INSTRUMENTALISATION D’UN ANTAGONISME

Par  Chérif Abdedaïm. La Nouvelle République.  Alger. Janvier 2016. Source : http://www.lnr-dz.com/

 

L’antagonisme sunnisme/chiisme est instrumentalisé par les acteurs régionaux :
Les chiites du Proche et Moyen-Orient, pour ne citer qu’eux, expriment à des degrés divers, un sentiment, qui correspond à une réalité, d’avoir été marginalisés sinon persécutés dans l’histoire récente, ce qui s’est traduit parfois par un désir de revanche. Alors que les chiites étaient présents dans l’appareil d’État de l’Irak baathiste, leur situation était beaucoup plus difficile en Arabie saoudite, où une fatwa de 1927 lesÉa longtemps obligé à se convertir ou à s’exiler. Si la domination des chiites est désormais patente en Irak, et s’est réalisée au détriment des sunnites, attisant en retour chez ces derniers un fort ressentiment, la situation diffère dans les autres pays de la région, où, en dehors de Bahreïn, les chiites (ou apparentés comme les Alaouites en Syrie et les Zaydites au Yémen), restent minoritaires (rappel du pourcentage des population chiites dans le monde arabe : Bahreïn 70%, Irak 55%, Arabie10%, Koweït 30%, Qatar 16%, EAU 2%).
Une lecture essentiellement confessionnelle des « guerres civiles », en cours ou latentes, qui touchent le Moyen-Orient apparaît en outre trop réductrice, comme le fait que les chiites du monde arabe soient souvent dénoncés comme une cinquième colonne iranienne.
On constate ainsi en Irak une tendance à la « nationalisation » des mouvements chiites, c’est-à-dire à une autonomie par rapport à Téhéran, ce qui n’exclut pas des relations de proximité entre les deux pays, comme le montre la coopération militaro-sécuritaire fournie par l’Iran pour faire face à l’Organisation de l’État islamique. Personne en Irak ne reconnaît la doctrine inspirée par l’Ayatollah Khomeyni, ni ne prend le régime iranien comme modèle (à la différence des chiites d’Arabie saoudite et de Bahreïn, où il y a une allégeance de forme).

À Bahreïn, la révolte du printemps 2011, a exprimé semble-t-il davantage un mal être social et politique qu’un irrédentisme confessionnel, même si les autorités ont modifié le cadre des naturalisations pour diminuer la part des chiites.
Au Yémen, la montée en puissance et les succès militaires de la rébellion Houthiste, issue du courant zaydite de l’islam chiite, ont déclenché de la part d’une coalition de dix États arabes, menée par l’Arabie Saoudite, une opération militaire pour la combattre. Même si cet affrontement est susceptible d’accroître la polarisation sunnites/chiites dans un pays en proie à des forces centrifuges et peinant à réaliser son unité, les motivations premières sont politiques, et non confessionnelles. De même, le soutien militaire de l’Iran aux Houthistes, dénoncé par une Arabie Saoudite percevant depuis longtemps le Yémen comme une menace structurelle, n’est pas avéré, ou à défaut reste limité.
Par ailleurs, des rumeurs circulent depuis une dizaine d’années sur un prosélytisme chiite actif en direction de pays où ce courant n’était pas représenté auparavant. Si cela est avéré en Syrie, et dans une moindre mesure en Égypte, il y a une part d’exagération (notamment concernant le Maghreb) avec le risque, déjà perceptible, d’accentuer l’animosité latente existant au sein des opinions publiques sunnites de ces pays à l’encontre des chiites. En fin de compte, le seul succès d’exportation de la Révolution Islamique iranienne est le Hezbollah, d’où l’animosité particulière que suscite ce mouvement auprès des États arabes sunnites.

L’antagonisme chiite/sunnite comme prolongement des rivalités régionales risque de durer, faute d’apporter des réponses à des problèmes qui relèvent en grande partie du domaine de la politique, et ce d’autant plus qu’il peut être perçu par les acteurs régionaux comme servant leurs intérêts. Cette polarisation est susceptible de laisser des traces durables au sein des États comme des populations, ces dernières pouvant être facilement mobilisées, et de manière négative, à partir de slogans et de programmes à caractère confessionnel. Le constat que les sentiments d’appartenance nationale n’ont pas complètement disparu dans les pays les plus touchés par cet antagonisme laisse entrevoir toutefois un petit espoir. La question se pose aussi de savoir si le fait de favoriser des formes de fédéralisme et/ou d’autonomie sur des bases communautaires, pourrait atténuer ces affrontements confessionnels. Pareil processus, qui pourrait s’inspirer de la maxime « tel prince, telle religion » mis en avant en Europe au XVIème siècle pour régler la question de l’affrontement entre catholiques et protestants, apparaît désormais aux yeux de beaucoup, comme la seule issue envisageable, à défaut d’être la plus souhaitable.

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QUELLES CONSÉQUENCE POSSIBLE ?

L’Arabie saoudite et l’Iran s’affrontent déjà par procuration sur différents théâtres d’opérations. Au Yémen où Téhéran soutient les rebelles contre la coalition militaire emmenée par Riyad. En Syrie où les rebelles dits « modérés » – mais aussi le Front al-Nosra, la branche armée officielle d’Al-Qaida « canal historique » – sont soutenus en sous-main par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie qui se retrouvent pour une fois alliés pour défendre un but commun : abattre le régime alaouite (proche des chiites) de Bachar el-Assad. En Irak, c’est actuellement moins marqué car, « officiellement » Daesh ne reçoit plus de soutien extérieur. Toutefois, tous les attentats anti-chiites qui y ont régulièrement lieu ne peuvent que réjouir Riyad.

 

Les relations diplomatiques avec Téhéran ont été rompues par Riyad le 4 janvier ce qui ne va pas faciliter le dialogue, surtout au moment où des négociations internationales portant sur la situation au Yémen et en Syrie doivent reprendre. Il est également possible que des incidents ponctuels se produisent ici ou là, entre des aéronefs ou/et des navires de guerre des deux pays, notamment dans le Golfe persique, zone particulièrement sensible. Riyad va aussi renforcer le blocus autour du Yémen pour empêcher l’arrivée de l’aide iranienne. Cela pourrait donner lieu à des incidents pouvant mal tourner.

 

Car, ces actions et actes sèment la haine interconfessionnelle dans les pays arabes et musulmans et se distinguent surtout par cette propension à transformer des conflits strictement politiques et d’intérêts en des guerres de religion et de confessions.

 

La « Coalition Saoudienne » qui ravage le Yémen depuis dix mois, puis  celle appelée « Coalition militaire islamique » semblent  destinées à alimenter une guerre entre les Etats « Chiites et Sunnites » sous le patronage des suppôts du colonialisme et du sionisme.

 

Chérif Abdedaïm

 

 

 

 

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