ERDOGAN REUSSIT SON COUP DE POKER OPPORTUNISTE !

Titre original :   QUEL SOI-DISANT « RAPPROCHEMENT TURCO-RUSSE » ? ERDOGAN REUSSIT SON COUP DE POKER OPPORTUNISTE !

Par  Luc Michel.  Pour EODE Think Tank/GEOPOLITIQUE/ 2016 08 24. Pour  http://www.les7duquebec.com

EODE - GEOPOL erdogan joue et gagne (2016 08 24) FR

TURQUIE – SYRIE – NORD-KURDISTAN.  LA TURQUIE A OBTENU CE QUE VOULAIT ERDOGAN, L’ACCORD DES USA ET DE L’OTAN POUR ECRASER LES KURDES DU PYD

 

Lorsque je parle de « gesticulations diplomatiques opportunistes » à propos des critiques d’Erdogan contre les USA et du soi-disant « rapprochement avec la Russie » avancée par les « géopolitologues de l’émotion immédiate » (Qui est tout sauf de la géopolitique), je défend une double thèse :

 

* Thèse 1. L’orientation géopolitique de la Turquie d’Erdogan, qui se veut néo-ottomane, reste et restera atlantiste, car ce projet néo-ottoman ne peut se faire au Proche-Orient et en Asie centrale que contre le projet eurasiste russe (là situation était géopolitiquement similaire à la fin de la première guerre mondiale, où Turcs pantouranistes d’Enver Pacha (1) et bolchéviques s’opposèrent au nom de deux visions géopolitiques antagonistes (2) ;

 

* Thèse 2. La diplomatie d’Erdogan (car c’est bien d’un pouvoir personnel qu’il s’agit) n’est ni atlantiste ni eurasiste (sic), elle est foncièrement opportuniste.

 

Le but de ces gesticulations était évident et Erdogan vient de l’obtenir en quelques semaines :

la Turquie vient en effet d’obtenir ce que voulait le chef de l’AKP, l’accord des USA et de l’OTAN pour écraser les kurdes du PYD sur la frontière nord de la Syrie … « Des chars turcs sont entrés en Syrie pour combattre l’EI et les milices kurdes », nous informe ce matin l’AFP !

 

OFFENSIVE TURQUE DANS LE NORD-SYRIEN AVEC LA BENEDICTION DE WASHINGTON QUI LACHE SES ALLIES KURDES

 

« L’intervention militaire de la Turquie en Syrie est une violation flagrante de la souveraineté du pays », a dénoncé mercredi le ministère syrien des Affaires étrangères, quelques heures après le début d’une opération turque à la frontière.

 

L’armée turque, soutenue par les forces de la coalition internationale antidjihadiste (USA, OTAN, monarchies arabes : où est le « ralliement turc à la russie » des mauvais analystes ?), a lancé une opération mercredi avant l’aube en Syrie avec des avions de combat et ses forces spéciales pour chasser le groupe Etat islamique (EI) de Jarablos, frontalière de la Turquie. Baptisée « Bouclier de l’Euphrate », l’opération a pour but de « mettre un terme aux problèmes à la frontière turque » et vise non seulement l’EI mais aussi les milices kurdes, a affirmé le président turc Recep Tayyip Erdogan.

 

L’Armée turque est appuyée par des « rebelles syriens » (sans aucun doute les alliés de la Coalition liés à al-Qaida en Syrie, comme « l’Armée de la reconquête », wahabite, ex Jabat al-Nosra) ! On comprend la colère de Damas et surtout on voit ce que vaut la thèse infondée du « ralliement de la Turquie à la Russie » (resic). En fin de matinée, Ces « rebelles syriens », djihadistes pro-occidentaux, lancés contre les djihadistes de Daech et les laïques kurdes du PYD,  et soutenus par Ankara, « sont entrés à 3 km à l’intérieur du territoire syrien », a annoncé l’agence turque Anadolu.

 

« Une dizaine de chars turcs sont aussi entrés en Syrie et tiraient en direction de positions tenues par l’EI dans la localité syrienne de Jarablos », a constaté un photographe de l’AFP à Karkamis, petite ville turque de l’autre côté de la frontière évacuée la veille. « Depuis 04H00 (01H00 GMT, 03H00 en Belgique), notre armée a lancé une opération contre les groupes terroristes Daech (acronyme arabe de l’EI) et le PYD (Parti de l’Union démocratique – kurde) qui menacent notre pays dans le nord de la Syrie », a déclaré M. Erdogan. « La Turquie ne tolérera aucun fait accompli en Syrie », a encore dit le chef de l’Etat dans un discours à Ankara.

 

ERDOGAN REUSSIT SON COUP DE POKER  ET ALIGNE USA ET OTAN SUR SES BUTS GEOPOLITIQUES

 

La Turquie considère l’EI et le PYD comme des organisations terroristes et les combat alors que son allié américain soutenait, au grand dam d’Ankara, les Kurdes, qui ont fait reculer les djihadistes sur le terrain en Syrie. Les « gesticulations diplomatiques » et le chantage envers les USA et l’OTAN (le soi-disant « rapprochement avec la Russie ») ont été payant et Erdogan s’est à nouveau montré comme un grand joueur de poker : la Coalition menée par Washington l’offensive soutient l’offensive en Syrie du Nord. Et les kurdes découvrent à leur tour ce que valent le soutien et la parole des Etats-Unis !

 

On attend aussi avec amusement les commentaires de la presse russe (en particulier de la presse d’état), qui s’est fait trop vite une joie du soi-disant « rapprochement de la Turquie avec la Russie », et qui voue un véritable culte aux milices kurdes ?

 

« Seuls les combattants de l’EI sont présents à Jarablos, mais Ankara craint de voir les combattants kurdes arriver jusqu’à la localité proche de sa frontière », commente l’AFP. Ankara avait annoncé au cours du week-end « vouloir jouer un rôle plus actif en Syrie » (sic) et cette opération est la plus ambitieuse de la Turquie depuis le début du conflit syrien il y a cinq ans et demi. « Je pense que cette menace sera éradiquée dans un court délai », a déclaré le ministre de l’Intérieur Efkan Ala, laissant entrevoir une opération militaire rapide.

 

Symbole fort, cette offensive, soutenue par l’aviation de la Coalition et des USA, se déroule le jour où le vice-président américain Joe Biden est arrivé à Ankara où il doit rencontrer le Premier ministre Binali Yildirim, puis le président Erdogan pour des entretiens notamment sur la crise syrienne, à un moment où Erdogan pratique un chantage sans nuances.

Ce mercredi, « des F-16 turcs et des avions de la coalition ont largué des bombes sur des sites djihadistes à Jarablos, pour la première fois depuis la destruction en novembre 2015 par la chasse turque d’un avion de combat russe au-dessus de la frontière turco-syrienne », selon la télévision. La localité de 30.000 habitants – dont beaucoup de Turcomans, minorité turcophone de Syrie, sur laquelle Ankara entend s’appuyer pour intervenir – est le dernier point de passage contrôlé par l’EI à la frontière turco-syrienne.

 

Après avoir été longtemps accusée avec raison de complaisance à l’égard des combattants djihadistes, la Turquie affirme désormais qu’elle a pour objectif d’éradiquer l’EI, dont les attentats sanglants frappent désormais la Turquie. Mais la Turquie est surtout soucieuse d’empêcher l’avancée des Forces démocratiques syriennes (FDS) de Minbej vers Jarablos et ne veut pas que les Kurdes du PYD (l’armée du PKK en Syrie) se positionnent davantage à la frontière. Les FDS sont une alliance de combattants kurdes et de groupes armés arabes luttant contre l’EI. « Ankara voit avec anxiété toute tentative des Kurdes de Syrie de créer une unité territoriale autonome le long de sa frontière » précise les experts. Saleh Muslim, le coprésident du PYD, a vivement dénoncé l’opération sur son compte Twitter: « La Turquie dans le bourbier syrien, sera vaincue comme Daech ». C’est oublier la participation de Washington à l’opération turque actuelle.

 

« Après le départ d’Ahmet Davutoglu (ancien Premier ministre), l’architecte de la politique étrangère turque cette dernière décennie, Ankara a recalibré sa politique syrienne en empêchant l’avancée du PYD kurde », a estimé Soner Cagaptay, analyste pour la Turquie au Washington Institute. Ce qui revient pour Ankara à privilégier un objectif géopolitique fondamental et à lâcher ses objectifs idéologiques secondaires. Davutoglu a en fait servi de fusible. La situation en Syrie, comme la question de l’extradition de l’ex-imam Fethullah Gülen, exilé aux Etat-Unis, que les autorités turques désignent comme « le cerveau du putsch avorté du 15 juillet en Turquie » (sic), doivent figurer à l’ordre du jour des discussions du vice-président américain à Ankara. Celui-ci a entamé son passage éclair dans le pays par une visite du parlement bombardé par les putschistes.

 

MAIS CE N’EST PAS TOUT : CETTE TURQUIE SOI-DISANT DEVENUE « EURASISTE » VEUT INTÉGRER L’UNION EUROPÉENNE D’ICI 2023

 

« Ankara ambitionne de rejoindre l’Union européenne d’ici 2023 », a en effet déclaré ce 19 août Selim Yenel, l’ambassadeur turc auprès de l’UE lors d’un entretien accordé au quotidien allemand DIE WELT. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a toutefois prévenu que « le pays était loin d’être prêt ». « Cette date marquera le 100e anniversaire de la fondation de la République turque, a souligné le diplomate. Ce serait une consécration pour mon pays d’en devenir membre à ce moment-là. » « Un statut de membre à part entière est très important pour la Turquie, a-t-il ajouté. A long terme, la perspective de ne pas être admis dans l’Union est inacceptable ».

 

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a toutefois précisé que « les négociations entre la Turquie et les États membres de l’UE devrait prendre plusieurs années » dans une interview donnée quotidien autrichien TIROLER TAGESZEITUNG jeudi dernier. Il a indiqué que « la Turquie ne devrait pas rejoindre l’UE bientôt parce que le pays ne remplit tout simplement pas les conditions. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas arrêter les négociations », a-t-il ajouté. « Nous ne sommes pas seulement en discussion avec (le président turc Recep Tayyip) Erdogan et son gouvernement, mais nous visons une solution globale qui bénéficiera au peuple turc ». L’Autriche, en tête de la Turcophobie dans l’UE, avait appelé à « la fin des négociations avec Ankara pour rejoindre l’UE en raison de l’absence de normes démocratiques » à la suite du coup d’État raté le mois dernier. Mais « la demande a été peu soutenue lors d’une rencontre des ambassadeurs de l’UE cette semaine », ont indiqué les diplomates. La Turquie est officiellement candidate à l’Union européenne depuis 1999. Mais le dossier est ouvert depuis le début des Années 80. L’UE, qui est de facto un « club chrétien » (lire les anciens présidents français Giscard d’Estaing et Sarkozy) et singulièrement catholique, lanterne Ankara depuis des décenies.

 

Mais ironie de l’histoire, alors que Bruxelles a toujours rejeté la Turquie kémaliste et laïque, au destin européen assumé, elle a tissé une alliance politique étroite avec Erdogan. Précisément entre les islamo-conservateurs néo-ottoman de l’AKP (proche des Frères Musulmans) et la Démocratie-chrétienne pilier fondateur de l’UE. L’AKP est en effet membre observateur … du PPE, le « Parti populaire européen » qui unit les partis démocrates-chrétiens de l’UE (CDU-CSU, CDH et CDNV belges, etc) ! Angela Merkel vient de qualifier le lien entre l’Allemagne et la Turquie de « spécial », malgré les récentes tensions entre les deux pays. « Ce qui rend la relation germano-turque si spéciale est que plus de 3 millions de personnes d’origine turque vivent en Allemagne », a-t-elle précisé au groupe médiatique REDAKTIONSNETZWERK DEUTSCHLAND. Binationaux (l’électorat étant cadenassé par le contrôle des associations turques exercé par l’AKP en alliance avec les « Loups gris » d’extrême-droite), ils y votent et sont un enjeu de politique intérieure. La situation est la même en Belgique, singulièrement en région de Bruxelles-Capitale …

 

MAIS EURASISME ET UNION EUROPEENNE SONT DEUX PROJETS EUROPEENS RIVAUX ET INCOMPATIBLES A COURT TERME !

 

J’ai publié en décembre 2006 la première version de mes « Thèses géopolitiques sur la ‘Seconde Europe’ unifiée par Moscou » (3). Analyse révolutionnaire qui renouvelait la vision géopolitique, mais aussi idéologique, des rapports Est-Ouest entre la Russie et ses alliés, et aussi la vision de la nature géopolitique de l’Union Européenne. Idée centrale, idée-force : L’Europe ne se limite pas à l’Union européenne ! Ni même aux états qui lui sont maintenant associés, comme la Moldavie ou la Serbie. La Russie, qui a retrouvé son indépendance avec Vladimir Poutine est aussi l’Europe ! Une SECONDE EUROPE, une AUTRE EUROPE eurasiatique se dresse désormais à Moscou face à l’Europe atlantiste de Bruxelles. Depuis il y a eu le « Discours de Valdai » de Poutine lui-même (4) …

 

Cette analyse se situe directement dans la perspective des thèses et des analyses développées entre 1982 et 1991 par les théoriciens de l’« Ecole de Géopolitique euro-soviétique » (Thiriart-Cuadrado Costa-Luc Michel) (5) – d’où est aussi issu après 1991 le « néo-Eurasisme russe » (6) (avec bien des déviations) – , qui prônait une unification européenne d’Est en Ouest. Une Grande-Europe de Vladivostok à Reykjavik, déjà autour de Moscou. Mes Thèses de 2006 actualisent les analyses « euro-soviétiques » après la disparition de l’URSS. Dès 1983, j’affirmais « La Russie c’est aussi l’Europe »…

 

Ce long détour pour faire comprendre que le projet eurasiste (ou Grande-Europe de Vladivostok à Reykjavik) et l’UE (petite-europe de Bruxelles et Berlin) sont deux visions antagonistes de l’avenir du continent eurasiatique. L’UE représentant par sa sujétion aux USA va l’OTAN la trahison même du projet européiste. Aujourd’hui en 2016, on ne peut plus être à la fois partisan de l’UE et soutenir le projet néoeurasien de Moscou. Par la voix de son ambassadeur à Bruxelles la turquie d’Erdogan a fait son choix. Et ce n’est pas celui du projet russe !

 

LUC MICHEL / EODE THINK TANK

 

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NOTES ET RENVOIS :

 

(1) Membre du Comité Union et Progrès (CUP), aussi appelé Mouvement Jeune-Turc. Ce mouvement, qui naît et se développe dans les écoles supérieures militaires de Constantinople, prône le retour à la constitution ottomane de 1876 abolie par le sultan Abdulhamid II et critique la politique servile de ce dernier à l’égard des occidentaux. En 1908 éclate la révolution jeune-turque à Salonique et Enver devient très rapidement un des leaders du mouvement qui parvient à renverser le sultan et installer la seconde ère constitutionnelle de l’Empire Ottoman. Très proche de l’Allemagne où il a étudié et où il retourne très régulièrement, il est l’un des artisans du rapprochement germano-ottoman et de la réforme de l’armée turque sur le modèle allemand.

Devant la défaite des jeunes-turcs aux élections de 1912 au profit de l’Union Libérale et encouragé par le discrédit du nouveau gouvernement à la suite de la crise des Balkans, Enver décide de prendre le pouvoir par la force. Il prend violemment d’assaut la Sublime Porte, le siège du gouvernement turc, et installe un triumvirat dont il fait partie à la tête de l’Empire. Il est de fait le seul maître du pays, n’accorde que très peu d’intérêt au Parlement et exécute ses opposants politique. Auréolé de ses victoires en Tripolitaine (guerre Italie-Empire ottoman) et en Bulgarie (guerres balkaniques), juste avant la première guerre mondiale, lié politiquement à une Allemagne qu’il admire (c’est l’époque des grands projets géopolitiques de l’Allemagne de Guillaume II au Proche-Orient), Enver choisit naturellement l’alliance des puissances centrales lorsque le premier conflit mondiale éclate.

A la fin de la guerre, poursuivi pour le génocide arménien, il prend la fuite en l’Allemagne puis en Asie Centrale où il essaie de faire renaître son rêve de toujours : le Panturquisme (ou Pantouranisme). En s’appuyant sur les turcophones d’Asie Centrale il tente d’établir un Turkestan indépendant en s’alliant avec l’URSS contre des rebelles locaux, puis en se retournant contre les soviétiques. Il meurt le 4 août 1922 dans une bataille contre l’Armée Rouge dans l’actuel Tadjikistan, après quelques succès militaires. En 1996 sa dépouille est rapportée à Istanbul, où elle repose depuis.

 

(2) Contrairemant à ce qu’avancent les eurasistes russes de droite, le Pantouranisme n’est pas une version turque de l’Eurasisme, mais un projet géopolitique opposé, celui d’un empire turc en Asie centrale et au Caucase qui empêcherait par son existence même toute unification eurasiatique. Le combat d’Enver Pacha perdu contre les bolchéviques qui entendaient restaurer de facto l’empire russe (selon la vision de Staline qui annonce déjà la « Troisième Rome nationale-bolchévique » de la fin des Années 20) s’inscrit dans l’opposition fondamentale entre les deux projets géopolitiques. Les rêveries ésotériques et mystiques orientales, dont les eurasistes russes de droite ont encombré la géopolitique néo-eurasiste, celle de Thiriart, expliquent cette incompréhension fondamentale du Pantouranisme.

 

(3) Cfr. Luc MICHEL, EODE THINK TANK/ GEOPOLITIQUE / THESES SUR LA « SECONDE EUROPE » UNIFIEE PAR MOSCOU

sur http://www.eode.org/eode-think-tank-geopolitique-theses-sur-la-seconde-europe-unifiee-par-moscou/

 

(4) Voir sur EODE-TV :

EODE-TV & AFRIQUE MEDIA/ LE GRAND JEU (3) : POUTINE A VALDAI DECRYPTE

Coproduction Luc MICHEL – EODE-TV – Afrique Media

Sur https://vimeo.com/111845727

 

Luc MICHEL, décrypte la façon dont le Président russe Poutine conçoit la Géopolitique mondiale vue d’Eurasie. Il nous explique aussi d’où viennent les concepts géopolitiques derrière la vision russe du Monde et ses implications. Il aborder ce dossier au travers du grand discours de géopolitique que le Président Poutine a livré au Club Valdai, à Sotchi, ce 25 octobre 2014 …

 

(5) Au début des Années 80, THIRIART fonde avec José QUADRADO COSTA et moi-même l’« Ecole de géopolitique euro-soviétique » où il prône une unification continentale de Vladivostok à Reykjavik sur le thème de « l’Empire euro-soviétique » et sur base de critères géopolitiques.

Théoricien de l’Europe unitaire, THIRIART a été largement étudié aux Etats-Unis, où des institutions universitaires comme le « Hoover Institute » ou l’ « Ambassador College » (Pasadena) disposent de fonds d’archives le concernant. Ce sont ses thèses antiaméricaines « retournées » que reprend largement BRZEZINSKI, définissant au bénéfice des USA ce que THIRIART concevait pour l’unité continentale eurasienne.

 

Sur l’Ecole de géopolitique euro-soviétique, cfr. :

* José CUADRADO COSTA, Luc MICHEL et Jean THIRIART, TEXTES EURO-SOVIETIQUES, Ed. MACHIAVEL, 2 vol. Charleroi, 1984 ;

* Version russe : Жозе КУАДРАДО КОСТА, Люк МИШЕЛЬ и Жан ТИРИАР, ЕВРО-СОВЕТСКИЕ ТЕКСТЫ, Ed. MACHIAVEL, 2 vol., Charleroi, 1984.

Ce recueil de textes fut édité en langues française, néerlandaise, espagnole, italienne, anglaise et russe.

* Et : Жан ТИРИАР, « Евро-советская империя от Владивостока до Дублина », in ЗАВТРА ЛИ ТРЕТЬЯ МИРОВАЯ ВОЙНА ? КТО УГРОЖАЕТ МИРУ ?, n° spécial en langue russe de la revue CONSCIENCE EUROPEENNE, Charleroi, n° spécial, décembre 1984.

 

(6) Cfr.

* PCN-TIMELINE / IDEOLOGIE / 1984 : LE PCN REINVENTE L’‘EURASISME’ MODERNE

http://www.lucmichel.net/2014/05/30/pcn-timeline-ideologie-1984-le-pcn-reinvente-leurasisme-moderne/

* Et PCN-SPO / L’EURASIE EST UNE IDEE EN MARCHE. MAIS QUI PARLAIT DE L’EURASIE ET DE L’EURASISME IL Y A 30 ANS ?

http://www.lucmichel.net/2014/05/31/pcn-spo-leurasie-est-une-idee-en-marche-mais-qui-parlait-de-leurasie-et-de-leurasisme-il-y-a-30-ans/

 

 

2 pensées sur “ERDOGAN REUSSIT SON COUP DE POKER OPPORTUNISTE !

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    26 août 2016 à 11 11 03 08038
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    un document intéressant

    Turquie : Fitch abaisse la note … 2eme coup de force des USA face à Erdogan ?
    Elisabeth Studer Actualités, Economie 4 commentaires

    Pour un peu on en rirait …. Alors que certains laissent entendre ici ou là que l’oncle Sam – y compris le président turc Recep Tayyip Erdogan lui-même – pourrait ne pas être totalement étranger à ce qui se passe actuellement en Turquie, Fitch a abaissé vendredi la perspective de la note de la Turquie.

    L’agence de notation s’inquiète de l’incertitude politique après la tentative avortée de coup d’Etat. Il est vrai que comme le dit le dicton, on n’est jamais mieux servi que par soi-même … Rappelons à toutes fins utiles que depuis le 12 décembre 2014, Fitch est détenue à 80% par le groupe Hearst, constitué de médias américain.

    En tout état de cause, Fitch a indiqué dans un communiqué que la perspective de la note « BBB- » de la dette turque était passée de stable à négative, laissant ainsi entendre que la note pourrait être abaissée dans les prochains mois. « L’incertitude politique va avoir un impact sur la performance de l’économie et pose des risques pour la politique économique », affirme Fitch.

    Ce qui est, certes, loin d’être faux … mais qui résonne tout particulièrement alors que Erdogan accuse Fethullah Gülen d’être à l’origine de la tentative de coup d’Etat survenu le 15 juillet dernier et que Gülen semble avoir quelques accointances – dirons-nous poliment – avec les Etats-Unis voire même la CIA, nous allons y revenir.

    En dehors de la tentative de coup d’Etat, l’agence de notation estime également que les conditions de sécurité ont empiré. Elle fait ainsi référence aux violents attentats qui ont fait de multiples victimes ces jours derniers. La révocation de hauts responsables militaires à suite du coup d’Etat avorté risque aussi de poser des problèmes pour faire régner la sécurité. Intéressant là-aussi quand on sait qu’il est avant tout reproché à ces militaires d’être membres du réseau Gülen, véritable état dans l’état turc, que nombre de medias comparent une sorte de Opus Dei à la turc.

    Fitch indique par ailleurs que le secteur du tourisme, qui compte pour 3% du Produit intérieur brut (PIB) et pour 13% des recettes extérieures, subit déjà l’impact du contexte politique. L’agence table sur un ralentissement de la croissance turque du fait de plus faibles investissements et estime d’ores et déjà que les perspectives de réformes structurelles significatives, qui auraient changé la structure de l’expansion économique turque, ont diminué.

    La banque centrale va également faire face à des pressions politiques sur sa politique monétaire, ajoute enfin l’agence qui table sur une hausse de la dette extérieure turque dans les mois qui viennent , passant selon ses estimations de 35% du PIB fin 2015 à 39,3% fin 2018.

    Mais revenons quelques instants sur le réseau Gülen et ses possibles accointances avec l’oncle Sam.

    – Quand Barack Obama nie tout implication dans la tentative de coup d’Etat –

    Certes, le 22 juillet dernier, le président américain Barack Obama a déclaré que les Etats-Unis n’ont pas été informés et n’ont pas été impliqués dans la tentative de coup d’État en Turquie, s’attaquant fermement aux allégations contraires à ce sujet.

    « Toutes les informations suggérant que nous aurions été préalablement informés de la tentative de coup d’État, que les Etats-Unis auraient été impliqués dans cet événement, ou que nous ne sommes pas entièrement solidaires de la démocratie turque sont complètement fausses, clairement fausses », a ainsi déclaré Barack Obama. Ajoutant que ce genre de rumeurs mettaient les Américains en danger en Turquie et menacent l’alliance et le partenariat essentiels entre les Etats-Unis et la Turquie.

    – Gülen : un réseau fortement implanté aux USA via ses établissements scolaires –

    Il n’en demeure pas moins que dès 2010, Sibel Dinez Edmonds, ancienne traductrice pour le FBI avant d’être limogée … et lanceuse d’alerte connue, révélait l’énorme influence de Gülen aux USA à travers son réseau de madrasas présentées comme des écoles sous contrat. Evoquant alors une centaine d’écoles et d’ONG : «F. Gülen, dont le réseau d’organisations est estimé entre 22 et 50 milliards de dollars, possède plus de 300 madrasas dans le monde, y compris au Pakistan, en Asie centrale et au Caucase. »
    Elle faisait également remarquer qu’alors que des madrasas suspectes avaient été fermées en Russie, Uzbekistan et Turkmenistan, l’empire de Gülen n’a fait que croître aux USA en toute discrétion et sans contrôle. « En moins d’une décennie, le réseau islamique de Gülen a établi plus de 100 écoles sous contrat dans 25 Etats. Ce qui renforce la suspicion, c’est qu’alors que les renseignements officiels font état des connexions entre Gülen et ces écoles, celui-ci les nie obstinément. Et pourquoi les mondialistes influents, membres du Council of Foreign Relations, sont toujours prêts à le protéger et à l’aider que ce soit en Turquie, ici dans ce pays, ou tout autour du monde ? » s’interrogeait-elle.

    Un article de USA Today du 17 août 2010 révélait quant à lui que ces écoles, dirigées par des enseignants turco-américains, recevaient 35.000 étudiants et représentaient le plus grand réseau d’écoles sous contrat aux USA.

    Parmi les défenseurs de Gülen les plus influents se trouveraient le New York Times et Morton Abramowitz (ancien ambassadeur US en Turquie). Il est vrai que c’est dans un entretien accordé au New York Times que le prédicateur – qui vit en reclus aux Etats-Unis et n’accorde pratiquement jamais d’interview – a nié toute implication, suggérant même que le président turc pourrait être lui-même l’instigateur.

    « Gülen est un ancien allié d’Erdogan, à la tête d’un ordre religieux obscur qui s’organise en cercles concentriques de fidèles, comprenant notamment des écoles, des universités, des médias et des ONG – sous le nom d’Hizmet (Service, en turc) – pour sa partie la plus visible » précise pour sa part le Conseil européen des relations internationales (ECFR).

    « On raconte que dans ses années les plus prospères, l’organisation de Gülen contrôlait près de 25 milliards de dollars (à travers un réseau de bénévoles et d’hommes d’affaires) et plus d’un millier d’écoles à travers le monde. Les Gülenistes étaient traditionnellement encouragés à faire carrière dans la fonction publique et se sont notamment concentrés dans la police, la justice et les services secrets » ajoute également l’ECFR.

    – Incirlik, une base extrêmement stratégique de l’OTAN en Turquie –

    Alors que selon différentes sources, Gülen dispose de soutiens influents, dont la CIA, certains medias notent que les trois régiments les plus impliqués dans la tentative de coup d’Etat en Turquie, sont membres des forces de réaction rapide de l’OTAN depuis 2003.

    Le Conseil européen des relations internationales précise pour sa part que « Erdogan soupçonne que les États-Unis aient été au courant ou aient soutenu le coup d’Etat – au motif que certains avions qui ont participé à la tentative de putsch ont été autorisés à se ravitailler à Incirlik, une base de l’OTAN importante utilisée dans la lutte contre Daesh » qui a été pendant plusieurs heures coupée du monde lors de la tentative de renversement du pouvoir et « que l’administration américaine n’a pas condamné le coup d’Etat la nuit même. «

    Précisons également que le commandant turc de la base d’Incirlik – qui accueille aussi les avions américains qui bombardent l’EI en Syrie – a été placé sous les verrous pour sa participation supposée au coup de force manqué. RFI précise qu’en mars dernier « déjà » le Pentagone a ordonné, « pour raisons de sécurité », l’évacuation des familles de militaires et du personnel civil stationnés dans le sud de la Turquie.

    Il est vrai que les armes nucléaires stockées en Turquie par l’armée américaine sont entreposées dans la base aérienne à une centaine de kilomètres seulement de la frontière syrienne …

    L’ECFR ajoute pour sa part : « la diffusion par Wikileaks des emails de l’AKP (Parti de la justice et du développement au pouvoir en Turquie depuis 2002 ) et le fait que plusieurs grands journaux américains aient mis l’accent sur la réponse excessive d’Erdogan après le coup d’Etat, ne font que nourrir l’idée que les putschistes ont été soutenus par des puissances extérieures. »

    – Gülen : un réseau fortement implanté au sein de justice, police, services secrets

    Enfin, le Conseil européen des relations internationales tient à rappeler que « bien qu’aujourd’hui Erdogan diabolise les Gülenistes, c’était sous le régime de l’AKP que le groupe est devenu une force majeure au sein de l’Etat. » Ajoutant : « pendant une grande partie de ces dix dernières années, les Gülenistes ont apporté à l’AKP les « ressources humaines » dont il avait besoin au moment de son entreprise de purge des kémalistes, des laïcs purs et durs et des Alaouites au sein de l’armée et de la bureaucratie. »

    L’ECFR précise encore que « la coalition AKP-Gülen a saisi l’opportunité de procès très médiatisés entre 2009 et 2013″ pour « purger les forces armées turques de milliers de soldats. » Il indique également : « alors que les procès ont réduit l’influence de l’armée dans la politique turque, ils témoignent également de la manipulation croissante du système judiciaire et ont considérablement modifié la structure de commandement de l’armée à tous les niveaux. »

    « Le partenariat entre Gülen et l’AKP a continué à se développer en dépit des craintes et des critiques récurrentes selon lesquelles la nature clandestine de l’organisation Gülen et sa concentration au sein du système judiciaire, de la police, des services secrets et informatiques présenteraient une menace pour la sécurité nationale » poursuit encore le Conseil européen des relations internationales.

    Qui ajoute : « A partir du milieu des années 90, les responsables turcs ont commencé à se préoccuper de l’Etat parallèle qu’avaient mis en place les Gülenistes. Mais ce ne fut qu’en 2014 que la discorde entre l’AKP et les Gülenistes éclata au grand jour, lorsqu’Erdogan considéra comme une trahison l’enquête pour corruption menée contre certains de ses proches. Dès lors, Erdogan n’a cessé d’évincer ses anciens alliés. Les officiers aujourd’hui blâmés pour la tentative de coup d’Etat avaient pour la plupart été promus pour remplacer les agents laïcs congédiés lors de la période de partenariat entre l’AKP et Gülen. »

    Elisabeth Studer – 20 août 2016 – http://www.leblogfinance.com

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      26 août 2016 à 19 07 39 08398
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      Très intéressant que cette analyse-commentaire à propos du coup d’État en Turquie – coup d’État raté, répétons-le

      Il est intéressant que l’analyste commence par indiquer la cote d’emprunt de la Turquie – indiquant ainsi que la cote d’emprunt attribué par une firme USA est véritablement une arme de destruction massive. Biden s’est chargé de le rappeler à ses vis-à-vis turques.

      Merci pour cette intervention

      Robert Bibeau

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