le travail avec une augmentation de salaires.
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Le 30 septembre, 100 travailleurs sociaux de Contra Costa sont en grève pour les salaires.
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Le 5 octobre, 400 travailleurs de l’usine du trust de la sucrerie Just Born de Bethlehem en Pennsylvanie reprennent le travail après 23 jours de grève et un accord qui proroge l’ancien contrat. Mais les « travailleurs de remplacement » sont intégrés dans l’usine alors que 56 grévistes sont licenciés de fait.
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Le 6 octobre, 750 employés des cuisines de l’université de Harvard (Cambridge, Massachusetts) se mettent en grève avec des piquets devant les restaurants et le soutien des étudiants. Ils reprennent le travail le 23/11/2016 après un accord qui prévoit une augmentation de salaires sur quatre ans, et le maintien des avantages sociaux.
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Le 18 octobre, 750 travailleurs de Libby Glass Factory à Toledo (Ohio) sont toujours en grève depuis le 12 octobre.
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Le 7 novembre, 5 000 travailleurs des transports publics de Philadelphie en grève depuis le 1er novembre reprennent le travail après un accord concernant la santé, la retraite et la sécurité.
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Le 26 novembre 2016, les 300 travailleurs de Honeywell Aerospace sont lockoutés depuis plus de six mois dans deux usines de l’Indiana et de Green Island (New York) ayant refusé les propositions d’un nouveau contrat qui réduisait les garanties maladie pour actifs et retraités, le montant des retraites, et transférait certaines activités à la sous-traitance. Une nouvelle proposition acceptée par le syndicat tentait de jouer sur la fin des allocations chômage et l’isolement du conflit, mais a été rejetée par la quasi-unanimité des grévistes.
Le 1er décembre après 55 jours de grève, les musiciens Pittsburg Symphony Orchestra reprennent le travail. C’est une défaite car ils doivent accepter une réduction des salaires de 7,5 %, une réduction des garanties maladie et des pensions, et des licenciements.
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Le 3 décembre 2016, après trois jours de grève, les 3 000 infirmières du trust hospitalier Sharp Healthcare reprennent le travail, après la menace patronale d’embaucher 1 000 « travailleurs de remplacement » et un accord qui laisse les grévistes totalement insatisfaits.
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La grève des prisons
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Près de 900 000 prisonniers sur 2,4 millions sont contraints de travailler dans des tâches fort diverses qui vont de la récolte du coton à des sites de réservation pour les transports aériens, en passant par le conditionnement alimentaire. Ils perçoivent de 23 cents à 1,15 dollars de l’heure (salaire moyen minimal hors prison : 12 dollars l’heure). La grève a mis des mois à se préparer ; elle débute le 9 septembre et prend des formes diverses (grève du zèle, grève perlée, grève de la faim). Elle touche 40 prisons dans 28 Etats, rencontre une répression sévère sous toutes les formes possibles, de sorte qu’il est difficile d’en connaître la dimension exacte. Dans la prison d’Atmore en Alabama, les matons se mettent en grève par solidarité, dénonçant les conditions de détention dont ils subissent le contrecoup.
Une offensive des victimes policières
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Pour répliquer aux assassinats « légaux » (19 meurtres dans la dernière semaine de septembre, 30 meurtres par les flics en 10 jours d’octobre, 868 en 2016 : 41 % de Blancs, 26 % de Noirs, 16 % de Latinos qui appartiennent tous à la fraction la plus pauvre de la population, c’est la classe et non la race qui est en cause dans ces meurtres), une contre-offensive semble se développer sans qu’il soit possible de savoir s’il s’agit de bandes organisées ou d’actes isolés. Mais les meurtres délibérés de flics, hors de tout conflit, semblent s’être multipliés : le 9/7, 5 flics tués dans le dos à Dallas,(Texas), 3 à Bâton Rouge (Mississipi) quelques jours plus tard, 1 à San Diego (Californie), le 10 novembre un flic tué, un blessé dans une embuscade à Canonbury en Pennsylvanie, un autre tué le 21 novembre à San Antonio (Texas). Dans les dix premiers mois de 2016, 61 flics ont été tués, en hausse sensible sur les années précédentes. Peut être davantage ailleurs car le silence s’impose.
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Effets secondaires du marasme économique
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Les caisses de retraite sont pour les grandes entreprises organisées pour ses seuls salariés et alimentées, dans le cadre du contrat collectif, par des cotisations patronales et salariées et gérées paritairement ou par le seul syndicat reconnu dans l’entreprise. Autrement dit, le service des prestations dépend étroitement de l’activité de l’entreprise. Le trust américain du charbon Patriot Coal se trouve rattrapé par la crise dont il a fait un temps son beurre dans le rachat des mines en faillite. Sa mise en faillite et les réductions d’activité ont tari l’alimentation de la caisse de retraite, le Patriot Retirement Voluntary Employment Association géré par le syndicat UMWA : 120 000 retraités de ce fonds et leur famille sont menacés de se voir supprimer toute garantie maladie. 16 000 d’entre eux ont reçu une lettre les avisant de cette suppression au 31/12/2016.

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IMMIGRATION

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L’industrie du migrant ou l’exploitation de l’humanitaire par les deux bouts dans des missions d’aide aux migrants. Sur Twiter on a pu récemment trouver l’annonce suivante :
« Volontaires recherchés pour un projet d’assurance aux réfugiés et migrants arrivés par bateaux en Italie. Vos compétences peuvent faire la différence dans cette crise humanitaire »
L’annonce émane d’une firme spécialisée dans l’offre de séjours qui combine tourisme et volontariat. La firme en question, Projects Abroad, basée en Grande-Bretagne comme toutes ses filiales (notamment Projects Abroad UK et Projects Abroad Travel toutes deux classées comme ONG) revendique 215 missions « humanitaires » dans 32 pays. Elle emploie, hors volontaires, un effectif de 700 personnes et a fait avec l’ensemble de ses activités un profit en 2014 de plus de 2 millions d’euros.
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Son principe de fonctionnement est simple. Projects Abroad conclut un contrat commercial avec une collectivité quelconque qui ne peut résoudre les problèmes posés par une « invasion » de migrants ou autre catastrophe naturelle. Cette firme reçoit le prix du marché pour fournir un certain nombre de « volontaires » qui accompliront des tâches définies (identification et recensement des victimes, check up sanitaire, soins d’urgence, acheminement, etc.). Comme une agence de voyage, la firme lance sur Internet un package pour le recrutement de « volontaires » pour de un « programme de vacances ». Lesdits « volontaires » doivent s’engager en souscrivant individuellement audit programme à accomplir les tâches ainsi définies et en payant jusqu’à 2 000 euros pour un « séjour » de deux semaines.
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La tâche la plus importante pour les dirigeants de cette organisation « humanitaire » est de repérer dans le monde la catastrophe la plus « attrayante » en termes de profit éventuel, celle qui générera le plus d’élans de sympathie.
La firme aurait ainsi convoyé sur des lieux de diverses catastrophes plus de 10 000 « volontaires » qui sont en fait des travailleurs qui n’auraient jamais travaillé aussi dur, pris dans leur enthousiasme de « faire le bien », des travailleurs bien particuliers ayant payé pour se faire ainsi exploiter.
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MEDITERRANEE. 19/11/2016 : 340 migrants noyés dans le naufrage de quatre esquifs de fortune en deux jours. En 2016, 4 623 noyés de cette manière ont été « officiellement » recensés car on ne compte pas toutes les tentatives individuelles qui se terminent par une mort certaine. Par exemple, on ne compte pas les cadavres qui sont rejetés chaque jour sur les plages libyennes. Souvent les migrants venant de Libye ou d’Egypte sont contraints de s’embarquer par la force, si la tempête les conduit à refuser les risques d’une dangereuse traversée. Le 15 juin 2016, il y avait encore 8 450 migrants bloqués dans les îles grecques et seuls 18 dossiers étaient traités chaque jour.
16/12/2016, l’Agence européenne pour les migrants, Frontex, dans un rapport confidentiel, fait état d’une collusion entre les réseaux de passeurs et les ONG opérant pour le sauvetage des migrants au large de la Libye. Les ONG informeraient les passeurs des positions de leurs navires de sauvetage et les passeurs dirigeraient les esquifs surchargés vers ces navires. Ces révélations ont déclenché une polémique acerbe entre les ONG concernées et les dirigeants de l’Union européenne. Le nombre de migrants sauvés par les ONG aurait ainsi augmenté de 40 % contre 5 % au début de l’année. Les ONG accusent l’Union européenne de vouloir criminaliser les efforts des ONG dans ce secteur.
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Les migrations forcées ne concernent pas seulement les réfugiés politiques fuyant une mort certaine dans la répression ou la guerre civile. La perte de subsistance locale par l’accaparement des terres par les multinationales agricoles, avec les complicités des élites locales corrompues, s’accompagne d’un déversement massif sans contrôle de pesticides sur les nouvelles cultures, rendant stériles le peu de terres pauvres laissées aux paysans locaux, sans compter les effets sur leur santé. D’où d’importantes migrations qualifiées « d’économiques » mais qui sont tout autant des migrations politiques indirectes.
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ITALIE.

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11/8/2016, Vintimille, à la frontière française : une sorte de Calais italien. La plupart de ceux qui débarquent dans les îles de Lampedusa ou de Sicile, ou sur les autres côtes italiennes ont une idée : passer en France pour gagner entre autres Calais. Mais la France ferme ses portes et ceux qui réussissent quand même à passer sont impitoyablement refoulés en Italie. Certains tentent de passer par la montagne mais dans tout l’arrière-pays niçois, les flics organisent une systématique chasse à l’homme, arrêtant et fouillant toutes les voitures (c’est ainsi que des enseignants qui avaient pris des migrants perdus au bord de la route pour leur donner un réconfort précaire ont été arrêtés et poursuivis, ils risquent la prison). En Italie, les centres d’accueil sont surpeuplés de migrants qui inlassablement se retrouvent dans la jungle de Vintimille.
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Allemagne 30/11/2016 – Pour lever l’opposition des résidents à la construction d’un refuge pour les migrants, la municipalité de Munich (chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates réunis) fait construire un mur de 4 mètres de haut autour dudit refuge pour les « protéger » contre on ne sait quelle « nuisance ».
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FRANCE 22/11/2016 – N’ayant pas mangé depuis trois jours, un jeune Marocain de 22 ans vole une bûche de chèvre dans un supermarché ; trois mois de prison ferme avec arrestation immédiate.
17/12/2016 – Le « 115 bis », c’est ainsi que se dénomment les professeurs du lycée Auguste-Blanqui de Saint-Ouen quand ils se sont démenés lorsqu’ils ont découvert que six de leurs élèves SDF dormaient dans la rue ; le 115, l’organe officiel de relogement des migrants, n’ayant aucune solution à leur proposer. Ils leur ont trouvé des solutions de fortune et constitué une cagnotte pour les aider. Ils projettent une manifestation locale pour janvier.
Afrique centrale, octobre 2016 : on parle abondamment des migrations vers la forteresse européenne, mais bien peu de l’Afrique sub-saharienne occidentale où sévit la guérilla Boko Haram. Quelques chiffres : Nigéria, 2 millions de personnes déplacées (c’est-à-dire des migrations intérieures contraintes) ; Niger, 127 000 ; Cameroun, 190 000 ; Tchad, 74 000.
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AUSTRALIE. 27/11/2016 :

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la Birmanie traitant le 1,5 million de personnes de l’ethnie rohingya comme des étrangers dans leur propre pays, ceux-ci cherchent à tout prix à fuir et certains se présentent aux portes de l’Australie pour y être traités, s’ils réussissent à y entrer, comme des indésirables soumis à toutes sortes de tracasseries et de discriminations. Un jeune réfugié rohingya ayant fui la Birmanie à 17 ans, d’abord détenu dans un centre de rétention, en est sorti avec la promesse d’une carte de séjour. Vivant misérablement dans un faubourg de Melbourne, il s’est vu finalement refuser cette carte, ce qui lui interdit tout travail légal. De désespoir, il s’immole par le feu dans un centre commercial, provoquant sans le vouloir une explosion qui fait 26 blessés parmi les clients du centre.
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ETATS-UNIS.

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17/11/2016 : l’élection de Trump avec ses prises de position extrêmes quant aux problèmes de l’immigration soulève une inquiétude et une grande défiance parmi tous les courants de l’émigration et de la population afro-américaine. Encouragés par ces propos quasi-officiels, on assiste à une recrudescence d’attaques  racistes tant verbales que physiques, depuis les discriminations jusqu’aux injures et aux harassements.
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ALGERIE.

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4/12/2016 : la chasse au migrant bat son plein. Lieu de passage des migrants venant de l’Afrique sub-saharienne, certains restent dans le pays pour un temps plus ou moins long dans l’attente d’une opportunité pour continuer le voyage vers l’Europe. Le gouvernement organise des raids dans les quartiers des villes où ils se fixent temporairement.

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LA GREVE, L’ACTION DIRECTE ET PARFOIS DES SUITES PLUS RADICALES

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PAKISTAN. Décembre 2016 : 1 000 travailleurs exploités dans la construction d’un barrage pour prévenir les crues de l’Indus manifestent à Karachi pour le paiement des salaires et la sécurité de l’emploi : ils sont accueillis sans ménagement par les flics : 100 arrestations.
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ISLANDE.

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24/10/2016 : en 1975 s’était tenue une journée de grève bien particulière des femmes pour protester contre les différences de salaires entre hommes et femmes. Ayant calculé que cette différence faisait que les femmes travaillaient gratuitement chaque jour à partir d’un temps correspondant à cette différence de salaire, elles ont décidé, à l’appel d’organisations féministes (et finalement soutenues par les syndicats locaux), de débrayer ce jour-là à l’heure estimée où débutait le travail gratuit. Le 24 octobre 1975 fut lancé ce Women’s day off où les femmes refusaient tout travail tant dans un emploi qu’à la maison pour tout travail domestique ou de soins aux enfants. A cette époque, le travail gratuit des femmes était estimé débuter à 14 h 06. Une grande manifestation réunit 25 000 femmes (sur 220 000 habitants de l’île) sur la place centrale de Reykjavik, la capitale. Une telle manifestation fut renouvelée les 24 octobre 2005, 2008 et 2010 (le temps de travail gratuit était estimé débuter respectivement à 14 h 08, 14 h 12 et 14 h 25). Le 24 octobre 2016, cette journée s’est renouvelée, le temps de travail gratuit étant estimé à 14 h 38. Comme auparavant, plus de 90 % des femmes s’associèrent au mouvement, pratiquement paralysant toute l’économie et plus de 25 000 d’entre elles (sur les 320 000 habitants d’aujourd’hui) se rassemblèrent sur la place centrale de la capitale. Pour répondre à de tels mouvements, des mesures ont bien été prises ; mais, dans l’exploitation du travail et les différences de salaires hommes-femmes, bien peu a changé ; si le rythme des quarante années écoulées se poursuit, il faudra 170 ans pour atteindre l’égalité. Cette journée du 24 octobre « sans travail » a fait quelques émules dans le monde mais n’a guère atteint la dimension islandaise.
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CHILI.

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22/11/2016 : la désillusion politique atteint des sommets. Aux dernières élections municipales, à peine un tiers des électeurs allèrent déposer un bulletin dans les urnes. Toutes les mesures d’austérité déclenchent des manifestations violentes. La dernière, en novembre, à propos d’une réforme du régime de retraites, a conduit à des barricades dans les rues, l’incendie de bus et l’invasion du bâtiment du Parlement.
26/11/2016 : les mineurs contractuels occupent pendant cinq jours la mine de cuivre Los Bronces d’une société conjointe entre la multinationale minière Anglo American, l’Etat chilien et deux firmes japonaises, pour le rétablissement du statut qui était le leur avant une semi-privatisation en 2014.
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CANADA.

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6/12/2016 : les autorités de la province de Nouvelle-Ecosse ferment toutes les écoles publiques en rétorsion contre une grève du zèle de 9 300 enseignants, prétendument pour des raisons de sécurité. La grève se dresse contre l’introduction d’une législation anti-grève et l’adoption d’un nouveau contrat collectif rejeté par les enseignants.

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Birmanie

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11/8/2016 : manifestations récurrentes d’étudiants du secondaire contre une réforme de l’enseignement dans quatre capitales provinciales, toutes attaquées par la police militaire. Ce ne sont que des étapes qui opposent au gouvernement tous les secteurs de l’éducation, tant étudiants qu’enseignants.
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CAMBODGE.

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13/11/2016 : 2 000 travailleurs de la firme Winmag Shoe Manifacturing à Takeo manifestent autour de l’usine, bloquent le réseau routier et sont attaqués par les flics. Ils protestent contre le licenciement de cinquante d’entre eux sans indemnité sous le prétexte d’une prétendue expiration de contrat, en fait sanctionnant les « meneurs » de conflits antérieurs.
25/11/2016 : bien que la quasi-totalité des 600 000 travailleurs de la confection soient des femmes, toute la hiérarchie syndicale est presque exclusivement masculine. Cela se traduit non seulement par des pratiques de harcèlement sexuel mais aussi par le refus de prendre en considération, dans les discussions avec le patronat, des revendications plus spécifiques féminines, ne serait-ce que par des dispositions concernant les besoins hygiéniques féminins.
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FRANCE.

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18/11/2016 : la chaîne iTélé est la propriété du trust Vivendi, une multinationale aux ramifications tout aussi multiples œuvrant tant en France qu’en Afrique, une véritable hydre de Lerne ayant des tentacules dans presque tous les secteurs de l’économie. Le président du trust, Bolloré, veut rogner les ongles des journalistes en restreignant une indépendance journalistique déjà bien limitée.150 journalistes ont l’audace de contester cet oukase ; après 31 jours de grève, ils en sont pratiquement au même point et doivent reprendre le travail. Nombre d’entre eux préfèrent quitter le navire.
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ALLEMAGNE.

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26/11/2016 : bras de fer entre la compagnie aérienne Lufthansa et le syndicat autonome des pilotes Pilot Union Cockpit. On doit rappeler ici que dans les années passées, devant l’hégémonie dans les discussions collectives des deux fédérations syndicales les plus puissantes, IGMetall dans la métallurgie et Verdi pour l’ensemble des services, se sont créés, devant l’ignorance de conditions spécifiques de travail, des syndicats professionnels de travailleurs dont la fonction donne un pouvoir fort pour éviter la dégradation de leurs conditions de travail : agents de conduite des trains, pilotes, et certains secteurs de la santé. Devant le blocage des salaires, les pilotes de ce syndicat professionnel revendiquent une augmentation de 3,66 % avec effet rétroactif sur cinq ans. La direction de Lufthansa ne leur offre que 2,2 % sur deux ans, une prime de signature de deux mois de salaire et un aménagement des contributions retraite. Cette grève du 23 novembre est la 15e depuis avril 2014. Prévue pour deux heures elle s’est prolongée six jours, faisant annuler près de 3 000 vols et bloquant près de 350 000 passagers. Malgré l’affirmation ambiguë de la compagnie que les pilotes sont les mieux payés d’Allemagne (ce qui n’est pas tout à fait vrai), leurs salaires sont sensiblement inférieurs à ceux des pilotes d’Air France-KLM par exemple. Le syndicat des pilotes ayant rejeté la nouvelle offre de la compagnie comme « du vin éventé dans une nouvelle bouteille », il est déterminé à poursuivre l’action par de nouvelles grèves, n’abandonnant rien de ses revendications.
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ETATS-UNIS.

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7/12/2013 : dans le Dakota du Nord, un oléoduc de 1 900 km devant conduire le gaz de schiste jusqu’en Illinois devait traverser la réserve d’une tribu indienne. Des actions légales se sont trouvées doublées par des plus radicaux venus de toutes parts, et l’extension d’actions violentes a conduit les autorités à stopper le projet. Mais cela peut n’être qu’un fragile victoire, Trump ayant annoncé qu’il était partisan du projet, ce qui se comprend d’autant plus qu’il   possède des parts dans la société qui œuvre pour la construction de ce pipeline.

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POLOGNE 

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4/10/2016 – Un projet gouvernemental de restreindre quasi totalement les possibilité d’avorter met dans la rue des milliers de femmes en grève, ce qui contraint le pouvoir à renoncer à modifier la situation présente déjà assez restrictive sur cette question.

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Mexique

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San Cristóbal de las Casas (Chiapas, sud du Mexique). A 4 h 40 le dimanche 1er janvier 2017, quelques heures à peine après le traditionnel tabassage des milliers de piñatas du Jour de l’an, la vitrine d’un magasin d’électroménager à crédit explose. Les routes sont ponctuellement entravées ces deux dernières semaines par des automobilistes qui peuvent encore rouler mais pas pour très longtemps, des salariés qui sentent venir l’inflation et la chute du salaire minimum, par des taxis dont l’essence est le métier et le gasolinazo le chômage. Mercredi 4 au soir, les événements se soldent dans la capitale par 16 blocages de stations-service et 11 blocages de routes.
Certainement les pillards, pas plus que les bloqueurs, n’agissent pas mus par une stratégie commune. Sans doute court-on faire main basse sur un téléviseur 39 pouces pour s’abrutir en grand tous les soirs après le boulot. Mais on pille aussi la pomme de discorde comme lorsque le mardi 3, dans une petite ville à une heure au nord de Mexico, des habitants se sont emparés d’un camion-citerne et en ont réparti gratuitement le contenu ; action dupliquée les jours suivants aux quatre coins du pays. Jeudi après-midi, en signe de protestation, les usagers du métro se passent de ticket à la station Insurgentes, l’une des plus fréquentées de la ville .
Depuis le week-end du 7, les slogans récurrents des manifestations excèdent largement le rejet du gasolinazo. Il s’agit désormais d’en appeler à une prise de conscience et à une action collectives. Injonctions non sans ambiguïtés. Une partie des manifestants, et plus généralement de la population mexicaine, voit les saqueadores (« saccageurs ») comme des voleurs vandales ne faisant pas partie du peuple, autrement dit comme des débordements violents susceptibles de décrédibiliser le mouvement. C’est l’affaire des Trois Rois Mages (Oxxo, Walmart et Chedraui) qui, ayant pillé ce qu’il faut en chemin, débarquent, gasolinazo aidant, les bras chargés le 6 janvier.
Si la route n’avait été barrée par la police anti-émeutes, une branche de manifestants du samedi 7 et du lundi 9 aurait pris le chemin du palais présidentiel de Los Pinos. Ce n’est pas seulement le Fuera Peña qui retentit mais aussi l’écho du 2001 argentin : « ¡Que se vayan todos ! » Le même samedi commencent à circuler des appels à prendre d’assaut la Chambre des députés, « contre le gasolinazo et toutes les réformes de Peña Nieto ».
À une semaine et demi du 1er janvier, les effets du gasolinazo sur le coût de la vie se font d’ores et déjà sentir. Significativement, le kilo de tortilla a augmenté d’un peso en moyenne dans tout le pays. A Oaxaca il atteint 18 pesos, 16 à Puebla et 15 dans l’État de Sonora (équivalent de 0,65 €, soit près de 1/5e du salaire minimum journalier). Cela fait suite à la hausse de 30 % annoncée en début d’année.
La manifestation convoquée lundi dernier 9 janvier à Mexico a rassemblé plus de 7 700 personnes, selon les estimations du secrétariat à la Sécurité publique et celle du gouvernement métropolitain. Impossible de se procurer d’autres chiffres, si ce n’est « des milliers » (La Jornada). Pendant le meeting de fin de manif est décidée la tenue de quatre rassemblements simultanés le dimanche suivant (15 janvier) dans la capitale, en vue de préparer les actions à venir et notamment la grève générale reconductible qui pourrait se transformer en boycott des multinationales implantées dans le pays. Pendant ce temps-là, les saqueos continuent dans les États de Hidalgo, Veracruz, Tabasco, Chiapas et San Luis Potosí, tandis qu’ils commencent dans le Puebla, le Guerrero et le Nuevo León. Au Chiapas, ils se doublent d’actions de soutien aux migrants centro-américains sans-papiers. Ainsi, dans la ville de Huehuetán, le poste migratoire est brûlé et plusieurs indocumentados (sans-papiers) libérés. Les échauffourées entre policiers et manifestants se soldent au cours de la première semaine par 5 morts (4 civils, 1 policier) suite aux affrontements entre police et habitants.
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À la fin de la journée de blocus et de manifestations de lundi dernier, on compte 392 détentions, 15 blessés au cours des affrontements avec les forces de l’ordre, et la suspension de 4 agents de police. Des pertes économiques significatives sont enregistrées dans sept États suite aux saqueos. Au total, depuis le début de l’année, 380 magasins ont été mis en libre-service pendant quelques heures chacun.

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LES CRIMES DU CAPITAL

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Il ne s’agit ici que des atteintes physiques innombrables qui touchent les travailleurs dans leur exploitation par le capital, ce qui est beaucoup plus important que toutes les autres victimes de l’activité capitaliste hors travail comme les guerres (à elle seule, la guerre en Syrie a fait 300 000 morts et déplacé plus de 10 millions de personnes), les victimes des migrations impossibles à chiffrer au-delà des noyades (des dizaines de milliers chaque année) avec des inconnus (morts de faim ou d’attaques dans les déserts, ou en tentant de franchir murs et barrières édifiés dans le monde entier).
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Dans un précédent numéro, nous avions déjà évoqué les calculs de l’OIT qui relevaient qu’un travailleur mourait dans le monde de son exploitation toutes les 15 secondes, ce qui donnait quelque 2,5 millions d’assassinés annuels par le capital. On ne peut que souligner avec quelques cas précis la permanence de ces meurtres en continu.
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CAMBODGE.

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Cela devient quasi quotidien de voir les travailleurs, principalement des ouvrières dans le textile, s’évanouir au cours de leur travail, plus de 40 récemment dans l’entreprise Quiang Corporation. Cela peut résulter de l’emploi de solvants ou de teintures nocives mais tout aussi régulièrement, les responsables incriminent des épandages de pesticides dans les champs voisins, ou des intoxications alimentaires ou des circonstances tenant à ce qu’on appelle la condition féminine ; certains ont même parlé d’hystérie collective. Mais en fait généralement, la plupart de ces esclaves modernes touchent des salaires si bas (mensuellement le prix d’un teeshirt en France) qu’elles ne peuvent se nourrir convenablement : une ONG a estimé que si leur besoin quotidien avoisine 2 200  calories, leur alimentation quotidienne limitée par son coût ne leur procure que 600 calories par jour en moyenne, d’où une carence en sucre dans le sang, ce qui provoque des évanouissements.
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Entre le paiement des intérêts des prêts auxquels elles sont parfois contraintes de recourir pour couvrir impérativement des imprévus, ce qu’elles doivent envoyer à la famille restée au pays, le loyer (d’une pièce de 4 m x 4 m où elles s’entassent à 4 ou 5), il ne leur reste souvent pour la nourriture que 10 euros par mois.
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MONDE. Maladie de la misère, la tuberculose tue encore 5 000 habitants de la planète chaque jour, 14 millions en 2015 et 10,5 millions en sont infectés, alors que les remèdes existent pour la guérir. On glose beaucoup sur Ebola mais bien peu sur la fièvre jaune, une fièvre hémorragique qui tue chaque année entre 30 000 et 60 000 habitants des zones tropicales d’Amérique et d’Afrique.
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En 2015, la rougeole, une maladie facilement guérissable, a tué 134 000 enfants dans le monde, de 300 à 400 par jour à cause de la misère qui rend impossible la vaccination.
Les cancers ne cessent de croître dans le monde et atteindraient rien que pour les femmes 3,2 millions de cas en 2013, le double par rapport à 2012 ; hommes et femmes confondues, ces chiffres devraient passer de 14 millions en 2012 (8 millions de décès à 22 millions au cours des deux prochaines décennies). Les deux tiers des cancers du sein et 85 % de ceux du col de l’utérus interviennent dans les pays à revenus moyen ou faible ; on constate la même disparité entre pays riches et pays pauvres en ce qui concerne les taux de survie à un cancer. Cela tient pour une bonne part aux inégalités dans les possibilités de dépistage et de soins précoces.
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Les calamités naturelles dont une partie est due au réchauffement climatique coûtent selon la Banque mondiale 520 milliards par an. Le dernier ouragan Matthew qui a ravagé les Antilles et la Floride entre les 3 et 6 octobre 2016 a causé plus de 700 morts en Haïti et laissé des centaines de milliers sans abri mais par contre, aux Etats-Unis, il n’a fait que des dégâts matériels sans victimes. Avec ces calamités, naturelles ou pas, chaque année plus de 26 millions d’habitants sont plongés dans la pauvreté la plus extrême (vivre avec 1,90 euros par jour). Une évidence s’impose face à ce type de problème : les populations défavorisées ont 50 % plus de chances de tomber dans la misère que le reste de la population touchée.
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INDE.

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21/11/2016 : plus de 100 tués et plus de 150 blessés dans un déraillement dans le nord de l’Inde près de Kampur. Les chemins de fer hindous exploitent plus d’un million de travailleurs et transportent chaque jour plus de 25 millions de voyageurs mais leur gestion est largement obérée par la bureaucratie, la corruption et le défaut d’entretien et d’investissements nouveaux. Des accidents mortels de ce genre sont fréquents : en mars, 39 ont trouvé la mort dans un déraillement en Uttar Pradesh ; en 2010, une collision dans le West Bengal tua plus de 200 voyageurs ; 200 autres à Khama en 1998 et plus de 300 à Finzabad en 1995.

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L’EVOLUTION DU CAPITALISME

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CUBA.

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19/11/2016 : plus les touristes mangent, plus les Cubains ont faim. Le dégel des sanctions internationales inonde le pays de touristes, notamment américains friqués, qui peuvent payer, sans grand effort financier, trois ou quatre fois le prix taxé des denrées subventionnées. D’où un marché noir exponentiel qui vide les marchés « légaux » subventionnés, entraînant une pénurie alimentaire alors que la production agricole s’est accrue lors d’une réforme foncière.
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EGYPTE.

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Les trois quarts de la population (68 millions sur 97 millions) bénéficient des subventions de produits alimentaires. Mais l’état de l’économie est tel qu’il n’y a plus assez de devises pour financer les importations nécessaires pour couvrir la demande des produits subventionnés. Exsangue, l’Etat doit recourir au FMI pour obtenir un prêt. C’est un classique : le FMI conditionne l’octroi de ce prêt à la réduction des subventions aux produits alimentaires. Cercle vicieux dont les plus pauvres feront les frais.
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BRESIL.

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30/11/2016 : plus corrompu que moi tu meurs. Après avoir tout fait pour stigmatiser et débarquer tous les leaders du Parti du travail sous les accusations de corruption, le présent président Michel Terner est empêtré dans la même tourmente. En échange d’une remise de peine pour les cadres et dirigeants au cœur de la plus grande entreprise brésilienne, une série de confessions publiques sont diffusées dans ce qui est appelée la « délation de la fin du monde ». Mais les corrompus gouvernent. Tout un programme de mesures d’austérité est mis en place progressivement : réduction des programme sociaux, gel des salaires jusqu’en 2020, augmentation des tarifs des bus et de l’électricité, paiement des salaires différé pour les fonctionnaires, etc. et plus récemment le gel des dépenses de l’Etat pendant vingt ans (avec les félicitations de Trump). D’imposantes manifestations qui se répètent dans des affrontements contradictoires. Le 8 novembre, plus de 10 000 flics envahissent le Parlement qu’ils occupent pendant trois heures. La dernière, le 4 décembre, se déroule dans 200 villes lors d’une opération Car Wash dirigée contre la corruption.
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COREE DU SUD.

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29/11/2016 : la crise frappe durement les travailleurs coréens — licenciements par milliers dans les chantiers navals et secteurs connexes (dans les deux prochaines années, il est prévu que dans les chantiers navals, 16 000 travailleurs seront mis à la porte). Le chômage est évalué à 10 % : un jeune de 15-29 ans sur trois est sans emploi. Cette situation sous-tend une crise politique contre la présidente accusée de corruption et de favoritisme, crise qui s’exprime dans des manifestations monstres de plus d’un million de Coréens ; leur récurrence contraint la présidente à démissionner mais ce triomphe de la rue sur l’appareil politique ne résout en rien les conséquences du marasme de l’économie.
INDE. Le coup d’État monétaire du 8 novembre a été une surprise pour l’immense majorité de la population, mais certes pas pour les pontes de l’appareil du BJP, le parti du premier ministre Modi, non plus que pour ses associés ou plutôt ses mandants au sein de l’hyperbourgeoisie archimilliardaire dont les trusts familiaux dominent l’économie indienne. On a pu voir ainsi une fille de chef se montrer sur Facebook avec un nouveau billet avant même qu’il soit mis en circulation. Un des bénéfices non négligeables de l’opération aura été, à l’approche des élections, de frapper les partis concurrents dans leurs indispensables caisses noires, celles qui permettent notamment l’achat des votes, tandis que l’appareil du BJP, lui, avait très certainement placé ses avoirs à l’abri. Si l’objectif de la mesure était de s’en prendre à l’argent noir, c’est-à-dire à la totalité des richesses créées de manière plus ou moins criminelle mais en tout cas non déclarées au fisc, il a spectaculairement échoué. Environ 90 % des billets démonétisés ont été rendus aux banques, soit beaucoup plus que ce que prévoyait le gouvernement. Ce qui signifie, comme le dit le Guardian avec son sens britannique de la litote, « soit que les Indiens dissimulaient moins de richesses à l’abri des impôts qu’on ne le croyait, soit que l’argent avait été conservé sous forme de biens ou d’or plutôt que sous forme de liquidités ». En réalité, selon les économistes un peu sérieux, moins de 2 % de l’argent noir est détenu en devises. Presque tout a été soit converti en or (par tradition, l’Inde, qui n’a aucune mine d’or, possède de loin les plus grosses réserves privées du monde), soit placé dans des achats de bijouterie, dans l’immobilier, le foncier, quand ce n’est pas dans les investissements financiers, l’ensemble de ces placements étant opéré pour une partie dans le pays, mais surtout à l’étranger. Quant à empêcher la corruption, les nouveaux billets de 2 000 roupies vont plutôt la faciliter, en rendant les liasses plus minces. Derrière le prétexte de la lutte contre l’argent noir, et selon les déclarations mêmes de Modi et de ses subordonnés, la mesure paraît plutôt avoir eu un double objectif : provoquer un séisme dans l’économie informelle en contraignant une bonne partie d’entre elle à prendre une forme contrôlable, et avancer à marche forcée vers une cashless economy, perçue comme le comble de la modernité. En ce qui concerne la création d’une économie démonétisée, il est certain que certaines de ses entreprises ont connu un formidable essor, que ce soit Uber ou sa version indienne Ola, ou encore PayTM, une application qui permet de payer avec son smartphone, et que même certains rickshaws possèdent désormais à Delhi. Les deux dernières entreprises au moins font partie de la nébuleuse des intérêts en symbiose avec le BJP, et d’une manière générale, le monde des start-ups et de l’économie numérique est proche de Modi et consorts, chez qui un autoritarisme identitaire hindou fait bon ménage avec des fantasmes de modernité dans des projets comme celui de smart-cities, villes réellement existantes et censées devenir, par la magie Modi, aussi écologiques qu’hyper-connectées. Mais ces résultats, autant que ces projets, ne concernent au fond qu’une fraction minime de la population, à savoir la couche supérieure de la classe moyenne. Un quart de la population indienne n’a pas de téléphone mobile et 10 % a accès à Internet.
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En revanche, l’économie informelle représente 75 % du produit intérieur brut. Et tandis que la croissance de l’économie officielle, une des plus fortes du monde, n’entraîne aucune augmentation des créations d’emploi, la majorité de la population continue de travailler dans cette économie informelle qui échappe largement à l’œil de l’État. Les dégâts collatéraux de cette frappe chirurgicale censée viser l’argent caché sont donc par définition difficiles à évaluer. Une chose est sûre : les économistes ont réduit les prévisions de croissance de l’économie indienne de 7,8 % à 6,5 %. La fermeture de millions d’activités commerciales et de petites entreprises fonctionnant sur le cash y est sûrement pour quelque chose.
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Mais les souffrances des pauvres et celles de l’économie importent peu à Modi et à ses acolytes. On l’avait déjà vu en 2002, quand l’actuel premier ministre dirigeait le Gujarat et qu’il avait laissé massacrer 2 000 musulmans par des foules fanatisées : ces gens, dirigeants politiques et pontes des grandes familles industrielles, sont les héritiers d’une tradition de despotisme oriental qui, en Inde comme en Chine, a toujours considéré que la perte de quelques milliers de vie de pauvres n’avait strictement aucune importance quand il s’agissait d’appliquer la politique fixée par les dirigeants. Peu importe pour Modi dans quelle mesure il réussira son entreprise d’ingénierie sociale visant à remodeler la société indienne sur un modèle occidental numérisé. Car la démonétisation est d’abord et avant tout une démonstration de pouvoir, une manière d’affirmer son emprise sur la société.
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Sur ce plan, on peut dire qu’il a pour le moment réussi. Depuis novembre, le BJP a gagné plusieurs élections locales et l’agitation a été contenue. Il y a deux ordres de raisons pour lesquelles les Indiens se sont si peu révoltés contre une mesure si aberrante. D’abord, Modi est un excellent communicant. Dans ses discours, il a réussi, comme un Trump ou un Poutine, à se présenter comme le représentant du peuple s’en prenant aux élites. Ne reculant même pas devant une citation explicite de Bob Dylan (The times are changing) son discours sur le thème à connotation religieuse « nous allons souffrir tous ensemble mais à la fin nous en sortirons meilleurs » a trouvé une résonance profonde dans des populations enclines, en Inde comme aux États-Unis ou en France, à prendre pour un représentant du peuple un milliardaire ennemi de tout progrès social. Mais il y a aussi une autre raison, que les journalistes occidentaux n’ont guère signalée : c’est l’emprise terrorisante du BJP sur la société. Des hommes de main surveillant les queues aux distributeurs et chargés de casser la figure à ceux qui protesteraient trop fort, aux pressions sur une presse de plus en plus encline à l’autocensure, le BJP et ses alliés fascistes identitaires hindous tels que le RSS et ses commandos de tabasseurs et ses escadrons de la mort, n’hésitent pas à pratiquer l’intimidation physique jusqu’au meurtre.
60 % des travailleurs migrants qui, à Delhi, assurent la construction et le fonctionnement des usines, ont quitté la ville, car ils ne pouvaient plus être payés.

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Pour recevoir individuellement ce bulletin adresser 6 enveloppes timbrées à 1,42 euro. Tous autres envois collectifs sont gratuits.

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Titre
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Six mois depuis le dernier bulletin. Tant de raisons pour cela. On s’en excuse mais on fait ce qu’on peut, on n’est pas des bœufs ; et de plus, ce numéro n’est pas tout à fait à jour. On essaiera de faire mieux la prochaine fois. Et encore plus, il y a tant et tant de grèves, révoltes et mouvements de foule dans le monde qu’on n’a qu’à se baisser pour ramasser. Même trier devient une tâche impossible. La plus petite de ces résistances peut être hautement significative. La plus grande peut être imposante mais avoir beaucoup moins de sens pour ce que nous cherchons, la fin d’un système qui exploite et détruit les hommes et les ressources de toutes sortes. Et en quelque manière se suicide…

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Le responsable de publication : H. Simon

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Blog : Spartacus 1918
MARS 2017

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